Le dernier dossier du mois

Une thématique dans chaque #DossierDuMois, avec la rédaction d’Infogreen et l’expertise de nos partenaires

Publié le 12 mars 2026
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mars 2026

Sur le terrain avec...

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Dans les coulisses de la transition
Dans les coulisses de la transition

Loin des discours et des stratégies, la transition écologique se construit d’abord dans l’action. Avec ce 73ᵉ dossier du mois, la rédaction d’Infogreen vous emmène sur le terrain à la rencontre de celles et ceux qui, par leur métier et leurs engagements quotidiens, transforment les ambitions de durabilité en réalités concrètes.

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La transition écologique est au centre de nombreux débats. Elle est régulièrement expliquée à travers des stratégies, des politiques publiques, voire des trajectoires d’acteurs importants. Pourtant, derrière cette partie émergée de l’iceberg carbure une réalité bien plus concrète, essentielle au développement positif de notre société. Celle des femmes et des hommes qui, chaque jour, font vivre la durabilité sur le terrain.

C’est précisément ce que le nouveau dossier du mois d’Infogreen, le 73e déjà, vous propose d’explorer en notre compagnie.

Pour cette édition, la rédaction a choisi de sortir des sentiers battus en vous emmenant tout près de l’action. Il ne s’agit pas d’un dossier consacré uniquement à la santé, à la biodiversité, ou encore à l’économie circulaire. L’idée est ailleurs. Nous vous invitons à partir à la rencontre de celles et ceux dont le travail consiste à transformer des ambitions en actions très concrètes. Des utopistes ? Non, des réalistes qui ont décidé de mettre leurs connaissances aux services des autres.

Car la transition ne se décrète pas. Elle se construit, pas à pas. Dans les coulisses, elle prend mille visages. Elle peut se jouer dans l’analyse précise de la performance énergétique d’un bâtiment, dans la gestion des déchets, dans la réflexion autour du réemploi de matériaux issus d’une friche industrielle, dans la formation, mais aussi dans les efforts menés au sein d’une entreprise pour réduire son empreinte environnementale. Autant de démarches souvent discrètes, mais essentielles pour faire évoluer les pratiques.

Mais la transition ne se limite pas aux aspects techniques, visibles même par les non-initiés. Elle s’incarne aussi dans des métiers où l’humain est au cœur du quotidien. Des milliers de personnes accompagnent des citoyens fragilisés, soutiennent des parcours de réinsertion, mettent en place un dialogue entre les citoyens et les politiques environnementales, ou encore créent des espaces d’entraide entre dirigeants. Des réalités journalières bien différentes, mais qui racontent toutes la même chose : la durabilité est aussi une aventure sociale et collective.

Au fil des témoignages réunis dans ce dossier, vous pourrez vous laisser guider par un fil conducteur éclairant où la transition est avant tout une affaire de pratiques. Elle se construit dans les décisions journalières, dans les essais et souvent dans les ajustements grâce à une pédagogie efficace et une écoute bienveillante. Mais surtout, grâce à une capacité à relier les idées aux contraintes du réel.

C’est ce lien que ce dossier a voulu mettre en lumière. En donnant la parole à des ingénieurs, des éducateurs, des responsables communaux, des entrepreneurs ou des experts techniques, la rédaction d’Infogreen propose une plongée dans les coulisses de la transition. Non pas à travers de grands discours, mais à travers des métiers, des expériences et des solutions concrètes. Car c’est souvent là, sur le terrain, loin des slogans et des concepts, que les grandes idées commencent réellement à prendre forme.

Sébastien Yernaux

Quatre fonctionnaires communaux qui œuvrent pour l'environnement
Quatre fonctionnaires communaux qui œuvrent pour l’environnement

Dans toutes les communes, des agents et responsables environnement œuvrent chaque jour pour faire avancer la transition écologique. De Differdange à Wiltz, en passant par Luxembourg-ville et Schifflange, quatre acteurs de terrain racontent l’évolution des politiques environnementales et une expérience marquante au contact des citoyens.

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Differdange

- © Ville de Differdange

  • Philippe Reuter
  • Fonction : responsable du service écologique
  • Ancienneté : depuis 2020

Quelle est l’évolution de la politique environnementale de la commune de Differdange ?

Elle est clairement perceptible. Ces trois dernières années, les projets se sont multipliés et les moyens alloués ont augmenté, tant en budget qu’en ressources humaines. Le service écologique est désormais impliqué très en amont dans les projets communaux, qu’il s’agisse de mobilité, d’urbanisme ou de stratégies de résilience climatique face aux vagues de chaleur ou aux fortes pluies. L’intégration de Differdange dans la mission européenne NetZeroCities a renforcé la crédibilité de notre démarche et suscité davantage de demandes de la part de la population. Les retours sont majoritairement positifs, même si certaines inquiétudes persistent, notamment en lien avec les changements d’habitudes.

Quelle est votre expérience la plus marquante sur le terrain, au contact des citoyens ?

Ces dernières années, nous avons renforcé la collaboration avec les lycées de Differdange. Les échanges avec les adolescents ont été particulièrement marquants : leur motivation et leur ouverture au changement sont impressionnantes. Ils ont pleinement conscience que nos actions concernent directement leur avenir, et leur engagement donne beaucoup de sens à notre travail quotidien.


Luxembourg-Ville

- © Ville de Luxembourg

  • Pierre Schmit
  • Fonction : délégué à l’environnement
  • Ancienneté : depuis 2006

Quelle est l’évolution de la politique environnementale de la Ville de Luxembourg ?

Le domaine de l’environnement se professionnalise davantage et la Ville de Luxembourg suit cette tendance. En interne, une fonction de délégué à l’environnement fut créée il y a 20 ans pour mieux coordonner les aspects environnementaux dans toutes les activités de la Ville. Assurée initialement par un responsable, cette mission est désormais prise en charge par une équipe de sept personnes. Avec les avancées informatiques, la Ville de Luxembourg a par ailleurs fait d’énormes progrès pour suivre l’état de l’environnement sur son territoire, dresser des bilans et réaliser des prévisions, grâce notamment à des mesures par capteurs intelligents, à l’interprétation d’images satellitaires ou encore à l’établissement de jumeaux numériques. Les budgets se sont adaptés avec la création de nouveaux subsides et la communication s’est intensifiée, notamment dans le magazine CITY.

Quelle est votre expérience la plus marquante sur le terrain, au contact des citoyens ?

Il est aujourd’hui réjouissant de constater les très nombreuses participations des citoyens aux projets participatifs de la Ville, tels que les « Apéri’tours », les repair cafés, les ateliers pour la végétalisation de façades ou encore les jardins communautaires.


Schifflange

- © Commune de Schifflange

  • Sébastien Kohn
  • Fonction : garde-champêtre
  • Ancienneté : depuis 2006

Quelle est l’évolution de la politique environnementale de la commune de Schifflange ?

La mission du garde-champêtre consiste notamment à fournir des conseils pour un entretien des espaces verts (parcs, îlots de verdure, vergers, etc.) respectueux du Pacte Nature. Dans ce domaine, je travaille en étroite collaboration avec l’équipe communale de jardinage, avec l’enteprise à vocation sociale ProActif et quelques autres entreprises externes. L’objectif est d’introduire encore plus de nature dans notre commune, principalement avec des plantes indigènes.

La surveillance de différents biotopes ainsi que de nos cours d’eau, renaturés sur toute la longueur de la commune, fait également partie de mes attributions. L’accent est mis sur la lutte contre les espèces envahissantes (renouée du Japon, impatiente de l’Himalaya, etc.) dans l’Alzette et le Kiemelbaach. La commune de Schifflange s’engage aussi activement dans la prévention des déchets. Notre règlement moderne, basé sur un système de récompenses, nous a valu dès 2018 le « European Energy Award » en or, une première pour une commune urbaine luxembourgeoise.

Au cours de mes 20 années de carrière, j’ai pu observer le développement d’une conscience collective en faveur de la protection de l’environnement et du climat.


Wiltz

- © Picto / Eve Millet

  • Charlotte Origer
  • Fonction : ingénieure environnement
  • Ancienneté : depuis 2020

Quelle est l’évolution de la politique environnementale de la commune de Wiltz ?

En dix ans, la politique environnementale de la commune de Wiltz a beaucoup changé. Quand je suis arrivée il y a un peu plus de cinq ans, j’étais la première personne engagée spécifiquement sur ces sujets, comme le Klimapakt ou le Naturpakt. Avant cela, il n’y avait pas de service environnement structuré et les projets étaient ponctuels.

Aujourd’hui, la démarche est transversale, avec une vision globale du climat, de la biodiversité et de la sensibilisation du public. La gestion des espaces verts illustre bien ce tournant : on passe d’un entretien très classique à des aménagements plus naturels, avec des fleurs locales, une tonte raisonnée, des hôtels à insectes et zéro pesticide. L’espace vert de la rue Weierwee combine vergers et pâturage de moutons, tout en jouant son rôle de zone tampon lors des fortes pluies. Les retours des habitants sont encourageants, même si l’accompagnement reste essentiel.

Quelle est votre expérience la plus marquante sur le terrain, au contact des citoyens ?

L’expérience la plus marquante a été le projet « Op Heidert », un nouveau quartier résidentiel innovant et écologique, né d’une collaboration étroite entre urbanisation, économie circulaire et environnement.

Propos recueillis par Sébastien Yernaux
Photos : Differdange, Ville de Luxembourg, Schifflange et Picto / Eve Millet

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Andy Maxant et le démontage manuel chez Ecotrel
Andy Maxant et le démontage manuel chez Ecotrel

Au Luxembourg, les déchets d’équipements électriques et électroniques finissent entre les mains d’Ecotrel. Pour en assurer le recyclage le plus optimal, l’une des étapes clés du processus suivi par l’organisme est le démontage manuel, réalisé à Bettembourg.

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Au Luxembourg, celui qui met pour la première fois un appareil électrique ou électronique sur le marché, en est responsable jusqu’à la fin de son cycle de vie, lorsqu’il devient un déchet. C’est le concept de la responsabilité élargie des producteurs. Ecotrel a été créé en 2004 pour endosser cette obligation. Après plus de vingt ans d’existence, l’organisme luxembourgeois gère l’enlèvement et le traitement des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) pour le compte de plus de 920 membres – dont 30% sont des sociétés étrangères.

Le travail d’Ecotrel commence donc par la collecte. « Nous installons des conteneurs, essentiellement dans les centres de ressources, pour pouvoir collecter les appareils en fin de vie », explique Andy Maxant, qui retrace le parcours des DEEE traités par l’organisme dont il est à la tête.

Ecotrel en chiffres
  • 5.000.000 de kilos de DEEE démontés manuellement chaque année
  • 6 à 7 minutes pour démonter une tour d’ordinateur
  • Ecotrel affiche un taux de recyclage et de réutilisation général des DEEE de plus de 89 %

Une équipe de terrain expérimentée

Les déchets comportant un circuit réfrigérant, les anciennes lampes pouvant contenir du mercure, ainsi que les anciens radiateurs à bain d’huile, pouvant renfermer du chlore, sont considérés comme « problématiques » et gérés de leur côté. « Les premiers sont envoyés dans une usine en Allemagne à 20 km de la frontière, les seconds dans le nord de la France et les derniers sont testés au Luxembourg avant d’être envoyés au recyclage. »

Les employés développent une certaine expertise avec le temps, ils savent exactement où taper pour ouvrir tel ou tel appareil.
Les employés développent une certaine expertise avec le temps, ils savent exactement où taper pour ouvrir tel ou tel appareil.

Les autres DEEE, « non-problématiques », sont séparés en quatre fractions par les équipes d’Ecotrel : les gros appareils (comme les machines à laver ou les lave-vaisselles), les petits appareils (téléphones, ordinateurs, jouets, etc.), les écrans et les friteuses. Le directeur précise : « On traite les friteuses à part, car elles sont souvent jetées avec un reste d’huile à l’intérieur. Nous récupérons cette huile pour qu’elle soit recyclée en biodiesel, en Belgique. » Pour les trois autres fractions, « nous travaillons avec PreZero Lamesch qui effectue le démontage et la dépollution manuelle à Bettembourg. »

Les téléviseurs, ordinateurs, écrans, consoles de jeux, téléphones, jouets, micro-ondes, et autres lave-linges passent alors entre les mains expertes des 18 personnes formées au démontage manuel par PreZero Lamesch. « Les employés développent aussi une certaine expertise avec le temps. Il y a par exemple une collaboratrice qui ne s’occupe que des ordinateurs depuis huit ans, donc elle sait où se trouve chaque vis à retirer pour chaque modèle », indique fièrement le directeur. « Dans certains produits informatiques par exemple, les batteries sont collées, il faut y aller avec un marteau. Nos opérateurs savent exactement où taper pour ouvrir tel ou tel smartphone et procéder à sa dépollution en récupérant la batterie sans l’endommager afin qu’elle soit traitée à part. »

Recycler plus et mieux

L’un des buts du démontage manuel est d’obtenir des fractions de matériaux plus purs à recycler, donc plus facilement valorisables. Par exemple, dans une machine à laver, on retrouve des métaux, des plastiques, du verre, des condensateurs ou encore du béton. Les carcasses des écrans cathodiques sont souvent en bois. Dans les ordinateurs, la RAM et le processeur sont très intéressants car ils peuvent contenir des métaux précieux comme de l’or ou de l’argent.

Les éléments qui composent chaque DEEE sont triés par matériaux lors du démontage manuel. Cela permet des fractions de matériaux plus purs à recycler, donc plus facilement valorisables.
Les éléments qui composent chaque DEEE sont triés par matériaux lors du démontage manuel. Cela permet des fractions de matériaux plus purs à recycler, donc plus facilement valorisables.

« Le démontage manuel permet aussi de densifier la matière, donc d’augmenter le volume de matière à transporter, et in fine, de réduire l’impact environnemental du transport. Il permet aussi d’orienter les différents matériaux directement vers des centres de traitement spécifiques. » Pour limiter encore son empreinte carbone, Ecotrel applique un principe de proximité. « Nous essayons de ne travailler qu’avec des usines de recyclage qui se situent à 300 km du Luxembourg au maximum, en France, en Allemagne ou en Belgique. Nous devons parfois faire des exceptions, comme depuis l’année dernière pour les premiers panneaux photovoltaïques qui ont commencé à arriver dans les centres de ressources et qu’on envoie à proximité de Grenoble où il y a une usine spécialisée. »

Le Luxembourg bon élève

Depuis la création d’Ecotrel, les technologies ont évolué. L’organisme a vu passer toutes les nouveautés dans ses conteneurs et a dû trouver des solutions pour garantir leur recyclage. « Une fois les périodes de garantie arrivées à terme, on a vu les premiers écrans plats arriver dans les centres de ressources. Ça a été la même chose avec les ampoules LED, qu’on a commencé à collecter vers 2017. On a d’abord stocké ces DEEE, le temps que l’industrie et les recycleurs européens s’adaptent, trouvent des solutions pour traiter ces nouvelles technologies. »


« Le cadre européen nous impose des taux de recyclage par appareil. Au Luxembourg, nous sommes largement au-dessus de ce que nous demandent les textes. »

Andy Maxant, directeur d’Ecotrel

Autre challenge, les taux de recyclage imposés – dans la directive 2012/19/UE relative aux DEEE au niveau européen et dans la loi du 9 juin 2022 relative aux DEEE au niveau national. En réalité, ce n’en est pas un problème pour Ecotrel : « Au Luxembourg, nous sommes largement au-dessus de ce que nous demandent les textes. Lorsque ces taux de recyclage seront revus, ce sera forcément à la hausse, et dans tous les cas, le secteur n’aura pas d’autre choix que de s’adapter. »

Léna Fernandes
Photos : Picto / Fanny Krackenberger
Portrait d’Andy Maxant : Ecotrel

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Les spécialistes de l'agri-photovoltaïque chez Enovos
Les spécialistes de l’agri-photovoltaïque chez Enovos

Produire de l’électricité sans retirer la terre à l’agriculture. C’est le principe de l’agri-photovoltaïque, qui combine sur une même parcelle production agricole et production solaire. À Lenningen, Enovos Luxembourg déploie un montage vertical adapté aux cultures. Patrick Jeitz, Morgane Pellae et Yann Arzani racontent les coulisses du projet.

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L’agri-PV repose sur un double usage du sol. Les panneaux ne remplacent pas l’activité agricole, ils s’y intègrent. Selon les projets, ils peuvent protéger des animaux, créer de l’ombre ou laisser circuler les machines entre les rangées. À Lenningen, des céréales continueront d’être cultivées sous les structures. Dans un pays où le foncier est rare, cette cohabitation attire l’attention.

L’écoute des besoins

Patrick Jeitz
Patrick Jeitz

Chez Enovos, tout commence par la phase de développement. Patrick Jeitz, project manager en place depuis 2012, pilote l’amont. « Je suis responsable de la phase de prospection et de développement. Je travaille à la conception du projet, en particulier du concept agricole, vérifie la faisabilité technique, prépare les demandes d’autorisations nécessaires. »

La première étape est l’écoute. « Nous analysons les besoins du fermier : que fait-il aujourd’hui sur cette surface et que souhaite-t-il y développer demain ? » L’agri-PV implique aussi de respecter les critères de biodiversité définis dans l’appel d’offres ministériel.

La faisabilité technique s’impose rapidement. « Nous évaluons avec le gestionnaire de réseau les modalités du raccordement. Si une servitude est nécessaire pour les câbles de moyenne tension, nous l’intégrons au projet. » Puis vient l’équation économique. « Nous établissons un business plan et évaluons le tarif d’injection. »

Après l’attribution, les démarches administratives s’enchaînent : autorisations environnementales, permis de construire, études spécifiques. « Nous devons même réaliser des sondages pyrotechniques pour vérifier l’absence d’anciennes munitions. » En parallèle, une société de projet est créée. « Le projet se construit avec les propriétaires et les agriculteurs, à qui une participation est proposée. Il s’inscrit dans une logique de partenariat durable, fondée sur une collaboration étroite et de long terme. »

Coordination et mise en place

Morgane Pellae
Morgane Pellae

Quand le chantier démarre, Morgane Pellae prend la main. Project manager spécialisée dans la construction depuis deux ans chez Enovos, elle intervient dès l’attribution du projet avec la sélection du prestataire. « La phase de construction commence avec le choix de l’EPC (Engineering, Procurement and Construction), l’entreprise qui réalise l’ingénierie détaillée et la centrale clé en main. »

Une fois désigné, le prestataire affine l’implantation des panneaux, les tranchées et le câblage. « Tous les documents doivent être validés avant la commande du matériel. »

Sur chantier, le suivi est régulier. « Nous organisons une réunion hebdomadaire et ajustons en fonction de la réalité du terrain. » En agri-PV, la coordination avec l’agriculteur est essentielle. « Nous travaillons sur une parcelle exploitée. Il faut intégrer ses contraintes et anticiper la mise en service avec le gestionnaire de réseau. »

À Lenningen, l’installation marque une innovation pour Enovos. « C’est notre premier montage vertical, avec deux panneaux superposés sur des pieux verticaux et des modules bifaciaux. » Ces panneaux produisent sur leurs deux faces, ce qui élargit la plage de production sur la journée. Le choix répond à une demande claire. « L’agriculteur voulait continuer à cultiver des céréales et passer avec son tracteur. Nous avons défini ensemble un écart de 12 mètres entre les rangées. »

Gestion et certification

Yann Arzani
Yann Arzani

Une fois la centrale en service, Yann Arzani en assure l’exploitation. Asset manager depuis quatre ans chez Enovos, il suit les installations sur la durée. « Je récupère les projets après la mise en service et je gère leur exploitation au quotidien. »

Son rôle consiste à maintenir la performance. « Nous surveillons les alarmes, analysons les écarts de production et intervenons dès qu’un problème apparaît. » La maintenance est structurée. « Chaque année, nous réalisons une inspection complète avec mesures électriques et contrôles thermographiques pour détecter d’éventuels points chauds. »

La période de garantie est déterminante. « Après la réception, nous entrons dans deux ans de garantie. Si tout fonctionne comme prévu, je délivre le certificat de bonne exécution. Sinon, des corrections sont demandées. »

Enovos mise sur une approche fondée sur la mesure. « Nous comparons la production réelle à une production de référence pour identifier les écarts et optimiser. » La durée de vie d’une centrale au sol est estimée entre 25 et 30 ans, à condition d’assurer la qualité de construction et un entretien régulier. Un suivi régulier de la biodiversité est également mis en place afin de garantir le respect des engagements environnementaux.

Pour Morgane Pellae, le concept agri-PV est particulièrement adapté au Luxembourg. « Il permet de produire de l’énergie tout en maintenant l’activité agricole. »

« La collaboration avec Enovos se passe vraiment très bien », confirme Daniel Lentz, l’agriculteur partenaire du projet agrivoltaïque à Lenningen. « Les échanges sont simples, directs et toujours constructifs. Ils sont ouverts et prêts à trouver des solutions, en veillant à ce que l’agriculteur puisse aussi y trouver son compte. Pour moi, c’est une expérience très positive de voir que l’aspect agricole leur tient vraiment et sincèrement à cœur. »

Patrick Jeitz, Morgane Pellae, Yann Arzani et Daniel Lentz
Patrick Jeitz, Morgane Pellae, Yann Arzani et Daniel Lentz

À Lenningen, les panneaux verticaux ne remplacent pas les champs. Ils s’y inscrivent. Une double récolte, pensée comme une coopération de long terme entre énergie et agriculture.

Sébastien Yernaux
Photos : Picto / Eve Millet

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Vincent Thomassin, ingénieur en efficacité énergétique chez COCERT
Vincent Thomassin, ingénieur en efficacité énergétique chez COCERT

Entre tests d’étanchéité à l’air et bilans carbone, Vincent Thomassin, ingénieur en efficacité énergétique chez COCERT, mesure et valide les performances énergétiques, traque les émissions de gaz à effet de serre et accompagne les particuliers et les entreprises vers des bâtiments plus durables et des pratiques plus sobres.

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COCERT – pour COnstruction CERTification – est active sur différents terrains, mais sa mission de base reste, comme son nom l’indique, le conseil en énergie. « Nous accompagnons les particuliers à chaque étape de leur projet de rénovation énergétique. Notre rôle est de les conseiller sur les différentes solutions d’isolation afin d’obtenir une performance thermique optimale pour leur habitation. Nous les aidons également à choisir les matériaux les plus adaptés afin d’éviter les risques de condensation dans les parois et de prévenir le développement de moisissures.

Pendant les travaux, nous restons aux côtés du client et assurons un suivi du chantier en collaboration avec les entreprises. Nous vérifions notamment que les isolants sont mis en œuvre conformément à nos recommandations et que les installations techniques respectent les exigences prévues.

À la fin des travaux, nous accompagnons également le client dans les démarches administratives et nous nous occupons de la libération des primes liées à la rénovation énergétique », explique Vincent Thomassin, ingénieur en efficacité énergétique.

- © Fanny Krackenberger

Du plan au chantier : traquer les fuites d’énergie

Il poursuit : « Pour les constructeurs, promoteurs ou particuliers qui travaillent avec un architecte, nous réalisons des études thermiques sur base des plans du bâtiment. En collaboration avec les différents intervenants du projet, nous développons ensemble un concept d’isolation, de chauffage, de ventilation et de production d’énergie. Tout au long du projet, nous assurons également le suivi technique du chantier, nous validons les modifications qui peuvent intervenir en cours de route et nous réalisons les études secondaires : par exemple, les calculs de ponts thermiques qui ne peuvent être réalisés qu’une fois les plans d’exécution disponibles. Nous effectuons aussi les prétests blowerdoor pour vérifier l’étanchéité du bâtiment à l’issue de la phase gros-œuvre : cela permet de trouver les éventuelles fuites tant qu’elles sont accessibles pour les corriger. Enfin, nous faisons le bloowerdoor test final et on établit le certificat de performance énergétique (CPE) as-built qui reprend le calcul des performances thermiques du bâtiment réellement construit ».

« Le défi, quand un test d’étanchéité à l’air n’est pas concluant, c’est qu’on ne peut pas partir sans avoir trouvé le problème et l’avoir résolu. Il y a des causes récurrentes : un pare-vapeur mal mis en œuvre, une gaine technique mal refermée ou encore un mauvais réglage des menuiseries. D’autres causes, plus ponctuelles, peuvent également être rencontrées : chaque chantier peut réserver son lot d’imprévus. On peut même parfois passer des heures à identifier le problème, comme cette fois où les pattes de fixation du rail d’une porte coulissante avaient été vissées dans la paroi d’une gaine technique ou cette autre fois où une importante entrée d’air provenait de la trappe de visite d’une gaine technique. L’architecte m’assurait que tout avait été correctement refermé en toiture. Nous avons donc contrôlé chaque col de cygne et chaque sortie en toiture. Après plusieurs vérifications, il a finalement fini par me demander si la laine de roche était suffisante pour assurer l’étanchéité de la gaine technique », ajoute-t-il.

Recherche de fuites
Recherche de fuites - © Fanny Krackenberger

Bilan carbone et qualité de l’air intérieur

Parmi les missions annexes de COCERT : le bilan carbone, qui est à la fois un processus permettant à une entreprise de comptabiliser ses émissions carbone et un outil lui permettant de les réduire. Sur ce plan, Vincent et ses collègues accompagnent des entreprises de tous secteurs, y compris hors du spectre d’origine de COCERT : la construction. « On commence par déterminer avec elle le périmètre de l’étude, à la fois temporel - sur une année civile, par exemple - et au niveau de ses activités. On analyse ensuite tous les flux dont l’entreprise est dépendante : les biens et services qu’elle achète, le transport de ces biens et produits, le transport des personnes… En effet, la plus grosse partie d’un bilan carbone n’est pas lié à ce que l’entreprise produit, mais à ce dont elle est dépendante. Et ce sont souvent des informations assez compliquées à récupérer. L’objectif est de connaître en profondeur l’intégralité de ses missions pour pouvoir faire l’analyse la plus précise possible et proposer ensuite les améliorations les plus pertinentes et les plus adaptées à sa situation », explique-t-il.

Une autre mission, plus récente, est l’analyse de la qualité de l’air intérieur (QAI) selon la méthode H2E. Elle vise à mesurer les teneurs en polluants présents, à travers des prélèvements. Ces polluants émanent des matériaux de construction, du mobilier ou des produits de nettoyage et ils peuvent causer des problèmes de santé plus ou moins contraignants : maux de tête, difficultés respiratoires, allergies de la peau, etc. En parallèle, et en lien direct avec la qualité de l’air intérieur, COCERT participe au développement d’une batterie de tests dédiée aux systèmes de ventilation mécanique contrôlée (VMC). Ces tests permettent d’évaluer le niveau d’encrassement des bouches et des gaines de ventilation, ainsi que celui des échangeurs thermiques et des filtres.

Mise en place d'un test d'étanchéité à l'air.
Mise en place d’un test d’étanchéité à l’air. - © Fanny Krackenberger

Transmettre les connaissances du terrain

Enfin, en complément de ces différentes prestations, Vincent dispense des formations sur l’efficacité énergétique à l’Institut de Formation Sectoriel du Bâtiment (IFSB), société sœur de COCERT. Ces formations s’adressent à l’ensemble des entreprises du secteur de la construction. Il propose également des formations dédiées aux mesures et à l’analyse du bilan carbone. Certaines de ces formations s’inscrivent dans le cadre du projet européen Carbon Coaching, qui accompagne les entreprises dans la mesure, la compréhension et la réduction de leur empreinte carbone.

Ce qui plaît à Vincent dans son métier, c’est cet aspect multifacettes : « C’est un métier qui change chaque jour et où on cumule plusieurs casquettes : le conseil aux particuliers aussi bien qu’aux entreprises, le suivi de chantier, les prélèvements sur le terrain et les calculs au bureau. On a l’occasion de suivre toute l’évolution d’un projet, de voir comment ce dont on a discuté a été mis en œuvre, de se rendre compte des difficultés de mise en œuvre aussi, car entre la théorie (le plan) et la pratique (son application sur le terrain), apparaissent souvent des problématiques qu’on n’aurait pas pu anticiper. Et on a aussi la chance, ici, à l’IFSB, de pouvoir transmettre nos connaissances à travers des formations. En plus, les technologies sont en perpétuelle évolution dans notre secteur : ce qu’on faisait il y a 5 ans n’a rien à voir avec ce qu’on fait aujourd’hui et ce qu’on fait aujourd’hui n’a certainement rien à voir avec ce qu’on fera dans 5 ans ». Ingénieur par le titre et l’expérience, Vincent a obtenu un DUT en Génie thermique et Énergie à l’IUT de Longwy, et a poursuivi par une Licence professionnelle en Énergies renouvelables et Développement durable. Fun fact  : c’est désormais lui qui donne cours en efficacité énergétique aux élèves de cette Licence, qui suivent une semaine de formation à l’IFSB dans le cadre de leur cursus.

Mélanie Trélat
Photos : Picto / Fanny Krackenberger

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Elom Baniba, chargé de développement durable chez Compass Group Luxembourg
Elom Baniba, chargé de développement durable chez Compass Group Luxembourg

Entre restauration collective, nettoyage et services aux personnes, Compass Group Luxembourg déploie ses activités sur des centaines de sites au Grand-Duché. Dans cette organisation, Elom Baniba pilote les projets environnementaux du groupe et accompagne les équipes dans l’intégration du développement durable dans leur quotidien.

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Dans les cuisines d’entreprise, les équipes de nettoyage ou les structures d’accueil pour seniors, les activités de Compass Group Luxembourg s’inscrivent dans le quotidien de milliers de personnes. Derrière ces services, le groupe met en place une autre mécanique : réduire au maximum son empreinte environnementale.

Elom Baniba, chargé de développement durable au sein de l’équipe QHSE – Qualité, Hygiène, Sécurité et Environnement – apporte ses connaissances pour que tous les rouages se mettent en place. « Je m’occupe principalement de la partie environnementale au sein de l’équipe. Mon rôle consiste à accompagner les différentes entités du groupe sur les sujets liés au développement durable et à intégrer ces enjeux dans les activités quotidiennes. »

Il a d’abord travaillé dans le conseil en responsabilité sociétale des entreprises. « En tant que consultant, je conseillais différentes entreprises. Aujourd’hui, je fais un peu la même chose, mais en interne. Cela me permet d’aller plus loin dans la mise en œuvre des projets. »

Depuis son arrivée chez Compass Group Luxembourg début 2024, il fait le lien entre les ambitions environnementales du groupe et la réalité du terrain.

Des projets transversaux

Le quotidien d’Elom Baniba est rythmé par de nombreux programmes impliquant différents départements. « Ce sont des projets très collaboratifs. On travaille avec les équipes opérationnelles, les achats, les commerciaux ou encore le marketing. »

L’une de ses premières missions fut d’obtenir la certification ISO 14001, une norme internationale qui encadre la gestion environnementale des organisations. « Elle faisait partie des objectifs internes. J’ai repris le projet dès mon arrivée et je l’ai accompagné jusqu’à son obtention avec une implication remarquable des différentes équipes. L’idée est de structurer notre approche pour mieux identifier et réduire nos impacts environnementaux. »

En parallèle, Eurest (service de restauration) et Innoclean (service de nettoyage) sont passés de la médaille EcoVadis bronze au niveau argent en 2024. La certification mesure la performance globale d’une entreprise dans quatre domaines : l’environnement, le social et les droits humains, les achats responsables et l’éthique.

Mais pour Elom Baniba, l’essentiel du travail se situe dans des projets très concrets, liés aux activités du groupe.

La bataille du gaspillage alimentaire

Dans une entreprise où la restauration collective constitue l’une des activités majeures, la question du gaspillage alimentaire s’impose naturellement.


« C’est un enjeu prioritaire pour nous. L’objectif fixé par le groupe est de réduire ces déchets de 50 % d’ici 2030. »

Elom Baniba, Compass Group Luxembourg

Pour y parvenir, certains sites utilisent Winnow, un dispositif digital capable d’analyser les déchets alimentaires. « L’appareil, qui intègre une poubelle, photographie les restes et les catégorise automatiquement. À la fin de la journée, nous disposons de données précises : ce qui vient de la production, des retours d’assiette ou encore des produits périmés. Ces informations nous aident à comprendre où se situe le problème. »

Les résultats sont ensuite compilés dans un tableau de bord. « Je partage ces données avec les équipes et avec nos clients. On peut féliciter les sites qui performent bien et accompagner ceux qui rencontrent plus de difficultés. »

La réduction du gaspillage se traduit par d’autres actions. « Nous avons mis en place des dons alimentaires, des ventes de plats à prix réduit en fin de service ou encore des frigos connectés permettant de récupérer des repas non consommés. »

Réduire l’empreinte des activités

La réduction des emballages et des consommables constitue également un chantier important.


« Les clients nous interrogent de plus en plus sur ces questions. Nous travaillons donc avec les équipes achats, opérationnelles et marketing pour identifier des solutions d’emballages réutilisables ou plus durables. »

Elom Baniba, Compass Group Luxembourg

Ce travail concerne aussi bien la restauration que les activités de nettoyage. « Par exemple, nous recommandons des centrales de dilution pour les produits d’entretien. Cela réduit les contenants individuels et évite les erreurs de dosage. »

Pour faciliter le travail des équipes, Elom Baniba a également élaboré un guide interne recensant des solutions d’emballages réutilisables. « L’objectif est de permettre aux équipes de répondre rapidement aux demandes des clients. »

Au contact des équipes et des clients

Au fil des projets, le chargé de développement durable joue aussi un rôle d’intermédiaire entre les équipes opérationnelles et les clients. « Nos collaborateurs peuvent être interrogés sur la gestion des déchets, la pollution, la gestion de l’énergie, les achats durables, les émissions de CO₂… Ils reviennent alors vers moi pour obtenir les informations nécessaires. »

Les équipes commerciales font également appel à lui lorsqu’elles répondent à des appels d’offres.


« Aujourd’hui, les exigences liées au développement durable sont de plus en plus présentes dans les cahiers des charges et sont clairement un levier de croissance. »

Certaines entreprises clientes doivent aussi intégrer les pratiques de leurs fournisseurs dans leurs rapports de durabilité. « Nous les accompagnons notamment dans le cadre du reporting CSRD. Les clients ont besoin d’informations précises sur les pratiques RSE de leurs partenaires. »

Pour Elom Baniba, cette évolution reflète une prise de conscience progressive. « Les entreprises comprennent de plus en plus l’importance de ces sujets. Le développement durable devient un véritable sujet de collaboration avec les clients. »

Sébastien Yernaux
Photo : Picto / Eve Millet

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Camille Coppi et Pierre Karst, experts en déconstruction et en réemploi
Camille Coppi et Pierre Karst, experts en déconstruction et en réemploi

Avant d’accueillir logements, écoles et mobilité douce, le futur quartier Metzeschmelz doit affronter son passé industriel. Sur la friche de 63 hectares entre Esch-sur-Alzette et Schifflange, la déconstruction sélective et le réemploi des matériaux constituent la première pierre d’un projet urbain ambitieux, piloté par Agora, avec l’appui de SECO.

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Entre halles d’acier et murs de briques rouges, l’histoire sidérurgique du sud du pays affleure à chaque pas sur le site du futur quartier Metzeschmelz. L’ancienne aciérie, fondée en 1871 et arrêtée en 2012, s’apprête à changer de visage. « Avant d’imaginer tram, forêts urbaines et mobility hubs, il faut assainir, trier, démonter, tester. On parle souvent du futur quartier, mais la première étape, c’est un immense travail de dépollution et de déconstruction », rappelle Pierre Karst, ingénieur chef de projet chez Agora.

L’appel d’offres lancé fin février porte sur le désamiantage et la déconstruction de plus de quatre hectares de halls et bâtiments hors-sol.


« La complexité réside dans l’ampleur, mais aussi dans la nécessité de conserver intacts certains bâtiments classés par l’Institut national pour le patrimoine architectural (INPA). Il ne s’agit pas de tout raser, mais de faire cohabiter mémoire industrielle et ville durable. »

Pierre Karst, ingénieur chef de projet chez Agora

- © Picto / Eve Millet

Un chantier hors norme

Pour accompagner cette transformation, Agora a retenu un groupement d’ingénieurs intégrant SECO, avec une mission dédiée à l’économie circulaire. « Leur mission avait pour objectif de diminuer la quantité de déchets générée lors du démantèlement du site. Une analyse de faisabilité technique et financière des solutions a été réalisée. Le but n’était pas de réaliser une démolition classique, mais d’identifier ce qui pouvait être réemployé et comment le déconstruire soigneusement », poursuit Pierre Karst.

Camille Coppi, project engineer Circular Economy chez SECO, décrit un travail minutieux.


« Nous avons commencé par une lecture documentaire approfondie pour comprendre l’histoire des bâtiments et les contaminations potentielles. Dans un diagnostic de réemploi, l’objectif n’est pas de mettre en danger les futurs utilisateurs des matériaux. »

Camille Coppi, project engineer Circular Economy chez SECO

Tous les risques liés à la présence de pollution ont été analysés.« Nous avons réalisé des visites de site et des tests ponctuels de déconstruction. Il fallait vérifier les dimensions, la nature des mortiers et l’état réel des éléments. »

L’envergure du site change l’échelle. « Sur un bâtiment standard, on trouve une grande diversité de matériaux. Ici, c’est plus limité, mais les quantités sont énormes, notamment pour l’acier. » SECO a identifié deux typologies de charpentes représentant environ 160 tonnes d’acier potentiellement réemployable. « Nous avons retenu uniquement les éléments qui n’ont pas été soumis à la fatigue ou à des dégradations. À la fin, il ne reste pas grand-chose, mais ce sont des pièces à forte valeur. »

- © Picto / Eve Millet

Tester, accepter l’échec, avancer

La logique circulaire s’éprouve sur le terrain. L’exemple des carreaux de ciment d’époque en est révélateur. « Nous avons réalisé un test de déconstruction grandeur nature », explique Camille Coppi. « Nous avions estimé un pourcentage de perte raisonnable, mais la colle adhérente a causé plus de casse que prévu. »

Résultat, de 44 % à 75 % de pertes et un abandon du réemploi pour ces revêtements. « Le bilan économique n’était pas acceptable. Le plus important était de tenter le coup et d’en tirer un retour d’expérience. » Même constat pour certaines tomettes anciennes, fabriquées à Wasserbillig : trop de casse, une viabilité insuffisante.

Les briques rouges, emblématiques du site, constituent un autre défi. « Ce sont des briques des années 60 qui ont subi des cycles gel-dégel. Les mortiers sont très durs et les lots hétérogènes. Nous avons anticipé un taux de perte supérieur à 60 %. » Leur réemploi reste possible en cloison non porteuse ou en parement, mais avec tri, nettoyage et essais techniques. « Le rendu sera forcément hétérogène, mais c’est aussi ce qui fait leur valeur historique. »

Pierre Karst y voit un atout patrimonial. « Ces briques et cet acier, c’est l’identité du site. Nous favorisons un réemploi sur site, ou à défaut une valorisation locale. »

Les briques rouges, symboles du site
Les briques rouges, symboles du site - © Picto / Eve Millet

Ambition circulaire et réalité économique

Le partenariat public-privé d’Agora – détenue à 50 % par l’État et à 50 % par ArcelorMittal – impose un équilibre. « Nous favorisons l’économie circulaire, sous réserve qu’elle s’inscrive dans une réalité économique soutenable », insiste Pierre Karst. L’appel d’offres sera évalué à 70 % sur le prix et 30 % sur la qualité, dont l’engagement en matière d’économie circulaire.

« Les entreprises sont les expertes du terrain. Nous voulons qu’elles proposent des méthodes innovantes et qu’elles jouent le jeu du réemploi », poursuit-il. Si les coûts s’avéraient disproportionnés, un retour à une déconstruction plus conventionnelle resterait possible. « Ce serait dommage, mais nous aurons au moins tout essayé. »

Pierre Karst et Camille Coppi / Une ancienne tomette fabriquée à Wasserbillig
Pierre Karst et Camille Coppi / Une ancienne tomette fabriquée à Wasserbillig - © Picto / Eve Millet

Camille Coppi observe néanmoins une évolution encourageante. « Il y a une vraie tendance vers le circulaire, chez les maîtres d’ouvrage publics comme privés. Les architectes s’y intéressent de plus en plus. » Certains produits requalifiés trouvent déjà leur place dans les projets, preuve qu’une filière se structure.

La déconstruction durera environ 18 mois et ne concerne, pour l’instant, que les structures hors sol. L’assainissement des sols suivra. « Quand on se promène sur le site, on a du mal à imaginer que dans quinze ans, il y aura ici une grande place et un arrêt de tram », sourit Pierre Karst.

Sébastien Yernaux
Photos : Picto / Eve Millet

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Hanna Wojtysiak et Murielle Simon du cabinet de conseil en gestion Oakridge
Hanna Wojtysiak et Murielle Simon du cabinet de conseil en gestion Oakridge

Oakridge est un cabinet de conseil en gestion dirigé par Hanna Wojtysiak et Murielle Simon, qui ont elles-mêmes vécu la réalité de l’entrepreneuriat et de l’emploi salarié. Les deux femmes expliquent ce que signifie réellement d’aider une entreprise à changer.

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Qui sont vos clients ?

Hanna Wojtysiak : Des entreprises privées — petites et moyennes, basées au Luxembourg, souvent familiales. Ce choix est tout à fait délibéré : c’est là que notre expérience est la plus grande, mais aussi là que nous estimons que les besoins sont les plus importants.

Les grandes entreprises disposent de départements entiers dédiés à la stratégie, aux ressources humaines et aux finances, ainsi que de comités consultatifs, des consultants et tout un écosystème de soutien. C’est beaucoup plus rare pour une entreprise familiale ou une PME. Pourtant, les défis auxquels elles sont confrontées sont tout aussi complexes, parfois même plus.

Souvent, ces entreprises sont confrontées à un défi de taille pendant des mois avant d’en prendre conscience. Les choses s’accumulent discrètement. Lorsque nos clients nous contactent, la situation s’est généralement aggravée depuis un certain temps. Ils pensent que le problème se résoudra de lui-même, mais en réalité, il prend de l’ampleur. C’est pourquoi nous répétons sans cesse que le plus tôt est le mieux.

Quel a été votre parcours professionnel avant de fonder Oakridge ?

Murielle Simon : Nous avons eu des expériences en tant qu’entrepreneuses mais aussi en tant qu’employées.

Avant Oakridge, nous avons travaillé dans différents domaines et occupé différentes fonctions, dans de petites entreprises locales et de grandes entreprises internationales. Nous avons créé des entreprises à partir de rien, acquis des sociétés, restructuré des organisations et géré des équipes pendant des périodes difficiles. Nous savons ce que signifie assumer de réelles responsabilités, et pas seulement donner des conseils. Les nuits blanches avant une décision importante. Le sentiment d’avoir deux feux à gérer en même temps : les opérations quotidiennes et l’avenir de l’entreprise.

Lorsque nous sommes face à un client, nous n’examinons pas sa situation de l’extérieur à travers un cadre théorique. Nous la comprenons de l’intérieur, grâce à notre expérience.

Comment ces expériences influencent-elles votre façon de travailler avec les clients ?

HW : Nous venons avec une curiosité sincère et la volonté de dire clairement ce que nous voyons, même quand ce n’est pas ce que le client a souhaité entendre.

Cela nous donne une perspective très particulière : la plupart des propriétaires et des dirigeants avec lesquels nous travaillons ont toujours été du même côté de la table. Ils ont créé leur entreprise à partir de rien, l’ont reprise des générations précédentes ou ont toujours travaillé au sein de la même structure. Ils n’ont pas toujours eu l’occasion de voir comment d’autres organisations fonctionnent. Ce n’est pas une faiblesse, c’est simplement la réalité. Cependant, cela crée des angles morts. Voir ce qui est devenu invisible de l’intérieur est souvent la chose la plus précieuse que nous apportons.


« Nous n’arrivons pas avec une réponse toute faite. Nous venons avec une curiosité sincère et la volonté de dire clairement ce que nous voyons, même si ce n’est pas ce que le client a envie d’entendre. »

Murielle Simon, CFAO & consulting partner, Oakridge

Dans quelles situations et à quelles étapes de la vie d’une entreprise fait-on appel à vous ?

MS : À tous les stades : les phases de croissance dans lesquelles la structure n’a pas suivi le rythme, les restructurations, les transitions entre générations, les situations où les marges s’érodent et où personne ne peut vraiment expliquer pourquoi. Ou simplement ce sentiment persistant que quelque chose pourrait mieux fonctionner, mais que personne n’a le temps ou le recul nécessaire pour comprendre quoi, et surtout comment.

Au-delà de notre travail de conseil, nous acceptons également des missions de pilotage intérimaire où nous intervenons directement et assumons de réelles responsabilités opérationnelles. Il s’agit d’un niveau d’engagement très différent.

Quelles sont les valeurs fondamentales qui guident votre travail ?

MS : L’honnêteté avant tout. Nous exprimons ce que nous observons, de manière directe, mais toujours constructive.

Le pragmatisme. Les processus peuvent être simplifiés, il est possible d’économiser du temps et de l’argent. Les choses peuvent évoluer rapidement, lorsqu’il existe une réelle volonté d’agir.

Et un engagement sincère. Lorsque vous travaillez avec Oakridge, vous travaillez avec nous, et non pas avec une équipe de consultants que vous n’avez jamais rencontrée. Nous restons proches, nous assumons la responsabilité de nos recommandations et nous restons jusqu’à ce que les choses fonctionnent réellement.

Que signifie la « durabilité » selon votre approche ?

HW : Lorsque nous parlons de durabilité chez Oakridge, nous ne parlons pas de rapports ESG ou d’empreinte carbone. Nous entendons quelque chose de plus fondamental : la capacité d’une entreprise à rester pertinente, efficace et compétitive dans cinq, dix ou vingt ans.

Notre rôle consiste à aider les entreprises à prendre l’habitude de se livrer à une introspection honnête, non pas une seule fois, mais de façon continue et pas seulement en cas de crise. Cela implique d’être prêt à remettre en question ce qui fonctionne aujourd’hui, avant que cela ne cesse de fonctionner demain. Le changement n’est pas l’ennemi de la stabilité, il en est le fondement.


« Vous pourrez vous développer seulement si vous relevez vos défis, les acceptez et remettez régulièrement en question votre propre statu quo. Cela demande du courage. Mais c’est la seule façon de construire quelque chose qui dure vraiment. »

Hanna Wojtysiak, CEO et partenaire consultante, Oakridge

Qu’avez-vous appris de vos clients ?

MS : Tellement de choses. Mais ce qui me marque le plus, c’est que la plupart des organisations savent déjà, quelque part, ce qui doit changer. Cette connaissance est là, au sein de l’équipe de direction, parfois chez les personnes sur le terrain à qui on ne demande pas d’avis. Notre rôle consiste souvent moins à apporter des réponses extérieures qu’à aider les gens à voir et à exprimer à haute voix ce qu’ils ressentent déjà, puis à agir en conséquence.

J’ai également appris que les conversations les plus précieuses ne sont pas toujours les plus aisées. Certains des changements les plus importants que nous avons observés sont nés d’un moment de friction : une observation difficile, une question qui a mis mal à l’aise.


« En 2024, nous avons fait appel à Oakridge pour nous accompagner dans la mise en œuvre concrète d’une stratégie de développement pour l’agence Picto. À la suite d’un audit interne et externe, et après avoir identifié notre positionnement, les équipes d’Oakridge nous ont proposé une vision claire pour l’avenir de l’entreprise, opérationnelle et précisément planifiée. Depuis le début de l’année 2025, nous avons, étape après étape, mis en œuvre cette approche et nous sommes satisfaits de sa cohérence et de sa pertinence. Nous en ressentons déjà les bénéfices. »

Témoignage de Frédéric Liégeois, fondateur de Picto

Y a-t-il d’autres engagements qui vous tiennent à cœur, au-delà de votre activité principale ?

HW : J’interviens régulièrement en tant que mentor auprès de jeunes entrepreneurs et d’étudiants qui font leurs premiers pas dans la création d’une entreprise, ainsi qu’auprès de managers qui souhaitent devenir plus confiants sur le plan professionnel. Pour moi, le mentorat ne se limite pas au partage d’expérience, c’est aussi avoir quelqu’un à ses côtés qui vous accompagne, vous encourage et qui est honnête. Ça fait toute la différence, je le sais par ma propre expérience.

MS : Notre deuxième projet est Planet B Travel. En tant que membre du groupe Bollig, auquel appartient Oakridge, nous soutenons activement Planet B Travel, qui est axé sur le voyage durable et conscient. Nous contribuons à sensibiliser le public, organisons des ateliers et des événements, créons de nouveaux partenariats et montrons comment le voyage responsable peut être intégré de manière significative dans la stratégie RSE d’une entreprise.

Planet B applique la même philosophie qu’Oakridge : une véritable prise de conscience et une véritable éducation doivent précéder tout changement significatif. On ne peut pas agir de manière responsable si l’on ne comprend pas l’impact de ses choix. Que ce soit dans le domaine professionnel ou personnel, la durabilité a la même signification pour nous : construire quelque chose de manière réfléchie, avec intention, en gardant à l’esprit ce que nous laisserons derrière nous.

Propos recueillis par Léna Fernandes
Photos : Oakridge

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Mickaël Pascual, délégué en normalisation au sein de l'ILNAS
Mickaël Pascual, délégué en normalisation au sein de l’ILNAS

Manager de projet innovation chez Neobuild, Mickaël Pascual incarne une réalité souvent méconnue : les normes ne se construisent pas dans l’abstraction mais au contact direct du terrain, grâce à l’engagement de spécialistes issus de tout horizons professionnels, réunis au sein de comités techniques.

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Dans les comités techniques nationaux, européens et internationaux, c’est-à-dire des groupes de travail aux thématiques bien spécifiques, ces experts jouent un rôle clé. Ils apportent une connaissance concrète des usages, des contraintes opérationnelles et des innovations en cours, afin de créer ou de faire évoluer les normes de manière pragmatique, applicable et tournée vers l’avenir. Leur contribution garantit que les exigences normatives restent alignées avec les réalités du secteur, tout en anticipant les enjeux de durabilité, de qualité et de sécurité.

L’ILNAS - Institut luxembourgeois de la normalisation, de l’accréditation, de la sécurité et qualité des produits et services - crée ainsi des ponts entre les exigences normatives et les besoins du terrain, en facilitant la participation des acteurs luxembourgeois aux travaux de normalisation nationaux, européens et internationaux.

Les réalités de terrain : à la fois point de départ et finalité

Sur le terrain, cette articulation prend tout son sens dans les comités techniques, où se construisent les futures normes. Comme le souligne, Mickaël Pascual, engagé dans les travaux nationaux en lien notamment, avec l’acoustique des bâtiments prenant en compte l’amélioration du confort, de la santé et de la sécurité des utilisateurs, notamment les futures générations dans les écoles :

« Les sujets abordés aujourd’hui dans les groupes de travail nationaux sont rarement théoriques. Ils correspondent très souvent aux problématiques remontées du terrain, aux obligations réglementaires ou aux exigences de marché de demain. Participer permet de comprendre et d’influencer très tôt où l’on va. »

Des outils pour se structurer et gagner en compétitivité

Contrairement à une idée reçue, une norme n’est pas une contrainte figée. Elle est d’application volontaire et résulte d’un processus de développement transparent, fondé sur le consensus et l’expertise des parties prenantes. Elle constitue à la fois un outil de pilotage stratégique, un langage commun et une référence technique représentant l’état de l’art.


« Les normes ne sont pas une fin en soi. Utilisées intelligemment, elles deviennent un véritable levier de compétitivité et de création de valeur, d’où l’importance d’élaborer des normes claires et simples à appliquer. »

Mickaël Pascual, ILNAS

Dans le domaine de la construction durable, les normes jouent effectivement un rôle clé : performance environnementale des matériaux, méthodes d’évaluation, exigences en économie circulaire ou encore traçabilité. Elles permettent aux entreprises de sortir d’une logique réactive, entre pression règlementaire et exigences du marché, pour adopter une approche pro-active et structurée.

Contribuer aux futurs cadres de référence

C’est au sein de comités techniques que se construisent les normes de demain. Ces espaces de travail réunissent experts, entreprises, institutions, ou toute autre partie prenante autour d’un objectif commun : élaborer des référentiels applicables crédibles et alignés avec les réalités du terrain. La normalisation agit également comme un véritable signal du futur. Les thématiques discutées comme les exigences liées aux matériaux préfigurent très souvent les futurs cadres de référence.


« Être présent dans ces travaux, c’est se donner une longueur d’avance. On y anticipe les évolutions, mais surtout on peut influencer très tôt leur contenu à partir des réalités du terrain. Les groupes de travail sont des espaces d’échanges concrets, où différents acteurs d’un même secteur, avec des points de vue différents, confrontent leurs intérêts pour construire un consensus partagé. »

Mickaël Pascual, ILNAS

L’ILNAS, l’Organisme Luxembourgeois de Normalisation pour l’élaboration des normes

En tant qu’Organisme Luxembourgeois de Normalisation (OLN), l’ILNAS facilite l’accès aux comités techniques et veille à ce que les intérêts et spécificités luxembourgeoises puissent être pris en compte dans l’élaboration des normes.

Être « sur le terrain » aujourd’hui, c’est ainsi traduire les normes en décisions opérationnelles et en choix stratégiques concrets. En facilitant le dialogue entre experts, entreprises et institutions, l’ILNAS contribue à faire de la normalisation un outil au service d’une transition durable, pragmatique et tournée vers l’avenir.

L’ILNAS invite l’ensemble des experts nationaux à s’impliquer activement dans la normalisation, afin de valoriser les compétences nationales à l’échelle européenne et internationale.
Pour toute question ou demande complémentaire, vous pouvez envoyer un e-mail à l’OLN à l’adresse suivante : normalisation@ilnas.etat.lu.

Texte de l’ILNAS
Photo : Picto / Fanny Krackenberger

Trois éducateurs du secteur social
Trois éducateurs du secteur social

Dans le domaine social, les équipes des associations luxembourgeoises sont en première ligne, au plus près des besoins. Trois éducateurs gradués qui œuvrent pour la Stëmm vun der Strooss, Elisabeth ou l’Abrigado, racontent une expérience sur le terrain qui les a particulièrement marquées.

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  • Alison Guillaume
  • 25 ans
  • Belgo-luxembourgeoise
  • Résidente luxembourgeoise

Alison a rejoint la Stëmm vun der Strooss en mai 2022 en tant qu’éducatrice graduée. Au bistrot social « Saxophone » de l’association sans but lucratif, elle accompagne des personnes en insertion et réinsertion professionnelle en travaillant, avec elles, leurs compétences sociales et professionnelles. Elle leur offre plus largement un accueil, une disponibilité, une écoute et un soutien.


« J’ai aidé Fernando, une personne venue pour réaliser un CV afin de régulariser sa situation administrative. Il vivait avec 300 euros par mois et avait du mal à trouver un travail en raison de son handicap, ce qui lui a fait perdre ses droits. Il a trouvé un employeur qui lui a fait un contrat de travail, ce qui lui a permis de regagner ses droits sociaux. Fernando a ensuite pu s’inscrire à l’ADEM et trouver un emploi adapté à son handicap. Aujourd’hui il vit dignement et n’a plus eu besoin de venir à la Stëmm afin de survivre. »


  • Julien Rousselet
  • 39 ans
  • Français
  • Résident français

Julien est éducateur gradué chez Elisabeth. Il assiste des mineurs non accompagnés, en demande ou bénéficiaires de la protection internationale, au sein du Foyer MINA de Troisvierges. Il a intégré l’organisation sociale en juin 2024 et depuis le début de l’année 2026, il est chargé de la communication au sein d’Elisabeth Kanner- a Familljenhëllef (EKFH).


« Depuis mon arrivée chez Elisabeth, nous avons eu la chance de créer un spectacle de théâtre, car je suis formé en tant qu’intervenant et metteur en scène, en théâtre d’improvisation sociale. La direction nous a donné cette opportunité, et nous avons ainsi pu offrir la parole aux jeunes afin qu’ils puissent raconter leurs histoires. Je parle souvent d’Eshkol, dont le parcours m’a profondément touché, notamment son histoire d’enfant soldat, mais surtout son incroyable capacité de résilience et son sourire quotidien, qui représentent pour moi une véritable leçon de vie. Ces moments remettent beaucoup de choses en perspective : ils sont forts, intenses et riches en émotions. Je lui dis souvent qu’elle devrait songer à écrire son histoire, tant elle le mérite. Bien sûr, d’autres parcours sont tout aussi inspirants, mais le sien m’a particulièrement marqué. »


  • Mathieu Verhaeghe
  • 37 ans
  • Franco-allemand
  • Résident français

Mathieu occupe le poste d’éducateur gradué au sein du Service Social de l’Abrigado (Comité national de défense sociale - CNDS). Depuis juillet 2022, il gère l’accueil et la prise en charge médico-psycho-sociale de personnes souffrant de toxicomanie, via la distribution de matériel stérile, des conseils de réduction des risques ainsi qu’une aide aux démarches administratives et à la réorientation en réseau.


« Il s’agit souvent de petites victoires du quotidien qui permettent aux personnes que nous accompagnons de préserver ou de retrouver leur dignité humaine. Cela peut se traduire par un simple échange autour d’un café, par une perspective de réinsertion, par l’ouverture d’un accès aux soins ou à un logement, souvent après de longues années d’exclusion sociale et de sans-abrisme. Mais aussi par l’acceptation et le respect de leur volonté de refuser les soins ou l’accompagnement. »

Léna Fernandes
Photos : Stëmm vun der Strooss, Elisabeth et Abrigado

Laura Scarciello, assistante sociale au Fonds du Logement
Laura Scarciello, assistante sociale au Fonds du Logement

Au Luxembourg, se loger est devenu un véritable défi, même en travaillant. Expulsions, insalubrité, familles séparées… Face à l’urgence, des professionnels se mobilisent. Depuis quatre ans, Laura Scarciello, assistante sociale au Fonds du Logement, accompagne celles et ceux pour qui trouver un toit est un combat quotidien.

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Quand l’accès au logement devient un combat quotidien

Il est 8 heures du matin. Dans les couloirs du Fonds du Logement, la journée démarre déjà à vive allure. Les téléphones sonnent, les mails affluent, les dossiers s’enchaînent. À son bureau, Laura Scarciello ajuste son agenda. Au programme du jour : entretiens, visites à domicile et appels téléphoniques. « Chaque journée est différente, mais il y a toujours cette même urgence de se loger en toile de fond », confie-t-elle.

Écouter, orienter, accompagner

Formée à Liège, passée par plusieurs stages en Belgique, elle a choisi l’assistance sociale par conviction. « Je voulais un métier utile, où l’on peut vraiment soutenir les personnes, explique-t-elle. On ne peut pas aider tout le monde, mais on peut toujours écouter, orienter, accompagner. »

Très vite, elle comprend que le Luxembourg, malgré son apparente prospérité, est un terrain particulièrement sensible. « Il y a quatre ans, 4.500 candidats-locataires étaient inscrits auprès du Fonds du Logement pour obtenir un logement. Aujourd’hui, ils sont 7.000. La demande ne cesse d’augmenter. »


« Ce n’est pas qu’un traitement de dossier. C’est un accompagnement humain. »

Laura Scarciello, Fonds du Logement

Une pression que ressent Laura au quotidien. Dans son bureau, les profils se succèdent : familles monoparentales, réfugiés en attente de regroupement familial, travailleurs aux revenus trop modestes pour le marché privé... « Beaucoup ont un emploi. Parfois deux salaires dans le ménage. Et pourtant, l’accès au logement reste compliqué. », déplore-t-elle.

Situation familiale, parcours migratoire, finances… Au Fonds du Logement, l’accompagnement commence toujours par une enquête sociale. L’entretien dure entre 30 minutes et une heure. On vérifie le dossier, on actualise la situation, mais rapidement, la conversation dépasse le cadre administratif. « C’est d’abord une rencontre humaine », souligne Laura. Une maladie, une séparation, une perte d’emploi… L’écoute prend une place essentielle. « Ce n’est pas qu’un traitement de dossier. C’est un accompagnement humain. »

Le défi de la frustration

Mais derrière ces échanges, certaines réalités frappent plus durement encore. Il n’est pas rare qu’une personne arrive avec une valise après un déguerpissement, que des familles vivent temporairement dans leur voiture ou que des enfants doivent se laver à la piscine municipale. « Face à l’urgence, nous activons le réseau : offices sociaux, structures d’hébergement, associations. » Car le Fonds du Logement n’est pas un service d’urgence, mais Laura et ses collègues s’attachent à faire le lien avec tous les dispositifs disponibles pour qu’aucune personne ne reste sans solution.

L’après-midi, changement de décor. La jeune femme se rend sur le terrain pour une visite sociale. Elle y découvre parfois des logements précaires, des chambres surpeuplées, des maisons insalubres. Lors d’une visite marquante, quatre enfants dormaient sur des matelas posés à même le sol humide, dans une maison sans chauffage. « Dans ces moments-là, on mesure concrètement ce que signifie le droit au logement. »

Ces situations laissent des traces et la charge émotionnelle est réelle. « Ce qui pèse le plus, c’est ce sentiment d’impuissance. On sait comment certaines situations risquent de se terminer, et on ne peut pas toujours agir à la hauteur de la détresse. » Il faut alors trouver la juste distance : de l’empathie, sans se laisser submerger. « On apprend à gérer la frustration. Sinon, on ne tient pas. »

Des solutions adaptées à chaque réalité

Et ce qui la fait tenir justement, ce sont les avancées concrètes. Un dossier complété, une proposition de logement en cours, un message de remerciement. « Parfois, les personnes nous disent simplement merci de les avoir écoutées. Cela peut sembler peu, mais c’est énorme. »

Avec le temps, son regard a évolué. « En sortant de l’école, on veut aider tout le monde. Sur le terrain, on découvre la complexité du système. » Pourtant, elle garde une vision positive : le Luxembourg dispose de nombreux services, associations et dispositifs d’aide. « À chaque situation, on essaie de trouver une porte à ouvrir. »

En fin de journée, de retour au Fonds du Logement, Laura finalise son rapport et éteint son ordinateur. Les situations ne disparaissent pas pour autant, certaines l’accompagnent encore, en filigrane. Mais au-delà des difficultés, une conviction demeure. « Mon métier, c’est d’être un point d’appui. ». Et de conclure : « Quand tout semble fragile, offrir un cadre, une écoute et, autant que possible, un espoir, une perspective ».

Texte et photos du Fonds du Logement

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David Determe, connecteur de dirigeants
David Determe, connecteur de dirigeants

Chaque mardi à 7h15, une fois son post LinkedIn en ligne, David Determe pense déjà aux défis de ses mentors et mentorés. À la tête de pairtopair, une plateforme de mentoring humaniste, il orchestre chaque jour des rencontres décisives entre dirigeants, managers et entrepreneurs. Immersion dans une journée où l’entraide devient levier stratégique.

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« Il n’y a pas deux jours qui sont les mêmes », déclare David Determe, fondateur de pairtopair. Sa chance ? « La diversité des rencontres. » Derrière sa plateforme de mentoring, une cinquantaine de mentors bénévoles issus de l’industrie, de la finance, de la santé, de la construction, des start-up ou du développement durable. DRH, CEO, managers d’équipe ou dirigeants de structures de 3 à 3.000 collaborateurs : « Rien que par leurs profils, mes journées sont déjà différentes. »

7h15. Le clic de la souris est toujours un petit frisson. « Je me demande ce que je peux offrir d’utile. » Ce mardi-là, le post parle de transmission d’entreprise : pourquoi vendre, à quel prix, à qui, et surtout pour quoi faire après. « Le why d’abord. »

À 8h30, il se connecte à la plateforme. Nouveaux mentors ? Nouvelles demandes ? « Je fais mon état des lieux quotidien. » À 9h, un dirigeant l’appelle. Il veut ouvrir un magasin, mais son mentor n’a pas cette expérience. « Heureusement, j’en connais un qui a géré cinquante points de vente. Je les connecte. » Quelques messages plus tard, le lien est fait.

Le reste de la matinée, il relance, prend des nouvelles, veille à ce que les binômes avancent. Car souvent, tout part de la solitude des dirigeants. « Le moment où tu te dis : ‘ça fait trois fois que ça m’arrive, cette fois j’ai besoin d’un regard extérieur’. »

Passer de 10 à 30 salariés, vendre sa société, gérer une équipe qui grandit trop vite… « Un mentoré m’explique qu’il n’arrive pas à dépasser quinze collaborateurs. Il a donc besoin de quelqu’un qui l’a vécu. »


« Le mentor fait la courte échelle au mentoré. Il a déjà monté la marche pour passer au stade suivant. »

David Determe, fondateur de pairtopair

À 16h, David Determe travaille avec un psychologue du travail pour affiner les tests de personnalité. Le matchmaking est central, y compris pour « Inside Out », des groupes de cinq professionnels qui se rencontrent entre pairs. « On veut créer des dynamiques qui fonctionnent vraiment. »

À 17h, dans un bar luxembourgeois, il cadre une nouvelle relation mentor-mentoré où confidentialité et non-concurrence sont les maîtres-mots. « On crée un espace où ils peuvent se mettre à nu. » Ce soir-là, le mentor a trente ans d’expérience. C’est important car le mentoré lance un concept sportif ambitieux et a besoin de conseils avisés. « Le mentor arrive avec un regard neuf. Il pose des questions que l’autre ne se pose plus. »

Pourquoi s’engager bénévolement ? « Beaucoup de mentors ont pris des râteaux. Ils se disent qu’ils auraient pu les éviter s’ils avaient eu un coup de main. Il y a aussi l’envie d’échanger entre pairs. Et comme ils ne sont pas payés, cela augmente leur implication, car ils sont motivés par l’envie de transmettre. Les bénéfices servent à offrir du mentorat à tarifs solidaires aux dirigeants en difficulté, aux associations et demain aux étudiants. »

À 20h, David Determe referme son ordinateur. « C’était une chouette journée. » Celle du lendemain sera différente. Mais l’objectif restera le même : connecter, rassurer, faire grandir.

Sébastien Yernaux
Photo : Picto

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Organiser une manifestation au Luxembourg : entre règles et mobilisation
Organiser une manifestation au Luxembourg : entre règles et mobilisation

Amnesty International Luxembourg est l’une des actrices organisant régulièrement des manifestations dans le pays. Ces rassemblements qui peuvent changer la société représentent certains défis : mobiliser et se plier aux règlementations communales en font partie.

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10 décembre 2025, 18h. Environ 150 personnes, flambeau à la main, s’apprêtent à partir en direction de la Place Clairefontaine avec une série de demandes en faveur des droits humains. La Police Grand-Ducale est sur place, pour s’assurer qu’il n’y ait pas d’incidents. Pourtant, un élément fait défaut : Amnesty n’a pas reçu l’autorisation de la commune pour cette manifestation.

Sur le territoire de la Ville de Luxembourg, la règle est claire : toute organisation de manifestation doit faire l’objet d’une demande au moins deux semaines à l’avance. Cette formalité a bien été remplie par Amnesty dans les délais impartis. Ce n’est pas la première fois que l’autorisation arrive tardivement – ou jamais comme dans ce cas-ci. Le cortège avance donc, confiant.

Organiser une manifestation implique de communiquer et de mobiliser pour avoir un maximum de personnes le jour J. Recevoir une autorisation tardivement, ou ne pas en recevoir, met donc en péril la communication pour certain·e·s organisateur·rice·s. Pour Amnesty Luxembourg, les choses sont claires : manifester pacifiquement n’est pas un crime. Il faut donc commencer à communiquer avant d’avoir l’autorisation de la Ville.

Au Luxembourg, il n’est pas toujours facile de réunir un nombre important de manifestant·e·s. Beaucoup diront qu’il n’y a pas de culture de manifester. Pourtant, l’Histoire, mais aussi les grandes mobilisations de 2025, prouvent le contraire. La Marche féministe du 8 mars, la manifestation nationale du 28 juin, ainsi que la Global March for Palestine du 28 septembre ont réuni des milliers de personnes.

C’est grâce aux flyers, e-mails, affiches et aux contenus sur les réseaux sociaux que se construit la mobilisation du côté des organisateur·rice·s, et chacun·e a son rôle à jouer. À coups de « Kommst du op d’Manif ? » (Tu viens à la manif ?), d’un partage du flyer sur WhatsApp, ou de quelques stickers collés, mobiliser est à la portée de toutes et tous.

Préparer une manifestation implique aussi d’autres éléments : organiser des réunions de préparation, se mettre d’accord sur les messages et chants, trouver des personnes désirant utiliser les mégaphones, prévoir des personnes pour la sécurité (en plus de la Police), trouver un itinéraire, confectionner des pancartes banderoles, un ordre pour les manifestant·e·s, organiser les discours et la sonorisation. En bref, il s’agit bien souvent d’une organisation conséquente qui ne peut pas attendre la dernière minute. C’est pourquoi une organisation en amont de l’autorisation communale et nécessaire. Et une fois ce travail effectué, il est impensable d’annuler.

Organiser une manifestation au Luxembourg n’est pas toujours chose facile. Amnesty International Luxembourg illustre ce défi : mobiliser avant l’autorisation, c’est affirmer que manifester pacifiquement est un droit, pas un privilège. Malgré les retards administratifs, les rassemblements grandissent, preuve d’une culture de l’engagement vivante. Chaque partage, chaque « Kommst du op d’Manif ? » compte. L’organisation demande du temps, de la coordination, mais aussi de la détermination. Car une manifestation, c’est bien plus qu’un cortège : c’est une voix collective qui refuse d’attendre la permission pour exister.

Texte et photo d’Amnesty International Luxembourg

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