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« Mieux vaut prévenir que guérir »

Architecture & construction

Publié le
mardi 1er octobre 2019 à 04:00

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Comme bien des choses, un bâtiment sain pour ses occupants se planifie dès la phase de conception, à travers le choix des bons matériaux, un système d’isolation thermique bien pensé et bien mis en œuvre, l’application de quelques astuces permettant de réduire les champs électromagnétiques et une ventilation mécanique correctement planifiée, construite et entretenue.

Interview de Ralph Baden, expert en construction saine et en qualité de l’air au ministère de l’Énergie et de l’Aménagement du territoire

Comment le Sick Building Syndrome (SBS) se manifeste-t-il ?

Le Sick Building Syndrome ou syndrome du bâtiment malsain est une typologie de troubles de santé non spécifiques. Certaines personnes peuvent manifester des troubles des voies respiratoires, d’autres des troubles neurologiques tels que des maux de tête ou des vertiges. Chacun a ses propres points faibles, mais le point commun de ces symptômes est qu’ils apparaissent très souvent dans des bâtiments récemment construits ou rénovés et qui répondent à toutes les normes en vigueur. Le bâtiment ne doit donc pas nécessairement avoir un défaut pour susciter des symptômes chez les personnes sensibles.

Quelles en sont les principales causes ?

Le SBS peut être lié à des substances chimiques qui émanent des matériaux de construction, des meubles et des produits d’entretien, mais également à des problèmes de champs électromagnétiques dus à l’installation électrique ou aux appareils électroménagers, ou encore à l’humidité qui favorise le développement de micro-organismes, tels que des moisissures.

À quels points faut-il être attentif pour éviter ces pollutions lors de la construction ou de la rénovation d’un bâtiment ?

Comme l’origine de ces problèmes peut être d’ordre chimique, mycologique ou électromagnétique, il faudra faire attention à ces trois paramètres en évitant les matériaux et produits qui renferment des substances chimiques nocives et susceptibles d’émaner, en évitant les ponts thermiques dus à une isolation thermique non homogène ou inadéquate pouvant générer des problèmes de condensation et en utilisant des systèmes qui permettent de réduire les champs magnétiques : fils torsadés, biorupteurs et autres.

Existe-t-il des remèdes à ces problèmes si on les constate après la construction d’un bâtiment ?

Il existe des remèdes à la plupart des problèmes et on parvient en général à assainir à un certain degré, mais c’est comme poser un pansement sur une plaie, c’est toujours plus ou moins cher et ça n’équivaut jamais à éviter dès le départ l’utilisation de ces matériaux. Mieux vaut prévenir que guérir, en somme.

Il faudrait donc prendre ces éléments en compte dès la planification…

Effectivement. Pour cela, il faudrait que tous les acteurs du secteur qui sont impliqués dans la construction soient formés, sensibilisés et qu’ils aient à leur disposition tous les outils nécessaires. Il ne faut pas seulement leur dire d’éviter les matériaux nocifs, mais aussi être en mesure de leur montrer ceux qu’ils peuvent utiliser.

Quels sont les produits et matériaux à éviter et ceux à recommander ?

Il est difficile de généraliser car il y a des « bêtes noires » parmi tous les types de matériaux. Le risque de se retrouver face à des contaminations est moins élevé dans certaines catégories de produits, je pense notamment à ceux qui sont biosourcés ou écologiques, mais il s’agit là d’une règle générale à laquelle il y aura toujours des exceptions.

Il y a quelques années, nous avons mené un projet pilote avec Neobuild dans le cadre duquel nous avons analysé une centaine de matériaux, notamment biosourcés mais aussi classiques, afin d’établir une banque de données des matériaux non émetteurs de substances toxiques, qui pourrait être élargie à l’avenir.

Quelles sont les principales substances à craindre ?

Quand on parle de substances nocives, on pense souvent aux composés organiques volatils (COV), notamment au formaldéhyde, et on oublie les substances peu volatiles, telles que les biocides, les retardateurs de flamme ou les phtalates. Or ce sont ces substances, qu’on analyse non pas dans l’air mais dans la poussière, qui nous posent le plus de problèmes en matière de santé car elles sont persistantes - ce qui signifie qu’elles ne se dégradent pas facilement - et bioaccumulables, c’est-à-dire que le corps les retient. Je pense, par exemple, aux retardateurs de flammes neurotoxiques et aux biocides qui causent des maladies neurodégénératives telles qu’Alzheimer ou Parkinson, ainsi que des substances cancérigènes. Je pense également aux phtalates que l’on retrouve dans les plastiques et qui agissent comme des perturbateurs endocriniens.

Y a-t-il un lien entre construction passive et SBS ?

Il y a des réticences de la part des usagers dues au fait qu’il y a eu, par le passé, dans les constructions basses énergie, des systèmes de ventilation non adéquats ou mal installés, mais a priori si la ventilation est bien conçue, bien exécutée et qu’elle est, par la suite, bien entretenue et nettoyée, la construction passive ne sera pas davantage source de SBS qu’un bâtiment classique, bien au contraire. Et un système de ventilation a pour avantage, quel qu’il soit, de renouveler l’air, ce qui permet de diluer dans certaines limites la contamination par les COV.

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Un câble électrique torsadé et blindé diminue les champs électromagnétiques

Mélanie Trélat
NEOMAG#25
Plus d’informations : http://neobuild.lu/ressources/neomag
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