Porté par le Fonds du Logement en collaboration avec la Ville de Dudelange, le projet s’inscrit dans une volonté de créer un quartier intégré à son environnement et capable de répondre aux enjeux urbains et climatiques de demain. Cette ambition passe notamment par la place accordée à l’eau, à la végétation et aux espaces publics.
« La transformation de NeiSchmelz doit s’inscrire dans la continuité de la trame urbaine existante de Dudelange, en assurant une connexion cohérente avec le centre-ville et les quartiers environnants », explique Franck Renda, chef de projets du service Projets de grande envergure du Fonds du Logement. « Le premier axe de cette vision consiste à développer une ville durable et résiliente, capable de s’adapter aux effets du changement climatique et de renforcer son lien avec son environnement naturel. Le paysage, la végétation et la remise à ciel ouvert du ruisseau ‘Diddelengerbaach’ constituent à ce titre des éléments structurants du projet. »
Dans cette transformation, Schroeder & Associés assure notamment les études liées aux infrastructures et intervient en groupement avec TR-Engineering comme maître d’œuvre global. Le projet mobilise également les expertises d’Eneco Ingénieurs-Conseils, du bureau greisch et de HBH. Cette organisation pluridisciplinaire permet d’aborder le paysage en lien direct avec les autres composantes du projet : espaces publics, mobilité, eau, topographie et infrastructures.
« Pendant longtemps, le paysage intervenait en dernier dans les projets urbains : une fois les bâtiments dessinés, les voiries définies et les espaces publics structurés, venait seulement le temps de créer les espaces verts. Aujourd’hui, notre implication intervient beaucoup plus tôt. Les questions de végétation, d’eau, de confort climatique et d’usages sont directement liées à la conception du quartier », explique Kristyna Kratochvil, architecte paysagiste au sein de l’unité Mobilité active, Espaces publics et Aménagements paysagers de Schroeder & Associés.
« Le paysage, la végétation et la remise à ciel ouvert du ruisseau ‘Diddelengerbaach’ constituent des éléments structurants du projet. »
Franck Renda, Fonds du Logement
Partir de l’existant pour construire le futur
NeiSchmelz n’est pas un territoire vierge. Ancien site sidérurgique, la friche porte une histoire étroitement liée à celle de Dudelange et du développement industriel du sud du Luxembourg.
« Le deuxième axe consiste à s’appuyer sur le passé industriel du site pour construire l’avenir », poursuit Franck Renda. « La transformation de NeiSchmelz n’effacera pas son histoire, mais au contraire préservera, intégrera et valorisera les bâtiments, structures, matériaux et traces caractéristiques de son activité industrielle. Ce patrimoine doit trouver une nouvelle place dans le projet et participer à la conception des espaces publics et paysagers. »
Cette lecture du site constitue également un point de départ pour le travail paysager. « Ce qui nous intéresse particulièrement, c’est le dialogue entre l’ancien et le nouveau. L’objectif n’est pas d’effacer l’histoire industrielle du site, mais de la révéler et de la transmettre à travers le nouveau quartier », souligne Kristyna Kratochvil.
Plusieurs éléments emblématiques du site sont ainsi conservés et réinterprétés. La tour d’eau constitue l’un des repères du futur quartier. Huit bâtiments ou structures existantes sont également intégrés au projet.
Redonner une place à l’eau
Autre transformation majeure : la remise à ciel ouvert du ‘Diddelengerbaach’. Longtemps canalisé et enfoui sous le site industriel, le ruisseau doit retrouver une présence au cœur du futur quartier.
Pour Thomas Differding, architecte paysagiste au sein de l’unité Mobilité active, Espaces publics et Aménagements paysagers de Schroeder & Associés, cette intervention dépasse largement la seule dimension paysagère. « Rouvrir le ruisseau ne consiste pas simplement à remettre de l’eau au cœur du quartier. Il s’agit de repenser une partie de la topographie du site en tenant compte des contraintes existantes, mais aussi des exigences techniques liées à l’ingénierie, notamment le respect d’une pente et d’un débit adaptés. Ces paramètres influencent directement l’aménagement des espaces situés de part et d’autre du ruisseau. »
La remise à ciel ouvert du Diddelengerbaach participe ainsi à la création de nouveaux milieux naturels et permet de recomposer les relations entre les différents espaces du quartier.
« Rouvrir le ruisseau, ce n’est pas simplement remettre de l’eau au milieu du quartier. Cela implique de repenser toute la topographie du site. »
Thomas Differding, Schroeder & Associés
Concevoir avec le vivant
Cette approche intégrée se retrouve également dans la conception de la trame végétale. Pour Kristyna Kratochvil, le paysage ne peut plus intervenir seulement une fois le quartier dessiné. « Notre rôle ne consiste pas simplement à ajouter de la végétation à un projet. Nous réfléchissons à la manière dont les espaces seront utilisés, aux différents usages qui pourront s’y développer et à la manière dont ils évolueront dans le temps », explique-t-elle.
Le projet prévoit une diversité d’espaces : parc urbain, aires de jeux, jardins, espaces de rencontre et aménagements le long du ruisseau. Le jardin communautaire existant doit également évoluer avec le quartier, avec notamment une pépinière, des jardins en terrasses, des espaces plus sauvages, des plantes mellifères et des plans d’eau.
Près de 900 arbres sont prévus. Associés aux sols perméables et à la présence de l’eau, ils contribueront à créer des îlots de fraîcheur, à améliorer le confort des espaces publics et à favoriser la biodiversité.
« L’objectif n’est pas de planter pour planter. Nous cherchons à créer une véritable trame verte et bleue. Elle doit apporter de l’ombre, favoriser la biodiversité, participer à la gestion des eaux pluviales et améliorer le confort des habitants », précise Kristyna Kratochvil.
Un paysage au service des usages
À NeiSchmelz, la réflexion paysagère ne s’arrête pas à la végétation ou à la gestion de l’eau. Elle porte aussi sur la manière dont les futurs habitants vont vivre et s’approprier les espaces du quartier. Parc urbain, aires de jeux, jardins, espaces de rencontre et aménagements le long du ‘Diddelengerbaach’ doivent permettre une diversité d’usages et de publics.
« Nous voulons créer des lieux capables d’accueillir différents publics et différentes générations, avec des usages variés. Le paysage contribue ainsi directement à créer du lien social », expliquent Thomas Differding et Kristyna Kratochvil.
Avec 1.575 logements, des commerces, des surfaces tertiaires et plusieurs équipements publics, NeiSchmelz doit devenir un quartier de vie et non un simple ensemble résidentiel. Sa connexion au centre de Dudelange et aux quartiers environnants passe également par les espaces publics et par une place importante accordée aux mobilités actives.
« À NeiSchmelz, il existe une véritable interconnexion entre les différents métiers. Le paysage, la mobilité, l’eau, les infrastructures et les usages ne peuvent pas être traités séparément. Cette approche permet d’optimiser l’ensemble des dimensions du projet et de transformer certaines contraintes du site en opportunités », souligne Thomas Differding.
Cette approche repose également sur un travail continu entre le Fonds du Logement, la Ville de Dudelange et les équipes de conception. « La concrétisation du projet repose sur une collaboration continue entre le Maître d’ouvrage, la maîtrise d’œuvre et la Ville de Dudelange. Cette démarche permet de co-construire des solutions adaptées au territoire et à ses futurs usages », explique Franck Renda. « Les échanges permettent de confronter les propositions, d’identifier les contraintes, d’étudier différentes solutions et de procéder collectivement aux arbitrages nécessaires. L’objectif est d’aboutir progressivement à une vision commune et partagée de NeiSchmelz, conciliant continuité urbaine, adaptation au changement climatique, intégration de la nature et valorisation du patrimoine industriel. »
Un paysage qui se construit dans le temps
Les travaux du PAP Centre ont débuté en juillet 2026, tandis que la transformation de plusieurs bâtiments patrimoniaux est engagée. Un arbre grandit, une végétation évolue, un jardin est progressivement approprié par ses habitants. Le paysage est par nature un projet vivant. « Il faut se demander à quoi ressemblera le quartier dans cinq, dix ou vingt ans. Nous concevons aujourd’hui les conditions qui permettront au paysage de se développer demain », expliquent Thomas Differding et Kristyna Kratochvil.
À NeiSchmelz, l’eau retrouve son cours, les traces industrielles changent de fonction, les arbres prennent racine et les espaces publics deviennent progressivement des lieux de vie. Le paysage assure ainsi une continuité entre le passé et le futur. Il ne vient pas compléter le quartier une fois celui-ci construit : il contribue, dès aujourd’hui, à définir la manière dont ce quartier pourra vivre demain.
Texte et photos de Schroeder & Associés
Légende photo : Kristyna Kratochvil & Thomas Differding, Schroeder & Associés