L'économie circulaire progresse pas à pas

L’économie circulaire progresse pas à pas

Depuis juin 2023, des Sustainability Cycles sont proposés aux entreprises luxembourgeoises. Rencontre avec Anne-Marie Loesch, Head of Sustainability & Business Development à la Chambre de Commerce, et Gilles Reding, membre du comité de direction de la Chambre des Métiers, pour recueillir leurs points de vue sur l’avancée de l’économie circulaire.

La House of Sustainability a été lancée en avril 2023. Il s’agit d’un projet commun entre les deux chambres professionnelles, la Chambre de Commerce et la Chambre des Métiers, en collaboration avec l’INDR (Institut national pour le développement durable et la RSE, ndlr), pour sensibiliser, informer et accompagner les entreprises luxembourgeoises sur la thématique du développement durable. Et ce, dans le sens large du terme, c’est-à-dire les trois piliers principaux que sont l’économique, l’écologique et le social.


« Via la House of Sustainability, nous voulons créer une plateforme où nous pouvons regrouper toutes les prestations, les services et les informations qui seraient utiles pour nos entreprises en matière de développement durable. »

Gilles Reding, membre du comité de direction de la Chambre des Métiers

Depuis le mois de juin 2023, les entreprises peuvent participer aux Sustainability Cycles. « Ce sont des mois thématiques qui s’articulent autour de nos dix principes directeurs du développement durable », précise Anne-Marie Loesch. « Nous les avons élaborés au sein d’un groupe de travail de la Chambre de Commerce. Ils présentent une vision holistique du développement durable, mais également un cap pour l’intégration des enjeux de durabilité au cœur des stratégies et des modèles d’affaires des entreprises. »

Gilles Reding
Gilles Reding - ©Infogreen.lu

Les Sustainability Cycles tournent donc autour des dix principes directeurs du développement durable. Pour chaque thème, des conférences, des webinaires et des ateliers pratiques sont organisés. « En tant que Chambre des Métiers, nous essayons toujours d’offrir du contenu adapté à nos entreprises artisanales », explique Gilles Reding. « C’est une sorte de complémentarité avec la Chambre de Commerce. L’artisanat est un tissu économique spécial. Il y a l’accès à la profession et la plupart des entreprises sont des PME. Ce sont vraiment des petites structures. Notre rôle est donc de proposer du contenu et d’organiser des séances adaptées pour les petites structures. Les retours sont excellents. Il y a entre 40 et 50 participants par séance. C’est un sujet qui prend de l’importance au Luxembourg. »

Et donc chaque mois, une nouvelle thématique. « Nous avons abordé la stratégie ESG en juin, la décarbonation en juillet, la Sustainability Due Dilligence en octobre, l’économie circulaire en novembre et le reporting en matière de durabilité en décembre. Ces principes sont interconnectés », précise Anne-Marie Loesch.


« Nous mettons en lumière un principe directeur avec l’idée aussi d’apporter des contenus et de la guidance pratique aux entreprises. »

Anne-Marie Loesch, Head of Sustainability & Business Development à la Chambre de Commerce

« Lors du mois thématique sur l’économie circulaire, nous avons notamment abordé l’analyse du cycle de vie et comment mesurer justement les impacts environnementaux des produits et des services », explique Anne-Marie Loesch. « Nous nous sommes également penchés sur les méthodes de fabrication. Lors de ces séances, nous avons accueilli des entreprises issues de la fabrication et de l’industrie. Des travaux de groupe ont permis de réaliser une schématisation d’un cycle de vie sur des produits divers comme un iPhone ou un pot de yaourt. Enfin, les experts ont mis l’accent sur la planification Cradle to Cradle de ces projets, soulignant l’importance des passeports de circularité pour augmenter la circularité des bâtiments.

Ils ont illustré les avantages environnementaux dans la construction durable circulaire, notamment en matière d’eau, d’air et de qualité. C’était donc une approche concrète pour montrer quelles sont les conditions nécessaires à mettre en place pour favoriser cette approche. »

Ces Sustainability Cycles sont-ils ouverts à tout le monde ? « Oui, sans souci. Nous ciblons les entreprises de toutes tailles, de tous les secteurs. Il y a également eu deux autres initiatives du côté de la Chambre des Métiers dans le cadre de la House of Sustainability autour de la manière d’intégrer une entreprise dans l’économie circulaire, sur la réduction des déchets et sur l’économie des ressources dans la construction plus spécifiquement. Ce webinaire a délivré une multitude de pistes de réflexion et son replay est disponible sur la chaîne YouTube du service eHandwierk. »

- ©Chambre de Commerce

Le développement durable : un sujet qui prend de la vitesse

« C’est un sujet de plus en plus important et il y a lieu de préparer les entreprises de tous les secteurs à cette thématique », explique Gilles Reding. « L’Artisanat durable est une approche où nous conseillons les entreprises artisanales sur la manière dont elles peuvent intégrer le sujet de la durabilité au sein de leur structure. Il y a trois étapes : l’initiation, l’analyse et la labellisation. L’initiation se fait par un outil que nous avions créé avec l’ITB Karlsruhe, le Check Resilience. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un autocontrôle. Il a été mis au point durant le confinement. Nous l’avons adapté l’été dernier au développement durable en faisant des liens avec les dix principes directeurs du développement durable. »

Un outil en ligne performant et complètement gratuit. « Les utilisateurs peuvent analyser la situation de leur entreprise et mettre en place un petit plan d’action par eux-mêmes afin de devenir plus durables.

Puis, l’analyse plus approfondie peut se faire via le Starter Kit RSE, entièrement subventionné par le ministère de l’Économie, avec à la clé un accompagnement par des experts et une préparation pour la prochaine étape, la labellisation ESR par l’INDR, pour valoriser ses démarches en matière de RSE. »

L’avancement de l’économie circulaire au Luxembourg

Anne-Marie Loesch
Anne-Marie Loesch - ©Chambre de Commerce

L’économie circulaire prend-elle de l’importance au Grand-Duché ? « C’est une priorité du gouvernement qui a été confirmée dans le nouvel accord de coalition », poursuit Anne-Marie Loesch. « Beaucoup d’initiatives existent déjà et sont poussées au niveau public, comme justement le Portail de l’économie circulaire du gouvernement ou encore le GIE Terra Matters avec le PCDS (Product Circularity Data Sheet) pour faciliter la circularité des données sur les produits. En adoptant ces pratiques, des entreprises peuvent améliorer leur efficacité opérationnelle, réduire leurs déchets, prolonger la durée de vie des produits, favoriser aussi la conception plus durable. Ces actions conduisent à une utilisation plus efficace des ressources et donc, à des réductions de coûts. Le tout, en adoptant des pratiques issues de l’économie circulaire. »

Au niveau européen, beaucoup de nouvelles réglementations vont également arriver. « L’économie circulaire fait partie intégrante du Green Deal. On aura une feuille de route notamment pour éviter l’obsolescence programmée. L’approche généralisée en matière d’ ecodesign est également une bonne chose afin que les produits soient conçus intelligemment pour être réparés plus facilement et mieux recyclés.

Gilles Reding va dans ce sens. « Je pense aussi qu’avec la réduction des déchets, avec la réutilisation, le réemploi, c’est un grand marché potentiel pour l’artisanat, surtout dans le volet de la réparation. Avec le temps, c’est un réflexe qui s’est perdu progressivement. On vit dans un monde de surconsommation. Il y a 30 ans, tout n’était pas vraiment en abondance. La réparation était donc la solution prioritaire. Aujourd’hui, nous sommes confiants en la directive Right to Repair qui est en discussion au niveau européen et qui va remettre en avant la manière de réparer. »

Au Luxembourg, quels sont les domaines à améliorer ? Une dernière question posée aux deux experts.

Anne-Marie Loesch :

« Il y a un réel besoin de monter en compétence sur l’économie circulaire en général. Avec nos partenaires, nous essayons de sensibiliser les entreprises par rapport à ces enjeux et à ces méthodologies via des workshops. Nous développons également des formations avec nos entités de formation, en l’occurrence la House of Training.
Et on voit que les concepts sont connus mais peut-être pas encore pleinement appliqués. C’est le cas pour le recyclage alors qu’on ne devrait plus parler de déchets mais plutôt de réutilisation, de réemploi des ressources. On voit donc qu’il y a un besoin d’améliorer les compétences sur les méthodologies (analyse du cycle de vie et écodesign), de montrer des bonnes pratiques via des cas concrets d’entreprises qui ont changé leur modèle d’affaires ou qui développent aujourd’hui des produits qui s’inscrivent dans l’économie circulaire.
Étant donné que les subventions en lien avec l’économie circulaire sont assez timides, on peut aussi penser à des incitants, notamment aux aides à la réparation de manière plus généralisée ou à un instrument d’aide à l’achat de matières premières secondaires par les entreprises, ceci afin d’augmenter la part totale de matières premières secondaires utilisée dans la conception de nouveaux produits.
Enfin, on peut citer la sharing economy, l’économie de partage. C’est un concept qui n’est pas encore très répandu au Luxembourg. Il a du mal à décoller comme cette culture du partage est encore moins développée sur le plan national. On voit cependant des projets pilotes très prometteurs à petite échelle, et ce sont des concepts à pousser davantage. »

Gilles Reding :

« Il y a la fameuse CSRD, la Corporate Sustainability Reporting Directive, qui oblige, à partir de 2024, les grandes entreprises à faire des reportings non financiers. Mais ceci a aussi des répercussions sur les petites structures puisque les grandes entreprises, ou encore les banques, vont leur demander des informations supplémentaires. Ça aura donc un grand impact sur leurs fonctionnements. Via nos offres de la House of Sustainability, nous allons accompagner au mieux les entreprises et anticiper les besoins en vue d’une rapide décarbonation. Je pense qu’un instrument important, c’est le Pacte Climat pour entreprises qui a été lancé en janvier 2023 par la Klima Agence et Luxinnovation. Il peut guider pour trouver les bonnes mesures de décarbonation et amener de l’expertise. Le navigateur sur le site web de la House of Sustainability montre aussi le nombre d’aides financières disponibles aux entreprises qui souhaitent réduire leurs émissions de carbone.
La House of Sustainability, en étroite collaboration avec l’écosystème des acteurs, peut aider à transporter le message à l’intérieur des entreprises. Notre ambition est d’élargir notre aide pour servir de véritable support. Nous leur apporterons des solutions pour qu’elles gardent leur compétitivité par rapport aux entreprises étrangères notamment.
Les entreprises ‘traditionnelles’ ont encore du mal à quitter leur fonctionnement linéaire. Pour ce faire, les aides étatiques sont les bienvenues pour assurer la transition. Je prends, par exemple, le domaine de la construction. Nous avions vu, à la sortie de la pandémie, qu’il y avait des problèmes de chaînes d’approvisionnement. Les matériaux ont eu des hausses de prix de plus de 40%. Aujourd’hui, ça s’est un peu calmé. Nous avons tiré comme conclusion qu’il faut faire avancer l’économie circulaire, notamment dans ce secteur, pour être moins dépendants des matières qui viennent de l’extérieur de l’Union européenne. Si nous restons solidaires et que nous avançons tous dans la même direction, la transition vers l’économie circulaire se déroulera naturellement. »

Sébastien Yernaux

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Publié le vendredi 19 janvier 2024
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