Le sourcing circulaire incontournable dans les stratégies d'achat

Le sourcing circulaire incontournable dans les stratégies d’achat

Longtemps relégué au second plan, le sourcing revient au premier plan des achats. Dans un contexte de ressources sous tension, Sandrine Grumberg a invité Frédéric Liégeois dans le dernier épisode de son webinaire. Ils ont invité les entreprises à changer de regard pour identifier des solutions plus circulaires et plus durables.

Et si tout partait de là ? Pas du prix. Pas du contrat. Mais bien de la recherche. « Le sourcing, c’est la recherche de la meilleure source d’approvisionnement », explique Sandrine Grumberg, fondatrice et consultante achats durables chez Demain Autrement, en ouverture d’un webinaire organisé par ses soins. Une évidence qui, dans les faits, s’est progressivement effacée des pratiques.


« Ces dernières années, le sourcing est devenu un parent pauvre. Par manque de temps, par manque de ressources, mais aussi parce que les acheteurs sortent peu de leur cadre habituel. »

Sandrine Grumberg, fondatrice et consultante achats durables chez Demain Autrement

Le constat est partagé. Entre agendas saturés et organisations sous pression, les équipes achats ont tendance à sécuriser plutôt qu’à explorer. On réduit les panels, on reconduit les fournisseurs, on standardise les process. « Moins de fournisseurs, c’est moins de risques. Mais c’est aussi moins d’offres et moins d’alternatives. » Dans ce contexte, le sourcing circulaire peine à émerger. Non pas faute d’offres, mais faute de regard.

Aller voir où on ne va pas

Les solutions existent. Simplement, elles ne se trouvent pas toujours là où on les attend. « Les nouvelles entreprises, les nouvelles offres, elles ne sont pas forcément là où vous allez les chercher habituellement », insiste Sandrine Grumberg. Elle évoque alors cette anecdote qui l’a marquée. « Lors d’une Journée de l’économie au Luxembourg, je ne reconnais presque aucun acteur engagé dans la transition. Je constatais deux mondes qui coexistaient sans vraiment se croiser. »

Le sourcing circulaire commence donc par un déplacement. Sortir des salons habituels. Fréquenter d’autres réseaux. S’intéresser à des logiques différentes. Mais aussi revoir ses propres réflexes. « Avant de chercher autrement, il faut peut-être penser autrement. »

Un simple cahier des charges peut suffire à passer à côté d’une solution. L’exemple de Composil, évoqué par Sandrine Grumberg, est évocateur. « Ils ne vendent pas de moquettes. Leur modèle, c’est l’entretien, la durabilité et la récupération. » Autrement dit, l’entreprise propose un service global, où la valeur ne réside plus dans le produit, mais dans son usage et sa durée de vie. Si l’acheteur reste focalisé sur l’achat d’une moquette neuve, il ne verra même pas cette alternative.

« Avec un cahier des charges classique, vous ne pensez pas à les consulter », résume-t-elle. « Il s’agit d’une démonstration simple. Pour sourcer autrement, il faut d’abord redéfinir ses besoins. »

« La durabilité est impossible sans information »

C’est précisément sur ce terrain que s’inscrit Frédéric Liégeois. Fondateur de Picto, il observe depuis plus de 15 ans les dynamiques à l’œuvre au Luxembourg. Et pour lui, tout converge vers un point central : l’information.


La durabilité est pour moi impossible sans information. Pour passer d’une économie linéaire à une économie circulaire, il faut savoir ce que contiennent les produits, où sont les matériaux, comment les récupérer.

Frédéric Liégeois, fondateur de Picto

Une conviction qui l’a conduit à développer, au fil du temps, un véritable écosystème autour d’Infogreen, du magazine 4x3 et d’événements dédiés. L’objectif est de rendre les acteurs visibles, de créer des connexions et de faciliter les rencontres. « À un moment, on s’est rendu compte qu’on n’avait plus seulement des partenaires, mais un réseau. Et il fallait le structurer, le faire vivre. »

Baptisé In4Green, cet écosystème fonctionne aujourd’hui comme un catalyseur. Un lieu où l’information circule, où les acteurs se découvrent et où le sourcing prend une autre dimension. Pour Frédéric Liégeois, connaître un fournisseur ne se limite pas à une fiche ou à un questionnaire. « Ce n’est pas juste une base de données. C’est comprendre ce qu’il y a derrière un nom, un modèle, voire une promesse. »

Le moment où l’économie rejoint la circularité

Reste une question clé : les entreprises évoluent-elles vraiment ? « Oui, sans hésiter », répond le fondateur du réseau. « Mais surtout lorsque les impératifs économiques viennent sonner à la porte. »

L’exemple de Ceratizit, évoqué par le fondateur de Picto, illustre parfaitement cette bascule. Face au risque de dépendance au tungstène - une ressource largement contrôlée par la Chine - l’entreprise a développé des solutions de récupération et de réemploi auprès de ses clients. « Ils ont compris qu’ils allaient devenir dépendants. Alors, ils ont mis en place des systèmes de collecte, de valorisation. Et aujourd’hui, ils maîtrisent mieux leur matière première. »

Le résultat est une stratégie circulaire, mais aussi une méthode de résilience économique. « La réalité économique a rejoint la réalité des ressources. Et là, ça fonctionne. » Un tournant que Sandrine Grumberg confirme. « Comprendre le modèle économique, c’est comprendre le prix. Et c’est là que le rôle de l’acheteur devient central. »

Un cheminement plus qu’un objectif

Au-delà des grands exemples industriels, la circularité se joue aussi dans des choix plus quotidiens. Chez Picto, cela se traduit par du mobilier conçu par le CIGL de Walferdange à partir de palettes récupérées ou encore par l’utilisation d’un papier issu de résidus agricoles pour le magazine 4x3.

Des décisions concrètes, imparfaites parfois, mais assumées comme faisant partie d’un processus. « Il n’y a pas d’arrivée dans l’économie circulaire. C’est un cheminement permanent, un état d’esprit », insiste Frédéric Liégeois.

Même logique côté achats. Il ne s’agit pas de tout révolutionner, mais d’ouvrir des portes. Tout comme pour la science, il faut questionner, tester et ajuster. Faire du sourcing, ce n’est pas mettre à la poubelle ses fournisseurs. C’est les regarder autrement, les questionner et surtout, sortir un peu de sa zone de confort, résume la fondatrice de Demain Autrement.

Réapprendre à chercher

Implicitement, c’est une autre vision du métier qui se dessine. Plus exploratoir, « mais surtout, plus stratégique. En effet, derrière chaque décision d’achat se cache désormais un enjeu bien plus large qui est celui de l’accès aux ressources, de la résilience des chaînes d’approvisionnement et, in fine, de la capacité des entreprises à durer », poursuit Sandrine Grumberg.

Et Frédéric Liégeois d’aller dans son sens : « On est face à une raréfaction des ressources. Les entreprises qui s’en sortiront seront celles qui auront anticipé. Dans ce contexte, le sourcing redevient ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être, à savoir un terrain d’exploration. Un espace de curiosité. Et, peut-être, l’un des leviers les plus concrets pour faire entrer l’économie circulaire dans les pratiques. »

Pour visionner le webinaire « Les achats et l’économie circulaire » de Demain Autrement, c’est juste en dessous :

Sébastien Yernaux

Article
Publié le mercredi 8 avril 2026
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