Le dernier dossier du mois

Une thématique dans chaque #DossierDuMois, avec la rédaction d’Infogreen et l’expertise de nos partenaires

Publié le 7 juillet 2026
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juillet 2026

Matières à réflexion

Sept limites planétaires sur neuf sont aujourd’hui franchies. Ce dossier explore comment repenser notre rapport aux ressources – matériaux, énergie, temps, territoire... – à travers des réponses aussi bien techniques que collectives.

Deux questions le traverse : de quoi avons nous réellement besoin et sommes-nous prêts à rendre à la nature ce qu’elle nous prête ?

Photo : © Commune de Wiltz (Ben Majerus)

Matières à réflexion
Ressources, mode d’emploi

Sept limites planétaires sur neuf sont aujourd’hui franchies, selon le suivi 2025 du Stockholm Resilience Centre. Climat, sols, eau douce, biodiversité : ces seuils ne sont plus des abstractions scientifiques mais des réalités mesurables. Une invitation à repenser – collectivement et sans fatalisme – notre rapport à ce que la Terre nous prête.

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Il y a quelque chose de vertigineux à se dire que la Terre a des limites. Pas des limites morales, ni politiques. Des limites physiques, mesurables, que la science a fini par cartographier. Neuf, précisément. Climat, biodiversité, cycle de l’azote et du phosphore, acidification des océans, usage des sols, eau douce, aérosols, couche d’ozone, nouvelles substances chimiques. Sept sont aujourd’hui dépassées, selon le suivi 2025 du Stockholm Resilience Centre. Seules la couche d’ozone stratosphérique et la charge en aérosols atmosphériques n’ont pas encore été franchies. Ce n’est pas une prophétie, c’est un état des lieux.

Ce qui frappe, dans cette cartographie, c’est qu’elle ne parle pas seulement d’écologie. Elle parle de nous, de la façon dont nous avons construit notre rapport au monde matériel. Depuis deux siècles, l’idée d’abondance a structuré nos économies, nos habitudes, nos imaginaires. On extrait, on transforme, on consomme, on jette, et on recommence. Comme si le stock était sans fond. Le changement climatique est sans doute la conséquence la plus visible de cette croyance. Mais elle infuse bien d’autres domaines : la manière dont on construit, dont on cultive, dont on produit.

Sortir de la logique du prélèvement

Repenser les ressources, ce n’est pas seulement une affaire de recyclage ou de sobriété. C’est une question philosophique avant d’être technique : celle du prélèvement. Prendre à la nature suppose, en théorie, de lui rendre, ou du moins de ne pas prendre plus qu’elle ne peut régénérer. Cette idée, presque évidente formulée ainsi, s’oppose pourtant frontalement à des décennies de croissance pensée comme extraction continue.

Certains y répondent par la technique : matériaux recyclés, biodigesteurs transformant les déchets en énergie, plateformes de traçabilité des ressources. D’autres, par l’organisation : mutualiser plutôt que multiplier, partager un espace, un outil, un savoir plutôt que le posséder seul. Ces réponses ne s’opposent pas, elles se complètent. Elles disent la même chose sous deux formes différentes. Les architectes William McDonough et Michael Braungart, fondateurs du modèle Cradle to Cradle (Cradle to Cradle : Remaking the Way We Make Things, 2022), se sont d’ailleurs inspirés de la maxime : « la ressource n’a de valeur que dans un cycle, jamais dans un usage unique ».

La coopération comme ressource

Il existe une leçon, empruntée au vivant et mise en avant par Allagi dans ce dossier du mois. Elle résume assez bien cette idée. Face au froid extrême, certaines espèces comme les manchots empereurs ne survivent pas seules. Elles s’organisent, tournent, se relaient. La survie y est collective avant d’être individuelle. Transposée à l’échelle humaine, cette logique interroge nos organisations, nos quartiers, nos filières économiques. La ressource la plus sous-exploitée n’est peut-être pas matérielle. C’est notre capacité à coopérer plutôt qu’à accumuler chacun de son côté.

Le Luxembourg, comme beaucoup de territoires densément peuplés et économiquement dynamiques, illustre à sa mesure cette tension entre croissance et limites. Mais le sujet dépasse largement ses frontières. Repenser l’usage des ressources revient finalement à répondre à une question simple, presque enfantine : combien nous faut-il vraiment, et sommes-nous prêts à nous en contenter ?

Sébastien Yernaux

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En quoi le Luxembourg vit-il au-dessus des capacités biologiques de la Terre
En quoi le Luxembourg vit-il au-dessus des capacités biologiques de la Terre

Selon le Global Footprint Network, l’empreinte écologique d’un résident luxembourgeois atteint 12,5 hectares globaux, contre une biocapacité nationale de seulement 1,5 hectare. Ce déficit place le pays parmi les plus déséquilibrés au monde, avec un Country Overshoot Day fixé au 17 février 2026.

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Chaque année, la Terre produit des ressources renouvelables – aliments, bois, fibres, ressources maritimes – et absorbe une partie de nos déchets, notamment le CO₂. Cette capacité de régénération de la Terre est appelée biocapacité. Elle tient compte de six grands types d’espaces biologiquement productifs : les terres cultivées, les pâturages, les forêts destinées au bois et au papier, les forêts absorbant le carbone, les zones de pêche et les terrains bâtis. La biocapacité est mesurée en hectares globaux (hag ou gha), une unité qui permet de comparer la productivité écologique des espaces à l’échelle mondiale. Selon le Global Footprint Network, la biocapacité mondiale disponible en 2025 est d’environ 1,5 hectare global par personne.

Face à ces ressources terrestres limitées se trouve notre empreinte écologique, c’est-à-dire la surface biologiquement productive nécessaire pour satisfaire notre mode de vie. Lorsque l’empreinte écologique dépasse la biocapacité disponible, on parle de déficit écologique ou de dette écologique. À l’échelle mondiale, l’humanité consomme actuellement l’équivalent de 1,7 planète Terre, ce qui signifie que nous utilisons environ 75 % de ressources de plus que ce que les écosystèmes peuvent régénérer chaque année.

Cette moyenne s’accompagne d’une inégalité accentuée entre pays concernant la consommation de ces ressources disponibles. Le Luxembourg figure parmi les pays les plus éloignés de l’équilibre. Selon les données du Global Footprint Network, un résident luxembourgeois présente une empreinte écologique d’environ 12,5 hectares globaux par personne, alors que la biocapacité nationale n’est que de 1,5 hectare global par personne. Le déficit atteint donc près de 11 hectares globaux par habitant, soit l’un des plus élevés au monde.

Concrètement, si l’ensemble de l’humanité adoptait le mode de vie moyen du Luxembourg, il faudrait environ 7,7 planètes Terre pour répondre durablement à cette demande en ressources. Cette situation se reflète dans le Country Overshoot Day du Luxembourg : en 2026, il tombe le 17 février. Autrement dit, si toute la population mondiale vivait comme les Luxembourgeois, le budget écologique annuel de la planète serait épuisé après seulement 48 jours. Seul le Qatar présente un résultat encore plus extrême.

Le Luxembourg est également un débiteur écologique au sens territorial. Son Country Deficit Day est fixé au 11 février 2026, c’est-à-dire qu’à cette date, il a déjà consommé l’ensemble de la biocapacité que son propre territoire peut produire sur une année. Les ressources consommées durant les 323 jours restants dépendent donc des importations, de l’exploitation de ressources extérieures ou de l’accumulation de carbone dans l’atmosphère. Les calculs montrent que la biocapacité nationale ne couvre qu’environ 11 % de la demande écologique du pays.

Cette situation illustre un déséquilibre mondial plus large. Plus de 85 % de la population mondiale vit aujourd’hui dans des pays en déficit écologique . Quelques États riches en ressources naturelles, comme le Gabon ou la République du Congo, demeurent des « créanciers écologiques », tandis que la majorité des pays industrialisés consomment davantage que ce que leur territoire peut fournir.

Enfin, le dépassement écologique s’inscrit dans le cadre plus vaste des limites planétaires définies par les scientifiques du Stockholm Resilience Centre. Ces concepts font aujourd’hui l’objet de débats au sein de la communauté scientifique. Mais il semble que plusieurs seuils critiques – notamment le changement climatique, l’érosion de la biodiversité et les perturbations des cycles de l’azote et du phosphore – aient déjà été franchis. Le Luxembourg n’est évidemment pas seul responsable de cette situation, mais son niveau de consommation illustre l’ampleur du défi : concilier prospérité économique et respect des capacités régénératives de la planète. Réduire cette empreinte constitue désormais l’un des grands enjeux du développement durable pour le pays comme pour le reste du monde.

Texte par Eurosolar

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Ricoh relève le défi de la circularité pour les solutions d'impression
Ricoh relève le défi de la circularité pour les solutions d’impression

Xavier Battinger est directeur du département Business Development sur le site de Ricoh Industrie France à Colmar, chargé du développement des activités orientées « économie circulaire » pour le marché européen. Il explique comment l’entreprise a mis la circularité au cœur de ses produits et services.

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Ricoh fournit des services de gestion documentaire, des conseils, des logiciels et du matériel à des entreprises du monde entier. Mais l’entreprise « se définit autrement que comme un simple fournisseur de solution d’impression », déclare Xavier Battinger, directeur du département Business Development. « Nous proposons à nos clients de transformer leur espace de travail afin d’améliorer la collaboration, l’engagement et la productivité au sein de leurs équipes. Dans notre volonté de développer une nouvelle économie, plus circulaire que linéaire, nous leur offrons aussi la possibilité de limiter leur empreinte carbone. »

Une ambition qui ne date pas d’hier : « En 1994, à une période où la circularité était encore inconnue pour beaucoup de personnes, Ricoh a créé le concept du « Cercle des Comètes™ ». Son objectif est de créer des boucles de valeur, pour minimiser l’utilisation de matières premières vierges et éviter la génération de déchets. » Plusieurs initiatives ont été mises en place depuis : la réparation de cartes électroniques en 1996, la refabrication de consommables et de pièces d’imprimantes en 1999, le lancement de la première ligne de production automatisée pour une cartouche recyclée en 2020, ou encore le reconditionnement d’appareils d’impression industriels en 2023.

- © Ricoh

Une autre façon de penser le business

La création d’écosystèmes permettant la réutilisation des machines et des pièces, ainsi que le recyclage des produits et matières collectées, est la mission principale du spécialiste de l’expérience sur le lieu de travail. En charge avec ses équipes du développement des activités orientées « économie circulaire » pour le marché européen, son rôle est « d’analyser les éléments qui nous reviennent du marché – imprimantes usagées, pièces hors d’usage, cartouches vides, etc. – et de les synchroniser avec les besoins et les appétences de nos clients et potentiels clients. La différence avec une activité reposant sur des produits neufs est cette prise en compte de la variable que représentent ces retours du marché. » Ce qui implique d’étudier si les investissements nécessaires pour revaloriser un produit usagé (comme la construction d’une ligne de production) seront rentabilisés, ou si les machines remanufacturées seront toujours à la page sur le plan technologique. « On ne peut pas uniquement se baser sur la demande. Si elle est bien là, nous devons encore nous assurer que nous pourrons y répondre », ajoute le directeur.


« La circularité demande un engagement à long terme, les bénéfices ne seront pas immédiats, mais ils seront impactants. »

Xavier Battinger, directeur du département Business Management & Development

Pour cela, Ricoh a « créé un maillage pour s’alimenter en matière première secondaire, principalement via le réseau de notre propre groupe. Si nous devons importer certains matériaux, nous faisons appel à des fournisseurs remplissant nos critères environnementaux et sociaux. » C’est grâce à cela qu’elle peut par exemple proposer une gamme CE (Circular Economy) d’imprimantes, fabriquées à partir de 86% de matériaux réutilisés et recyclés, qui offrent des performances identiques à celles de modèles neufs, tout en réduisant jusqu’à 50% leur empreinte carbone.

Quelle que soit la gamme, les imprimantes de l’entreprise d’origine japonaise proposent dans tous les cas des fonctionnalités durables, comme des modes économie d’énergie, l’impression light qui utilise moins de toner, l’option double page pour imprimer plusieurs pages sur une même feuille ainsi qu’un temps de chauffage optimisé pour réduire la consommation d’énergie.

La circularité comme valeur ajoutée

Cependant, tout le monde n’est pas encore convaincu. « Certains pensent qu’un produit recyclé ou circulaire est déclassé, qu’il devrait donc être beaucoup moins cher qu’un produit neuf » Xavier Battinger explique : « l’automatisation d’une ligne de production est par exemple plus compliquée techniquement à mettre en place pour un produit circulaire en raison de la variabilité de la qualité de la matière première secondaire, ce qui représente plusieurs défis industriels. Nous sommes également implantés en Europe pour garantir que nos machines sont refabriquées dans les meilleurs conditions, ce qui nous permet de proposer des produits réellement vertueux au Grand-Duché. Nous relevons tous ces défis et notre gamme CE permet d’allier un prix compétitif avec des valeurs environnementales et sociétales fortes. »


« Les entreprises doivent être conscientes de l’impact de leurs arbitrages en termes de politique d’achat. Se poser des questions est la première étape pour s’améliorer. »

Xavier Battinger, directeur du département Business Development

Au-delà de la vente de matériel bureautique, le conseil est une partie intégrante du travail des équipes de Ricoh. « Il est primordial que la durabilité fasse partie intégrante de la stratégie d’une entreprise », affirme le directeur. « Au Luxembourg, nous accompagnons nos clients pour faire de leur politique d’achat un marqueur de cet engagement. Il faut changer d’état d’esprit car la circularité est une vraie valeur ajoutée pour l’entreprise, sa performance et son ambition. » Véritablement passionné par son sujet, il conclut en disant que « cette prise de conscience doit dépasser les limites de l’entreprise. Elle est capitale, elle est en route et elle continuera avec les nouvelles générations. »

Léna Fernandes
Photos : Eve Millet / Picto

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Nouveau règlement sur les batteries, nouvelles initiatives chez Ecobatterien
Nouveau règlement sur les batteries, nouvelles initiatives chez Ecobatterien

En Europe les batteries sont liées à de nombreux enjeux : empreinte carbone, approvisionnement en matières premières ou encore énergie. Elles font l’objet d’une réglementation spécifique, applicable à Ecobatterien, asbl luxembourgeoise chargée de leur collecte et de leur traitement, une fois qu’elles sont devenues des déchets.

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En 2023, un nouveau règlement européen sur les batteries a vu le jour, notamment pour garantir que celles-ci « seront collectées, réutilisées et recyclées dans une large mesure au sein de l’Union européenne (UE) », indique la synthèse du texte.

Une des innovations concerne la classification des batteries. Andy Maxant, directeur d’Ecobatterien, explique : « La technologie a évolué, le texte définit désormais cinq catégories de batteries – portables, moyens de transport légers (MTL), industrielles, SLI (démarrage/éclairage/allumage), et véhicules électriques (VE) – alors que l’ancien règlement de 2006 n’en fixait que trois. Il ne distinguait ni les VE, ni les MTL. » Prévoyante, l’association a adapté son système en amont de l’entrée en vigueur de la disposition.

Collecter plus, trier mieux

« Des objectifs plus ambitieux sont imposés en termes de collecte et de recyclage », poursuit le directeur. Pour atteindre un taux de collecte plus élevé, Andy Maxant mise notamment sur les batteries encore mal triées par les foyers luxembourgeois. Dans son Analyse nationale des déchets ménagers 2021/2022, l’Administration de l’environnement (AEV) a relevé qu’environ environ 13,2 tonnes de batteries se retrouvaient dans les déchets résiduels (la poubelle noire) chaque année. Lors de l’analyse 2024/2025, cette quantité est passée à environ 9,09 tonnes par an.* C’est autant de batteries dont l’association pourrait assurer le traitement.

Au-delà d’atteindre les taux minimums imposés par l’UE, cette thématique soulèvent d’autres enjeux. « Les batteries sont considérées comme des déchets dangereux », indique Andy Maxant, « car elles contiennent des métaux lourds et des substances toxiques qui ont un impact nocif sur la santé humaine et l’environnement. » Elles peuvent aussi être à l’origine d’incendies, en cas de choc (stress mécanique) ou de contact entre les pôles de deux batteries (stress chimique). « Des contraintes de sécurité sont donc imposées dans les lieux qui les récupèrent. Par exemple, dans les centres de tris, on met du scotch sur les pôles pour les neutraliser. Dans les magasins distributeurs, on met de la vermiculite dans les conteneurs de collecte, un minéral qui empêche le contact entre les batteries. »


« Au niveau européen, une des grandes thématiques est l’accès aux matières premières secondaires, c’est-à-dire issues du recyclage de déchets ou de produits usagés, dont les batteries font évidemment partie. »

Andy Maxant, directeur d’Ecobatterien

Concernant le recyclage, « nous travaillons avec des sous-traitants, des usines de recyclage en France et en Allemagne pour lesquelles nous avons dû faire des audits. Dans tous les cas, ils devront innover pour s’adapter aux objectifs européens s’ils ne veulent pas perdre leurs clients », déclare le directeur.

Sur ce point, l’enjeu est relatif aux ressources. Les batteries contiennent des matériaux rares, dont l’extraction est coûteuse. En plus des problématiques environnementales et sociales que soulève ce marché, il s’agit pour l’UE de renforcer « la sécurité de [son] approvisionnement en matières premières et en énergie, tout en améliorant [son] autonomie stratégique et [sa] compétitivité », avance la synthèse.

Et en 2027, un nouveau défi s’annonce pour Ecobatterien : le début de la collecte des batteries de VE. « Là, on ne parle plus du même type de batterie, ce sont d’autres challenges, logistiques notamment », annonce le directeur. « Nous sommes en train de lancer un appel d’offres pour trouver des opérateurs qui pourront s’en charger pour notre compte. »

Mission sensibilisation

Un autre volet du règlement pose des exigences en matière d’informations, dans une volonté de transparence sur l’ensemble du cycle de vie des batteries. Andy Maxant précise : « Les producteurs doivent fournir ces informations aux distributeurs, qui doivent ensuite les transmettre aux utilisateurs finaux. Elles concernent les bonnes pratiques pour prolonger la durée de vie des batteries, favoriser leur réemploi, leur réaffectation, leur remanufacturage ou encore les consignes de sécurité pour la manipulation des déchets de batterie. »

- © Ecobatterien

Au Luxembourg, c’est in fine Ecobatterien qui hérite de cette tâche, puisqu’elle endosse les obligations légales à charge des producteurs de batteries. Le conseil d’administration de l’asbl a alloué un budget supplémentaire afin qu’elle puisse remplir cette mission. « Début 2026, nous avons lancé une campagne de communication, en français, luxembourgeois et allemand, pour sensibiliser le grand public sur l’importance de correctement trier les déchets de batteries parce qu’ils représentent des ressources essentielles pour la transition vers une économie plus durable. »

Léna Fernandes
Portrait d’Andy Maxant : © Picto / Fanny Krackenberger

* Si ces résultats montrent une diminution de la quantité de batteries éliminées via les déchets résiduels, l’AEV précise cependant qu’il « convient de rester prudent dans l’interprétation de cette évolution, les quantités concernées étant relativement faibles d’un point de vue statistique, ce qui peut entraîner certaines variations d’une analyse à l’autre. »

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Vinçotte Luxembourg et Atoz marient bilan carbone et audit énergétique
Vinçotte Luxembourg et Atoz marient bilan carbone et audit énergétique

Au Luxembourg, l’audit énergétique et le bilan carbone partagent en partie les mêmes données de départ. Atoz et Vinçotte ont uni leurs expertises pour proposer une offre commune, plus rapide et éligible à des aides publiques pouvant couvrir jusqu’à 80 % des coûts.

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Décrocher un financement bancaire, répondre à un appel d’offres, respecter une obligation légale : les entreprises luxembourgeoises sont de plus en plus nombreuses à devoir produire un audit énergétique, un bilan carbone, ou les deux à la fois. Jusqu’ici, ces deux exercices imposaient de solliciter deux prestataires distincts, chacun avec sa propre méthode de collecte de données. Atoz et Vinçotte Luxembourg ont choisi de changer la donne en réunissant leurs expertises au sein d’une mission commune.

Une même collecte de données, deux expertises

« Il s’agit d’un véritable partenariat avec Atoz », explique Gauthier Baudoin, operations manager chez Vinçotte Luxembourg. « Les deux sociétés disposent en effet d’une expertise qui leur est propre. Atoz sur le volet ESG, notamment le bilan carbone, et Vinçotte sur la réalisation d’audits énergétiques. » Or, la base de travail reste largement la même d’une étude à l’autre. Les deux s’appuient sur les factures, les données de consommation, ou encore les données techniques des bâtiments.

Mike van Kauvenbergh, directeur d’Atoz, précise la répartition des rôles. « L’audit énergétique va analyser les consommations d’énergie au sein de l’entreprise, les bâtiments, les processus, le parc de véhicules, afin de déterminer comment réduire cette consommation. » Le bilan carbone, lui, couvre un périmètre plus large, réparti en trois scopes : les émissions directes, celles liées à l’énergie achetée, et celles, souvent les plus importantes, qui proviennent des activités amont et aval de l’entreprise, du transport aux achats en passant par les déplacements des employés. « Pourquoi faisons-nous ça ensemble ? Parce qu’il y a cette synergie au niveau de la collecte des données. Elle permet de réaliser le travail une seule fois et pas deux. C’est un gain de temps, de stress et de précision », résume Mike van Kauvenbergh.

Sur le terrain, cette mutualisation change concrètement la donne. « Cette synergie permet de réduire significativement le temps et le nombre d’échanges avec les différents acteurs, notamment sur la partie du recueil des données. Une seule demande centralisée est nécessaire afin de récupérer l’ensemble des informations », confirme Francis Baldo, auditeur énergétique chez Vinçotte Luxembourg. Les données de consommation de carburant récoltées pour le bilan carbone servent ainsi à orienter l’audit énergétique sur le volet transport, avec des pistes concrètes comme le covoiturage ou le passage à l’électrique.

Jusqu’à 80 % de subventions encore peu sollicitées

L’argument économique pèse lourd dans cette offre commune. Le programme Fit 4 Sustainability, porté par Luxinnovation, prend en charge une partie des frais de consultance liés à ces études : jusqu’à 80 % pour les petites entreprises, 70 % pour les moyennes, 60 % pour les grandes. Mais chaque prestation prise isolément doit dépasser un seuil minimal pour être éligible : 7.500 euros pour une petite entreprise, 10.000 euros pour une entreprise moyenne. Des montants que le bilan carbone ou l’audit énergétique atteignent rarement seuls. « Si on les réunit ensemble dans une seule mission, ils sont éligibles pour avoir 70 % d’aide étatique », observe Mike van Kauvenbergh.

Pourtant, ce mécanisme reste assez méconnu et sous-utilisé. « C’est vraiment dommage, d’autant plus que cette thématique est omniprésente et que ces aides représentent un réel avantage pour les entreprises. Cela est encore plus vrai cette année, puisque les aides ont été augmentées de 10% dans chaque catégorie », précise le directeur d’Atoz ESG Solutions.

Un déroulé pensé pour limiter les frictions

Si la collecte des données constitue une base commune à la réalisation des deux missions, celles-ci sont réalisées de manière indépendante. L’audit énergétique va notamment consister en la réalisation d’une visite des installations et du bâtiment, pouvant durer un à plusieurs jours selon la superficie du bâtiment et la complexité des installations. En fonction des données disponibles ou non, il peut être nécessaire de procéder à des mesures complémentaires sur site pour pouvoir analyser les postes de consommation et pistes d’économie d’énergie.

Le bilan carbone, lui, est davantage étalé dans le temps, généralement entre deux et trois mois, le temps que les données remontent des différents services de l’entreprise cliente.

Bien qu’indépendantes, les deux missions se heurtent aux mêmes obstacles. « Une des principales difficultés rencontrées concerne le manque de données précises, voire l’absence pure et simple de données », relève Gauthier Baudoin. « Qu’il s’agisse de l’absence de sous-compteurs d’énergie, de la difficulté d’accès aux centrales de Gestion Technique Centralisée ou de la non-transmission de données détenues par des tiers, le manque de données constitue généralement le premier levier à actionner pour réaliser rapidement et efficacement des économies. »

Reste que l’enjeu dépasse la seule conformité réglementaire. Les banques, les grands donneurs d’ordre et les appels d’offres réclament de plus en plus ces chiffres à leurs fournisseurs. « C’est un enjeu important auquel les entreprises doivent se préparer, notamment en vue de la future taxe carbone. Les mécanismes mis en place tels que le Fit 4 Sustainability sont une aubaine à côté de laquelle il ne faut pas passer », conclut Mike van Kauvenbergh.

Le QR code accompagnant cet article renvoie vers un whitepaper rédigé conjointement entre Atoz et Vinçotte, expliquant les synergies et les avantages économiques pour les entreprises luxembourgeoises en matière d’audit énergétique et bilan carbone.

Sébastien Yernaux
Portrait : © Vinçotte Luxembourg
Légende photo : Gauthier Baudoin et Mike van Kauvenbergh

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LuxHyVal : l'hydrogène vert luxembourgeois prend forme
LuxHyVal : l’hydrogène vert luxembourgeois prend forme

À Bascharage, Enovos construit la première Hydrogen Valley du Luxembourg. Mise en service prévue dès 2027, pour décarboner industrie et mobilité. Anouk Hilger et Yves Reuter détaillent ce projet pilote.

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L’hydrogène vert s’apprête à faire son entrée dans le paysage énergétique luxembourgeois. Porté par Enovos, le projet LuxHyVal (Luxembourg Hydrogen Valley) vient de franchir une étape décisive avec sa décision finale d’investissement, validant le lancement de la phase de réalisation. Une unité de production de 5 MW verra le jour à Bascharage, avec un objectif clair : fournir de l’hydrogène renouvelable à des clients industriels et de la mobilité dès 2027.

Pour Enovos, exclusivement positionné sur la production d’énergie renouvelable, ce projet répond à une logique précise. « L’hydrogène vert doit être utilisé là où il apporte une vraie valeur ajoutée, notamment lorsque l’électrification directe atteint ses limites. Il vient compléter les solutions renouvelables existantes, sans remplacer des technologies plus efficaces pour certains usages, comme les pompes à chaleur dans le résidentiel », explique Anouk Hilger, head of BU Renewable Energies Luxembourg chez Enovos. Certains usages, comme les voitures individuelles ou le chauffage résidentiel, resteront hors du champ de l’hydrogène, Enovos misant plutôt sur les pompes à chaleur pour ces secteurs.

Un consortium construit autour de besoins réels

Le projet trouve son origine en 2023, avec la constitution d’un consortium réunissant 19 partenaires issus de sept pays : université, producteurs d’énergie, futurs clients et établissements de recherche européens. Cette configuration initiale s’est révélée déterminante, comme le souligne Yves Reuter, senior project manager chez Enovos. « Le fait d’avoir intégré les futurs clients dès la constitution du consortium a été un facteur clé. Cela nous a permis de construire le projet autour d’un besoin réel de décarbonation. Cette présence des utilisateurs finaux dès le départ a fortement facilité le passage d’un concept européen à un projet industriel concret », explique-t-il. « Nos clients voulaient décarboniser. Nous étions prêts à livrer l’hydrogène. Donc, dès le départ, nous étions réunis vers ce but. »

Parmi ces clients (ou offtakers), figurent Sales Lentz, le Syndicat TICE (syndicat des transports publics dans le canton d’Esch-sur-Alzette) et Ceratizit, producteur de matériaux durs. Ce dernier illustre la nécessité d’une alternative bas carbone. L’hydrogène disponible actuellement sur le marché, dit gris, provient du gaz naturel et génère environ dix kilos de CO2 par kilo d’hydrogène produit. « Il n’y a pas d’alternative », souligne Yves Reuter, tout en reconnaissant la nature énergivore du procédé d’électrolyse. « L’électrolyse consomme effectivement beaucoup d’électricité, et il faut être transparent sur ce point. C’est pourquoi l’hydrogène vert doit être réservé aux usages où l’électrification directe n’est pas réaliste ou pas suffisante. À terme, le rendement global pourra encore être amélioré si l’on valorise aussi les coproduits de l’électrolyse, notamment l’oxygène et la chaleur. Dans le cas de LuxHyVal, cette valorisation n’est pas encore intégrée à ce stade, mais elle fait partie des pistes intéressantes pour de futurs développements. »

Le choix de Bascharage répond à une logique géographique précise. « Sales Lentz est situé sur la même commune. Le TICE n’est pas très loin non plus », détaille Yves Reuter. La localisation permet également de desservir efficacement les deux sites de Ceratizit, à Mamer et à Niederkorn, dans un zoning industriel doté d’infrastructures électriques déjà existantes.

Un calendrier serré et des contraintes réglementaires précises

Entre l’obtention des subsides européens via le programme Horizon Europe et le soutien national inscrit dans le Plan national intégré en matière d’énergie et de climat (PNEC), le projet a suivi un parcours administratif structuré. « Le ministère a publié une stratégie hydrogène. Suite à cela, ils ont lancé cet appel à projets auquel nous avons participé et nous avons obtenu des subsides », rappelle Yves Reuter. Les subsides nationaux ont été accordés en juin 2025, ouvrant la voie à la procédure d’achat de l’installation, finalisée en mars 2026 avec la décision finale d’investissement.

Côté production, l’unité visera environ 330 tonnes d’hydrogène par an, soit une tonne quotidienne en moyenne. Mais la réalité opérationnelle s’avère plus complexe, en raison du statut RFNBO (Renewable Fuels of Non-Biological Origin) recherché pour cet hydrogène. « Le statut RFNBO impose une corrélation entre la production d’hydrogène et l’électricité renouvelable effectivement disponible. En pratique, l’électrolyseur ne peut donc pas fonctionner comme une installation classique raccordée au réseau : sa production doit suivre, dans une certaine mesure, celle des actifs renouvelables associés », explique Yves Reuter. « Cette contrainte, liée au fait que la production d’hydrogène doit suivre la disponibilité réelle des installations éoliennes et photovoltaïques, implique un taux de charge moyen autour de 50 %, bien que l’installation soit techniquement capable de produire jusqu’à deux tonnes par jour. »

Anouk Hilger confirme que le calendrier reste tenu pour une mise en service fin 2027. « On a donné le Go pour la phase d’ingénierie détaillée. On progresse bien. Toutes les autorisations sont en cours et le matériel va être commandé », précise-t-elle. En parallèle, les équipes internes d’Enovos travaillent sur le monitoring continu et la maintenance pour répondre aux exigences du marché de l’hydrogène vert certifié.

Le Luxembourg s’inscrit dans un mouvement européen plus large, puisque 27 Hydrogen Valleys sont aujourd’hui recensées dans 23 pays du continent. Des disparités géographiques marquent le développement de cette filière, plus dense en Espagne, au Portugal ou en Scandinavie, là où les ressources solaires et hydrauliques sont abondantes.

Pour Enovos, LuxHyVal constitue une première étape dans la structuration d’une filière hydrogène au Luxembourg. Le démarrage des travaux est programmé pour le quatrième trimestre 2026, avec une mise en service à l’horizon 2027, ouvrant la voie aux premières livraisons d’hydrogène vert certifié destinées aux clients industriels et de mobilité du consortium.

Sébastien Yernaux
Photos : © Enovos

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À Mersch, le béton recyclé s'invite dans la construction publique
À Mersch, le béton recyclé s’invite dans la construction publique

Et si les bâtiments de demain naissaient des matériaux d’hier ? À Mersch, le futur Centre de conférences Grand-Duc Guillaume fera partie des premiers bâtiments publics à intégrer du béton recyclé à grande échelle. Un choix assumé par la commune pour réduire l’usage de ressources naturelles et expérimenter de nouvelles pratiques constructives.

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Longtemps considérés comme de simples déchets, les gravats issus des démolitions pourraient bien devenir l’une des ressources stratégiques de la construction de demain. À Mersch, cette transition prend déjà forme à travers le futur Centre de conférences Grand-Duc Guillaume, un projet porté par la commune qui entend conjuguer ambitions culturelles et exigences environnementales.

Prévu pour 2029, l’équipement comprendra notamment une salle des fêtes de 400 places, un auditorium de 250 sièges, plusieurs espaces multifonctionnels ainsi qu’une vaste zone modulable destinée aux congrès et manifestations culturelles. Mais au fil de la conception, le projet a progressivement pris une autre dimension.

« Nous voulions créer un bâtiment exemplaire, non seulement sur le plan architectural mais aussi en matière de durabilité. Très tôt, nous avons élargi notre réflexion à l’ensemble du cycle de vie du bâtiment afin d’identifier les solutions les plus pertinentes pour limiter son impact environnemental », explique Anna Gidt, chef d’unité Structures chez Schroeder & Associés.

Accompagnée par une équipe pluridisciplinaire réunissant architectes, ingénieurs et spécialistes de l’énergie, la commune a alors décidé d’explorer une voie encore peu empruntée au Luxembourg : l’utilisation du béton recyclé dans des éléments structurels majeurs du bâtiment.

Le principe consiste à remplacer une partie des granulats naturels traditionnellement utilisés dans la fabrication du béton par des granulats issus du concassage de matériaux de déconstruction. Une manière de réduire l’extraction de sable et de gravier tout en donnant une seconde vie à des ressources déjà présentes sur le territoire. « Il ne s’agit pas seulement de réduire les déchets de chantier. Les matériaux provenant d’anciens bâtiments peuvent retrouver une place dans de nouvelles constructions. C’est une approche qui s’inscrit pleinement dans les principes de l’économie circulaire », poursuit Anna Gidt.

Le défi du passage à l’échelle

Sur le chantier, les mélanges de béton intègrent entre 15 % et 25 % de granulats recyclés selon les contraintes techniques des différents ouvrages. Murs, cages d’escaliers et dalles sont notamment concernés. Au total, près de la moitié du volume de béton du projet incorporera des matériaux recyclés.

« Pour ce bâtiment, nous avons pu économiser environ 300 tonnes de granulats naturels. L’intérêt principal réside dans la réutilisation et la revalorisation de ressources locales qui existaient déjà. Nous démontrons qu’un matériau longtemps considéré comme un déchet peut redevenir une matière première de construction », souligne Lynn Lecorsais, associée et chef de service Bâtiments et Ouvrages d’art chez Schroeder & Associés. Contrairement à certaines idées reçues, les performances mécaniques du béton recyclé répondent aux exigences actuelles du secteur. Les adaptations concernent davantage sa mise en œuvre. « Le béton recyclé présente une teinte légèrement plus chaude et des granulats plus anguleux. Cela implique quelques ajustements dans les calculs et dans l’exécution, mais nous restons sur un matériau parfaitement compatible avec les exigences structurelles d’un bâtiment public de cette importance. »


« À Mersch, près de la moitié du volume de béton du projet intégrera des matériaux recyclés issus de la déconstruction. »

Lynn Lecorsais, associée et chef de service Bâtiments et Ouvrages d’art chez Schroeder & Associés

- © Administration communale de Mersch / Holweck Bingen Architectes

Pour les équipes impliquées, le projet constitue également un terrain d’apprentissage inédit.

« Nous découvrons ce matériau en même temps que le maître d’ouvrage. C’est un véritable laboratoire à ciel ouvert. Nous apprenons collectivement, avec la commune, les entreprises et l’ensemble des partenaires du projet », reconnaît Anna Gidt.

Une démarche qui reflète également l’ouverture de la Commune de Mersch face à des solutions encore émergentes sur le marché. Car si les bénéfices environnementaux du béton recyclé sont désormais largement documentés, son développement reste freiné par certaines réalités économiques et techniques. Les retours d’expérience à grande échelle demeurent encore limités et chaque projet nécessite des validations spécifiques.

« Le marché est encore jeune. Chaque réalisation permet d’acquérir des connaissances supplémentaires. La commune a accepté d’assumer cette part d’innovation et d’investir dans une approche qui dépasse les standards habituels. C’est un choix courageux qui contribue à faire avancer tout le secteur », estime Anna Gidt.

Une approche globale de la durabilité

Le béton recyclé n’est toutefois qu’un des leviers mobilisés dans le cadre du projet.

Le futur centre de conférences misera également sur une importante structure en bois, notamment pour sa toiture aux formes géométriques affirmées. L’enveloppe du bâtiment a été conçue pour optimiser les apports solaires en hiver tout en limitant les surchauffes estivales. Des panneaux photovoltaïques, une toiture végétalisée, un chauffage par le sol, des plafonds rafraîchissants ainsi que l’utilisation combinée de la géothermie et d’un stockage thermique par glace viendront compléter cette stratégie énergétique.

« La commune a fait preuve d’une réelle volonté d’aller plus loin. Les choix réalisés tout au long du projet témoignent d’une ambition cohérente : réduire l’impact environnemental global du bâtiment sur l’ensemble de son cycle de vie », souligne Lynn Lecorsais.


« Les gravats issus des démolitions ne sont plus seulement des déchets : ils deviennent progressivement une ressource pour construire les bâtiments de demain. »

Anna Gidt, chef d’unité Structures chez Schroeder & Associés

Lynn Lecorsais et Anna Gidt
Lynn Lecorsais et Anna Gidt - © Schroeder & Associés

Au-delà de ses performances techniques, le futur Centre de conférences Grand-Duc Guillaume pourrait ainsi jouer un rôle de démonstrateur pour l’ensemble du secteur de la construction luxembourgeois.

Alors que les bâtiments arrivant en fin de vie représentent un gisement considérable de matériaux réutilisables, le projet de Mersch montre qu’une autre approche est possible. « Si nous voulons construire durablement, nous devons apprendre à bâtir avec les ressources que nous avons déjà à disposition. Les matériaux issus de la déconstruction peuvent devenir ceux de demain. Ce projet nous donne l’occasion de le démontrer concrètement », conclut Lynn Lecorsais.


Les partenaires du projet

  • Maître d’ouvrage : Administration communale de Mersch
  • Pilotage : LuxStrategy
  • Architecture : Holweck Bingen Architectes
  • Stratégie énergétique : Transsolar KlimaEngineering
  • Ingénierie et réalisation : Schroeder & Associés, Greisch Luxembourg, InCA Ingénieurs Conseils Associés, Steffen Holzbau, Prefalux, Rinnen Constructions générales, Solid.

Texte par Schroeder & Associés
Copyright photos : Administration communale de Mersch / Holweck Bingen Architectes

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Circularité : de nouvelles compétences pour une nouvelle économie
Circularité : de nouvelles compétences pour une nouvelle économie

Michel Wilwert est gestionnaire de formation en développement durable, résilience et régénération au Centre national de formation professionnelle continue (CNFPC). Il explique pourquoi l’acquisition de nouvelles compétences est essentielle au développement de l’économie circulaire.

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Quel rôle peut jouer la formation professionnelle continue dans la transformation de l’économie ?

La transformation de l’économie ne dépend pas uniquement des nouvelles technologies, des réglementations ou des infrastructures, elle repose aussi sur le facteur humain. La formation professionnelle permet d’accompagner les entreprises, les communes, les administrations et les acteurs locaux face à de nouveaux enjeux : économie circulaire, transition énergétique, digitalisation, réparation, réutilisation des ressources, plateformes locales ou encore économie du partage.

Au CNFPC, l’objectif n’est pas de répondre à ces transformations par une seule formation isolée, mais de proposer un ensemble cohérent de formations permettant d’accompagner les différents métiers et secteurs concernés.

Pourquoi l’économie circulaire est-elle un sujet important pour la formation professionnelle ?

L’économie circulaire demande des savoir-faire très concrets : mieux connaître les matériaux, prolonger leur durée de vie, réparer, entretenir, démonter, réemployer, documenter et organiser des circuits locaux. Les métiers techniques, la construction, les services communaux, les entreprises locales et les responsables de projets doivent disposer de ces compétences pour adapter leurs pratiques.

Quels types de compétences sont essentiels dans cette nouvelle économie ?

Il y a d’abord les compétences techniques : connaissance des matériaux, maintenance, réparation, assemblage, entretien des infrastructures, gestion des espaces verts ou encore techniques liées à la construction durable.

Il y a ensuite les compétences numériques : collecte et analyse de données, visualisation, plateformes locales, outils d’aide à la décision, intelligence artificielle ou tableaux de bord.

Enfin, il y a les compétences transversales : gestion de projet, coordination entre acteurs, communication, organisation de nouveaux services et accompagnement du changement.


« Une économie plus circulaire, plus locale et plus résiliente a besoin de compétences. Le rôle du CNFPC est d’accompagner cette montée en compétences, en lien avec les besoins réels du terrain et avec les partenaires qui font avancer ces sujets. L’enjeu n’est pas seulement de former à de nouveaux métiers, mais aussi de faire évoluer les métiers existants pour qu’ils puissent répondre aux défis de demain. »

Michel Wilwert, gestionnaire de formation au CNFPC

Le CNFPC travaille-t-il uniquement à partir d’un catalogue de formations existant ?

Non, nous développons également des formations sur mesure, à la demande, afin de répondre aux besoins réels du terrain. L’objectif est de partir d’une situation concrète : quels sont les défis rencontrés ? Quelles compétences manquent ? Quels publics doivent être accompagnés ? À partir de cette analyse, nous pouvons construire des modules adaptés, des ateliers pratiques, des formations courtes, des parcours blended learning ou des accompagnements plus ciblés.

Cette approche repose aussi sur de nombreux échanges avec des partenaires et experts, comme Circular Innovation Hub, le LIST, des bureaux d’études, des institutions publiques ou des spécialistes techniques.

Pouvez-vous donner des exemples de projets concrets dans lesquels le CNFPC est actif ?

Le CNFPC est actif dans différentes démarches liées à l’économie circulaire, à la réutilisation des ressources, à la construction durable, à la biodiversité intégrée dans l’architecture et au développement de nouvelles compétences.

Nous accompagnons également des communes qui mettent en place des projets durables concrets, par exemple liés à la planification territoriale, à l’entretien des infrastructures ou à l’évolution des pratiques de fonctionnement.

Enfin, le CNFPC est impliqué, directement ou indirectement, dans différents projets européens davantage orientés vers la résilience climatique, l’adaptation aux changements climatiques et la gestion durable des ressources.

Quel lien voyez-vous entre réparation, maintenance et transition écologique ?

Réparation, maintenance et transition écologique sont étroitement liées, car elles remettent en question notre rapport à la consommation. Réparer et maintenir, ce n’est pas seulement éviter de jeter : c’est reconnaître la valeur des ressources déjà extraites, des objets déjà produits et des infrastructures déjà construites.

Dans une logique de transition écologique, la priorité n’est pas toujours de remplacer par du neuf, même plus performant, mais d’optimiser l’existant, de prolonger sa durée d’utilisation et d’en augmenter la valeur d’usage. Cela permet de réduire la consommation de matières premières, l’énergie grise, les déchets et la dépendance à des chaînes d’approvisionnement lointaines.

La réparation et la maintenance deviennent ainsi des compétences stratégiques pour une économie plus circulaire, plus sobre et plus résiliente. Elles contribuent aussi à revaloriser les savoir-faire techniques locaux, souvent invisibles, mais essentiels pour faire fonctionner durablement nos bâtiments, nos équipements, nos machines et nos infrastructures.

Les plateformes locales et l’économie du partage peuvent-elles créer de nouvelles opportunités ?

Oui, surtout à l’échelle locale. Une plateforme peut permettre de mutualiser des outils, des matériaux, des espaces, des compétences ou des services. Mais pour qu’elle fonctionne et crée des opportunités, il faut des personnes avec des compétences numériques, organisationnelles, relationnelles, techniques et de gestion de projet. C’est ce qui permettra d’animer, d’organiser la logistique, de garantir la qualité, de créer de la confiance entre les acteurs et d’assurer le développement de celle-ci.

Propos recueillis par Léna Fernandes
Photos : © CNFPC

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Plant-C, la biodiversité en projets
Plant-C, la biodiversité en projets

Fondée à Gembloux en 2020, la société wallonne Plant-C accompagne agriculteurs, forestiers, communes et entreprises dans des projets de plantation. Rencontre avec son cofondateur Lucas Gossiaux, qui envisage un développement vers le Luxembourg.

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Six personnes, un réseau de prestataires solide et une méthode rodée : Plant-C s’apprête à fêter ses six années d’existence. Fondée à Gembloux par une biologiste, un bio-ingénieur et un géographe, la structure traduit en actions concrètes l’envie de planter, de restaurer des zones humides ou de reboiser des parcelles fragilisées par les maladies forestières. « On offre aux entreprises des solutions d’engagement en faveur de la biodiversité et de l’adaptation du territoire au réchauffement climatique », résume Lucas Gossiaux, cofondateur de Plant-C.

Un triptyque entre terrain, expertise et entreprises

L’activité se décline en plusieurs missions. D’un côté, des projets de biodiversité menés sur le foncier des entreprises elles-mêmes. De l’autre, une mission plus ancienne, aux côtés du monde agricole et forestier. « Ce sont des publics qui ont la particularité parfois de manquer de temps, d’expertise, de moyens. Nous, on monte ces projets et on se tourne vers les entreprises qui ont des programmes de responsabilité sociétale pour les cofinancer. » Un troisième pan, réalisé pour les pouvoirs publics, porte sur des missions de conseil pour limiter les coulées de boue ou adapter le territoire au changement climatique.

Pour mettre en œuvre ces projets, Plant-C s’appuie sur un réseau de prestataires actifs en Wallonie et de plus en plus en Flandre. « On négocie des volumes avec eux, on arrive à avoir des tarifs intéressants, et typiquement, quand on répond à des marchés publics, ça arrive qu’on le remporte sur le prix, parce qu’on massifie un peu les travaux. » Certains projets génèrent aussi des crédits carbone, sans que ce soit une fin en soi. « Si c’est une manière et un bon levier pour mener des projets qui ont du sens, on le fait aussi. »

Ce fonctionnement repose sur un équilibre entre trois acteurs : les agriculteurs et forestiers qui portent les projets, l’expertise apportée par Plant-C, et les entreprises qui les financent. Lucas Gossiaux y voit une manière de faire coïncider intérêt économique et retombées locales, « que ce soit parce que ça se situe au sein de leur chaîne de valeur ou en dehors, ou parce qu’elles ont simplement envie que leur prospérité transpire un peu sur le territoire avoisinant. »

Le Luxembourg en ligne de mire

Après avoir consolidé son ancrage wallon puis flamand, Plant-C regarde désormais vers le Grand-Duché. « Notre métier est fort lié au terrain, donc ce n’est pas raisonnable de se dire qu’on va partir à des centaines de kilomètres d’ici, mais pourquoi pas mener des projets au Luxembourg, ça nous parlerait bien. »

Lucas Gossiaux observe une prise de conscience progressive autour de la biodiversité et du développement durable, portée à la fois par les entreprises et par le rappel des réalités climatiques. Il ne cache pas les obstacles à surmonter avant de s’implanter, entre différences réglementaires et culturelles. « À chaque fois, c’est un défi. Parfois ce sera peut-être un défi linguistique, un peu culturel, mais enfin, ça reste quand même un pays très ouvert de par sa multiculturalité. Le pays a une manière de faire qui est intéressante. On a donc matière à s’enrichir, et pourquoi pas essayer de se faire une petite place. »

Sébastien Yernaux
Photos : © Plant-C

Au Bénin, l'économie du partage, moteur de développement
Au Bénin, l’économie du partage, moteur de développement

L’économie du partage ne date pas du numérique : elle structure depuis longtemps les échanges. En renforçant ces pratiques de coopération, le projet soutenu par la Fondation Follereau Luxembourg (FFL) favorise l’emploi, la création de valeur et l’autonomisation des femmes.

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Si les plateformes numériques facilitent aujourd’hui le partage local, en Afrique de l’Ouest, les principes de l’économie collaborative font partie du quotidien depuis des générations. Mutualisation des terres, entraide lors des récoltes, partage des équipements agricoles ou achats groupés : ces pratiques communautaires constituent depuis longtemps un véritable modèle économique fondé sur la solidarité et la coopération.

« Mutualiser plutôt que posséder »

Cette réalité fait écho aux initiatives d’économie collaborative promues aujourd’hui au Luxembourg. Si les outils diffèrent, la philosophie reste la même : créer davantage de valeur en partageant les ressources plutôt qu’en les possédant individuellement.

Dans les zones rurales du Bénin, cette logique n’est pas issue de la révolution numérique. Elle est avant tout une réponse pragmatique aux réalités économiques. Lorsque les équipements de transformation coûtent cher, il est tout simplement impossible que chaque exploitant·e possède sa propre machine. Le partage devient alors une nécessité. Plusieurs dizaines de personnes utilisent un même équipement, organisent collectivement leur production, répartissent les coûts et partagent les bénéfices. Ici, mutualiser n’est pas une tendance : c’est la condition même du développement économique.

Les groupements de femmes illustrent particulièrement cette dynamique. Déjà structurés autour de mécanismes de gouvernance collective, de solidarité locale et de systèmes d’épargne communautaires comme les tontines, ils disposent d’une organisation qui facilite naturellement la mise en commun des ressources. Cette coopération leur permet également de surmonter plusieurs obstacles auxquels les femmes restent confrontées : un accès limité à la terre, aux financements ou encore aux infrastructures nécessaires pour développer une activité économique pérenne.

- © Fondation Follereau Luxembourg

L’enjeu n’est toutefois pas uniquement de produire. Encore faut-il trouver des acheteurs et accéder à des marchés rémunérateurs. Les plateformes locales prennent alors tout leur sens. Contrairement aux idées reçues, une plateforme ne désigne pas nécessairement une application sophistiquée, mais peut simplement prendre la forme d’un groupe WhatsApp ou d’un réseau d’échanges entre producteurs, transformateurs et acheteurs. Sa fonction reste identique : mettre en relation les acteurs, créer de la confiance et faciliter la commercialisation.


Les plateformes locales ne créent pas la coopération. Elles ouvrent de nouvelles perspectives.

Dans la commune de Tori-Bossito, au sud du Bénin, la FFL a souhaité renforcer ce volet au travers d’un projet de promotion des emplois ruraux. Le projet est né d’un double constat : le territoire dispose d’importantes opportunités économiques, mais les populations rurales manquent souvent des formations, des équipements et des réseaux nécessaires pour transformer ces opportunités en emplois durables.

Le projet accompagne ainsi l’émergence d’entreprises agricoles et agroalimentaires en renforçant les compétences locales, en favorisant une gestion durable des ressources naturelles et en développant des réseaux innovants grâce à la création de véritables clusters agricoles. L’objectif est de faire émerger une agriculture familiale rentable, capable de produire davantage de valeur ajoutée localement tout en adoptant des pratiques respectueuses des sols et mieux adaptées aux évolutions climatiques.

L’exemple de la culture d’ananas illustre cette stratégie. Plutôt que de vendre uniquement des fruits bruts, le projet accompagne les groupements de femmes dans la transformation du jus d’ananas, favorise la création de nouvelles coopératives et appuie les productrices afin de structurer leurs activités, notamment dans l’achat et le partage d’unités de transformation. Les groupements sont ensuite accompagnés pour répondre à la demande grâce à une mise en réseau locale.

- © Fondation Follereau Luxembourg

Dans un pays où le secteur agricole demeure le premier réservoir d’emplois et l’une des principales sources de richesse nationale, de nombreuses petites exploitations ne disposent ni des connaissances techniques, ni d’équipements leur permettant de moderniser leur production et d’améliorer durablement leur compétitivité. Le projet répond précisément à ces défis en renforçant la capacité des communautés à valoriser leurs productions. La création de valeur ne se limite plus à la culture agricole, mais réside aussi dans la transformation, la commercialisation et l’organisation collective des producteur·rice·s.


Quand l’économie du partage devient un levier d’émancipation des femmes.

Au-delà des résultats économiques, cette dynamique contribue également à renforcer l’autonomisation des femmes. En améliorant leurs revenus, elles gagnent en indépendance financière, investissent davantage dans l’éducation, la santé ou l’alimentation de leur famille et participent activement au développement de leur communauté. Les richesses créées irriguent par ricochet l’ensemble de la société.

L’économie du partage devient alors bien plus qu’un simple modèle économique. Elle devient un véritable partage du pouvoir économique.

Loin d’importer un modèle occidental d’économie collaborative, le projet vient renforcer des mécanismes de coopération déjà profondément ancrés dans les territoires. À l’instar des actions initiées au Luxembourg, cette approche démontre que les solutions les plus durables reposent souvent sur un principe simple : partager les ressources, mutualiser les compétences et construire collectivement une économie plus inclusive. En Afrique de l’Ouest, ce modèle existe depuis longtemps ; les technologies et l’appui des projets de développement ne font qu’en révéler tout le potentiel.

Texte et photos par la Fondation Follereau Luxembourg

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Le collectif, la vraie prochaine ressource ?
Le collectif, la vraie prochaine ressource ?

Écosystèmes brûlés, réseaux fragilisés, corps à bout : le réchauffement climatique redéfinit nos vulnérabilités. Dans la nature, la survie collective l’emporte sur la performance individuelle. Une leçon pour nos organisations et nos quartiers.

Contribution partenaire in4green
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Cet été encore, les vagues de chaleur rappellent que le climat ne bouleverse pas seulement les paysages : il met à l’épreuve nos façons de vivre. Les logements mal isolés deviennent des pièges thermiques. Le béton et l’asphalte transforment nos villes en îlots de chaleur. Les rails se dilatent, les chaussées fondent, les clims elles-mêmes surchauffent face à l’effort. Et notre corps, cette mécanique réglée à 37°C, atteint ses limites physiologiques : déshydratation, épuisement thermique, coup de chaleur.

Le constat est sans appel : le rythme du changement et les moyens disponibles sont tels que l’adaptation ne sera pas seulement technique. Elle sera aussi, et peut-être surtout, collective.

La lecture historique, et partielle, de Darwin nous a amenés à penser nos sociétés occidentales à partir de l’idée que seuls les plus forts survivent. Or dans les forêts, les arbres partagent eau et nutriments via les réseaux mycorhiziens. Une abeille isolée ne survit pas ; c’est la ruche entière qui régule sa température et se défend. Les bancs de poissons et les nuées d’oiseaux réduisent ensemble le risque et économisent une énergie qu’aucun individu ne pourrait se procurer seul. Le bébé humain abandonné à sa naissance n’a aucune chance : dans la nature, c’est le collectif qui prime, et la compétition qui est l’exception.

Un exemple frappant : les manchots empereurs. Par -40°C, isolé, un individu ne tiendrait pas. En huddle, la colonie forme une structure vivante : les manchots en périphérie protègent ceux du centre, puis tournent, chacun accédant à son tour tantôt à la chaleur du cœur du groupe, tantôt à l’entretien de celle-ci. Aucun chef n’organise cette rotation : elle émerge du comportement collectif. Ce n’est pas un comportement programmé génétiquement, mais le fruit de l’organisation d’individus autonomes face au danger.

Cette bascule concerne aussi nos communautés, privées et professionnelles. Face aux incertitudes climatiques, logistiques ou sanitaires, les structures les plus résilientes ne seront pas les plus hiérarchiques, mais celles qui savent mobiliser l’intelligence collective et la confiance entre leurs membres. Le travail devra devenir un lieu où se construisent aussi des capacités d’entraide, pas seulement de production.

Elle concerne enfin nos quartiers et nos villages. Lors d’un accident, d’une canicule ou d’une inondation, les premiers secours viennent presque toujours des voisins, avant même les institutions. Connaître ses voisins, repérer les personnes fragiles, mutualiser un espace frais ou un équipement : ces gestes simples deviendront une infrastructure invisible, mais décisive.

L’économie circulaire, la réparation, le coworking ou les plateformes d’échange local procèdent du même réflexe : mutualiser plutôt qu’accumuler, partager plutôt que posséder. Ce sont les premiers réflexes d’une société qui réapprend que l’isolement coûte la vie et que le lien protège.

Le changement climatique nous ramène à une intuition ancienne : nous survivons moins par notre force individuelle que par notre capacité à coopérer. La question n’est plus « comment réussir ? », mais « comment faire face ensemble ? ». C’est peut-être la définition la plus juste de notre époque : refaire de la communauté humaine, la ressource d’aujourd’hui.

Texte et photo par Allagi

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