Circularité : de nouvelles compétences pour une nouvelle économie

Circularité : de nouvelles compétences pour une nouvelle économie

Michel Wilwert est gestionnaire de formation en développement durable, résilience et régénération au Centre national de formation professionnelle continue (CNFPC). Il explique pourquoi l’acquisition de nouvelles compétences est essentielle au développement de l’économie circulaire.

Quel rôle peut jouer la formation professionnelle continue dans la transformation de l’économie ?

La transformation de l’économie ne dépend pas uniquement des nouvelles technologies, des réglementations ou des infrastructures, elle repose aussi sur le facteur humain. La formation professionnelle permet d’accompagner les entreprises, les communes, les administrations et les acteurs locaux face à de nouveaux enjeux : économie circulaire, transition énergétique, digitalisation, réparation, réutilisation des ressources, plateformes locales ou encore économie du partage.

Au CNFPC, l’objectif n’est pas de répondre à ces transformations par une seule formation isolée, mais de proposer un ensemble cohérent de formations permettant d’accompagner les différents métiers et secteurs concernés.

Pourquoi l’économie circulaire est-elle un sujet important pour la formation professionnelle ?

L’économie circulaire demande des savoir-faire très concrets : mieux connaître les matériaux, prolonger leur durée de vie, réparer, entretenir, démonter, réemployer, documenter et organiser des circuits locaux. Les métiers techniques, la construction, les services communaux, les entreprises locales et les responsables de projets doivent disposer de ces compétences pour adapter leurs pratiques.

Quels types de compétences sont essentiels dans cette nouvelle économie ?

Il y a d’abord les compétences techniques : connaissance des matériaux, maintenance, réparation, assemblage, entretien des infrastructures, gestion des espaces verts ou encore techniques liées à la construction durable.

Il y a ensuite les compétences numériques : collecte et analyse de données, visualisation, plateformes locales, outils d’aide à la décision, intelligence artificielle ou tableaux de bord.

Enfin, il y a les compétences transversales : gestion de projet, coordination entre acteurs, communication, organisation de nouveaux services et accompagnement du changement.


« Une économie plus circulaire, plus locale et plus résiliente a besoin de compétences. Le rôle du CNFPC est d’accompagner cette montée en compétences, en lien avec les besoins réels du terrain et avec les partenaires qui font avancer ces sujets. L’enjeu n’est pas seulement de former à de nouveaux métiers, mais aussi de faire évoluer les métiers existants pour qu’ils puissent répondre aux défis de demain. »

Michel Wilwert, gestionnaire de formation au CNFPC

Le CNFPC travaille-t-il uniquement à partir d’un catalogue de formations existant ?

Non, nous développons également des formations sur mesure, à la demande, afin de répondre aux besoins réels du terrain. L’objectif est de partir d’une situation concrète : quels sont les défis rencontrés ? Quelles compétences manquent ? Quels publics doivent être accompagnés ? À partir de cette analyse, nous pouvons construire des modules adaptés, des ateliers pratiques, des formations courtes, des parcours blended learning ou des accompagnements plus ciblés.

Cette approche repose aussi sur de nombreux échanges avec des partenaires et experts, comme Circular Innovation Hub, le LIST, des bureaux d’études, des institutions publiques ou des spécialistes techniques.

Pouvez-vous donner des exemples de projets concrets dans lesquels le CNFPC est actif ?

Le CNFPC est actif dans différentes démarches liées à l’économie circulaire, à la réutilisation des ressources, à la construction durable, à la biodiversité intégrée dans l’architecture et au développement de nouvelles compétences.

Nous accompagnons également des communes qui mettent en place des projets durables concrets, par exemple liés à la planification territoriale, à l’entretien des infrastructures ou à l’évolution des pratiques de fonctionnement.

Enfin, le CNFPC est impliqué, directement ou indirectement, dans différents projets européens davantage orientés vers la résilience climatique, l’adaptation aux changements climatiques et la gestion durable des ressources.

Quel lien voyez-vous entre réparation, maintenance et transition écologique ?

Réparation, maintenance et transition écologique sont étroitement liées, car elles remettent en question notre rapport à la consommation. Réparer et maintenir, ce n’est pas seulement éviter de jeter : c’est reconnaître la valeur des ressources déjà extraites, des objets déjà produits et des infrastructures déjà construites.

Dans une logique de transition écologique, la priorité n’est pas toujours de remplacer par du neuf, même plus performant, mais d’optimiser l’existant, de prolonger sa durée d’utilisation et d’en augmenter la valeur d’usage. Cela permet de réduire la consommation de matières premières, l’énergie grise, les déchets et la dépendance à des chaînes d’approvisionnement lointaines.

La réparation et la maintenance deviennent ainsi des compétences stratégiques pour une économie plus circulaire, plus sobre et plus résiliente. Elles contribuent aussi à revaloriser les savoir-faire techniques locaux, souvent invisibles, mais essentiels pour faire fonctionner durablement nos bâtiments, nos équipements, nos machines et nos infrastructures.

Les plateformes locales et l’économie du partage peuvent-elles créer de nouvelles opportunités ?

Oui, surtout à l’échelle locale. Une plateforme peut permettre de mutualiser des outils, des matériaux, des espaces, des compétences ou des services. Mais pour qu’elle fonctionne et crée des opportunités, il faut des personnes avec des compétences numériques, organisationnelles, relationnelles, techniques et de gestion de projet. C’est ce qui permettra d’animer, d’organiser la logistique, de garantir la qualité, de créer de la confiance entre les acteurs et d’assurer le développement de celle-ci.

Propos recueillis par Léna Fernandes
Photos : © CNFPC
Article extrait du dossier du mois « Matières à réflexion »

Contribution partenaire in4green
Publié le mercredi 5 août 2026
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