Achats publics et économie circulaire : un levier à 2.000 milliards d'euros

Achats publics et économie circulaire : un levier à 2.000 milliards d’euros

Mardi 30 juin 2026, le Circular Innovation Hub de la commune de Wiltz et In4Green organisaient le troisième événement de leur cycle annuel dédié à la circularité. Cette édition, délocalisée à Mamer au sein des bureaux de Ceratizit, était enrichie d’une visite de l’usine produisant du carbure avec près de 90% de matières premières secondaires.

Lors de cet événement dédié aux politiques d’achats et à l’économie circulaire, Frédéric Liégeois (Picto, In4Green), modérateur aux côtés d’Ariane Bouvy (Circular Innovation Hub), a d’emblée montré le potentiel de croisement de ces deux sujets : « 2.000 milliards d’euros par an, c’est le montant des achats publics européens. »


« Les achats publics sont bien plus qu’un levier, ils constituent une réponse concrète dont disposent les entreprises et institutions pour faciliter cette fameuse transition d’une économie linéaire à une économie circulaire. »

Frédéric Liégeois, fondateur de Picto (Infogreen, In4Green)

Rythmant les interventions de questions permettant d’approfondir les échanges, la gestionnaire du Circular Innovation Hub a rapidement été rejointe dans cet élan par un public aussi intéressé que curieux.

Vous n’y étiez pas ? Voici, de manière très condensée, les interventions des quatre orateurs :

Sandrine Grumberg (Demain Autrement), Myriam Seiter (Klima-Agence), Xavier Battinger (Ricoh), Philippe Strebler (Ceratizit) et Frédéric Liégeois (Picto)
Sandrine Grumberg (Demain Autrement), Myriam Seiter (Klima-Agence), Xavier Battinger (Ricoh), Philippe Strebler (Ceratizit) et Frédéric Liégeois (Picto) - ©Picto/Eve Millet

Sandrine Grumberg, fondatrice de Demain Autrement

Active depuis plus de 30 ans au Grand-Duché, Sandrine Grumberg a travaillé toute sa carrière dans les achats. Elle a connu la montée de la mondialisation et du global sourcing, et pris conscience - au fil de ses expériences chez Delphi Automotive Systems et Technicolor -, du rôle essentiel des services achat : « On parle souvent de force de vente, mais on parle rarement de force d’achat, sur un territoire, sur un écosystème et sur une économie. »

Avec sa société Demain Autrement, elle se donne pour mission de favoriser la montée en compétences des forces d’achat dans les entreprises pour faire émerger l’économie circulaire à travers les achats.


« La transversalité manque terriblement dans les entreprises : un chef de projet, un responsable achat, un responsable logistique vont échanger au sein de l’entreprise, mais sans réelle transversalité des projets. »

Sandrine Grumberg, fondatrice de Demain Autrement

L’un des outils dont disposent les entreprises est le cahier des charges, qui « envoie un signal très fort au marché. Comment définir une clause, comment la matérialiser, pour que le cahier des charges puisse donner de l’appétit aux entreprises qui sont ici ? ». Rapprocher les fournisseurs fait partie des solutions, de même que se questionner sur les besoins de l’entreprise : de quoi a-t-elle besoin ? Veut-elle du recyclé ? Favoriser le réemploi ? Peut-on réfléchir différemment et devenir des non-acheteurs ?

Pour une structure qui dispose d’un bilan carbone, repenser ses achats peut rapidement faire diminuer son impact en scope 3, où les achats comptent parfois pour 60 à 80% des émissions de ce scope. Comment ? En intégrant des critères matières et transports dans les appels d’offres. D’autres résultats sont possibles, tels que présentés ci-dessous.

- ©Demain Autrement

Myriam Seiter, chef de projet économie circulaire à la Klima-Agence

L’agence nationale a pour missions d’accompagner et de soutenir tous les acteurs de la société dans leur engagement en faveur de la protection du climat. « Depuis 2018, l’économie circulaire est un sujet de plus en plus important, notamment dans le cadre du Pacte Climat avec les communes. Nous la développons aussi dans les autres départements, comme le Klimapakt fir Betriber. »

Plusieurs outils sont mis à disposition, tels que BauCheck (rénovation et construction) et B-Circular. Ce dernier est une plateforme dédiée aux achats circulaires. Initialement destinée aux communes afin qu’elles prennent en compte des critères de qualité, de durabilité et de circularité dans leurs politiques d’achat, la plateforme a été repensée en 2025 pour s’adresser aussi à d’autres publics cibles : entreprises, associations, particuliers, etc. Elle compte six catégories, chacune avec deux types de contenus :

  • des labels (avec comparateur selon différents critères) comme supports d’achats ;
  • des initiatives locales comme alternatives orientées « sobriété », telles que celles basées sur le réemploi ou le surcyclage.

Klima-Agence continue à alimenter la plateforme et à suivre les évolutions du marché pour accompagner le public de la meilleure façon possible, avec un outil concret donnant envie de se lancer dans cette thématique.


« Pour certaines catégories de produits, il n’existe pas encore de solution sur le marché qui réponde aux critères d’achats de B-Circular. »

Myriam Seiter, Klima-Agence

En complément de cette présence digitale, l’agence accompagne également les associations et sociétés intéressées par l’évolution de leurs processus d’achats.

Jérôme Petry (ministère de l'Économie) et Bruno Domange (Syndicat Kanton Réiden), Patty Koppes et Ariane Bouvy (Circular Innovation Hub), Carole Henry (Terra Matters)
Jérôme Petry (ministère de l’Économie) et Bruno Domange (Syndicat Kanton Réiden), Patty Koppes et Ariane Bouvy (Circular Innovation Hub), Carole Henry (Terra Matters) - ©Picto/Eve Millet

Xavier Battinger, directeur du département Management & Développement, Ricoh Industrie France

Principalement connue pour ses activités d’impression, la société Ricoh travaille depuis 1994 en faveur de solutions circulaires aussi performantes que les équivalents neufs. Pour y parvenir, « on va éviter a maxima les entrées – les matières vierges – et on va éviter a maxima de rejeter – de créer des déchets ». Concrètement, certains consommables et pièces de remplacement sont issus de l’économie circulaire, et les machines que les clients souhaitent remplacer sont récupérées pour « recréer de la valeur autour de ce qui était, à la base, un déchet expédié en destruction ». La société continue à chercher les bonnes filières pour que certaines de ces matières en fin de vie deviennent des ressources pour d’autres, et – inversement - récupérer aussi pour sa production des matériaux qui ont déjà vécu.


« On veut consommer circulaire, mais pas payer plus cher, alors que l’économie circulaire, en tout cas dans sa mise en œuvre au départ, peut coûter plus cher. Nous sommes amenés à automatiser des lignes de production dont la matière première va être très variable, avec des produits très propres et d’autres usagés, c’est compliqué. »

Xavier Battinger, Ricoh Industrie France

Ricoh propose une gamme de produits d’impression capable de répondre à des appels d’offres exigeants en matière de durabilité. Récemment, le groupe japonais a ouvert une nouvelle ligne de production européenne, renforçant ainsi son ancrage sur le continent. Ricoh est certifié « Service France Garanti » et a été sélectionné par la fondation Solar Impulse comme l’une des 1.000 solutions économiques et vertueuses déjà disponibles.

Philippe Strebler, head of Sustainability chez Ceratizit

Les produits en carbure fabriqués par Ceratizit sur son site de Mamer se retrouvent dans une multitude de produits du marché, notamment l’outillage. Près de 1.000 personnes sont employées sur le site luxembourgeois, qui reste à ce jour la plus grande des plus ou moins trente usines du groupe. Philippe Strebler a rejoint la société il y a 15 ans et y est aujourd’hui responsable en matière de politique durable.

Avec le tungstène comme matière première, dont les minerais se situent pour 80% en Chine, Ceratizit se retrouve directement impacté par les conflits géopolitiques. En 2025, le prix du tungstène a été multiplié par dix avant de se stabiliser à environ x8. De telles crises surviennent tous les 20-30 ans. « La matière première était une commodité. Aujourd’hui, nous sommes presque devenus des joailliers. »

Le scrap, ces déchets métalliques destinés au recyclage, constitue aujourd'hui l'essentiel de la matière première utilisée par Ceratizit.
Le scrap, ces déchets métalliques destinés au recyclage, constitue aujourd’hui l’essentiel de la matière première utilisée par Ceratizit. - Plansee Sustainable Report

Dans ce contexte, « la circularité est vitale pour nous ». Ces dix dernières années, le propriétaire de la société a décidé d’acquérir ses fournisseurs, rendant dès lors possible une conversion vers la circularité. « Aujourd’hui, à peu près 90% de la matière première qu’on utilise vient de la circularité, de la collecte de pièces en fin de vie. »

Actuellement, cette circularité se vit en flux séparés : achat de scrap transformé en matière vierge d’un côté, fabrication et vente de nouveaux produits de l’autre. « On veut connecter vente et achat, pour se différencier auprès de nos clients, qu’ils s’engagent aussi à nous revendre le produit en fin de vie ». C’est un sujet sur lequel le groupe avance, avec un modèle commercial à repenser. Un projet est en cours avec ArcelorMittal, qui s’est engagé à renvoyer des galets de laminage produits par Ceratizit pour boucler la boucle.


« La vue court-termiste des clients est encore très présente. On explique nos différences concrètement, mais ils vont comparer avec notre concurrent asiatique dont la matière première vient des mines. »

Philippe Strebler, Ceratizit


Le Circular Innovation Hub et In4Green remercient Ceratizit pour son accueil, et les sponsors pour leur soutien : BOMA, Wicona by Hydro, SECO, IFSB, Matériaux Clément, ista, SuperDrecksKëscht et Viessmann.

Marie-Astrid Heyde
Photos : Picto/Eve Millet

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Publié le jeudi 2 juillet 2026
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