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Créer une banque des sols pour traiter un maximum de terres in situ

Architecture & construction

Publié le
jeudi 11 novembre 2021 à 04:00

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Wunne mat der Wooltz et Haargarten sont deux grands projets urbanistiques (34 ha réhabilités sur une quinzaine d’années) menés par le Fonds du Logement à Wiltz, où les questions liées à la gestion des terres et de l’eau revêtent une importance toute particulière.

Rencontre avec Denis Ory, chef de projets et Elie Bourdon, chargé d’opérations au sein du service Projets de grande envergure du Fonds du Logement

En effet, ils sont déployés sur deux friches industrielles qui ont vu se succéder différentes activités polluantes pendant deux siècles, autour d’un élément central qu’est la rivière Wiltz. Le parti pris concernant l’assainissement des terres a été d’engager une procédure différente de ce qui se fait habituellement.

Quelle est la situation actuelle des sols sur le site ?

Elie Bourdon : Le site est aujourd’hui intégralement démoli et les matériaux issus de ces démolitions ont été concassés pour être réutilisés sous les voiries notamment, mais les sols contiennent encore les polluants classiques : métaux lourds, hydrocarbures, etc. Des points de sondage ont été réalisés entre 2010 et 2018 qui ont permis de répertorier 8 hotspots, des zones où la contamination est assez concentrée et qui doivent être traitées en priorité, et d’évaluer le volume de terre concerné qui s’élève à 500 000 tonnes.

Quelle problématique la gestion d’un tel volume de terre soulève-t-elle ?

EB : 500 000 tonnes de terre à déplacer vers des décharges agréées, cela représenterait 25 000 camions sur la route. Sachant que les décharges sont quasiment pleines au Luxembourg, ces terres devraient potentiellement partir en Allemagne, en Belgique ou en France. Remplir des décharges à l’étranger n’est pas très vertueux et le bilan CO2 de 25 000 camions ne l’est pas plus. D’autant que si l’on évacue de la terre, il faudra importer le même volume de terre saine pour remblayer. Nous avons donc cherché une solution plus durable.

Qu’avez-vous mis en place ?

EB : La 1re chose actée et réalisée en juillet a été de réaliser un maillage plus précis du site dans le but de mener une étude quantitative des risques sanitaires. Nous en tirerons des modèles qui seront édités en septembre et permettront de définir quelle terre pourra être utilisée à quel endroit en fonction de l’usage futur : sous un parking extérieur avec un confinement qui est fait par l’enrobé, le risque sanitaire est évidemment beaucoup moindre que sous une école ou un logement, par exemple.

Nous gardons en tête le fait qu’en matière de dépollution des sols sur d’anciens sites industriels et urbains tel que celui-ci, on ne peut pas retrouver un terrain aux caractéristiques totalement naturelles. Il restera, à certains endroits, une contamination diffuse qui ne présente pas de risques sanitaires.

La prochaine étape sera de classifier les catégories de déblais. À la fin de cette pré-étude, nous aurons une banque des sols qui se divisera en 3 catégories : des terres très polluées qui partiront en filière de traitement (ce que nous allons essayer de minimiser), des terres réutilisables sur site sous des voiries, des parkings ou pour d’autres usages moins sensibles, et des terres qui pourront rester sur place sans traitement et sur lesquelles nous pourrons directement construire.

Au niveau opérationnel, l’objectif est de passer fin 2022 aux travaux de gestion des pollutions, de démarrer les viabilisations et de créer un mur de soutènement le long des voies ferrées pour commencer à construire les 1ers bâtiments en 2023.

Quel type de traitement local peut-on appliquer à ces terres ?

EB : On peut, par exemple, créer des biotertres (andains de terres) avec un amendement en bactéries qui vont dégrader les chaînes hydrocarbonées présentes dans les sols, ce qui fonctionne très bien mais demande du temps.

Il s’agit d’un projet novateur à l’échelle du pays…

Denis Ory : Il s’agit d’une grosse opération qui sera développée progressivement sur une quinzaine d’années. Ce sont des choses nouvelles, donc nous devons nous entourer des bons partenaires. Nous sommes appuyés par Enviro Services International, bureau d’études spécialisé dans les sols pollués. L’enjeu sera aussi dans le recrutement d’entreprises sensibilisées à ces questions qui seront chargées d’effectuer les terrassements et de mettre en place la banque de sols.

Le fait que le site soit désaffecté depuis longtemps et qu’il ne fasse pas l’objet d’une procédure de cessation d’activité nous donne plus de marge pour travailler avec de nouveaux types de traitement des sols, en collaboration avec l’Administration de l’environnement. Ce concept sera généralisé dans le futur, puisqu’il figure dans le projet de loi 7237 sur la protection des sols et la gestion des sites pollués qui est à l’étude.

Le site, traversé par la rivière Wiltz, a été inondé lors des récents évènements climatiques. Comment la problématique de la gestion des eaux de pluie a-t-elle été abordée dans ce projet ?

DO : La renaturation de la Wiltz est au centre du projet. La zone qui a été inondée est la plus urbanisée, celle où la rivière a été enclavée. Cela correspond aux projections réalisées par les bureaux d’études pour l’Administration de la gestion de l’eau. La renaturation prévoit des zones pour les crues, ce qui va permettre de les atténuer et de mettre les bâtiments à construire à l’abri des inondations. Mais avant que l’eau ne tombe dans la Wiltz et pour freiner son arrivée dans la rivière, un système de gestion des eaux de pluie a été planifié, qui est basé sur des bassins de rétention et sur la végétalisation intensive ou extensive de l’ensemble des toitures. Les récents évènements nous ont rassurés sur la justesse de nos calculs et nous ont confortés dans l’idée qu’un gros travail était à faire autour de la rivière.

Et en matière de traitement des eaux usées, avez-vous prévu de mettre en œuvre des solutions innovantes ?

DO : Pas encore. Nous travaillons actuellement sur le concept énergétique du site. Une des hypothèses, qui reste à confirmer, est de récupérer l’énergie contenue dans les eaux grises.

Mélanie Trélat
Article tiré du NEOAMG#41
Plus d’informations : http://neobuild.lu/ressources/neomag
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Publié le
jeudi 11 novembre 2021


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