
Au Bénin, l’économie du partage, moteur de développement
L’économie du partage ne date pas du numérique : elle structure depuis longtemps les échanges. En renforçant ces pratiques de coopération, le projet soutenu par la Fondation Follereau Luxembourg (FFL) favorise l’emploi, la création de valeur et l’autonomisation des femmes.
Si les plateformes numériques facilitent aujourd’hui le partage local, en Afrique de l’Ouest, les principes de l’économie collaborative font partie du quotidien depuis des générations. Mutualisation des terres, entraide lors des récoltes, partage des équipements agricoles ou achats groupés : ces pratiques communautaires constituent depuis longtemps un véritable modèle économique fondé sur la solidarité et la coopération.
« Mutualiser plutôt que posséder »
Cette réalité fait écho aux initiatives d’économie collaborative promues aujourd’hui au Luxembourg. Si les outils diffèrent, la philosophie reste la même : créer davantage de valeur en partageant les ressources plutôt qu’en les possédant individuellement.
Dans les zones rurales du Bénin, cette logique n’est pas issue de la révolution numérique. Elle est avant tout une réponse pragmatique aux réalités économiques. Lorsque les équipements de transformation coûtent cher, il est tout simplement impossible que chaque exploitant·e possède sa propre machine. Le partage devient alors une nécessité. Plusieurs dizaines de personnes utilisent un même équipement, organisent collectivement leur production, répartissent les coûts et partagent les bénéfices. Ici, mutualiser n’est pas une tendance : c’est la condition même du développement économique.
Les groupements de femmes illustrent particulièrement cette dynamique. Déjà structurés autour de mécanismes de gouvernance collective, de solidarité locale et de systèmes d’épargne communautaires comme les tontines, ils disposent d’une organisation qui facilite naturellement la mise en commun des ressources. Cette coopération leur permet également de surmonter plusieurs obstacles auxquels les femmes restent confrontées : un accès limité à la terre, aux financements ou encore aux infrastructures nécessaires pour développer une activité économique pérenne.
L’enjeu n’est toutefois pas uniquement de produire. Encore faut-il trouver des acheteurs et accéder à des marchés rémunérateurs. Les plateformes locales prennent alors tout leur sens. Contrairement aux idées reçues, une plateforme ne désigne pas nécessairement une application sophistiquée, mais peut simplement prendre la forme d’un groupe WhatsApp ou d’un réseau d’échanges entre producteurs, transformateurs et acheteurs. Sa fonction reste identique : mettre en relation les acteurs, créer de la confiance et faciliter la commercialisation.
Les plateformes locales ne créent pas la coopération. Elles ouvrent de nouvelles perspectives.
Dans la commune de Tori-Bossito, au sud du Bénin, la FFL a souhaité renforcer ce volet au travers d’un projet de promotion des emplois ruraux. Le projet est né d’un double constat : le territoire dispose d’importantes opportunités économiques, mais les populations rurales manquent souvent des formations, des équipements et des réseaux nécessaires pour transformer ces opportunités en emplois durables.
Le projet accompagne ainsi l’émergence d’entreprises agricoles et agroalimentaires en renforçant les compétences locales, en favorisant une gestion durable des ressources naturelles et en développant des réseaux innovants grâce à la création de véritables clusters agricoles. L’objectif est de faire émerger une agriculture familiale rentable, capable de produire davantage de valeur ajoutée localement tout en adoptant des pratiques respectueuses des sols et mieux adaptées aux évolutions climatiques.
L’exemple de la culture d’ananas illustre cette stratégie. Plutôt que de vendre uniquement des fruits bruts, le projet accompagne les groupements de femmes dans la transformation du jus d’ananas, favorise la création de nouvelles coopératives et appuie les productrices afin de structurer leurs activités, notamment dans l’achat et le partage d’unités de transformation. Les groupements sont ensuite accompagnés pour répondre à la demande grâce à une mise en réseau locale.
Dans un pays où le secteur agricole demeure le premier réservoir d’emplois et l’une des principales sources de richesse nationale, de nombreuses petites exploitations ne disposent ni des connaissances techniques, ni d’équipements leur permettant de moderniser leur production et d’améliorer durablement leur compétitivité. Le projet répond précisément à ces défis en renforçant la capacité des communautés à valoriser leurs productions. La création de valeur ne se limite plus à la culture agricole, mais réside aussi dans la transformation, la commercialisation et l’organisation collective des producteur·rice·s.
Quand l’économie du partage devient un levier d’émancipation des femmes.
Au-delà des résultats économiques, cette dynamique contribue également à renforcer l’autonomisation des femmes. En améliorant leurs revenus, elles gagnent en indépendance financière, investissent davantage dans l’éducation, la santé ou l’alimentation de leur famille et participent activement au développement de leur communauté. Les richesses créées irriguent par ricochet l’ensemble de la société.
L’économie du partage devient alors bien plus qu’un simple modèle économique. Elle devient un véritable partage du pouvoir économique.
Loin d’importer un modèle occidental d’économie collaborative, le projet vient renforcer des mécanismes de coopération déjà profondément ancrés dans les territoires. À l’instar des actions initiées au Luxembourg, cette approche démontre que les solutions les plus durables reposent souvent sur un principe simple : partager les ressources, mutualiser les compétences et construire collectivement une économie plus inclusive. En Afrique de l’Ouest, ce modèle existe depuis longtemps ; les technologies et l’appui des projets de développement ne font qu’en révéler tout le potentiel.
Texte et photos par la Fondation Follereau Luxembourg
Article extrait du dossier du mois « Matières à réflexion »













