La maison zéro énergie de Thomas & Piron tient ses promesses

La maison zéro énergie de Thomas & Piron tient ses promesses

Deux ans après son inauguration, la maison témoin zéro énergie de Thomas & Piron à Junglinster livre ses premiers résultats mesurés : autosuffisance, autoconsommation, retour sur investissement. Frédéric Dethier, ingénieur R&D, détaille un bilan chiffré et sans filtre.

En juin 2024, Thomas & Piron inaugurait à Junglinster une maison témoin pensée comme un laboratoire grandeur nature : panneaux photovoltaïques, batterie de stockage, pompe à chaleur, borne de recharge et domotique, le tout piloté pour maximiser l’autoconsommation. Deux ans plus tard, les compteurs ont tourné et les premiers résultats sont là. Frédéric Dethier, ingénieur au sein de la cellule Études et Développement de Thomas & Piron, a accepté de faire le point sur ce que la maison a réellement consommé et produit.

Cette question dépasse le seul confort de l’habitant. « Grâce à ça, on s’affranchit aussi des futures crises énergétiques. On devient autonome en tout cas financièrement par rapport à ça », observe Frédéric Dethier. Une remarque qui prend un relief particulier au Luxembourg, l’un des pays européens les plus dépendants de l’étranger pour son approvisionnement énergétique : en 2024, 76 % de l’électricité disponible sur le réseau national provenait encore d’importations, selon les chiffres publiés par l’Institut luxembourgeois de régulation.


« Au-delà d’un modèle énergétique théorique en termes de consommation et de confort, cette maison se veut un démonstrateur réel, quantifiable et mesurable, afin que nos conceptions se rapprochent au plus près de la réalité. »

Frédéric Dethier, ingénieur au sein de la cellule Études et Développement de Thomas & Piron

Pour y parvenir, Thomas & Piron a multiplié les équipements de mesure et de monitoring, en partenariat avec le Luxembourg Institute of Science and Technology (LIST), SIX Consulting, Maraga Électricité, Enexo, Creos, Neobuild et Klima-Agence. Seule limite à l’exercice : la maison n’est pas habitée. « On ne peut pas monitorer les consommations énergétiques liées à une utilisation domestique. Par contre, on sait monitorer tout ce qui est chauffage parce que la maison est chauffée. »

Des résultats mesurés, pas estimés

Le dispositif technique n’a pas changé : 7,06 kWc de panneaux photovoltaïques en toiture et une batterie SMA de 9,8 kWh, reliés à un onduleur qui répartit le courant entre la maison, la batterie et le réseau. Sur le mois de mai 2026, la maison a produit 811,3 kWh d’électricité solaire pour une consommation de 411,5 kWh, avec un taux d’autosuffisance de 96,3 % et un taux d’autoconsommation de 53,7 %. Un gain financier de 64,76 euros a ainsi été généré sur le seul mois, calculé sur la base d’un tarif réseau de 0,1635 euro le kilowattheure.

Panneaux photovoltaïques, batterie de stockage, pompe à chaleur, borne de recharge et domotique, le tout piloté pour maximiser l'autoconsommation.
Panneaux photovoltaïques, batterie de stockage, pompe à chaleur, borne de recharge et domotique, le tout piloté pour maximiser l’autoconsommation. - © Picto

« On voit que nous avons plus de 96 % d’autosuffisance sur les deux dernières années et nous avons pu autoconsommer plus de 54 % de l’énergie photovoltaïque produite par le soleil », confirme Frédéric Dethier. Un résultat supérieur aux standards théoriques du secteur, selon lui : « En général, on dit qu’une maison va autoconsommer théoriquement, en fonction des usages, 20 % d’énergie photovoltaïque. Quand on va commencer à installer des batteries et des systèmes comme ça, on peut la pousser de 50 à 70 % d’autoconsommation. » Et l’ingénieur le rappelle, ces chiffres sont obtenus sans habitant pour piloter les usages : « Rien qu’avec les équipements en place, on sait qu’avec le chauffage, un peu d’eau chaude sanitaire quand il y a besoin et de temps en temps des voitures électriques qui viennent, on arrive déjà à 54 %. Mais si quelqu’un y habite, on va d’office monter au-delà. »

Côté chauffage, la pompe à chaleur a consommé 2.400 kWh sur l’année 2025 pour couvrir les besoins en chauffage et en eau chaude sanitaire, une donnée elle aussi mesurée en continu et confrontée aux fiches techniques du fabricant. « Cet appareil-là nous permet vraiment de vérifier l’adéquation entre ce que nous annonce le fournisseur et le bon dimensionnement, et ce que ça consomme réellement sur le terrain », explique Frédéric Dethier, qui y voit un outil de fiabilisation pour les futurs chantiers de Thomas & Piron, en Belgique comme au Luxembourg.

La domotique organise les priorités de consommation

Le système Niko Home Control joue le rôle de chef d’orchestre lorsque la production solaire dépasse les besoins immédiats. « On a une gestion intelligente solaire qui permet, en cas de rejet sur le réseau, d’activer certaines choses dans la maison pour aider à l’autoconsommation », détaille l’ingénieur. Trois priorités sont définies : charger la batterie SMA, booster la production d’eau chaude sanitaire via la pompe à chaleur, puis activer les prises connectées de certains appareils comme le lave-vaisselle ou la tondeuse robot. « Si je suis à la maison et que j’ai une voiture électrique, je peux dévier prioritairement l’énergie vers mon véhicule. Si ma batterie de voiture est pleine, en deuxième solution, je peux charger mon ballon d’eau chaude. »

Cette hiérarchisation répond à une logique économique simple, rappelle Frédéric Dethier. « Lorsqu’on réinjecte de l’électricité sur le réseau, celle-ci est revendue à un prix environ dix fois inférieur à celui auquel on la rachète lorsque l’on en a besoin. » L’objectif est donc de maximiser l’autoconsommation en utilisant l’énergie produite sur place plutôt que de l’injecter sur le réseau.

Dans cette optique, la batterie permet de capter et de stocker l’énergie solaire produite gratuitement lors des périodes de surproduction afin de la restituer au moment le plus opportun, lorsque les besoins du ménage sont plus importants. Son dimensionnement doit donc avant tout être cohérent avec la puissance photovoltaïque installée afin de valoriser un maximum de l’énergie produite et de limiter les injections sur le réseau.

« Si l’on dispose de 7.000 Wc installés en toiture, il faut une capacité de stockage suffisante pour absorber une part importante de cette production lorsqu’elle n’est pas consommée immédiatement », précise Frédéric Dethier. Dans une habitation effectivement occupée, cette stratégie permet d’augmenter significativement le taux d’autoconsommation et de réduire fortement les surplus réinjectés sur le réseau.

Un investissement rentabilisé en 4 à 5 ans grâce aux aides actuelles

Sur le plan financier, Frédéric Dethier avance un retour sur investissement compris entre 7 et 10 ans pour l’ensemble photovoltaïque et batterie, primes étatiques non comprises. Une fois les aides actuelles intégrées au calcul, ce délai se resserre nettement. « Comme les primes sont assez intéressantes au Luxembourg, on peut aller jusqu’à 50 % de la valeur, donc ça, c’est très intéressant quand même », souligne-t-il. En tenant compte de ce niveau de subvention, l’amortissement de l’installation photovoltaïque et de la batterie tombe entre 4 et 5 ans, un calcul qui reste conservateur puisqu’il repose sur un taux d’autoconsommation de 50 % : au-delà, le gain progresse en conséquence. De quoi rendre l’investissement particulièrement attractif pour qui construit aujourd’hui.

L’ingénieur observe par ailleurs une évolution rapide de la demande sur ce segment. « Au niveau batterie, la demande commence à exploser », constate-t-il, tout en recommandant aux futurs propriétaires d’anticiper plutôt que de tout équiper d’emblée. « Le mieux, c’est de prévoir, d’avoir déjà son schéma directeur. On n’est pas obligé de tout installer, mais déjà avoir en tête ce que l’on veut plus tard. » Sa recommandation aux nouveaux habitants : vivre un an ou deux dans la maison, observer les consommations réelles, puis ajuster les équipements en fonction des usages du foyer, qu’il s’agisse d’un véhicule électrique, du télétravail ou de la taille de la famille. Avec un amortissement ramené à quatre ou cinq ans primes comprises, investir aujourd’hui dans ce type d’équipement s’avère, chiffres à l’appui, très rapidement rentable.

Sébastien Yernaux
Photos : Picto

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Publié le mardi 28 juillet 2026
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