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Bruno Renders, directeur de l’IFSB, administrateur délégué du CDEC
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La prévention des risques professionnels, un investissement à fort potentiel !

RSE

Publié le
vendredi 6 avril 2018 à 04:00

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La prévention est souvent perçue comme une contrainte réglementaire et une charge financière qui pèse sur les entreprises. Pourtant, elle est un facteur de performance économique, au-delà même des économies qu’elle permet de réaliser en évitant des accidents. C’est ce que révèle une étude menée par l’IFSB en 2014.

Rencontre avec Bruno Renders, directeur de l’IFSB, administrateur délégué du CDEC

« Quand il gère une entreprise, un manager avisé a toujours à l’esprit son retour sur investissement et la valorisation économique de ses engagements managériaux. Mais, certains coûts comme ceux qui sont liés à la formation ou à la prévention des risques professionnels, et que l’on qualifie parfois d’irrationnels, sont parfois difficiles à tracer », indique Bruno Renders, directeur de l’IFSB et administrateur délégué du CDEC.

Partant de ce constat, l’IFSB a décidé de commander une étude visant à mesurer l’impact positif des mesures de prévention de santé et sécurité au travail en tant qu’élément de performance économique d’une entreprise. En partenariat étroit avec la société Avyso, une étude sur la mesure objective et la valorisation économique des investissements en matière de sécurité et santé au travail a été menée en 2014, dans le cadre du projet SCIPRISC soutenu par le FSE. Les résultats ont d’ailleurs été retranscrits au sein d’une brochure intitulée « la prévention, un facteur de performance économique », disponible sur demande auprès de l’IFSB et téléchargeable sur www.ifsb.lu/brochures-techniques.

« La réglementation conduit les entreprises à adopter certaines pratiques liées à la sécurité, et nous ne remettons pas cela en question. Mais nous pensons qu’il faut inverser la vapeur en valorisant les actions de prévention en leur donnant une véritable connotation incitative et positive. Nous proposons une vision optimiste, proactive et constructive de la prévention comme étant un facteur de performance économique. Ce que nous avons fait à travers une campagne basée sur 3 piliers (organisation, technique, humain) qui démontre que la sécurité ne représente pas seulement un coût, mais un investissement à moyen et à long terme », poursuit-il. En effet, l’amélioration des conditions de travail est souvent synonyme d’accroissement de la productivité, de la qualité et de l’efficacité, et la formation du personnel constitue indéniablement un facteur de développement de l’entreprise.

Dans le cadre de l’étude « la prévention, un facteur de performance économique », la notion de gestion purement rationnelle et objective a été transposée aux domaines de la sécurité et de la prévention des risques professionnels, en leur donnant une valeur économique positive. La notion de ROI (Return on Investment) s’est élargie pour devenir ROP (Return on Prevention).

Le bilan économique présenté pour les dix cas étudiés met en évidence la différence entre les gains apportés par l’action de prévention et les coûts qu’elle a engendrés, dans une période de référence propre à chacun, appelée « payback ».

Le bilan global tient compte des éléments suivants :

  • les frais fixes et variables,
  • les heures de travail économisées,
  • la réduction ou de la suppression de coûts annexes,
  • la sécurité physique des salariés, leur santé, la réduction de la pénibilité du travail,
  • l’impact environnemental et l’impact sur la qualité.

« Toute l’intelligence de cette étude réside dans la combinaison de multiples indicateurs. Il ne sert à rien de faire de la sécurité si elle renforce la pénibilité, par exemple », ajoute Bruno Renders.

« En mesurant de manière quantifiée, objective et en situation réelle, le ROP de différentes actions mises en place dans les entreprises, nous avons pu vérifier qu’en moyenne un euro investi rapporte plus de deux euros, ce qui va à l’encontre des a priori qui veulent que la sécurité ne rapporte rien. Ce qui ne rapporte rien en réalité, ce sont les accidents engendrés par la non-sécurité qui coûtent à la personne concernée, à son entreprise d’accueil et à la collectivité », précise-t-il. En effet, l’étude a montré que quatre actions sur dix ont coûté moins de 5 000 euros à l’entreprise et qu’en outre, ce sont souvent les moins coûteuses qui ont le meilleur rendement et le payback le plus rapide. Les ROP des différentes actions analysées vont de 1 à 5, les gains par personne et par an s’élèvent de 100 à 5 200 euros, et le payback s’échelonne de 1 mois à 4,5 ans.

Les dix cas étudiés sont tirés de situations réelles, concrètes, observées dans des entreprises de toutes tailles et issues de métiers différents au sein du secteur de la construction. Il s’agit de Karp-Kneip, Rénovation P. Bettendorf, Cardoso & fils façades et plafonnage, Entreprise de toiture Welter Jeannot, Costantini et CLK constructions luxembourgeoises. Les données sur lesquelles s’est basé Avyso pour réaliser son comparatif ont été fournies par ces entreprises.

Les cas d’étude se répartissent sur trois sphères :

  • l’organisation,
  • la technique,
  • et l’humain.

Au niveau de l’organisation, les actions mesurées portaient sur la maintenance du lieu de travail (plus précisément, sur l’aménagement d’une zone de stockage du matériel), sur les modes opératoires et les méthodes (le remplacement des blocs en béton par des compas pour stabiliser les banches), sur les visites, audits et contrôles (les visites régulières de chantier et la notation du respect des bonnes pratiques). En ce qui concerne l’aspect technique, les actions concernaient l’achat de machines ou de matériel (l’acquisition d’une remorque), les produits et matériaux (le remplacement des barrières en acier par des barrières en PVC, le remplacement des huiles minérales utilisées pour le décoffrage par des huiles végétales et l’utilisation de blocs auto-coffrants en Neopor®), ainsi que les équipements de protection individuelle et collective (l’internalisation de l’échafaudage de pied). Sur le plan humain, les actions relevaient de la formation, de la sensibilisation, de l’accueil et de la communication (la formation échafaudages et la prise en charge d’une démarche d’arrêt du tabagisme).

La prévention des risques professionnels est donc un véritable investissement dans le capital humain et opérationnel de l’entreprise de construction qui reste la richesse clé de ces dernières. Cet investissement managérial prioritaire devrait également être pris en compte dans la mise en place de critères extra-financiers ayant pour objectif majeur de définir et objectiver une vision qualitative des entreprises et des marchés auxquels elles souscrivent.

Mélanie Trélat

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