
À Mersch, le béton recyclé s’invite dans la construction publique
Et si les bâtiments de demain naissaient des matériaux d’hier ? À Mersch, le futur Centre de conférences Grand-Duc Guillaume fera partie des premiers bâtiments publics à intégrer du béton recyclé à grande échelle. Un choix assumé par la commune pour réduire l’usage de ressources naturelles et expérimenter de nouvelles pratiques constructives.
Longtemps considérés comme de simples déchets, les gravats issus des démolitions pourraient bien devenir l’une des ressources stratégiques de la construction de demain. À Mersch, cette transition prend déjà forme à travers le futur Centre de conférences Grand-Duc Guillaume, un projet porté par la commune qui entend conjuguer ambitions culturelles et exigences environnementales.
Prévu pour 2029, l’équipement comprendra notamment une salle des fêtes de 400 places, un auditorium de 250 sièges, plusieurs espaces multifonctionnels ainsi qu’une vaste zone modulable destinée aux congrès et manifestations culturelles. Mais au fil de la conception, le projet a progressivement pris une autre dimension.
« Nous voulions créer un bâtiment exemplaire, non seulement sur le plan architectural mais aussi en matière de durabilité. Très tôt, nous avons élargi notre réflexion à l’ensemble du cycle de vie du bâtiment afin d’identifier les solutions les plus pertinentes pour limiter son impact environnemental », explique Anna Gidt, chef d’unité Structures chez Schroeder & Associés.
Accompagnée par une équipe pluridisciplinaire réunissant architectes, ingénieurs et spécialistes de l’énergie, la commune a alors décidé d’explorer une voie encore peu empruntée au Luxembourg : l’utilisation du béton recyclé dans des éléments structurels majeurs du bâtiment.
Le principe consiste à remplacer une partie des granulats naturels traditionnellement utilisés dans la fabrication du béton par des granulats issus du concassage de matériaux de déconstruction. Une manière de réduire l’extraction de sable et de gravier tout en donnant une seconde vie à des ressources déjà présentes sur le territoire. « Il ne s’agit pas seulement de réduire les déchets de chantier. Les matériaux provenant d’anciens bâtiments peuvent retrouver une place dans de nouvelles constructions. C’est une approche qui s’inscrit pleinement dans les principes de l’économie circulaire », poursuit Anna Gidt.
Le défi du passage à l’échelle
Sur le chantier, les mélanges de béton intègrent entre 15 % et 25 % de granulats recyclés selon les contraintes techniques des différents ouvrages. Murs, cages d’escaliers et dalles sont notamment concernés. Au total, près de la moitié du volume de béton du projet incorporera des matériaux recyclés.
« Pour ce bâtiment, nous avons pu économiser environ 300 tonnes de granulats naturels. L’intérêt principal réside dans la réutilisation et la revalorisation de ressources locales qui existaient déjà. Nous démontrons qu’un matériau longtemps considéré comme un déchet peut redevenir une matière première de construction », souligne Lynn Lecorsais, associée et chef de service Bâtiments et Ouvrages d’art chez Schroeder & Associés. Contrairement à certaines idées reçues, les performances mécaniques du béton recyclé répondent aux exigences actuelles du secteur. Les adaptations concernent davantage sa mise en œuvre. « Le béton recyclé présente une teinte légèrement plus chaude et des granulats plus anguleux. Cela implique quelques ajustements dans les calculs et dans l’exécution, mais nous restons sur un matériau parfaitement compatible avec les exigences structurelles d’un bâtiment public de cette importance. »
« À Mersch, près de la moitié du volume de béton du projet intégrera des matériaux recyclés issus de la déconstruction. »
Lynn Lecorsais, associée et chef de service Bâtiments et Ouvrages d’art chez Schroeder & Associés
Pour les équipes impliquées, le projet constitue également un terrain d’apprentissage inédit.
« Nous découvrons ce matériau en même temps que le maître d’ouvrage. C’est un véritable laboratoire à ciel ouvert. Nous apprenons collectivement, avec la commune, les entreprises et l’ensemble des partenaires du projet », reconnaît Anna Gidt.
Une démarche qui reflète également l’ouverture de la Commune de Mersch face à des solutions encore émergentes sur le marché. Car si les bénéfices environnementaux du béton recyclé sont désormais largement documentés, son développement reste freiné par certaines réalités économiques et techniques. Les retours d’expérience à grande échelle demeurent encore limités et chaque projet nécessite des validations spécifiques.
« Le marché est encore jeune. Chaque réalisation permet d’acquérir des connaissances supplémentaires. La commune a accepté d’assumer cette part d’innovation et d’investir dans une approche qui dépasse les standards habituels. C’est un choix courageux qui contribue à faire avancer tout le secteur », estime Anna Gidt.
Une approche globale de la durabilité
Le béton recyclé n’est toutefois qu’un des leviers mobilisés dans le cadre du projet.
Le futur centre de conférences misera également sur une importante structure en bois, notamment pour sa toiture aux formes géométriques affirmées. L’enveloppe du bâtiment a été conçue pour optimiser les apports solaires en hiver tout en limitant les surchauffes estivales. Des panneaux photovoltaïques, une toiture végétalisée, un chauffage par le sol, des plafonds rafraîchissants ainsi que l’utilisation combinée de la géothermie et d’un stockage thermique par glace viendront compléter cette stratégie énergétique.
« La commune a fait preuve d’une réelle volonté d’aller plus loin. Les choix réalisés tout au long du projet témoignent d’une ambition cohérente : réduire l’impact environnemental global du bâtiment sur l’ensemble de son cycle de vie », souligne Lynn Lecorsais.
« Les gravats issus des démolitions ne sont plus seulement des déchets : ils deviennent progressivement une ressource pour construire les bâtiments de demain. »
Anna Gidt, chef d’unité Structures chez Schroeder & Associés
Au-delà de ses performances techniques, le futur Centre de conférences Grand-Duc Guillaume pourrait ainsi jouer un rôle de démonstrateur pour l’ensemble du secteur de la construction luxembourgeois.
Alors que les bâtiments arrivant en fin de vie représentent un gisement considérable de matériaux réutilisables, le projet de Mersch montre qu’une autre approche est possible. « Si nous voulons construire durablement, nous devons apprendre à bâtir avec les ressources que nous avons déjà à disposition. Les matériaux issus de la déconstruction peuvent devenir ceux de demain. Ce projet nous donne l’occasion de le démontrer concrètement », conclut Lynn Lecorsais.
Les partenaires du projet
- Maître d’ouvrage : Administration communale de Mersch
- Pilotage : LuxStrategy
- Architecture : Holweck Bingen Architectes
- Stratégie énergétique : Transsolar KlimaEngineering
- Ingénierie et réalisation : Schroeder & Associés, Greisch Luxembourg, InCA Ingénieurs Conseils Associés, Steffen Holzbau, Prefalux, Rinnen Constructions générales, Solid.
Texte par Schroeder & Associés
Copyright photos : Administration communale de Mersch / Holweck Bingen Architectes













