De la télémétrie aux choux pour contrôler la qualité de l'air luxembourgeois

De la télémétrie aux choux pour contrôler la qualité de l’air luxembourgeois

Pierre Dornseiffer est responsable de l’unité « Surveillance et évaluation de l’environnement » au sein de l’Administration de l’environnement. Dans son équipe, Claudine Schiltz fait partie du groupe « Mesurages et analyses ». Ils expliquent en quoi consiste leur travail et leur mission.

Quels sont les principaux polluants qu’on retrouve dans l’air atmosphérique au Luxembourg ?

Pierre Dornseiffer : Nous observons principalement trois polluants majeurs. Le dioxyde d’azote (NO₂), qui provient des moteurs à combustion, de l’industrie, ou encore de la production d’énergie – toute combustion en produit. Il y a l’ozone (O₃), qui se forme dans l’air sous l’effet du rayonnement solaire, en présence d’oxydes d’azote (NO et NO₂) et de composés organiques volatils (COV). Pour finir, il y a les particules fines, classées en fonction de leur taille, également émises par le trafic routier, l’industrie ou le chauffage résidentiel. Elles sont aussi le résultat de phénomènes naturels comme l’érosion des sols. La majorité des particules fines provient de sources transfrontalières, souvent transportées sur de longues distances.

Comment mesurez-vous la concentration de ces polluants dans l’air ?

Pierre Dornseiffer : Nous avons plusieurs réseaux de mesure de la qualité de l’air. Le plus important est le réseau automatique de télécontrôle, grâce auquel nous obtenons des données en temps réel (cf photo d’en-tête de l’article, à droite). Il existe trois types de stations, en fonction du type d’environnement qu’elles analysent : rural, urbain ou trafic (proche des grands axes routiers). Il y a aussi des réseaux non-télémétriques, qui mesurent les concentrations de particules fines ou encore les retombées de poussières.

À gauche, une placette permettant de collecter les retombées de poussières par sédimentation. À droite, une « armoire » de collecte de poussières fines. Elle aspire l'air et le fait passer à travers des filtres, qui seront ensuite analysés en laboratoire.
À gauche, une placette permettant de collecter les retombées de poussières par sédimentation. À droite, une « armoire » de collecte de poussières fines. Elle aspire l’air et le fait passer à travers des filtres, qui seront ensuite analysés en laboratoire. - © AEV

Plus étonnant : la biosurveillance. Nous utilisons des espèces de mousses, le céleri-feuille ou encore des choux verts pour capter les polluants organiques et les métaux lourds qui se trouvent dans l’air par bioaccumulation (cf photo d’en-tête de l’article, à gauche). Nous pouvons ensuite mesurer la teneur en polluant de ces végétaux.

Une fois toutes ces données collectées, comment les utilisez-vous ?

Claudine Schiltz : Pour le réseau télémétrique, nous validons, tous les jours, les données que nous recevons des stations. Grâce à des calculs complexes, basés sur les conditions météorologiques, les concentrations de polluants mesurées et les modèles de dispersion, nous sommes capables de faire des prévisions et d’anticiper les pics de pollution.

Pierre Dornseiffer : Les résultats sont communiqués à l’Agence européenne de l’environnement et mis à disposition de tous les intéressés via nos différentes plateformes de communication. Le but est de leur fournir les informations fiables pour soutenir les décisions en matière de réduction de la pollution, tout en sensibilisant le public à la qualité de l’air.

Votre mission est donc aussi d’informer la population sur la qualité de l’air qu’elle respire ?

Pierre Dornseiffer : Lorsqu’une valeur limite horaire ou journalière est dépassée, c’est un pic de pollution. Dans ce cas, nous envoyons un communiqué à la presse et mettons les informations à disposition sur nos différentes plateformes de communication afin de prévenir du pic de pollution et de donner des recommandations pour se protéger.

Plus généralement, nous partageons des informations via MeteoLux et notre application « Meng Loft  ». Nous proposons un service d’abonnement permettant de recevoir les bulletins de la qualité de l’air ambiant et les communiqués en cas de dépassement du seuil européen d’information (180 µg/m³) ou d’alerte (240 µg/m³) en cas de pic d’ozone. Ces outils sont surtout utilisés par les gens entourant des personnes sensibles à la qualité de l’air, comme les jeunes enfants, les personnes âgées ou atteintes de maladies respiratoires.

Quelles sont les évolutions que vous observez ces dernières années quant à la qualité de l’air au Luxembourg ?

Claudine Schiltz : Les conditions météorologiques ont une forte influence sur la qualité de l’air. La pluie capte les polluants dans l’air et les entraîne vers le sol, ce qui diminue leur concentration. À l’inverse, la chaleur et le rayonnement solaire favorisent les réactions chimiques à l’origine de certains polluants. Les effets du changement climatique impactent directement la qualité de l’air sur le long terme.


« Nous sommes en train de planifier la mise en place d’un ‘supersite’ au Kirchberg, une station de mesures hautement équipée, destinée à surveiller un grand nombre de polluants. C’est une obligation de la nouvelle directive. »

Pierre Dornseiffer, Administration de l’environnement

Pierre Dornseiffer : La transition de la mobilité joue aussi beaucoup, puisque le trafic est la principale source de polluants au Luxembourg. On a d’ailleurs vu l’effet de « l’année Covid », durant laquelle le trafic a fortement ralenti : en 2020, la concentration moyenne annuelle de NO₂ étaient bien inférieure à celles des années précédentes et ces valeurs ne sont pas revenues au niveau pré-Covid. Un plan national relatif à la qualité de l’air a été adopté en 2021, avec des mesures visant notamment à réduire l’impact du trafic individuel motorisé. Plus globalement, les voitures sont de plus en plus propres – notamment grâce aux normes européennes – et les véhicules électriques se démocratisent.

Cette tendance à la baisse ne pourra qu’être confirmée avec la nouvelle directive qui est entrée en vigueur fin 2024. Elle va imposer des valeurs limites plus strictes, alignées sur les lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à partir de 2030.

Les préparatifs pour sa transposition en droit luxembourgeois sont en cours.

Léna Fernandes
Photos : Fournies par l’AEV

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Publié le mercredi 21 janvier 2026
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