Le dernier dossier du mois

Une thématique dans chaque #DossierDuMois, avec la rédaction d’Infogreen et l’expertise de nos partenaires

Publié le 20 janvier 2026
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janvier 2026

L’air de rien

Respirer, c’est exister. Dedans comme dehors, l’air que nous inspirons façonne notre santé et notre confort.

Mine de rien, l’air agit de mille et une façons sur nos vies. Et nos modes de vie, à leur tour, agissent tout autant sur lui.

L'air de rien
L’air de rien, tout dans l’air

En prenant une bonne bouffée d’air, on charge l’organisme en oxygène, élément vital et indispensable au bon fonctionnement du corps. Mais à chaque respiration, ce sont aussi des polluants qui se fraient un chemin jusqu’à nos poumons.

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Lorsqu’il est de mauvaise qualité, c’est-à-dire chargé de polluants, l’air qu’on respire peut avoir des conséquences néfastes sur la santé physique, mentale et les fonctions cognitives. S’assurer que l’air est sain, à l’intérieur comme à l’extérieur, est donc une question de santé publique. Pour cela, des cadres réglementaires et normatifs encadrent le domaine au niveau européen.

Au Luxembourg, l’unité « Surveillance & évaluation de l’environnement » de l’Administration de l’environnement est en charge de la surveillance de la qualité de l’air ambiant. Elle veille au respect des seuils de concentration de polluants imposés par l’Union européenne – qui seront plus stricts à partir de 2030 – et alerte la population en cas de pic de pollution. Si diminuer le trafic routier reste le moyen le plus efficace pour réduire les émissions de polluants, l’innovation sera sûrement aussi un des moyens pour améliorer la qualité de l’air. Des solutions hybrides nature-technologie voient notamment le jour pour faire respirer nos villes.

Concernant l’air intérieur, les matériaux de construction, les meubles et même certains objets du quotidien émettent des polluants entre nos murs. Choisir des matières biosourcées pour construire et habiller son intérieur est une façon de limiter les risques. La conception et l’entretien des systèmes de ventilation sont également cruciaux pour garantir un environnement de vie, ou de travail, sain.

Malheureusement, les professionnels du secteur font le même constat : le grand public manque d’information et les obligations de mesures de qualité de l’air ne sont que peu nombreuses. On voit alors des spécialistes des systèmes de ventilation, de la mesure et de l’analyse de la qualité de l’air ou encore des architectes s’unir pour mettre le sujet au centre de la table. Ils pourraient trouver de quoi s’inspirer au-delà des frontières luxembourgeoises, avec des projets comme la Fresque de la qualité de l’air, qui a vu le jour en France, qui pourrait être importé au Grand-Duché pour sensibiliser la population.

Léna Fernandes

De la télémétrie aux choux pour contrôler la qualité de l'air luxembourgeois
De la télémétrie aux choux pour contrôler la qualité de l’air luxembourgeois

Pierre Dornseiffer est responsable de l’unité « Surveillance et évaluation de l’environnement » au sein de l’Administration de l’environnement. Dans son équipe, Claudine Schiltz fait partie du groupe « Mesurages et analyses ». Ils expliquent en quoi consiste leur travail et leur mission.

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Quels sont les principaux polluants qu’on retrouve dans l’air atmosphérique au Luxembourg ?

Pierre Dornseiffer : Nous observons principalement trois polluants majeurs. Le dioxyde d’azote (NO₂), qui provient des moteurs à combustion, de l’industrie, ou encore de la production d’énergie – toute combustion en produit. Il y a l’ozone (O₃), qui se forme dans l’air sous l’effet du rayonnement solaire, en présence d’oxydes d’azote (NO et NO₂) et de composés organiques volatils (COV). Pour finir, il y a les particules fines, classées en fonction de leur taille, également émises par le trafic routier, l’industrie ou le chauffage résidentiel. Elles sont aussi le résultat de phénomènes naturels comme l’érosion des sols. La majorité des particules fines provient de sources transfrontalières, souvent transportées sur de longues distances.

Comment mesurez-vous la concentration de ces polluants dans l’air ?

Pierre Dornseiffer : Nous avons plusieurs réseaux de mesure de la qualité de l’air. Le plus important est le réseau automatique de télécontrôle, grâce auquel nous obtenons des données en temps réel (cf photo d’en-tête de l’article, à droite). Il existe trois types de stations, en fonction du type d’environnement qu’elles analysent : rural, urbain ou trafic (proche des grands axes routiers). Il y a aussi des réseaux non-télémétriques, qui mesurent les concentrations de particules fines ou encore les retombées de poussières.

À gauche, une placette permettant de collecter les retombées de poussières par sédimentation. À droite, une « armoire » de collecte de poussières fines. Elle aspire l'air et le fait passer à travers des filtres, qui seront ensuite analysés en laboratoire.
À gauche, une placette permettant de collecter les retombées de poussières par sédimentation. À droite, une « armoire » de collecte de poussières fines. Elle aspire l’air et le fait passer à travers des filtres, qui seront ensuite analysés en laboratoire. - © AEV

Plus étonnant : la biosurveillance. Nous utilisons des espèces de mousses, le céleri-feuille ou encore des choux verts pour capter les polluants organiques et les métaux lourds qui se trouvent dans l’air par bioaccumulation (cf photo d’en-tête de l’article, à gauche).Nous pouvons ensuite mesurer la teneur en polluant de ces végétaux.

Une fois toutes ces données collectées, comment les utilisez-vous ?

Claudine Schiltz : Pour le réseau télémétrique, nous validons, tous les jours, les données que nous recevons des stations. Grâce à des calculs complexes, basés sur les conditions météorologiques, les concentrations de polluants mesurées et les modèles de dispersion, nous sommes capables de faire des prévisions et d’anticiper les pics de pollution.

Pierre Dornseiffer : Les résultats sont communiqués à l’Agence européenne de l’environnement et mis à disposition de tous les intéressés via nos différentes plateformes de communication. Le but est de leur fournir les informations fiables pour soutenir les décisions en matière de réduction de la pollution, tout en sensibilisant le public à la qualité de l’air.

Votre mission est donc aussi d’informer la population sur la qualité de l’air qu’elle respire ?

Pierre Dornseiffer : Lorsqu’une valeur limite horaire ou journalière est dépassée, c’est un pic de pollution. Dans ce cas, nous envoyons un communiqué à la presse et mettons les informations à disposition sur nos différentes plateformes de communication afin de prévenir du pic de pollution et de donner des recommandations pour se protéger.

Plus généralement, nous partageons des informations via MeteoLux et notre application « Meng Loft ». Nous proposons un service d’abonnement permettant de recevoir les bulletins de la qualité de l’air ambiant et les communiqués en cas de dépassement du seuil européen d’information (180 µg/m³) ou d’alerte (240 µg/m³) en cas de pic d’ozone. Ces outils sont surtout utilisés par les gens entourant des personnes sensibles à la qualité de l’air, comme les jeunes enfants, les personnes âgées ou atteintes de maladies respiratoires.

Quelles sont les évolutions que vous observez ces dernières années quant à la qualité de l’air au Luxembourg ?

Claudine Schiltz : Les conditions météorologiques ont une forte influence sur la qualité de l’air. La pluie capte les polluants dans l’air et les entraîne vers le sol, ce qui diminue leur concentration. À l’inverse, la chaleur et le rayonnement solaire favorisent les réactions chimiques à l’origine de certains polluants. Les effets du changement climatique impactent directement la qualité de l’air sur le long terme.


« Nous sommes en train de planifier la mise en place d’un ‘supersite’ au Kirchberg, une station de mesures hautement équipée, destinée à surveiller un grand nombre de polluants. C’est une obligation de la nouvelle directive. »

Pierre Dornseiffer, Administration de l’environnement

Pierre Dornseiffer : La transition de la mobilité joue aussi beaucoup, puisque le trafic est la principale source de polluants au Luxembourg. On a d’ailleurs vu l’effet de « l’année Covid », durant laquelle le trafic a fortement ralenti : en 2020, la concentration moyenne annuelle de NO₂ étaient bien inférieure à celles des années précédentes et ces valeurs ne sont pas revenues au niveau pré-Covid. Un plan national relatif à la qualité de l’air a été adopté en 2021, avec des mesures visant notamment à réduire l’impact du trafic individuel motorisé. Plus globalement, les voitures sont de plus en plus propres – notamment grâce aux normes européennes – et les véhicules électriques se démocratisent.

Cette tendance à la baisse ne pourra qu’être confirmée avec la nouvelle directive qui est entrée en vigueur fin 2024. Elle va imposer des valeurs limites plus strictes, alignées sur les lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à partir de 2030.
Les préparatifs pour sa transposition en droit luxembourgeois sont en cours.

Propos recueillis par Léna Fernandes
Photos : Fournies par l’AEV

Une fresque de la qualité de l'air pour en comprendre tous les enjeux
Une fresque de la qualité de l’air pour en comprendre tous les enjeux

Directement inspirée de la célèbre Fresque du climat, la Fresque de la qualité de l’air propose une approche collaborative pour mieux comprendre les sources, les impacts et les leviers d’action liés à la pollution de l’air. Conçue en France par Airparif, elle pourrait être adaptée au contexte luxembourgeois.

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Dans l’hexagone, la surveillance de la qualité de l’air s’organise au niveau des régions. En Île-de-France, c’est Airparif qui est agréée pour ces missions réglementaires.

L’association a décidé d’élargir son champ d’action en développant des outils de médiation scientifique pour sensibiliser et informer le grand public, ainsi que les décideurs et les élus. Elle le fait notamment avec la Fresque de la qualité de l’air extérieur, créée en 2022 et qui voyage à présent à travers la France, en Outre-mer et en Suisse.

Interview de Lou Méchin, ingénieure relations presse et médiation scientifique chez Airparif.

Quel est l’objectif de cette fresque de la qualité de l’air extérieur ?

Nous avons souhaité utiliser le modèle collaboratif de la fresque, qui a commencé avec celle du climat et qui existe maintenant sous beaucoup de formes différentes, pour créer un atelier autour des enjeux de notre atmosphère.

Comment se déroule concrètement un atelier ?

Pour cet atelier comme pour toutes les Fresques, une série de cartes permet de visualiser les enjeux de la problématique de manière holistique
Pour cet atelier comme pour toutes les Fresques, une série de cartes permet de visualiser les enjeux de la problématique de manière holistique - ©Airparif

Nous travaillons en petit nombre pour que chaque participant puisse contribuer à la construction de cette fresque.

Durant deux heures à deux heures trente, ils retracent tous les enjeux autour de la qualité de l’air, en commençant par les sources des polluants, les polluants à proprement parler et enfin leurs impacts sur notre santé. L’animation se penche aussi sur les enjeux économiques, urbanistiques, la dégradation des bâtiments et le lien avec le changement climatique.

L’approche air-énergie-climat est très caractéristique de cet atelier. On évoque l’impact de la consommation énergétique dans les émissions de gaz à effet de serre, les émissions de polluants dans notre atmosphère ainsi que le lien entre la pollution de l’air et le changement climatique.

La dernière partie de cet atelier se concentre sur des données plus spécifiques à la région dans laquelle la fresque est animée. C’est ce qu’on appelle les cartes « hors-jeu ». Elles font l’inventaire des émissions et de l’état de la qualité de l’air sur le territoire concerné.

À qui s’adresse la fresque ?

À un large panel de publics.

Pour les écoles, nous estimons qu’elle n’est pas faite pour des personnes de moins de 15 ans, donc nous démarrons au lycée.

Nous organisons des ateliers gratuits pour le grand public, tous les deux mois dans nos bureaux à Paris.

Il nous arrive également de l’animer en entreprise ou dans des collectivités territoriales auprès d’élus.

Le niveau de détail est adapté au public : le discours ne sera pas le même avec des lycéens qu’avec des ingénieurs experts dans ce domaine.

Selon vous, pourrait-elle aisément être adaptée au Luxembourg ?

Il y a un certain nombre de cartes qui sont tout à fait adaptées à la plupart des pays d’Europe de l’Ouest, mais c’est une fresque qui, à l’origine, est faite pour la France. Elle se base sur le mix électrique français, par exemple. Sous réserve de disposer de données plus spécifiques, notamment sur les moyens de transport et la production d’électricité au Luxembourg, elle pourrait être adaptée assez facilement. À notre niveau, nous l’avons adaptée aux régions d’outre-mer.

Plus d’infos sur la Fresque de la qualité de l’air sur le site d’Airparif.

Et une fresque pour l’air intérieur

Airparif s’est concentrée sur la qualité de l’air extérieur. Une entreprise, également d’Île-de-France, a pour sa part créé une Fresque de la qualité de l’air intérieur. Elle se destine en priorité aux entreprises, afin de les sensibiliser à l’impact de la qualité de l’air intérieur sur les occupants des bâtiments. Détails sur g-on.life.

Marie-Astrid Heyde
Photos : Airparif

Air Quality : A Hidden Driver of Mental and Cognitive Health
Air Quality : A Hidden Driver of Mental and Cognitive Health

We know that clean air helps us breathe easier, but its benefits extend far beyond our lungs—particularly for mental and cognitive health. The quality of the air we breathe shapes how we feel, think, and function every day.

Contribution partenaire in4green
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Better air quality supports biodiversity—and emotional wellbeing

Research consistently shows that air pollution diminishes biodiversity. When air quality improves, ecosystems can recover over time. A 2021 experimental research project revealed a direct link between people’s perception of biodiversity and their emotional state. Viewed through an evolutionary lens, this relationship makes sense : for thousands of years, humans relied on the diversity and vitality of natural environments as indicators of safety, resources, and survival. When ecosystems thrive, our nervous systems respond accordingly.

Air pollutants can weaken immune and mental resilience

Natural killer (NK) cells are immune cells that play a critical role in destroying tumor and virus-infected cells and regulating inflammation. Emerging evidence also links healthy NK cell activity to lower levels of anxiety and depression. Volatile organic compounds (VOCs), commonly found in air pollution, have been shown to impair NK cell function. In contrast, studies suggest that inhaling phytoncides—natural compounds released by trees—can activate these cells, illustrating how cleaner air supports both immune and mental health.

The brain depends on oxygen

The human brain is highly sensitive to oxygen levels, particularly during development. Research links exposure to air pollution with lower academic performance, reduced attention, and slower cognitive development. A 2021 study found these effects even after controlling for socioeconomic and school-related factors, underscoring how air quality independently influences learning outcomes and cognitive health. Other research has linked postnatal exposure to air pollution with increased risk of childhood mental health disorders, driven in part by inflammation and oxidative stress.

Clean air sets the stage—but nature connection activates the benefits

Clean air creates the conditions for health, but regular contact with living systems fully activates these benefits. Nature connection allows the brain and body to respond to improved air quality in meaningful ways—especially when access is consistent and embedded in daily life.

This is where green infrastructure becomes essential. Outdoor learning spaces, urban parks, microforests, and community gardens are not optional amenities ; they are foundational systems that help people both improve air quality and fully benefit from it. Beyond filtering pollutants, regulating temperature, or mitigating climate impacts, green spaces deliver vital ecosystem services that support mental clarity, emotional regulation, immune function, and cognitive performance.

By placing nature where people live, learn, and work, we make clean air actionable. Children concentrate better when learning outdoors. Adults restore attention and reduce stress during short daily visits to green spaces. Communities with accessible nature experience better mental health outcomes overall—not because nature is a luxury, but because it is a biological necessity.

Improving air quality and expanding green infrastructure are not separate agendas—they are mutually reinforcing strategies for human and planetary health. The question is no longer whether we can afford to invest in nature, but whether we can afford not to.

Text and photo from UNature Luxembourg

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Des solutions pour faire respirer la ville autrement
Des solutions pour faire respirer la ville autrement

Peut-on apporter en ville le confort respiratoire de la campagne ? Là où les arbres ne peuvent prendre racine, des solutions alliant nature et technologie prennent le relais. C’est le cas à Differdange, où deux CityTrees ont été installés en 2024. Le cocréateur de ces arbres atypiques nous explique dans quelles situations ils ont leur utilité.

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Depuis 2014, Green City Solutions développe des dispositifs de purification et de rafraîchissement de l’air urbain. L’entreprise allemande combine les capacités naturelles de filtration de la mousse à une ventilation active et à des capteurs connectés, afin d’apporter un air plus frais (jusqu’à –4 °C) et plus sain dans des zones urbaines à forte fréquentation.

La ville de Differdange a opté en 2024 pour l’installation de deux CityTrees – l’une place des Alliés et la seconde devant le CHEM de Niederkorn –, des structures verticales qui aspirent l’air ambiant chargé en polluants. Grâce aux filtres à mousse et aux technologies embarquées, les personnes se trouvant à proximité directe bénéficient, en période estivale, de quelques degrés de rafraîchissement et d’une atmosphère plus saine.

Zhengliang Wu et Peter Sänger, cofondateurs de Green City Solutions
Zhengliang Wu et Peter Sänger, cofondateurs de Green City Solutions - ©GCT

Zhengliang Wu, CIO et cofondateur de Green City Solutions, a répondu à nos questions sur les CityTrees, leurs conditions d’efficacité, leurs limites, et la place qu’ils peuvent – ou non – occuper dans les politiques urbaines de qualité de l’air.

Pensez-vous que CityTree peut remplacer les vrais arbres en ville ?

Absolument pas, et cela n’a jamais été notre objectif. Nos filtres à mousse – CityTree, CityBreeze ou WallBreeze – sont conçus pour compléter les arbres, et non pour les remplacer. Les arbres sont essentiels pour l’ombrage, la biodiversité, le stockage du CO₂ et la résilience urbaine à long terme.

Les arbres et la mousse coexistent depuis des millions d’années, en fournissant de précieux services environnementaux tels que l’ombrage, le refroidissement par évaporation et d’autres fonctions vitales comme le stockage des polluants et du CO₂, la production d’oxygène, la réduction du bruit et la contribution à la gestion de l’eau. La mousse, ainsi que les particules fines qu’elle filtre, a même constitué la base de l’apparition des plantes supérieures comme les arbres. Nous soutenons cette symbiose en ville.

Dans quels contextes urbains précis les CityTrees montrent-ils les résultats les plus probants en matière de qualité de l’air ?

Les mousses peuvent être utilisées aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur, en particulier dans les lieux où la qualité de l’air doit être améliorée. L’effet de purification et de refroidissement est particulièrement pertinent là où la concentration de chaleur et de particules fines est élevée, ainsi que dans les endroits où les gens se rassemblent.

Il s’agit par exemple de rues commerçantes et de places très fréquentées, de cours d’école ou de crèches, mais aussi de sites d’entreprises, de bureaux ou d’ateliers de production, d’atriums, de centres commerciaux, de gares ou d’aéroports.

Dans ces contextes, notre approche est pertinente car nous ne nous appuyons pas uniquement sur une captation passive des polluants, comme le font les feuilles des arbres : nous aspirons activement l’air ambiant à travers les modules de mousse grâce à une ventilation contrôlée, ce qui rend l’effet de filtration mesurable là où cela compte le plus. Dans ces lieux, les filtres à mousse peuvent purifier l’air et créer des zones d’air frais et de rencontre. Ils offrent une alternative durable aux systèmes de filtration conventionnels, qui nécessitent de plus en plus d’énergie, doivent souvent être traités comme des déchets dangereux et n’ont pas un impact positif sur le climat.

Enfin, à plus long terme, il est essentiel de développer des corridors verts et des espaces de loisirs en ville, afin de garantir un air frais et propre, de renforcer la biodiversité et de favoriser la gestion de l’eau.

Sur la commune de Differdange, cinq dispositifs CityTree ont été installés.
Sur la commune de Differdange, cinq dispositifs CityTree ont été installés. - ©GreenCitySolutions

Quel est le rayon d’action mesuré d’un CityTree ?

En collaboration avec des partenaires scientifiques, nous avons validé des effets mesurables sur le refroidissement et la réduction des particules fines. Par exemple, l’Institut de technologie de traitement de l’air et du froid (ILK Dresden) a mesuré, dans des conditions de test, un effet de refroidissement d’environ 4 kelvins (ou 4°C, NDLR) à une distance d’un mètre d’un CityTree.

La portée effective en milieu urbain réel dépend fortement de la direction et de la vitesse du vent, de la géométrie des rues, de la pollution de fond et du mode de fonctionnement du système. C’est pourquoi nous combinons un fonctionnement contrôlé (ventilation et irrigation pilotées par capteurs et algorithmes) avec un suivi sur site des paramètres environnementaux et de qualité de l’air, afin d’évaluer les performances sur le terrain.

La mousse de vos dispositifs pousse et se régénère au sein d’une ferme verticale. Pourquoi ne pas prendre la mousse disponible à proximité des lieux d’installation ?

Nous avons opté pour une culture contrôlée, car l’approvisionnement en « mousse locale » est souvent peu fiable, peu transparent et difficilement compatible avec la protection de la nature, en particulier à grande échelle.

Dans notre ferme verticale près de Berlin, nous pouvons garantir une qualité constante, une traçabilité complète et des cycles de régénération rapides. Notre laboratoire étudie et sélectionne les mousses pour la culture. Dans des conditions contrôlées, elles poussent environ 16 fois plus vite que dans la nature.

La durabilité est également une priorité dans cette ferme entièrement numérisée. L’utilisation de l’eau, de la chaleur et de l’électricité est surveillée par des capteurs et optimisée en permanence. Les mousses sont robustes et réutilisables : elles retournent à la ferme une à deux fois par an pour être régénérées, avant d’être réintégrées dans nos produits.

Cette approche nous permet de fournir un « filtre » performant et homogène, recyclable à 99% et disposant d’une analyse de cycle de vie (ACV) transparente.

Marie-Astrid Heyde
Photos : Green City Solutions

Qualité de l'air : cadres réglementaires et normes applicables
Qualité de l’air : cadres réglementaires et normes applicables

La qualité de l’air peut être appréhendée selon trois domaines structurants : l’air ambiant, les émissions des installations industrielles et l’air intérieur. Chacun dispose de cadres réglementaires spécifiques et s’appuie sur des normes techniques, encadrant les méthodes de mesure, de surveillance et d’évaluation mises en œuvre.

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L’air ambiant : ce que respirent les citoyens à l’extérieur

La directive (UE) 2024/2881 fixe des valeurs limites pour des polluants atmosphériques. Elle impose aux États membres de :

  • mesurer ces polluants avec des méthodes de référence,
  • utiliser la modélisation pour couvrir l’ensemble du territoire,
  • publier les données en temps réel,
  • adopter des plans d’action en cas de dépassement.

La transposition doit être achevée d’ici décembre 2026, avec des valeurs limites à respecter dès 2030.

La directive ne liste pas de normes spécifiques, mais les normes EN de la famille 14000 sont souvent reprises comme méthodes de référence :

Ces normes garantissent la qualité et la comparabilité des mesures dans l’Union européenne.

La Commission européenne a également mandaté le Comité Européen de Normalisation (CEN), pour élaborer une nouvelle norme européenne sur la modélisation de la qualité de l’air (Modelling Quality Objectives, MQO).

L’air émis par les installations industrielles

Les émissions industrielles sont régulées notamment par la directive (UE) 2010/75 renforcée par le règlement (UE) 2024/1785.

Ce cadre impose des limites d’émission pour les installations classées, et demande une surveillance fiable de différents types de polluants.

Les normes de référence sont notamment :

  • EN 14181 – Assurance qualité des systèmes de mesure automatiques,
  • la future norme EN 1948-5 – Échantillonnage à long terme des dioxines et PCB.

Dans le cadre du mandat de normalisation M/588, le comité technique « CEN/TC 264 – Qualité de l’air » est actuellement en train de finaliser la conversion du CEN/TS 1948-5 en norme EN 1948-5, qui deviendra la norme de référence pour la surveillance à long terme des dioxines.

La qualité de l’air intérieur : le domaine le plus proche du quotidien

Il n’existe pas de directive européenne spécifique sur la qualité de l’air intérieur. Cependant, la qualité de l’air dans les bâtiments (« qualité de l’environnement intérieur ») est intégrée dans la directive (UE) 2024/1275, sur la performance énergétique des bâtiments (EPBD).

Dans ce contexte, plusieurs normes pertinentes peuvent être mentionnées :

  • la série EN 16798 – Ventilation et paramètres de qualité de l’air intérieur,
  • la série EN 13141 – Performance des composants de ventilation,
  • la série ISO 16000 – Mesure et la gestion de l’air intérieur.

Ces normes sont développées au sein de différents comités techniques, européens et internationaux. Toutes parties prenantes luxembourgeoises intéressées peuvent y participer, à travers l’ILNAS, garantissant ainsi une représentation des intérêts nationaux sur la scène internationale. Contribuer à ces travaux, c’est aider à façonner les pratiques de demain et veiller à ce que les réalités du terrain soient intégrées aux futures normes techniques.

Pour plus de renseignements, n’hésitez pas à contacter normalisation@ilnas.etat.lu.

Texte et photo de l’ILNAS (Institut luxembourgeois de la normalisation, de l’accréditation, de la sécurité et qualité des produits et services)

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LIAVA veut faire entrer la qualité de l'air intérieur dans le débat public
LIAVA veut faire entrer la qualité de l’air intérieur dans le débat public

Réelle mais encore largement sous-estimée, la pollution de l’air intérieur fait rarement l’objet de réflexions approfondies. Créée début 2025, l’association LIAVA réunit des experts déterminés à combler ce manque, en agissant à la fois sur la sensibilisation du grand public, la structuration des métiers et le dialogue avec les pouvoirs publics.

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LIAVA, pour Luxembourg Indoor Air and Ventilation Association, est née d’un échange entre professionnels confrontés aux mêmes constats. « On s’est rendu compte qu’il y avait un vrai problème autour de la qualité de l’air intérieur au Luxembourg, que ce soit au niveau réglementaire, que de la communication ou de la sensibilisation », explique Christophe Delattre, Business developer chez DUCO et secrétaire pour LIAVA. Avec Julien Blaise (Business Developer au LLuCS) et Tony Russo (administrateur délégué chez Novalair), la réflexion débute à l’été 2023. L’idée est de fédérer des expertises aujourd’hui dispersées et de faire émerger un discours commun.

Évidemment, tout mettre en place prend du temps. « On a décidé de créer une ASBL pour donner de la substance au projet. Après six mois de démarches, LIAVA a été officiellement créée en février 2025, avec Gilles Christnach à la présidence. Suite à un tournant professionnel, ce dernier a cédé sa place à Patricia Streber (fondatrice de XXA Architecture) en avril 2025.

« LIAVA, est une aventure collective, bénévole, au service du Luxembourg », résume Christophe Delattre. « On est là pour dire “il y a un problème sur la qualité de l’air, qu’est-ce qu’on peut faire concrètement ?” »

« Il faut concevoir autrement pour respirer mieux »

Architecte de formation, Patricia Streber découvre LIAVA presque par hasard, lors d’une discussion informelle avec Tony Russo. « En tant qu’architecte, je suis très sensible aux matériaux, aux émanations, aux problématiques de ventilation et d’assèchement de l’air. Dans certains projets, nous avons déjà intégré des murs d’eau pour améliorer l’humidification en hiver et le confort en été. »

Son engagement s’impose alors comme une évidence : « C’est passionnant. Je suis entourée de différents profils avec une belle expérience. » Patricia Streber souhaite jouer un rôle pour attirer l’attention sur l’importance de l’air intérieur, encore largement sous-estimée à ses yeux. « Respirer, c’est naturel. On ne se pose donc pas la question de savoir si l’air est bon ou non pour notre santé. »

C’est la base de la réflexion des membres de LIAVA. « On passe plus de 80 % de notre temps à l’intérieur, alors que l’air y est cinq à dix fois plus pollué que l’air extérieur », rappelle Christophe Delattre. Architectes, bureaux d’études, installateurs, exploitants, laboratoires : « chacun a un rôle à jouer, depuis la conception jusqu’à l’entretien ».

(de bas en haut) - Patricia Streber, Christophe Delattre, Julien Blaise, Tony Russo et Arnaud Etur
(de bas en haut) - Patricia Streber, Christophe Delattre, Julien Blaise, Tony Russo et Arnaud Etur - © Fanny Krackenberger

La sensibilisation prime sur la réglementation

Si LIAVA se positionne comme un espace d’expertise, sa priorité reste la sensibilisation. « Le grand public est privé d’une réelle information », estime Julien Blaise. « On accumule au quotidien des petites doses de polluants : produits ménagers, encens, bougies, parfums… Si l’air n’est pas correctement renouvelé, on se retrouve dans un environnement intérieur qui peut avoir des impacts négatifs à court et à long terme. »

Le problème ? « Faute de mesures, on ne sait pas », résume Tony Russo. « Dans l’eau, il y a des analyses obligatoires. Pour l’air, il n’y a rien d’imposé, ni dans les écoles, ni dans les crèches, ni dans les hôpitaux. » Résultat : une fausse impression de sécurité. « La majorité des personnes estiment vivre dans un cocon sain. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas. »

Face à ce vide, LIAVA agit sur plusieurs fronts, avec des conférences dans les écoles, l’organisation d’événements grand public et des formations professionnelles. « Les enfants sont les acteurs de demain et peuvent influencer leurs parents », souligne Julien Blaise. L’association cherche aussi à structurer les métiers. « Aujourd’hui, chacun travaille dans son coin, alors qu’il faut des procédures communes et parler le même langage. »

Mettre de côté les intérêts privés

Autre particularité de LIAVA : sa volonté affichée de neutralité. « Nous apportons notre savoir-faire », insiste Christophe Delattre. « Chaque membre a signé un formulaire d’engagement. L’idée n’est pas de promouvoir des produits ou des entreprises, mais la qualité de l’air intérieur », précise Patricia Streber.

Une ligne de conduite simple pour aller à la rencontre des institutions. Des échanges sont déjà en cours avec Neobuild, pôle d’innovation technologique de la construction durable au Luxembourg, d’autres sont prévus courant 2026 avec plusieurs administrations et ministères. « Ils ont besoin de notre expérience, de nos retours du terrain », observe Christophe Delattre. « Nous sommes plus réactifs que les administrations qui doivent suivre un grand nombre de procédures. Notre rôle, c’est aussi de faire des propositions, de nourrir la réflexion réglementaire. »

Trois groupes de travail structurent aujourd’hui l’association : réglementation et dialogue institutionnel, événements et formation, vulgarisation et communication. Parmi les projets phares, un guide de la ventilation, destiné à tous les publics. « Il s’agit d’un document de base vulgarisé qui explique quand et comment ventiler, les impacts sur la santé, les bonnes pratiques. Ensuite, on pourra aller plus loin avec des fiches techniques pour les professionnels. »

Sébastien Yernaux
Photos : Fanny Krackenberger

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Julien Blaise
La science au service de ce que nous respirons dans nos intérieurs

Le Laboratoire Luxembourgeois de Contrôle Sanitaire (LLuCS) apporte un éclairage scientifique sur la pollution de l’air intérieur. Les analyses mettent en évidence des concentrations préoccupantes de composés susceptibles d’affecter la santé des occupants.

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Nous passons l’essentiel de notre temps à l’intérieur, mais savons-nous réellement ce que nous y respirons ? Pour Julien Blaise, business developer au LLuCS, la question mérite d’être posée sans détour. « Il ne faut pas considérer la pollution de l’air en prenant les polluants individuellement. La problématique de l’air intérieur est multiple et dépend énormément du bâtiment, de la saison et de l’usage », explique-t-il. Contrairement à certaines idées reçues, la pollution ne vient pas toujours de l’extérieur. Elle est souvent introduite par nos propres choix.

Des polluants du quotidien, omniprésents

Matériaux de construction, peintures, colles, meubles neufs : l’air intérieur est chargé de composés chimiques que l’on ne voit pas, mais que l’on respire. « On parle notamment des retardateurs de flamme et des composés organiques volatiles - dont le formaldéhyde, présent dans énormément de produits du quotidien. » Classé cancérogène par l’Organisation mondiale de la santé depuis 2004, le formaldéhyde est loin d’être une exception.

Pris individuellement, ces apports peuvent sembler anodins. Mais leur accumulation pose problème. « Dans une pièce que l’on rénove, on ajoute de la peinture, des colles, du bois etc… C’est l’addition de tout ce que l’on met dans un environnement intérieur qui va être problématique. » Une réalité particulièrement marquante dans les chambres de bébés, souvent aménagées avec du mobilier neuf. « On veut bien faire, mais on apporte énormément de polluants en même temps. C’est pour ça qu’on recommande d’aérer intensivement et d’éviter d’y faire dormir l’enfant les premiers jours. »

- © Licence CC

Humidité et moisissures, un signal d’alerte

Dans la Grande Région, LLuCS est également confronté à une problématique récurrente : l’humidité. « Les moisissures sont très présentes, notamment parce que beaucoup de personnes ne savent pas comment utiliser ou entretenir leur ventilation. » Dans un climat humide, la moindre défaillance peut rapidement entraîner une prolifération microbiologique.

Certaines situations sont directement liées aux conditions de construction. « Avec la pression immobilière, on construit très vite. On rencontre de plus en plus de cas où les dalles de béton n’ont pas suffisamment séché. » Résultat : l’humidité remonte dans les murs, parfois sur 30 à 40 centimètres, jusque dans des sous-sols habitables. « Si on ne traite pas le problème à la source, il reviendra encore et encore. »

Diagnostiquer pour mieux agir

LLuCS intervient principalement lorsque des signaux apparaissent : allergies, troubles respiratoires, moisissures visibles. « Les gens sont souvent surpris par nos rapports. Ils ne savaient pas que certains gestes ou certaines habitudes pouvaient avoir un tel impact. » L’enjeu ne se limite pas à produire des données scientifiques. « Un rapport sans solution ne sert à rien. Chaque diagnostic est accompagné d’un plan d’action concret. »

Changer ses habitudes, mieux utiliser son logement, ajuster la ventilation : les leviers sont parfois simples, mais encore faut-il les connaître. « Nous restons dans notre rôle de laboratoire. On pose le diagnostic, on explique, et ensuite d’autres acteurs interviennent. »

Concevoir autrement pour éviter le curatif

Julien Blaise
Julien Blaise - © Fanny Krackenberger

Pour Julien Blaise, la qualité de l’air intérieur doit être intégrée bien plus tôt, dès la conception des bâtiments. « Il faut que chaque expert soit autour de la table : qualité de l’air, acoustique, matériaux, peintures… Tout joue sur le bien-être. » Une approche globale, encore trop rare, mais économiquement rationnelle. « Revenir corriger après coup coûte toujours plus cher que d’avoir réfléchi correctement dès le départ. »

Une réflexion valable, autant pour les particuliers que pour les professionnels. « Un open space prévu pour 20 personnes ne peut pas en accueillir 80 sans dégrader la qualité de l’air, même avec une ventilation poussée au maximum. » Là encore, l’usage doit rester cohérent avec la conception initiale.

Maisons passives : alliées sous conditions

Souvent pointées du doigt, les maisons passives ne sont pas, selon lui, le problème. « Elles vont dans le bon sens, tant sur le plan énergétique que sanitaire. » À une condition toutefois : respecter les recommandations. « Une VMC double flux doit être entretenue. Sinon, on peut rapidement créer des problèmes d’humidité ou de moisissures. »

Dans des bâtiments de plus en plus étanches, la ventilation devient essentielle. « On crée parfois de véritables bunkers thermiques. Sans ventilation performante, la maison ne respire plus. » L’enjeu est donc autant technique que pédagogique. « Une maison passive bien utilisée est une alliée. Les problèmes viennent rarement du bâtiment lui-même, mais de son usage. »

À travers les analyses réalisées en laboratoire, Julien Blaise rappelle une évidence trop souvent oubliée : « La qualité de l’air intérieur n’est ni un luxe ni un détail technique. Elle est le reflet de nos choix, de nos usages et de la manière dont nous concevons nos espaces de vie. »

Sébastien Yernaux
Photos : Fanny Krackenberger

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Pour un air intérieur sain, XXA Architecture mise sur les biomatériaux
Pour un air intérieur sain, XXA Architecture mise sur les biomatériaux

Chez XXA Architecture, on veut garantir le bien-être des personnes qui entreront dans un bâtiment pensé par ce bureau d’architectes. Ce qui passe par une bonne qualité de l’air intérieur et donc le recours à des matériaux de construction plus responsables.

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Patricia Streber a fondé XXA Architecture en 2011. Ces dernières années, le bureau s’est spécialisé dans la durabilité des bâtiments. « Tout a commencé avec un projet de façade verte, il y a 12-13 ans », raconte la fondatrice. « Depuis, nous avons développé une vraie sensibilité pour les matériaux biosourcés. »

Le recours à ces matériaux, fabriqués à partir de matières premières d’origine biologique (comme le bois, le chanvre, le liège, ou encore la laine de mouton), permet de réduire l’empreinte environnementale d’un bâtiment, mais aussi d’améliorer la qualité de l’air de nos projets. Contrairement aux peintures, isolants et autres enduits « classiques », ils émettent peu, voire pas, de composés organiques volatils (COV) ou de particules fines, qui polluent l’air intérieur.


« Tout le monde connaît les dangers liés à l’amiante, mais je suis sûre que dans le futur, d’autres matériaux se révéleront tout aussi dangereux pour notre santé. C’est donc aujourd’hui qu’il faut sensibiliser le grand public à l’importance de la qualité de l’air intérieur. »

Patricia Streber, fondatrice de XXA Architecture

Nouveaux matériaux, nouvelles façons de faire

« Les solvants ou les colles sont par exemple problématiques, ils peuvent rejeter des polluants pendant des années, voire sur toute leur durée de vie », souligne Patricia Streber. « Nous sommes entourés de personnes très compétentes qui nous aident avec nos choix de matériaux. Nous continuons d’en découvrir de nouveaux, plus respectueux de l’environnement et de la qualité de l’air. »

En s’intéressant au sujet de la construction paille-bois, elle a découvert « des plaques de paille compressée qui peuvent remplacer les plaques de plâtre et qui ont un bilan carbone neutre. » Elles seront mises en œuvre pour un projet de construction en bois du bureau, avec un enduit à la chaux ou à l’argile appliqué dessus. Parfois, l’alternative est autre. « Il y a aussi une vraie réflexion à propos de la mise en œuvre sur chantier. Dans certains cas, c’est la façon de faire qui doit changer : visser au lieu de coller, pour ne pas utiliser de colle justement. »

Les produits ménagers participent aussi à la pollution de l’air intérieur et là encore, le choix des matériaux peut tout changer. L’architecte illustre avec un carrelage antibactérien qui, grâce à un traitement ou à un composant spécifique, empêche la prolifération de bactéries et donc limite la quantité de produits nettoyants à utiliser sur cette surface.

La fondatrice ajoute : « Dans notre réflexion sur la conception d’un bâtiment et le choix de chaque élément de construction, il faut aussi penser aux composants cachés », comme les chapes, classiquement en ciment. « Pour un nouveau bâtiment, nous mettons en place un système de chape sèche, qui évite l’usage du ciment. » Une option qui permet d’alléger le bilan carbone du bâtiment et de fortement limiter les émissions liées au séchage, mais qui reste un challenge à réaliser.

Des efforts certifiés

Le projet de l’école et maison relais Miniwissbei à Howald – livré en 2022 – a été marquant pour XXA Architecture, car c’était la première fois que le bureau tentait d’obtenir une certification DGNB (Deutsche Gesellschaft für Nachhaltiges Bauen). Ce système d’évaluation mesure la durabilité d’un bâtiment sur tout son cycle de vie, à travers six critères : écologie, économie, qualité sociale, qualité technique, qualité des processus et emplacement.

L'école et maison relais Miniwissbei à Howald.
L’école et maison relais Miniwissbei à Howald. - © XXA Architecture

« C’était une première certification pour nous, mais aussi pour la commune, le maître d’ouvrage de ce projet. Au départ, nous visions le niveau Gold mais nous nous sommes aperçus que nous étions proches du Platinum, le niveau le plus élevé », se souvient l’architecte. Avec toutes les parties prenantes, nous avons décidé de viser ce nouvel objectif. Je voulais aller plus loin dans la durabilité et le bourgmestre de l’époque, Marc Lies, a vraiment soutenu le bureau dans cette démarche. »

Une fois le chantier terminé, le bâtiment a reçu la certification au niveau espéré. « Nous avons obtenu un résultat de 87,2 %, pour lequel la qualité de l’air joue un très grand rôle ! Nous étions, et sommes encore, très fiers de ce score qui était à l’époque le meilleur obtenu pour une école à l’échelle mondiale. C’est dans ces moments-là qu’on se dit que tout ce travail valait vraiment la peine. »

Le rôle des architectes

La quête de durabilité est un nouveau terrain de jeu pour les architectes, « c’est très stimulant, mais c’est aussi parfois fastidieux » avoue la fondatrice de XXA Architecture. « Chercher et étudier toutes les innovations qui permettent de construire mieux prend beaucoup de temps, et nous ne sommes pas rémunérés pour toutes ces heures de travail. »


« La durabilité est un sujet qui m’a toujours tenue à cœur. Je suis très contente d’avoir pu le développer de plus en plus ces dernières années avec XXA Architecture. »

Patricia Streber, fondatrice de XXA Architecture

Mais ce n’est pas ça qui freinera l’architecte dans sa mission : « En devenant présidente de la Luxembourg Indoor Air and Ventilation Association (LIAVA) je me suis rendue compte de l’importance de la qualité de l’air, des conséquences qu’elle pouvait avoir sur la santé. En tant qu’architecte, nous allons avoir un rôle de plus en plus important à jouer, notamment avec le choix des matériaux que nous proposons à nos clients qui, in fine, auront une conséquence sur le bien-être et la santé des personnes qui occuperont le bâtiment que nous concevons. »

Patricia Streber veut donc sensibiliser au maximum ses clients, les professionnels du secteur de la construction et plus largement le grand public, aux enjeux liés à la qualité de l’air intérieur. « Si on arrive, par notre architecture, à créer un lieu où les gens ont un sentiment de bien-être, et de vrai bien-être parce que l’air qu’ils respirent est sain, alors on a tout gagné. Ça devrait être cela le but de tout architecte ! Ce n’est pas tout de faire un bâtiment qui est joli à voir, il faut aussi se sentir bien à l’intérieur. »

Léna Fernandes
Photo de Patricia Streber : © Picto Communication

SECO traque l'air intérieur entre ventilation réelle et polluants invisibles
SECO traque l’air intérieur entre ventilation réelle et polluants invisibles

Dans les bureaux, les écoles ou les logements, la qualité de l’air intérieur reste souvent une affaire de « minimum syndical ». Project engineers chez SECO, Damien Collignon et David Jacquemin décrivent un angle mort : entre réglementations peu contraignantes, usages qui évoluent et entretien négligé, l’air peut se dégrader sans bruit… et sans odeur.

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Longtemps, la qualité de l’air a surtout été associée à l’industrie. « On s’est beaucoup concentré sur la qualité de l’air dans tout ce qui est industrie et peut-être moins sur les environnements intérieurs classiques, type bureau ou habitation », observe David Jacquemin. Dans le tertiaire, la ventilation reste souvent perçue comme acquise : on entre dans un bâtiment et l’on suppose que tout est contrôlé.

Or, ce réflexe est trompeur. « S’il n’y a pas de vent, pas d’ouverture sur deux façades ou pas de différence de température, l’air ne se déplace pas », explique Damien Collignon. Résultat, ouvrir une fenêtre ne garantit pas un renouvellement efficace. « Au mieux, un peu d’air rentre, mais l’air vicié ne sort pas spécialement. »

Cette réalité physique se heurte aussi aux exigences énergétiques actuelles. « Vu qu’on tend vers le zéro énergie, ouvrir une fenêtre pour diminuer la température devient impossible à compenser avec ce qui est installé », poursuit-il. La ventilation naturelle peine à offrir la maîtrise d’un système mécanique. « C’est très dur de quantifier le débit d’air en ouvrant juste une fenêtre. »

Quand le bâtiment ne correspond plus à son usage

David Jacquemin
David Jacquemin - © Picto

Chez SECO, les constats convergent : le bâtiment fonctionne sur le papier, puis se dérègle dans la vraie vie. « Entre la conception du bâtiment et son exploitation réelle, il n’y a pas toujours l’approche finale de l’utilisateur », illustre Damien Collignon. Plateaux standards transformés en salles de réunion, open spaces densifiés, cloisonnements ajoutés… les débits prévus ne suivent plus. « On a parfois des débits de ventilation trop faibles par rapport à la réalité de l’exploitation. »

Le rôle de SECO consiste précisément à identifier ces écarts. « Je vérifie à la conception, à l’exécution et à la fin de chantier, et parfois lors d’audits de maintenance, les installations complètes, dont la ventilation », explique Damien Collignon. David Jacquemin intervient davantage sur les polluants : « Je réalise des diagnostics dans tout type de bâtiment, en orientant les polluants recherchés suivant sa fonction et son âge, ainsi que des audits de qualité de l’air avec des prélèvements sur site, puis des analyses pour une évaluation complète. »

Deux approches complémentaires, un même message : la qualité de l’air repose sur plusieurs leviers. « Il y a deux grands piliers », résume David Jacquemin. « Les matériaux présents dans le bâtiment, sources d’émissions, et la ventilation. Est-elle bien dimensionnée, bien mise en œuvre ? »

L’air, un risque invisible et peu réglementé

Le piège, c’est que la qualité de l’air se perçoit mal. « On baigne dedans tout le temps, donc c’est naturel », constate David Jacquemin. L’odeur n’est pas un indicateur fiable. « Une mauvaise qualité de l’air n’est pas forcément liée à l’odeur », rappelle-t-il, citant le monoxyde de carbone ou l’amiante, « totalement inodores ».

Au Luxembourg, pour les bureaux, la plupart des mesurages sont réalisés sur base volontaire, souvent pour obtenir des crédits de certifications environnementales ou parce qu’un inconfort est signalé. Dans l’industrie, en revanche, les prescriptions ITM (Inspection du travail et des mines) imposent des analyses de risques et des contrôles réguliers. Dans le tertiaire, certaines règles freinent l’évolution. « Si des fenêtres sont ouvrables, on n’est pas obligé d’avoir une ventilation mécanique », rappelle Damien Collignon, ce qui complique l’introduction d’exigences plus fines sur l’humidité ou les débits réels.

Entretien négligé, confort dégradé

Damien Collignon
Damien Collignon - © Picto

Même bien conçue, une ventilation mal entretenue pose problème. « Énormément même », précise Damien Collignon. « Les dépôts initiaux restent en place à cause des gaines stockées à l’extérieur, des poussières et l’humidité. Ça peut paraître anodin, mais les concepteurs n’avaient pas envisagé l’entretien quand la ventilation s’est généralisée. »

Les filtres non remplacés et les bouches jamais nettoyées entraînent une chute de la performance. Les effets sont diffus. « Les gens ont mal à la tête », décrit-il. Le diagnostic tombe souvent : « le taux de CO₂ trop élevé dû à un mauvais équilibrage/réglage des débits ou d’un nombre d’occupant inadapté. »

Même logique pour l’humidité, autre composante du confort. « Un taux correct se situe entre 40 et 60 % », indique Damien Collignon. Les solutions techniques existent, mais « tout ça a un coût et exige une maintenance rigoureuse, sous peine d’engendrer d’autres risques. On en revient finalement toujours au même constat, mais c’est une question de bon sens. »

Un enjeu sanitaire encore sous-estimé

Au-delà des chiffres, SECO alerte sur la dimension sanitaire. « On respire en permanence », rappelle David Jacquemin. De nombreux matériaux émettent par exemple (ou entre autres) du formaldéhyde, classé cancérigène. « Si on ne s’intéresse pas au sujet, on prend le risque que, des années plus tard, des gens développent des cancers. »

La prise de conscience progresse, lentement. Les certifications, la crise sanitaire ou les audits techniques jouent un rôle. Mais pour les deux ingénieurs, l’air intérieur reste un enjeu discret, rarement prioritaire.

Sébastien Yernaux
Photos : © Picto

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Mesurer la qualité de l'air intérieur pour préserver la santé
Mesurer la qualité de l’air intérieur pour préserver la santé

Arnaud Etur est le gérant et le responsable technique d’Air Quality Luxembourg, un bureau d’études indépendant spécialisé en qualité de l’air intérieur et dans la mesure de l’exposition professionnelle aux polluants. Ce passionné nous explique en quoi consiste son travail, qui peut avoir un impact réel sur la santé et le confort des personnes.

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Quel est votre parcours dans la qualité de l’air ?

Arnaud Etur  : Ça fait plus de 20 ans que je travaille dans ce domaine. Les dix premières années, j’ai travaillé en France sur la qualité d’air extérieur, puis pendant trois ans à Luxembourg, dans un bureau de contrôle, plutôt sur les lieux de travail. Ensuite, j’ai créé A2L Environnement en France, une entreprise spécialisée dans la qualité d’air intérieur. En 2025, j’ai créé une deuxième entité, Air Quality Luxembourg, pour mes clients établis au Grand-Duché, qui sont de plus en plus nombreux.

Quel est le profil de vos clients justement ?

Je travaille majoritairement pour des professionnels : des collectivités, des écoles, tout ce qui relève du secteur tertiaire, avec une activité dans des bureaux mais également dans le secteur industriel… dès qu’il y a un environnement intérieur en fait ! Nous réalisons par exemple des évaluations du risque chimique au poste de travail, quand des employés manipulent des produits chimiques ou travaillent dans la poussière. Nous intervenons aussi dans ce qu’on appelle des « salles blanches », c’est-à-dire des environnements à contamination contrôlée, comme les salles d’opération.

Ces professionnels ont-ils des obligations vis-à-vis de la qualité de l’air intérieur dans leurs locaux ?

Tout employeur doit protéger la santé et la sécurité de ses salariés. Dans certains environnements professionnels où il y un risque pour la santé lié à l’air intérieur, la réglementation impose un suivi. Par exemple, les mesures de radon sont obligatoires pour les lieux de travail situés dans les zones radon (zones géographiques à plus fort potentiel naturel de radon, notamment dans le nord du pays, ndlr) et pour des bâtiments spécifiques comme les crèches, les écoles ou les établissements de santé. Nous sommes agréés par le Département de la Radioprotection du ministère de la Santé pour réaliser ces dépistages.

Mais vous intervenez également dans des cas où il n’y a pas forcément d’obligation ?

Oui, nous intervenons aussi lorsqu’il existe des craintes ou des suspicions de problèmes liés à qualité de l’air intérieur. Cela peut être le cas lorsque les employés ressentent un malaise dans les bureaux (maux de tête, toux, fatigue), ou lorsqu’un facteur externe, comme la proximité d’une usine ou d’une route, soulève des interrogations.

Nous avons aussi des clients qui veulent faire certifier un bâtiment. Souvent pour les certifications environnementales, la qualité de l’air intérieur est un aspect qui fait gagner des points.

Une fois sur place, comment se passent votre intervention ?

On commence par faire un audit de l’environnement. Il existe des centaines de polluants différents et les mesurer tous coûterait cher, donc il faut cibler. Notre expertise nous permet de savoir quels polluants peuvent être présents dans l’environnement en question et ceux que l’on peut directement écarter. On s’intéresse également aux symptômes des personnes qui occupent le lieu, aux odeurs et à toutes les choses qui sont des indices sur les potentiels polluants.

On propose ensuite un plan d’échantillonnage : où, quand et comment mesurer. En effet, suivant le type de polluant et le type d’environnement, les prélèvements, les mesures et les analyses ne se font pas de la même manière.

Généralement, nous sous-traitons l’analyse des échantillons à un laboratoire spécialisé, auquel nous envoyons les prélèvements. Le laboratoire nous transmet ensuite les résultats, que nous analysons et interprétons grâce à notre expertise afin d’identifier les sources de pollution. Enfin, nous formulons des recommandations concrètes pour améliorer la qualité de l’air intérieur de notre client.

Quelles sont les causes les plus courantes de la présence de polluants dans l’air ?

Les problèmes de moisissures sont récurrents et selon l’espèce de moisissure, les impacts sur la santé ne sont pas les mêmes. Le problème peut encore venir des matériaux utilisés pour construire, meubler et décorer le bâtiment, d’une ventilation mal réglée ou mal entretenue…

On voit aussi régulièrement des problèmes causés par les personnes elles-mêmes, comme avec l’utilisation de parfum d’intérieur ou de bougies parfumées.

Pourquoi avoir choisi de rejoindre LIAVA ?

Le secteur dans lequel je travaille m’intéresse beaucoup, je suis un passionné ! L’objectif de sensibilisation du public ou encore de travailler à la naissance de normes et réglementations dans le domaine me semble important.

C’est aussi une façon de rencontrer d’autres professionnels dont l’activité est centrée ou impactée par la qualité de l’air. Cela me permet d’apprendre et de créer un réseau, pour moi, mais aussi pour mes clients qui peuvent avoir besoin de telle ou telle autre expertise.

Propos recueillis par Léna Fernandes
Photo d’Arnaud Etur : © Picto Communication

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Tony Russo
Ventilation des bâtiments : Novalair appelle à sortir du tout curatif

Entre installations mal conçues, entretien insuffisant et manque de vigilance, Novalair intervient régulièrement pour corriger des situations à risque. Tony Russo, directeur de cette société spécialisée dans la maintenance et l’hygiénisation des réseaux d’eau et d’air, plaide pour une approche plus préventive et une prise de conscience collective.

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Selon l’Organisation mondiale de la santé, nous passons plus de 80 % de notre temps dans des espaces clos. Pourtant, la qualité de l’air que nous y respirons reste largement sous-estimée. « On ne se rend pas compte de toutes les répercussions que l’air peut avoir sur nos vies quotidiennes », observe Tony Russo. Troubles du sommeil, irritabilité, difficultés de concentration ou problèmes respiratoires : les symptômes existent, mais le lien avec l’air intérieur est rarement établi spontanément.

Des installations souvent mal conçues ou mal entretenues

Tony Russo
Tony Russo - © Fanny Krackenberger

Sur le terrain, le constat est parfois sans appel. « Il n’y a souvent pas d’entretien des gaines de ventilation, tout simplement », explique Tony Russo. Les demandes arrivent lorsque les signes deviennent visibles. On pense notamment aux moisissures dans une salle de bain, buée persistante, problèmes de santé inexpliqués, notamment chez les enfants. « Pourtant, certaines anomalies remontent à la conception même des installations de ventilation. »

Prises d’air neuf placées trop près du sol, gaines mal positionnées, réseaux déséquilibrés… des erreurs basiques mais aux conséquences durables. « Ce sont des choses évitables, avec un peu de bon sens. ». D’où l’importance, selon lui, de réaliser des audits avant toute intervention. Vérifier si le système correspond réellement à l’usage du bâtiment, si les débits sont adaptés, si les flux sont cohérents.

Autre dérive fréquente : confondre entretien et simple remplacement de filtres. « Changer un filtre, ce n’est pas nettoyer un système », rappelle le fondateur de Novalair. Les bouches, les gaines, l’intérieur des installations jouent un rôle clé dans la qualité de l’air. Sans nettoyage complet, les polluants continuent de circuler.

L’humidité, ennemie numéro un

Parmi les sources de pollution intérieure, Tony Russo en identifie une comme particulièrement préoccupante : l’humidité. « Ce n’est pas la moisissure le problème de départ, c’est l’humidité mal évacuée. » Salle de bain, buanderie, cuisine : sans extraction efficace, les spores se développent, avec des effets potentiellement nocifs sur la santé.

Pulvériser un produit peut masquer temporairement le problème, mais ne règle rien sur le fond. « Si on ne traite pas la cause, la moisissure reviendra », insiste-t-il, prônant une approche préventive plutôt que curative. Une démarche qui a aussi un impact économique : un système mal entretenu consomme davantage d’énergie, avec des coûts souvent invisibles mais bien réels.

Au-delà des équipements, Tony Russo appelle surtout à plus de vigilance de la part des occupants. Observer, s’informer, comprendre son environnement et ses usages. « Il n’y a pas une fréquence d’entretien universelle. Tout dépend de la manière de vivre, du lieu, de l’environnement. » En matière d’air intérieur, le premier levier reste finalement le bon sens… éclairé par les bonnes informations.

Sébastien Yernaux
Photo : Fanny Krackenberger

Mesurer l'air que l'on respire au travail, un défi encore sous-estimé
Mesurer l’air que l’on respire au travail, un défi encore sous-estimé

Dans les bureaux comme dans les bâtiments industriels, la qualité de l’air intérieur reste difficile à objectiver et demeure inégalement encadrée par la réglementation. Forte de son expertise, Vinçotte accompagne entreprises et institutions afin d’évaluer les risques, d’améliorer le confort des occupants et de prévenir les impacts sur la santé.

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Progressivement, la qualité de l’air intérieur prend de l’ampleur dans le débat public. « Cependant, contrairement à ce que l’on pourrait croire, la législation et son lot de contraintes ne sont pas encore trop présents dans les espaces de travail, en particulier dans le secteur tertiaire. » Pour Marvin Musseleck, inspecteur environnemental chez Vinçotte, le cadre réglementaire reste encore à structurer. « Si certaines prescriptions existent, notamment via l’Inspection du travail et des mines (ITM), et que les normes tendent à se développer, celles-ci reposent encore largement sur des recommandations et des valeurs de référence. Toutefois, la prise de conscience progresse et, au Luxembourg, les autorités comme les acteurs du secteur commencent à accorder une attention croissante à cette problématique. »

Entre confort et santé : des indicateurs encore insuffisants

Dans les environnements de bureau, l’évaluation du bien-être repose avant tout sur des indicateurs indirects. « On parle surtout de confort thermique et de renouvellement de l’air, mesuré majoritairement à travers les concentrations de CO₂ », explique Gauthier Baudoin, responsable SMQ (Système de management de qualité) et operations manager chez Vinçotte. D’autres éléments s’ajoutent. On pense notamment à la luminosité, l’acoustique, l’humidité ou encore l’ergonomie des postes de travail.

Mais ces mesures restent insuffisantes pour traduire toute la complexité de l’air intérieur. « C’est un sujet très multifactoriel », insiste Marvin Musseleck. « Le bâtiment, sa conception, son usage réel, l’activité exercée, l’environnement extérieur ou même les conditions météorologiques jouent un rôle. » Cette diversité rend difficile l’imposition de normes uniformes, à l’échelle nationale comme européenne.

Marvin Musseleck
Marvin Musseleck - © Vinçotte Luxembourg

Des bâtiments conçus pour des usages qui évoluent

Comme de nombreux experts le constatent, les inspecteurs de Vinçotte pointent régulièrement du doigt un décalage logique entre la conception initiale des bâtiments et leur utilisation réelle. « Beaucoup de locaux ont été pensés dans une configuration type, souvent en open space, puis ils sont modifiés au fil du temps », constate Gauthier Baudoin. Cloisonnements ajoutés, capteurs déplacés ou circuits de ventilation perturbés viennent alors compromettre l’aéraulique prévue à l’origine.

Paradoxalement, les professionnels anticipent rarement ces évolutions. Les aspects économiques en sont souvent la raison. « Concevoir des bâtiments réellement transformables suppose de multiplier les capteurs et les bouches de ventilation, ce qui représente un surcoût que peu d’acteurs acceptent au moment de la construction », souligne-t-il. Résultat : des espaces moins performants, où le confort dépend autant de la technique que du bon sens des utilisateurs.

La problématique de l’amiante toujours présente dans le bâti existant

Aujourd’hui, l’analyse de la qualité de l’air intérieur n’est toujours pas parfaitement encadrée. Pourtant, certains polluants font l’objet d’une réglementation bien établie, à commencer par l’amiante. « C’est un sujet ancien, mais loin d’être dépassé », rappelle Marvin. Présente dans de nombreux bâtiments construits avant les années 1990, l’amiante ne pose pas de risque tant qu’elle reste intacte. Bien souvent, le matériau fait son apparition lors de travaux ou de rénovations, moments où le danger devient réel.

« Il n’existe pas d’obligation générale de retrait de l’amiante tant que les matériaux restent en place et ne sont pas concernés par des travaux », précise-t-il. En revanche, dès lors qu’une intervention, une rénovation ou une transformation est envisagée, le retrait ou la gestion de l’amiante devient obligatoire et doit être réalisé conformément à la réglementation en vigueur, y compris pour les particuliers. »

Gauthier Baudoin insiste sur l’importance de l’anticipation. « Avant tout achat ou toute transformation d’un bâtiment ancien, un diagnostic amiante est indispensable. Un bon réflex pour éviter que certains projets se retrouvent bloqués par des coûts de désamiantage très élevés. Nous intervenons dès les premières étapes, du diagnostic au suivi complet des chantiers. »

- © Vinçotte Luxembourg

Un encadrement réglementaire plus strict pour l’industrie

C’est dans le secteur industriel que la réglementation est la plus contraignante. Depuis novembre 2024, une nouvelle prescription ITM encadre le contrôle de l’atmosphère sur les lieux de travail exposés à des agents chimiques. « La réglementation impose des visites annuelles », explique Marvin. Ils visent à garantir que les travailleurs ne dépassent pas les valeurs limites d’exposition, notamment face à des substances cancérigènes ou mutagènes.

Vinçotte accompagne les exploitants. « La responsabilité première reste celle de l’exploitant », rappelle le responsable SMQ. « Afin d’évaluer les risques, nous devons posséder un document, fourni par le client, qui identifie les agents chimiques. Il nous permet d’évaluer les risques et de contrôler l’exposition. Ce travail doit être réalisé par un organisme agréé comme Vinçotte. » Les campagnes de mesure s’appuient sur des méthodologies statistiques intégrant les variations saisonnières afin d’éviter une simple photographie ponctuelle.

Si ces obligations concernent surtout l’industrie, les experts appellent à une prise de conscience plus large. « Le fait que les bureaux soient moins exposés ne signifie pas qu’il ne faut rien faire. » La qualité de l’air intérieur reste un enjeu de santé réel, encore trop sous-estimé, mais appelé à prendre une place croissante dans les années à venir.

Sébastien Yernaux
Photos : ©Vinçotte Luxembourg

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Communes luxembourgeoises : six approches locales pour un air plus sain
Communes luxembourgeoises : six approches locales pour un air plus sain

Entre surveillance, aménagements urbains et éducation, plusieurs communes du Luxembourg prennent des mesures concrètes pour améliorer la qualité de l’air. De Wiltz à Dudelange, ces initiatives locales s’inscrivent dans une stratégie environnementale à la fois pragmatique et tournée vers l’avenir.

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Les communes ont bien compris l’importance de la qualité de l’air en intervenant de plus en plus afin d’améliorer notre quotidien. Pour ce faire, elles ont mis en place un grand nombre de solutions pour mesurer, en temps réel, le niveau de pollution dans lequel nous évoluons. Une décision importante pour la population, soutenue à l’échelle locale, nationale, voire européenne. Tour d’horizon de six villes luxembourgeoises qui ont fait de l’air un indicateur de leur engagement climatique.

Schifflange : capteurs, verdure et mobilité douce

À Schifflange, la stratégie repose sur la mesure et la prévention. La commune a installé dans chaque classe des écoles Nelly Stein et Albert Wingert des appareils équipés d’un écran affichant le taux de CO₂ et la température. Ils envoient toutes les dix minutes leurs données vers une plateforme via LoRaWAN. Le collège a également déployé des capteurs de qualité de l’air. Leur but est d’analyser les concentrations de particules fines et autres polluants. Comme l’un ne va pas sans l’autre, des efforts ont été mis en place pour soutenir la mobilité douce par l’entremise de pistes cyclables, de trottoirs élargis, ou encore d’aménagements piétons. Le but avoué étant de favoriser la diminution des véhicules thermiques. Toujours dans cette optique de diminution de la pollution, les milieux urbains ont été embellis grâce à la plantation d’arbres. Cette initiative contribue à améliorer la qualité de l’air tout en renforçant le cadre de vie.

Mamer : planification locale et gestes citoyens

Le Plan Communal de Mobilité (PCM) est au centre d’une réflexion pour améliorer le cadre de vie des habitants. Les quartiers résidentiels bénéficient notamment d’une limitation de la circulation automobile, améliorant autant la sécurité que la qualité de l’air extérieur, l’objectif étant de réduire les émissions à la source. Le Pacte Climat est également respecté avec une mise en place d’actions pour améliorer l’efficacité énergétique. Dans le même temps, la commune participe activement au Pacte Climat. Elle a notamment axé ses efforts sur l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments. Les citoyens n’ont pas été oubliés via des campagnes de sensibilisation aux polluants intérieurs, à l’importance de la ventilation des pièces et au choix des matériaux.

Esch-sur-Alzette : technologie et éducation

Contrairement aux deux communes précédentes, Est-sur-Alzette compte un grand nombre d’habitants (38.000 personnes). Afin qu’ils s’épanouissent dans un environnement sain, la ville s’est associée au Luxembourg Institute of Science and Technology (LIST) afin d’installer un grand nombre de capteurs pour analyser la pollution atmosphérique en temps réel. Dans le même temps, le réaménagement écologique du quartier de Belval, avec ses espaces verts et son urbanisme orienté mobilité douce, illustre cette dynamique. Les enfants sont également impliqués. En bons ambassadeurs auprès de leurs parents, ils sont sensibilisés sur les effets de la pollution intérieure.

Differdange : un urbanisme résolument durable

Outre son projet de mur végétalisé via GreenCity Solutions, Differdange a renforcé sa stratégie avec un Plan de Mobilité Urbaine Durable (PMUD). Réduction de la dépendance à la voiture, promotion des déplacements actifs et infrastructures partagées sont au cœur du dispositif. Côté logements, la commune soutient des programmes de rénovation énergétique permettant d’améliorer le confort tout en limitant la présence de polluants dans l’air intérieur. La végétalisation continue des espaces publics complète cette approche intégrée.

Dudelange : cap sur la transparence et la prévention

Afin que la population soit constamment au courant de la qualité de l’air ambiant, la ville de Dudelange a expérimenté un système d’affichage en temps réel. Cette transparence vise à ce que les citoyens adaptent leurs comportements par rapport à la situation. En plus de la sensibilisation des enfants, la commune soutient également les rénovations thermiques des habitations, notamment via des conseils techniques et aides financières.

Wiltz : cohérence territoriale et innovation sociale

Pionnière en matière de développement durable, la commune de Wiltz s’est imposée comme un modèle d’écodistrict. Elle intègre la qualité de l’air dans une stratégie globale, mêlant urbanisme, cohésion sociale et innovation environnementale. Le projet de revitalisation du centre-ville prévoit des zones piétonnes, des voies cyclables et une réduction ciblée de la circulation automobile. En parallèle, des actions de sensibilisation aux polluants intérieurs sont menées dans les bâtiments publics, les crèches et écoles. Wiltz participe aussi activement au Pacte Climat, avec un accent sur la qualité de vie et la résilience locale.

Sébastien Yernaux
Photo : Licence CC

De l'air à lire
De l’air à lire

Pour aller plus loin, la lecture de L’habitat et la construction sains – La maison passive biologique, de l’expert luxembourgeois Ralph Baden, est une piste utile. L’ouvrage propose de nombreux conseils concrets pour améliorer la qualité de l’air intérieur, dont beaucoup sont applicables à la plupart des constructions.

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« Dans ce guide destiné aux architectes, aux artisans, aux maitres d’ouvrage et aux particuliers, le biologiste diplômé et biologiste de l’habitat Ralph Baden aborde tous les aspects relatifs à la maison passive. À l’aide d’un projet de construction qu’il a lui-même dirigé, il démontre les avantages de la construction d’une maison passive conforme aux principes de la biologie de l’habitat. Il accompagne les lecteurs étape par étape et leur montre quelles techniques ils peuvent mettre en œuvre dans leurs propres projets.
Il met fin aux préjugés liés à la construction d’une telle maison et explique quels sont les matériaux à utiliser ou à éviter. Il décrit ainsi les polluants que les substances sécrètent et les effets qu’ils peuvent avoir sur le corps.

Le livre est complété par un film illustrant la construction de ce projet – un ouvrage passionnant pour les spécialistes et ceux qui souhaitent le devenir. »

Description et couverture : éditions Binsfeld

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