Plaidoyer pour le rail

Plaidoyer pour le rail

François Bausch y va d’une lettre ouverte à la Commissaire européenne aux Transports. Peu commune, la démarche est un appel en faveur d’un investissement massif dans l’extension du réseau ferroviaire européen.

« Je me permets de vous solliciter directement pour plaider en faveur de dépenses dans l’infrastructure ferroviaire européenne. » Ainsi commence la lettre, rendue ouverte par sa diffusion médiatique, du ministre François Bausch, à la Commissaire européenne aux Transports, la Roumaine Adina-Ioana Vălean.

Le ministre luxembourgeois de la Mobilité et des Travaux publics, via cette démarche peu commune, exerce un véritable plaidoyer pour le ferroviaire. « Les chemins de fer contemporains sont le moyen de transport du 21e siècle mais deux grands problèmes font obstacle au décollage des services ferroviaires en Europe et particulièrement pour les liaisons internationales », estime-t-il. Pour lui, « nous sommes confrontés à un manque de cohérence et de coordination du réseau qui résulte notamment du défaut de priorité accordée aux tronçons transfrontaliers. Cette situation déplorable a notamment fait l’objet d’une analyse critique et en profondeur par la Cour européenne des Comptes. »

Et il rappelle que la déclaration commune de début juin visait justement à « proposer des solutions concrètes pour remédier à la première difficulté en initiant une meilleure coordination afin d’améliorer les services ferroviaires internationaux en Europe ».

Et puis, surtout, François Bausch souligne que « les chemins de fer européens souffrent d’un déficit d’investissement chronique dans les infrastructures ». Et il voit dans les plans de relance et autres mesures post-COVID19 libérant des fonds une opportunité, voire « un tremplin pour faire des sauts plus grands ».

« Nous devons voir cette épreuve comme une chance pour accélérer une conversion en profondeur de la mobilité en Europe ».

« La confrontation avec les effets de la crise sanitaire récente et la crise climatique en cours ont montré clairement aux Européens que les choses ne peuvent pas continuer comme avant. Ils ont compris que recourir à des approches dépassées ne nous amènera pas de solutions satisfaisantes, ni à court terme ni à long terme. »

François Bausch plaide pour une ambition affichée : « Les investissements publics devront avoir un effet transformateur. Les projets à financer devraient répondre à des critères clairs visant à rendre la mobilité plus durable et à sauvegarder nos normes sociales. L’objectif ultime doit être une mobilité multimodale intelligente grâce à laquelle nous réussissons à réduire radicalement l’empreinte carbone, à améliorer la sécurité des déplacements et à rendre les transports écologiquement et socialement durables. Les transports publics doivent former l’épine dorsale de l’offre multimodale. »

Au nom du Luxembourg, le ministre martèle qu’il est « essentiel de promouvoir le rôle clé des chemins de fer dans le transport international de passagers au sein de l’Union. Une offre de services ferroviaires internationaux de passagers est en outre indispensable afin de proposer une véritable alternative aux vols à courte distance au sein de l’UE. Les avancées techniques et le recours à des carburants de substitution dans l’aviation permettront de réduire les émissions de gaz à effet de serre mais seulement marginalement. Pour atteindre nos objectifs climatiques il est inéluctable de viser une réduction des vols intérieurs pour lesquels il existe une alternative ferroviaire, qui pour l’instant est encore acceptable (après son déclin dtructurel dramatique suite à la libéralisation du trafic ferroviaire international à partir du 1er janvier 2010), mais qui doit être revitalisée rapidement par des investissements conséquents. »

Son message est clair : « il faut investir massivement dans l’infrastructure ferroviaire. Surtout dans les tronçons stratégiques clés et notamment transfrontaliers qui nécessitent d’être mis en place en priorité, dans le but de réaliser un réseau ferroviaire européen complet, digital et étendu. Le calendrier prévu actuellement pour compléter le réseau transeuropéen de transport devra aussi être revu pour le rendre nettement plus ambitieux. »

Pour la mobilité intra-européenne il ne faut pas une réanimation mais une renaissance !

Avant de sceller sa missive, pour mieux l’ouvrir au grand public, le ministre ajoute un plaidoyer parallèle, pour le vélo. « En 2017 un projet de stratégie européenne pour le vélo a été remise à la Commissaire Violeta Bulc. Malgré l’enthousiasme encadrant cette initiative et certaines améliorations ponctuelles relatives à la prise en compte du vélo comme mode de transport, le constat global reste malheureusement plutôt décevant ».

Pour lui, l’Europe « ne peut pas poursuivre une politique des transports qui ignore en grande partie un mode de transport qui s’inscrit parfaitement dans l’air du temps et se trouve en adéquation parfaite avec les grandes lignes de la politique européenne.
En omettant de l’inclure dans les concepts de mobilité on perd le potentiel réel que la mobilité active pourrait contribuer rapidement et à moindre coût aux politiques climatiques, des transports ou de santé publique ».

Et de conclure en se disant disponible pour discuter de tout ça avec qui de droit et dans l’enceinte ad hoc...

Alain Ducat

Photo : Julien Warnand/SIP/2015

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Publié le jeudi 2 juillet 2020
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