La néo-écologie : une voie royale pour une transition en douceur

La néo-écologie : une voie royale pour une transition en douceur

« Pour manger un éléphant, il faut le découper en morceaux. » Exemple par l’absurde qui démontre que pour faire évoluer le monde vers une économie durable et solidaire, il faut y aller pas à pas, en prononçant un discours positif et qui s’adresse à une communauté. Rencontre avec un passionné du développement durable, Romain Poulles.

Selon une étude de l’OCDE consacrée au comportement des consommateurs en Europe, environ deux tiers des personnes interrogées sont prêtes à adopter des comportements plus durables. « C’est une donnée évidemment importante », souligne Romain Poulles, président du CSDD (Conseil Supérieur pour un Développement Durable). « Pour que cette transition se fasse, il faut tout de même que certaines conditions se mettent en place, comme éviter la perte de son confort personnel et sans surcoût. C’est de là que découle la notion de néo-écologie. »

Cette tendance décrit le processus majeur de changement social vers une économie durable et efficace dans l’utilisation des ressources. Elle représente la combinaison de l’action écologique et économique.

« Il s’agit d’une autre forme de personnes qui se disent écologistes. Elles ne sont pas des puristes et se disent prêtes à évoluer si elles trouvent un certain confort. Comme exemple, je peux citer les flexitariens. Ils sont conscients que manger de la viande est un sujet environnemental. Ils ont donc décidé de manger de manière plus variée, en consommant un steak à l’occasion. Il y a donc un mode de vie positif et sans frustration. Dans cette néo-écologie, le plus important est de mettre en avant le côté positif d’une action et son impact personnel. »

Un impact direct

Romain Poulles
Romain Poulles - ©Marie Champlon

La flexibilité est le maître-mot dans cette transition vers une économie durable. Mais également la proximité. « C’est l’une des problématiques. Les gens ne prennent pas toujours conscience de leurs actes, car les répercussions positives se feront dans 20, 30, voire 40 ans. C’est une réaction égoïste, mais surtout humaine. Je prends l’exemple de la montée des eaux. Si quelqu’un n’est pas directement impacté, il ne va pas se rendre compte des conséquences dans son quotidien. Par contre, si un pneumologue montre une tache blanche sur le poumon d’un fumeur, celui-ci va fortement réfléchir à sa consommation de tabac. Il faut donc dépasser le stade de la restriction et communiquer sur les bienfaits. C’est vraiment fondamental. »


« Il faut créer cette idée que nous faisons partie d’un ensemble qui peut changer le monde. »

Et Romain Poulles de revenir sur les chiffres avancés par l’OCDE. « Deux tiers des personnes ont envie de réaliser des efforts. C’est énorme. Mais pour que la machine s’enclenche, il faut un effort collectif. Que chacun se sente intégré dans cette dynamique positive pour l’environnement et l’économie durable. Je ne dis pas que toutes les révolutions se font sans souci. Parfois, il faut être ferme et interdire certaines pratiques. Le passage des restaurants en zones non-fumeurs ne s’est pas fait sans problème. Mais aujourd’hui, grâce aux différents paliers, cette interdiction est acceptée. Il faut axer sur les avantages, et non sur la contrainte. Il faut mettre en place des offres qui sont comparables ou meilleures en termes de confort, être optimiste et non moralisateur. Ce sont des nuances qui ont une grande importance. »

Une transition certes positive pour la planète et ses habitants, mais qui prend son temps. «  À mon sens, pour que cela bouge, il faut se concentrer sur ces deux tiers. Il faut viser le groupe. Il faut créer cette idée que nous faisons partie d’un ensemble qui peut changer le monde. Un exemple concret : les hôtels. Nombreux sont ceux qui indiquent qu’utiliser plusieurs fois les mêmes serviettes permet d’épargner de l’eau. Nous sommes encore dans une situation de moralisation. Par contre, si le message affiché dans la salle de bains souligne que la majorité des clients utilise leur serviette plusieurs fois, on observe une conscientisation plus élevée. La nuance est importante. Le sentiment d’appartenance à une communauté est très fort. »

Du produit vers le service

Les entreprises sont également concernées par ces changements. « Pour que leur business évolue, il faut toujours tenir compte du fait que derrière la majorité des clients se cachent des personnes qui sont en train de changer, d’être sensibilisées à la cause environnementale. D’où l’importance d’adapter son business model dans une megatrend, c’est-à-dire penser le produit comme un service. C’est loin d’être évident car il faut avoir une pensée à long terme. Je prends l’exemple de Netflix. Avant son arrivée, on ne jurait que par les DVD. Dès que le concept s’est normalisé dans la société, plus personne ne songeait à acheter ces DVD. Même chose pour les plateformes de musique. Nous sommes passés d’un achat de produits à un achat de services. Et ce modèle est duplicable à l’infini. Au lieu d’acheter un ascenseur, le fabricant peut facturer les kilomètres parcourus par la cage. L’avantage de ce genre de modèle, c’est que l’entreprise reste propriétaire de ses ressources, de ses produits et peut les concevoir pour une utilisation beaucoup plus longue. Elle peut les récupérer, les recycler, etc. »

La néo-écologie est à la fois simple et complexe. Le tout est une question de communication, de perspective et d’ouverture d’esprit.

Sébastien Yernaux
Photo : Marie Champlon
Article tiré du dossier du mois « Embarquement immédiat »

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Publié le mercredi 6 mars 2024
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