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mardi 22 août 2017

« Le pionnier n'est pas toujours celui qui réussit, mais celui qui ose essayer »
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« Le pionnier n’est pas toujours celui qui réussit, mais celui qui ose essayer »
Energie

Publié le mercredi 16 novembre 2016 à 04:00

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Devant une salle comble, le docteur Bertrand Piccard, entrepreneur, explorateur, pionnier et président de Solar Impulse, a tenu un discours remarqué lors de la soirée du 175e anniversaire de la Chambre de Commerce. Premier homme à avoir réalisé le tour du monde dans un avion utilisant les rayons du soleil comme seule source d’énergie, le « savanturier » » a envoûté l’auditoire avec le récit de ses expériences entrepreneuriales et aventurières, ainsi que les enseignements qu’il en a tirés pour la vie.

En vous posant sur le sol d’Abou Dhabi, vous venez de relever un défi incroyable et de capter l’attention générale du public. Quel est votre message au monde ?
J’aimerais démontrer que les technologies propres et les énergies renouvelables peuvent accomplir des choses considérées comme impossibles. Si un avion peut voler jour et nuit sans aucun carburant, vous pouvez vous imaginer aussi tout ce que ces technologies peuvent accomplir sur la terre ferme, dans notre vie de tous les jours, là où c’est encore plus facile que dans le ciel, en termes d’efficience énergétique, d’économie d’énergie et de protection des ressources naturelles de notre planète.

Cet exploit est l’aboutissement d’un projet mené depuis déjà de nombreuses années. Comment cette idée a-t-elle un jour germé ?
Lorsque j’ai fait le premier tour du monde en ballon sans escale en 1999, le vol a duré 20 jours et j’avais à chaque instant l’angoisse de tomber en panne de gaz. Il fallait brûler du propane tous les jours de manière à réchauffer l’enveloppe du ballon, et quand j’ai atterri, avec Brian Jones, il nous restait 40 kg de réserve sur les 3.700 kg du départ. Avec cette prise de conscience que nous avions failli échouer pour une raison de carburant, je me suis fait la promesse de refaire un tour du monde, mais cette fois-ci sans aucun carburant. C’est ainsi que Solar Impulse est né.

Cette aventure, c’est aussi l’histoire d’une équipe de taille qui vous accompagne à chaque instant. Vous êtes très encadrés mais, avec votre associé André Borschberg, vous êtes prêts à vous mettre en danger pour faire avancer Solar Impulse et vos idées… Comment ces risques ont-ils été gérés ?
Je pense que le plus grand risque dans la vie n’est pas de voler avec un avion solaire, mais de vivre dans un monde qui brûle un million de tonnes de pétrole par heure, sans compter le gaz et le charbon, qui épuise les ressources de la planète, pollue la nature et change le climat. Tout le reste, en comparaison, est beaucoup moins dangereux ! Ceci étant dit, pour Solar Impulse, nous nous sommes entraînés, André et moi, à sauter en parachute, à survivre en mer sur un canot pneumatique, et bien entendu à connaître tous les systèmes de sécurité de notre avion.

Même surentraîné, votre esprit explorateur incarne la lutte contre la peur de l’inconnu et le confort des certitudes. Votre aventure est une invitation à interroger nos a priori et à explorer le champ des possibles…
Tout à fait. Dans la vie de tous les jours, nous sommes prisonniers de vieilles manières de penser et d’agir, prisonniers de nos croyances, de nos paradigmes, de notre peur de l’inconnu, de tout ce que nous avons appris. L’aventure consiste à acquérir l’état d’esprit nécessaire pour utiliser l’imprédictibilité de la vie, les doutes et les points d’interrogation pour stimuler notre performance et notre créativité. En d’autres termes, il faut avoir le courage d’observer notre façon de fonctionner et essayer complétement autre chose. Nous devons apprendre à nous remettre en question, à changer, à mettre la barre beaucoup plus haut, à oser rêver et surtout à prendre le risque de travailler pour accomplir nos rêves. Dans ce sens, il faut arrêter d’avoir peur d’échouer, d’avoir peur du qu’en-dira-t-on. Le pionnier n’est pas toujours celui qui réussit, mais celui qui ose essayer et n’a pas peur de rater !

Vous avez osé et incroyablement bien réussi. Votre succès porte en lui l’immense potentiel du solaire. Quelle est votre vision sur l’avenir de cette énergie, et plus globalement des énergies renouvelables ?
Les sources renouvelables ne pourront suffire à notre approvisionnement qu’à l’unique condition que notre monde devienne plus efficient en énergie, en d’autres termes que nous arrivions à fonctionner mieux avec moins d’énergies. Pour cela, il s’agit le plus rapidement possible de remplacer les vieux systèmes polluants et démodés comme les moteurs à combustion, les maisons mal isolées, les ampoules à incandescence, les chauffages et les réseaux de distribution archaïques par une mobilité électrique, des maisons bien isolées, des ampoules LED, des pompes à chaleur et des smart grids.

Vous vous êtes attaqué à un défi de taille, l’aviation comptant parmi les secteurs énergivores et les moins prédisposés à une transition vers les renouvelables. Après cette expérience probante, à quand les avions de ligne solaires ?
Je serais fou pour y croire et idiot pour ne pas y croire ! Aujourd’hui, Solar Impulse n’a pas les technologies pour transporter 200 passagers, mais Charles Lindbergh non plus, quand il a traversé l’Atlantique en solitaire en 1927. Malgré cela, nous voyons bien le développement extraordinaire qu’a eu l’aviation commerciale. Il s’agit aujourd’hui, dans un premier temps, non pas de rendre tous les avions solaires, mais de les rendre le plus rapidement possible électriques, en rechargeant leurs batteries au sol, au moins pour les court-courriers. Je pense que cela pourra arriver avant 10 ans. Et pour corriger une erreur assez fréquente, rappelons que l’aviation ne consomme que 3 % de l’énergie mondiale, et que la priorité devrait être mise sur les 97 % d’énergies qui sont consommées au sol, dans la mobilité, l’habitat et l’industrie.

Le Luxembourg s’engage dans la troisième révolution industrielle, notamment axée sur les énergies renouvelables et les nouvelles technologies. Sommes-nous selon vous à l’aube d’une véritable révolution ?
Ce qui doit changer est la perception que nous avons des technologies propres et de la protection de l’environnement, qui doivent être envisagées maintenant sous l’angle de la rentabilité. Remplacer les vieilles technologies par des technologies modernes et propres représente un chantier industriel colossal, une révolution qui permettra une reprise de la croissance.

Avec un esprit pionnier comme le vôtre, vous n’allez pas vous arrêter là… Quel est votre prochain défi à relever ?
Je travaille aujourd’hui sur un défi terrestre et non aérien : la création du Comité international des technologies propres. Il s’agit de réunir les acteurs de ce domaine, qui sont le plus souvent isolés et inconnus, pour créer une plateforme commune de communication, leur donner une voix forte et permettre de conseiller les gouvernements pour la mise en œuvre des technologies modernes et propres qui permettent un développement économique harmonieux de notre planète.

Dans un avenir plus immédiat, vous serez présent lors de la COP22 à Marrakech en novembre prochain. Face à l’urgence d’agir et au risque d’essoufflement de la dynamique créée lors des accords de Paris, quel sera votre message aux États ?
Le message est qu’aujourd’hui, les technologies propres permettent d’assurer une réduction de moitié des émissions de CO2 tout en créant des emplois et en faisant du profit. Il n’y a donc plus besoin d’être « écologiques », si nous arrivons à devenir simplement « logiques ». »

Texte : IMS Luxembourg
Photo : Chambre de Commerce / Agence Blitz
Source : MERKUR - Novembre-décembre 2016

Publié le mercredi 16 novembre 2016


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