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La « Petite Maison » dans le champ des possibles
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La « Petite Maison » dans le champ des possibles

Économie circulaire

Publié le
mercredi 27 juillet 2022 à 04:30

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Elle démontre que c’est faisable et viable à court, moyen et long termes, avec un engagement collectif autour de la circularité : la « Petite Maison » à Belval, c’est un projet architectural, d’ingénierie, de (dé)construction, d’économie, de société, dans une performance culturelle en coproduction. Exemplaire !

/C’est une petite maison, qui contribue à l’événement culturel Esch 2022. Mais cette construction d’apparence anodine est une entreprise de longue haleine, un projet qui a une âme, qui met au premier plan l’économie circulaire en jouant notamment sur la vision sociétale, l’architecture esthétique et fonctionnelle, la réutilisation, les matériaux et produits nobles, l’aménagement du territoire, la réduction considérable de la dépendance aux marchés globalisés…

C’est un cercle vertueux auquel participe tout un écosystème et qui pousse aussi la réflexion sur la temporalité. C’est, pour en résumer le concept, « un processus de conception collaboratif sur la circularité ».

« L’ambition est simple : c’est de démontrer que c’est possible », explique, enthousiaste, Carole Schmit, architecte et Guest Professor à l’Université du Luxembourg, qui est à l’initiative et à la coordination du projet, en collaboration sur le terrain de Belval avec le jeune architecte roumain Dragos Ghioca, spécialiste en recherche et développement du Master en architecture (FHESS) de l’Uni. Collaboration aussi avec le Prof. Dr.-Ing. Christoph Odenbreit, de la ArcelorMittal Chair of Steel Construction à la Faculté des Sciences, Technologie et Médecine (Département Ingénierie, Campus Kirchberg) de l’Université du Luxembourg. Collaboration, encore, entre facultés et différents départements de l’Uni, mais aussi avec le LIST, des partenaires industriels, des artisans et des PME de différents secteurs de l’économie régionale, des développeurs, des aménageurs… Le tout est estampillé Esch 2022 et un solide partenariat public-privé sous-tend la démarche pour lui donner une continuité au-delà de cette année constructive.
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Une histoire à raconter, un prototype à faire vivre

« C’est une vraie co-production, pour une performance événementielle qui raconte une histoire à laquelle chaque partenaire contribue et qui nous montre ce que l’on peut réaliser et mettre en place durablement, en bonne intelligence, si chacun s’implique dans le changement », résume Carole Schmit. De fait, « Petite Maison » est une performance continue, ouverte au public (voir ci-dessous pour des dates ’portes ouvertes’), à l’échelle 1:1, étendue sur 9 mois et qui se joue en 3 temps forts, construction, usage et déconstruction… avec un 4e temps pour la suite, la réutilisation voire le développement de nouveaux projets circulaires et viables pour l’écosystème local.

« La petite maison est un prototype, un échantillon qui laisse ouvert le champ des possibles. Nous avons élaboré un dispositif de type Lego, une construction simple, sèche, modulable, basique voire brute – c’est un parti-pris – qui s’appuie sur des matériaux choisis pour leurs propriétés physiques, leur durabilité, leur esthétique naturelle, leur déconstruction aisée et sans perte, et donc leur potentiel élevé de réutilisation… Tous ces éléments sont principalement préfabriqués, avec un haut degré de précision qui permet un assemblage mécanique parfait.

Ces matériaux ont été étudiés, testés, en tenant aussi compte de leur disponibilité sur un périmètre resserré, et on a voulu qu’ils soient le moins transformés possibles, que le travail de découpe, d’usinage, puisse être standardisé mais réalisé par des PME ou des artisans, des entreprises locales à l’échelle de la Grande Région, ce qui est aussi une contribution à l’économie régionale tout en réduisant la dépendance vis-à-vis des grandes industries et des ressources lointaines. La durabilité ne peut pas être confisquée par de grandes marques de l’industrie globale ».

Par exemple, la structure métallique s’appuie sur des profilés classiques d’ArcelorMittal, découpés à mesures standardisées, galvanisés localement, usinés pour un boulonnage-déboulonnage impeccable, le tout calculé au millimètre au stade de la conception. On y retrouve aussi des structures et parements en bois sélectionnés avec soin et très peu transformés pour la première mise en œuvre, des bardages extérieurs en bois de récupération, d’anciennes portes intérieures réutilisées et visuellement assumées… Tout ça fourni et/ou produit dans la région.

« À chaque étape, il s’agit d’augmenter les qualités physiques des matériaux et produits, leur potentiel de réutilisation, et de maximiser la valeur dans le cycle de vie durable, le plus proche possible de l’utilisation à l’infini. »

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Tout doit être pensé en amont pour cela. Par exemple, le sol, en dalles de béton préfabriquées, est brut et réutilisable tel quel : pas de mélanges qui fragilisent une chape, pas de gaine technique enfouie…

Par ailleurs, dans une approche du paysage et de l’aménagement du territoire, mais aussi de la symbolique du matériau durable que l’on montre, la construction donne sur l’esplanade de la Maison du Savoir où une pépinière temporaire fait pousser de nouvelles essences sélectionnées par Agora à côté des premiers arbres plantés par le Fonds Belval.

De nouveaux modèles

« Il y a vraiment un travail collectif sur de nouveaux modèles, sur la durée qui inclut l’usage et la réflexion quant aux besoins à court, à moyen et à long termes, pour une minimalisation des ressources et une optimisation des surfaces ».

Partie sur l’idée de la maison familiale de Le Corbusier aux bords du lac Leman, la Petite Maison de Belval s’est déclinée, en plusieurs versions (qui pourraient être appliquées plus tard dans les prochaines reconstructions), plus grande en surface, de plain-pied, avec étage…

La construction s’achève cet été, et l’événement ouvert au public enchaîne. La déconstruction aura lieu fin d’année. Et chaque élément pourra s’intégrer, en tout ou partie, dans une reconstruction, similaire ou complètement différente, qui réutiliserait le schéma constructif adapté.

Sur le modèle du BIM (Building Information Modeling) et sur base de logiciels dédiés, toutes les couches de mise en œuvre, tous les éléments jusqu’aux plus petites pièces d’assemblage par exemple, toutes les ressources réutilisables (dans ce cas-ci, quasi 100%) ont été scannés et répertoriés dans une base de données virtuelle, avec toutes leurs caractéristiques techniques.

Avec cette « banque » de matériaux et techniques pour fondement, la destination des différents éléments après 2022 prend doucement corps.

Et le projet prévoit de proposer dans la foulée une « bourse » d’échanges pour alimenter le stock de ressources réutilisables (en provenance de chantiers de déconstruction, de fournisseurs locaux et à destination potentielle de nouveaux projets, par exemple) et même une plateforme logistique physique qui, en fonction des terrains ou friches disponibles notamment, deviendrait une sorte de pop-up store où se livrer en matériaux et ressources régionales, disponibles et utiles, plutôt que de choisir sur catalogue… et d’être à la merci des retards et surcoûts liés aux crises et remous géopolitiques.

« Cela fait partie de la philosophie circulaire et de la quête d’un modèle durable », conclut Carole Schmit. « Demain, les artisans et les entreprises intègreront le critère déconstruction, pourront calculer la valeur de matériaux réutilisés, participer à la fourniture et à la mise en œuvre. Les modèles changent et de nouveaux créneaux économiques se créeront encore ».

Alain Ducat

Photos : Infogreen / Université du Luxembourg

OUVERT AU PUBLIC

Visites guidées et portes ouvertes à la « Petite Maison » - Maison du Savoir, Belval-Université

  • 28 JUILLET 2022 - 15H00
  • 29 AOÛT 2022

Plus d’infos sur petitemaison.lu

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