Le bénévolat pour « rester ancré et changer de perspective »

Le bénévolat pour « rester ancré et changer de perspective »

Arrivée en 2023 au Luxembourg, Emilie Kraght s’est rapidement engagée dans l’action citoyenne avec Serve the City Luxembourg. Aujourd’hui responsable de projet et membre du conseil d’administration, elle contribue à rendre le volontariat simple et accessible, convaincue que les petits actes peuvent avoir un vrai impact social.

Pouvez-vous présenter brièvement votre parcours avant votre engagement au Luxembourg ?

Je m’appelle Emilie Kraght. Je suis suédoise et danoise. Je suis née au Luxembourg mais j’ai déménagé en Suède lorsque j’avais huit ans. Plus tard, je suis partie étudier au Danemark, puis au Royaume-Uni. Depuis bientôt trois ans, je suis de retour au Grand-Duché où je travaille pour une banque norvégienne, et je fais beaucoup de bénévolat en parallèle.

D’où vous vient cette volonté de vous investir dans des actions solidaires ?

J’ai commencé à l’âge de 13 ans, en Suède. L’hiver y est très froid et je servais la soupe populaire. C’est là que j’ai été introduite à l’idée qu’il existe des inégalités, même dans un pays comme la Suède.
J’ai l’impression que j’ai appris très jeune le pouvoir de la compassion et depuis, j’ai continué à faire du bénévolat, partout où j’allais. Au Danemark, par exemple, j’aidais les étudiants Erasmus à s’installer. J’ai aussi fait du bénévolat comme « secouriste cardiaque ». Le pays étant densément peuplé, les ambulances mettent du temps à arriver. Avec les autres membres volontaires du programme Heartrunner, nous recevions une alerte sur notre téléphone dès qu’un arrêt cardiaque survenait à proximité. Il fallait courir jusqu’à la personne, commencer la réanimation et utiliser un défibrillateur pour relancer le cœur, afin de tenter de la maintenir en vie. Je dois admettre que c’était un peu dur, car il y a des situations dans lesquelles cela n’a pas fonctionné.

De retour au Luxembourg, était-il important pour vous de poursuivre une activité bénévole ?

Pour moi, il était naturel de continuer au Luxembourg. Sur internet, j’ai trouvé plusieurs associations où l’on peut s’engager. Ce qui m’a attirée vers Serve the City Luxembourg, c’est l’aspect international : les gens y parlent anglais. Et le concept de Serve the City, c’est de rendre le bénévolat facile : on vient tel que l’on est – « voici mes deux mains, voici mon cœur, que puis-je faire pour aider ? » – et l’association gère le reste. Le bénévolat y est très encadré, ce qui rend l’initiative très facile pour tout le monde.

Quelle a été votre première activité en tant que bénévole de Serve the City Luxembourg ?

C’était une session pour enfants dans un foyer de réfugiés au Kirchberg. L’objectif de ces activités est simplement de créer un espace sûr pour les enfants, de leur offrir un lieu où ils peuvent oublier le reste – les souvenirs, les traumatismes, les problèmes du foyer (toilettes en panne, chauffage déficient…) – et juste être des enfants : jouer, se défouler, manger des biscuits, écouter un peu de musique, danser, etc.

- ©Serve the City Luxembourg


« La plupart des activités de Serve the City sont relativement courtes. En tant que bénévole, on donne trois ou quatre heures sur un week-end. Les projets reviennent chaque week-end ou un week-end sur deux, et chacun décide de revenir ou non. »

Emilie Kraght, bénévole

Après la première séance, en rentrant chez moi, je me souviens avoir été très émue – c’est difficile pour un adulte de voir des enfants grandir dans de telles conditions. Je me suis dit : « Je dois revenir. » Et j’ai continué. Les enfants ont commencé à me reconnaître, j’ai créé de vrais liens avec eux, même les parents me reconnaissent et me remercient.

Qu’est-ce qui vous touche le plus dans ces projets solidaires ?

Ce qui me plaît, ce n’est pas seulement ce qu’on donne, mais aussi ce qu’on reçoit en retour. J’ai l’impression d’avoir trouvé une vraie communauté, qui a le même cœur et la même volonté de faire le bien. La plupart d’entre nous ont un job classique à côté, et pourtant, par compassion, par gentillesse, et surtout par amour, on veut redonner. Je recommanderais à n’importe qui de nous rejoindre.

Par la suite, votre engagement a pris une autre ampleur…

Avec le temps, je suis passée de bénévole à responsable de projet. Je suis devenue celle qui accueille les volontaires, qui explique quoi faire, et pourquoi nous sommes là. Finalement, je me suis de plus en plus impliquée dans l’association, jusqu’à rejoindre le conseil d’administration, où je peux contribuer à définir la direction de l’association et son impact au Luxembourg.

Combien de temps consacrez-vous aujourd’hui à vos actions solidaires ?

Par semaine, je dirais que je consacre environ huit heures : une heure par jour pour l’administratif et quelques heures pour les activités du week-end. C’est presque une journée de travail en plus, mais c’est différent et je le fais avec joie. Je travaille dans la finance, un domaine un peu éloigné de l’impact social direct. Je suis en contact avec des personnes très fortunées - un monde qui semble parfois déconnecté de la réalité - et ça fait du bien de changer de perspective. C’est important de rester ancré, d’ouvrir les yeux sur ce qui se passe autour.


« Le bénévolat a vraiment façonné la personne que je suis aujourd’hui. Il m’a apporté du recul, de la gratitude et un sentiment d’appartenance, partout où j’ai vécu. »

Emilie Kraght, bénévole

- ©Serve the City Luxembourg

Anecdote : d’une zone de guerre à un espace sûr

Une histoire qui me touche particulièrement concerne un petit garçon de six ou sept ans arrivé d’Ukraine avec son frère. Pendant les premiers mois, il restait très seul et se cachait sous les tables. Impossible de croiser son regard, difficile de communiquer avec lui. Je me souviens m’être dit que c’était presque effrayant de voir un enfant si profondément traumatisé, si éteint. J’ai continué à venir, à essayer d’établir un contact avec lui. Plus tard, il a commencé à dessiner un peu, mais uniquement avec du noir.

Cela fait presque trois ans, et aujourd’hui, il utilise toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Maintenant, quand j’entre dans la pièce, il me prend dans ses bras et m’attrape par la main pour me montrer ses dessins. Je trouve ça magnifique de voir son évolution. Cela montre vraiment comment les plus petits gestes peuvent avoir un impact énorme sur la vie de quelqu’un.

Marie-Astrid Heyde
Photos : Serve the City Luxembourg

Extrait du dossier du mois « Citoyens du changement »

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Publié le vendredi 9 janvier 2026
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