
Circularité : quand résilience et durabilité se rejoignent
Réemploi, recyclage, traçabilité : ces pratiques sont généralement associées à l’économie circulaire. Pourtant, selon les contextes, elles sont aussi présentées comme des leviers de résilience industrielle, de compétitivité ou de sécurité d’approvisionnement. Les mots changent, mais les actions convergent souvent vers une même réalité.
Une même pratique mais plusieurs récits
L’économie circulaire est souvent associée à la réduction des déchets, à la préservation des ressources ou à la transition écologique. Pourtant, lorsqu’on observe les stratégies industrielles et les politiques publiques actuelles, on constate que ces mêmes pratiques sont mobilisées pour répondre à des objectifs beaucoup plus larges.
Cette convergence n’est pas uniquement théorique. Le Critical Raw Materials Act (CRMA), adopté par l’Union européenne, fixe plusieurs objectifs à atteindre d’ici 2030 : extraire 10 % des matières premières stratégiques consommées dans l’Union, en transformer 40 % sur le territoire européen et couvrir 25 % des besoins grâce au recyclage. Le recyclage, la réutilisation des matériaux ou l’amélioration de leur traçabilité ne sont donc plus seulement présentés comme des outils environnementaux, mais aussi comme des leviers de résilience industrielle et de sécurité d’approvisionnement.
Un contexte qui redonne de la valeur aux ressources existantes
Selon le Global Critical Minerals Outlook 2024 de l’Agence internationale de l’énergie (IEA), les ventes mondiales de véhicules électriques ont atteint près de 14 millions d’unités en 2023, soit une progression d’environ 35 % en un an. Cette croissance s’est traduite par une hausse de la demande en matières premières critiques : +30 % pour le lithium et entre +8 % et +10 % pour le nickel, le cobalt et le graphite.
Parallèlement, les chaînes d’approvisionnement restent fortement concentrées. Entre aujourd’hui et 2030, entre 70 % et 75 % de la croissance de l’offre mondiale de lithium raffiné, de nickel, de cobalt et de terres rares devrait provenir des trois principaux pays producteurs. Pour le graphite synthétique, près de 95 % de la croissance attendue dépendrait d’un seul pays.
Cette concentration accroît la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement. Le cas de l’antimoine, utilisé notamment dans les batteries, les semi-conducteurs et certaines applications industrielles, l’illustre : à la suite de tensions sur les marchés et de restrictions à l’exportation, les prix mondiaux ont presque triplé entre 2023 et 2025.
Prenons l’exemple d’une batterie de véhicule électrique arrivée en fin de vie. Pour un acteur convaincu de l’économie circulaire, elle représente une source potentielle de matériaux à réemployer ou recycler. Pour un industriel confronté à une hausse du prix du lithium ou à des tensions d’approvisionnement sur le nickel, cette même batterie constitue également une réserve de ressources déjà disponible et pouvant être réintroduites dans de nouveaux cycles de production pour limiter les coûts
Des motivations différentes qui convergent aux mêmes besoins
Qu’elles cherchent à réduire leur impact environnemental, à maîtriser leurs coûts ou à sécuriser leurs approvisionnements, les organisations cherchent à mobiliser les mêmes leviers : prolonger la durée de vie des produits, favoriser le réemploi, récupérer des matériaux en fin d’usage ou améliorer leur traçabilité.
Cette logique dépasse d’ailleurs largement le cadre européen. Dans de nombreux secteurs industriels, les investissements consacrés au recyclage des batteries, à la récupération de métaux stratégiques ou au reconditionnement d’équipements électroniques sont aujourd’hui justifiés à la fois par des objectifs environnementaux, économiques et de gestion des risques. Les frontières entre circularité, compétitivité et résilience deviennent ainsi de plus en plus poreuses.
La circularité apparaît alors moins comme un objectif isolé que comme un ensemble de pratiques capables de répondre simultanément à plusieurs enjeux.
Le défi commun : comprendre les ressources
Si les motivations diffèrent, une difficulté demeure identique : il est impossible de réutiliser efficacement ce que l’on ne connaît pas.
Tous se heurtent à la même question : comment savoir précisément ce qu’un produit contient, et ce qu’il pourra devenir en fin de vie ?
Dans ses travaux sur les minerais critiques, l’Agence internationale de l’énergie souligne que le manque de transparence et de données constitue un frein à l’identification des risques et à la résilience des chaînes d’approvisionnement.
C’est précisément pour répondre à ce type de défi que l’Organisation internationale de normalisation (ISO) a publié en 2025 la norme ISO 59040. Celle-ci définit un cadre standardisé permettant de documenter et d’échanger les données relatives à la circularité des produits grâce au Product Circularity Data Sheet (PCDS).
Un langage commun
Le PCDS fournit un langage commun permettant aux différents acteurs d’une chaîne de valeur (fabricants, fournisseurs, acheteurs, recycleurs ou autorités réglementaires) de partager des informations cohérentes et comparables sur les caractéristiques circulaires d’un produit.
Que l’objectif soit environnemental, économique ou stratégique, les besoins sont finalement similaires : comprendre les ressources utilisées, identifier leur potentiel de réutilisation et faciliter leur valorisation en fin de vie.
C’est dans cette logique que s’inscrit l’initiative luxembourgeoise Terra Matters. Leur plateforme permet aux entreprises de créer, gérer et partager leurs Product Circularity Data Sheets conformément à la norme ISO 59040, afin de rendre les données de circularité exploitables dans toute la chaine de valeur.
Conclusion
Selon l’OCDE, la consommation mondiale de matières premières pourrait plus que doubler d’ici 2060 si les tendances actuelles se poursuivent, les métaux et minéraux figurant parmi les catégories dont la croissance devrait être la plus rapide.
Dans ce contexte, les termes employés pour parler de circularité continueront probablement à varier. Certains mettront l’accent sur la durabilité, d’autres sur la compétitivité, la résilience ou la sécurité d’approvisionnement.
Derrière ces différences de vocabulaire, une même ambition se dessine : mieux valoriser les ressources déjà présentes dans nos produits. Qu’ils soient motivés par des objectifs environnementaux, économiques ou industriels, les acteurs se heurtent finalement à une même question : comment rendre ces ressources visibles et exploitables tout au long de leur cycle de vie ?
À mesure que ces enjeux convergent, la qualité et la circulation de l’information deviennent elles aussi des ressources stratégiques.
Plus d’informations :
Terramatters.net
Info@terramatters.net
Extrait dossier « Matières à réflexion »
Sources principales
- Commission européenne – Critical Raw Materials Act (CRMA)
- Agence internationale de l’énergie (IEA) – Global Critical Minerals Outlook 2024
- ISO 59040:2025 – Product Circularity Data Sheet (PCDS)
- OCDE – Global Material Resources Outlook to 2060
- Commission européenne – Strategic Projects under the CRMA (2025)












