Grâce à la démocratie participative, les citoyens ont leur mot à dire

Grâce à la démocratie participative, les citoyens ont leur mot à dire

Depuis 2020 et la signature d’un partenariat action-recherche de cinq ans avec l’Université du Luxembourg (Uni), Dudelange est devenu le laboratoire luxembourgeois de la démocratie participative, un système permettant aux citoyens de s’impliquer directement dans le processus de prise de décision publique.

Si le concept de démocratie participative existe depuis 2004 à Dudelange, il a été institutionnalisé vingt ans plus tard, en 2024, avec la création d’un service dédié au sein de l’administration de la commune. « Depuis le début, il est clair que l’intelligence collective issue des dispositifs de démocratie participative ne peut qu’enrichir les décisions du conseil communal et des collèges échevinaux », déclare Félix Bonne, coordinateur du service.


« La participation citoyenne est une richesse, une force, une ressource, qui libère la créativité, construit la confiance et insuffle de la vie dans nos institutions. »

Dan Biancalana, député-maire de la Ville de Dudelange, lors de la conférence « Démocratie locale & intelligence collective »

Dudelange en chef de file

Il existe trois dispositifs de participation citoyenne à Dudelange. Le premier est le Conseil des citoyens : « Nous invitons entre 15 et 20 citoyens tirés au sort à se réunir autour de thématiques concrètes », explique le coordinateur.

Dan Biancalana, député-maire de la Ville de Dudelange, et Loris Spina, premier échevin.
Dan Biancalana, député-maire de la Ville de Dudelange, et Loris Spina, premier échevin. - © Marc Lazzarini

Le Conseil fonctionne en tandem avec un deuxième outil participatif : le Panel des citoyens. Cette fois, le but est de recueillir l’avis d’un maximum de personnes, à travers un questionnaire en ligne ou en version papier, distribué dans toutes les boîtes aux lettres de la commune. « En 2025, ce tandem a été interrogé sur le Plan de développement culturel de la Ville. Puisqu’il n’avait pas encore été finalisé par les rédacteurs, ces derniers ont pu tenir compte des discussions avec le Conseil et des résultats du Panel dans la version finale. »

Le dernier dispositif est le Budget participatif, qui permet d’allouer au moins 100.000 euros à plusieurs projets qui auront été choisis par les citoyens participants. « Tout commence par un appel à projets. En 2024, nous demandions que les projets présentés soient à but non-lucratif, réalisables en un an ou encore qu’ils aient un intérêt général. Nous avons reçu 29 idées, mais après l’analyse de recevabilité et de faisabilité, six ont pu être soumis au vote des citoyens. »

Au final, cinq ont été choisis par les Dudelangeoises et les Dudelangeois et réalisés au cours de l’année 2025 :

  • L’aménagement d’un parcours fitness au Ginzebierg (50.000 euros)
  • Une campagne de sensibilisation environnementale et de gestion des déchets (20.000 euros)
  • Des repas équilibrés pour les étudiants (10.000 euros)
  • Un banc de discussion, ou Babbelbänk am Duerf (9.000 euros)
  • Des points de collecte de compost dans l’espace public (15.000 euros)

Lors d’une conférence intitulée « Démocratie locale & intelligence collective », le député-maire de la Ville, Dan Biancalana a déclaré : « Ces dispositifs ne sont pas une fin en soi, ce ne sont pas des éléments isolés. Ce sont des outils concrets pour renforcer une culture du vivre-ensemble, pour favoriser la participation, mais aussi pour évaluer et adapter continuellement ces processus à notre époque. » En 2026, Dudelange fera d’ailleurs des changements pour la troisième édition de son Budget Participatif, « destinés à mettre le dispositif à jour, pour le rendre encore plus inclusif, plus accessible », annonce Félix Bonne.

Des expérimentations à travers tout le pays

La conférence, organisée mi-novembre 2025 par la Ville de Dudelange et l’Uni, était l’occasion de réunir des élus d’autres communes luxembourgeoises afin qu’ils partagent leur expérience de la démocratie participative.

Bob Steichen, bourgmestre d’Ettelbruck raconte que la ville « a décidé de donner une voix aux enfants » à travers une initiative d’éducation non formelle. « Notre Conseil Communal des Enfants travaille par exemple sur l’aménagement de cours de récréation, de plaines de jeux ou sur des manifestations officielles comme la venue du Grand-Duc. »

À Leudelange, c’est un référendum citoyen qui a été organisé pour déterminer si oui ou non, toute la commune devait passer en zone 30, pour faire face à un problème de circulation – le non a obtenu 55% des voix.

Bob Steichen, bourgmestre de la Ville d'Ettelbruck ; Jeff Gangler, bourgmestre de la commune de Boulaide ; Lou Linster, bourgmestre de la commune de Leudelange ; Tom Jungen, bourgmestre de la commune de Roeser et Bruno Cavaleiro, échevin de la Ville d'Esch-sur-Alzette.
Bob Steichen, bourgmestre de la Ville d’Ettelbruck ; Jeff Gangler, bourgmestre de la commune de Boulaide ; Lou Linster, bourgmestre de la commune de Leudelange ; Tom Jungen, bourgmestre de la commune de Roeser et Bruno Cavaleiro, échevin de la Ville d’Esch-sur-Alzette. - © Marc Lazzarini

Bruno Cavaleiro, échevin d’Esch, explique que « la Ville s’est toujours impliquée pour la démocratie participative. Nous avons commencé en 2017 avec un projet de participation citoyenne concernant la revitalisation du centre-ville et nous avons lancé notre assemblée citoyenne en 2023. »

La commune de Roeser s’est inspirée de Dudelange pour lancer un budget participatif. Tom Jungen, bourgmestre : « On nous a soumis 15 projets et les citoyens ont voté pour trois d’entre eux : un parc de fitness en plein air, une cuisine communautaire et des mesures pour introduire plus de biodiversité sur notre territoire. »

À Boulaide, « nous avons lancé une enquête en ligne et installé des ‘boites à idées’ dans les commerces de la ville concernant l’aménagement d’une nouvelle place », explique le bourgmestre Jeff Gangler.

Rétrospective et enseignements

Félix Bonne, coordinateur du service « Démocratie Participative » de la Ville de Dudelange.
Félix Bonne, coordinateur du service « Démocratie Participative » de la Ville de Dudelange. - © Picto Communication

Tous les élus s’accordent pour dire que le succès de ces initiatives n’est possible que si elles sont soutenues par les services communaux, pour qui elles représentent « un flux de travail important », témoigne Félix Bonne. « L’engagement constant et la disponibilité du premier échevin, Loris Spina, jouent un rôle déterminant dans la mise en œuvre quotidienne de ce travail au sein de l’administration. » Lors de la conférence, Dr. Raphaël Kies - qui a travaillé avec Dudelange dans le cadre de la collaboration avec l’Uni - ajoute : « La familiarisation et l’acceptation de la démocratie participative par l’administration communale est essentielle, elle doit en voir l’utilité et la comprendre. »

Félix Bonne constate aussi que la stratégie de communication autour de la démocratie participative est cruciale. « Nous devons comprendre de quelle façon communiquer pour toucher le plus grand nombre de citoyens possible », explique-t-il, car tous les publics ne s’informent pas via les mêmes canaux (affichage, campagne sur les réseaux, flyers…).

Ils n’ont pas non plus tous la même familiarité avec le concept de démocratie participative, d’où l’importance de vulgariser les informations à leur transmettre, que ce soit avant le projet pour expliquer le fonctionnement du dispositif choisi, ou après, pour restituer les résultats obtenus.

Léna Fernandes
Extrait du dossier du mois « Citoyens du changement »

Article
Publié le mardi 6 janvier 2026
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