À Dudelange, poussez la porte d'une formidable histoire de femme

À Dudelange, poussez la porte d’une formidable histoire de femme

D’Alep à Dudelange. De l’exil à l’éclosion. De la perte à la création. Yara Kassouha vous ouvre les portes de Yara Art. Rarement une boutique artisanale représente autant le parcours et la force de caractère de sa gérante.

Comment lui est venue sa passion pour la couture ? Yara Kassouha répond que c’est « en observant sa mère, tôt dans sa jeunesse. Je pouvais rester des heures à la regarder coudre ».

C’était à Alep, lieu de sa naissance, première ville syrienne avant la guerre civile et berceau du savon d’Alep – le savon originel du haut de ses 3000 ans d’histoire. Elle ne savait pas encore que ces contemplations tisseraient un jour son quotidien et que les véritables savons d’Alep se poseraient sur ses étals comme un trait d’union entre ses deux vies.

Parce qu’à Alep, notre interlocutrice était comptable pour une grande société, possédait une maison et jouissait d’un très bon train de vie. Jusqu’en 2011, au moment des premiers combats. Elle perd d’abord son emploi. Mais sans se décourager, pendant quatre années, elle se consacre exclusivement à sa seconde occupation : l’aide aux réfugiés.

Yara Art, boutique à Dudelange, véritables savons d'Alep et bijoux
Yara Art, boutique à Dudelange, véritables savons d’Alep et bijoux - Fanny Krackenberger

En 2015, contrainte par un danger devenu intenable, elle choisit l’exil et cette fois, perd tout. Avec ses deux enfants, elle foule le sol luxembourgeois pour la première fois. De son propre aveu, un pays dont elle n’avait jamais entendu parler au Moyen-Orient.

Après le soulagement, vient l’adversité. Yara doit tout reconstruire. Pour ses enfants comme pour elle, tous les repères viennent de s’effondrer : « c’était impossible de retourner en Syrie, j’avais peu d’amis et je ne parlais qu’arabe et anglais. J’étais désorientée, tout était très cher, le niveau de vie très élevé. »

Elle travaille alors, fait du secrétariat et peine à joindre les deux bouts. Bien sûr, l’adaptation dans une position sociale dégradée est difficile et ses enfants ne comprennent pas, parfois jusqu’à la colère, pourquoi ils ont dû ainsi changer de statut.

Quand elle évoque ces années, l’émotion n’est jamais loin. On peut encore observer leur poids peser sur ses épaules. Elle explique à quel point, à l’image de l’Europe, la situation d’une mère monoparentale au Luxembourg est la plus difficile : « seul, on peut se loger dans une petite superficie, mais pour les enfants il faut de l’espace, deux ou trois chambres, et le loyer grimpe alors en flèche ». Dans ses souvenirs subsistent encore quelques frustrations de n’avoir pu assumer seule les factures en travaillant pourtant 40 heures pleines.

Au bout de ces années de dépréciation sociale encore accentuée par l’épidémie de Covid-19, naît l’idée pour Yara de se tourner vers le commerce. Comme une vocation nouvelle. Alors qu’elle travaille à Differdange, l’opportunité d’ouvrir un premier pop-up se présente. Elle la saisit. Au bout de l’échéance, forte de cette première expérience pertinente, elle se met alors à la recherche d’un nouvel établissement éphémère.

Son fils l’aide à rédiger des dizaines de courriers qui partent dans tout le Grand-Duché. Claude Leners, City Manager de Dudelange est le premier à lui répondre et à lui proposer un bail, avenue de la Grande-Duchesse Charlotte. Yara y installe ses créations et son univers.

Depuis cette aide initiale, la commerçante souligne l’accompagnement permanent de la Ville de Dudelange et de ses services, « toujours prompts à répondre à la moindre de ses interrogations ou problématiques ».

Ce soutien fondamental à un équilibre commercial difficile, jamais assuré et l’accueil chaleureux des habitants la poussent ensuite à ouvrir son propre magasin, à quelques pas.

Le magasin propose des produits faits main accompagnés par un service de retouches ; des tableaux nés de son savoir-faire de couturière, des bijoux, de nombreuses idées cadeaux originales et l’emblème du magasin, le coussin, coloré et unique. La créatrice tend la main vers une pièce terminée adaptée de la photo de famille d’un client. Ses coussins totalement personnalisés reflètent selon elle « le désir du consommateur local d’offrir un cadeau qui a une signification et qui marque une véritable attention ».

Un supplément d’âme qui traverse ce petit shop et l’ensemble de ses compositions.

Création artisanale de coussins par Yara Kassouha
Création artisanale de coussins par Yara Kassouha - Fanny Krackenberger

Aujourd’hui de nationalité luxembourgeoise, sa plus grande réussite n’est pourtant pas son propre itinéraire mais bien celui de ses enfants et surtout de leurs études abouties, respectivement en pharmacie et science politique.

Il n’est donc pas étonnant qu’elle considère avec le recul que la condition et l’émancipation des femmes passent avant tout par « leur éducation et par l’accomplissement de solides études », plus que par une notoriété rapide sur les réseaux sociaux.

Pour finir par son avenir, Madame Kassouha vante les mérites de Dudelange où elle se sent particulièrement bien : « une ville dynamique où il y a toujours quelque chose à faire, toujours des activités, même pendant les vacances ». Certains clients sont devenus ses amis et elle souhaite désormais y demeurer.

Par Sébastien Michel
Photos : Fanny Krackenberger


YARA ART - Infos utiles

📍 71, Avenue Grande-Duchesse Charlotte L-3340 Dudelange
📧 kassouhayara@gmail.com
➡️ Suivre les réalisations de Yara Kassouha sur Facebook

Article tiré du dossier du mois « Regards de femmes »

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Publié le lundi 26 février 2024
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