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jeudi 20 juillet 2017

Donner ses anciens appareils en vue de leur réutilisation peut s'avérer être une fausse bonne idée
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Donner ses anciens appareils en vue de leur réutilisation peut s’avérer être une fausse bonne idée
Economie circulaire

Publié le mardi 2 août 2016 à 08:00

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CEO d’Ecotrel, l’asbl qui chapeaute la collecte et le traitement des équipements électriques et électroniques en fin d’utilisation, Bernard Mottet nous livre son point de vue sur la notion de responsabilité du producteur et du consommateur et sur le trafic illégal de déchets vers les pays en développement.
Interview.

Le Luxembourg est-il un gros consommateur et un bon recycleur d’équipements électriques et électroniques ?

Le pays est naturellement un gros consommateur de ce type d’équipements, vu le nombre de sociétés à caractère administratif, donc d’ordinateurs, qu’il regroupe. Son P.I.B. y est également pour quelque chose. Mais il est aussi un des meilleurs collecteurs d’Europe avec plus de 10 kilos par habitant en 2015.

Qu’advient-il de ces objets une fois collectés ?

Nous mettons à disposition des professionnels deux centres de tri et de regroupement : un à Colmar Berg, celui de la SuperDrecksKëscht, et l’autre à Bettembourg, celui de Lamesch.
A Bettembourg, nous procédons au démontage manuel des déchets, ce qui permet d’obtenir des fractions plus pures en sortie, fractions qui sont ensuite réparties dans 35 usines de traitement spécialisées dans un rayon de 300 km autour du Luxembourg. Par exemple, après broyage, électrolyse et refonte des différents métaux, les circuits imprimés peuvent receler de l’or.

Ce rayon devrait encore se restreindre dans les années à venir à la suite de l’introduction d’écotaxes sur les autoroutes. Notre système ne peut fonctionner que s’il est économiquement supportable, les coûts de transport ne doivent donc pas dépasser les coûts de traitement.

Pourquoi ne pas traiter les déchets au Luxembourg ?

C’est une question de volume. Nous ne produisons pas assez de déchets pour rentabiliser des installations de traitement et les procédures administratives très complexes qu’il faut respecter pour traiter ces déchets dans un autre pays dissuaderaient sans doute nos voisins de le faire chez nous.

Comment vous financez-vous ?

Les coûts administratifs de notre microstructure, ainsi que les coûts de collecte et de traitement des déchets se répercutent dans une cotisation de recyclage que nous demandons à la mise sur le marché des appareils. Par exemple, pour un smartphone, elle est de 8 cents et, pour réfrigérateur, de 10,06 euros.

Comment cette cotisation est-elle calculée ?

Le traitement de certains composants coûte de l’argent et la vente d’autres composants en rapporte. C’est le cas notamment des métaux précieux et des terres rares. Nous déduisons les dépenses des bénéfices pour déterminer le montant de la cotisation.

C’est donc au fabricant de payer ?

Ecotrel a été créée dans le cadre de la transposition d’une directive européenne qui induit la notion de responsabilité élargie des producteurs. Cela signifie que tout producteur mettant un appareil sur le marché est responsable d’un certain nombre d’obligations, à savoir la collecte gratuite de l’équipement en fin d’utilisation et les filières de recyclage et de réutilisation.

L’économie circulaire ne peut fonctionner que si elle s’articule sur ce principe. C’est le producteur qui doit, à la base, produire de façon écologique, idéalement utiliser des matières premières recyclées et concevoir ses produits avec une approche écodesign permettant de prolonger leur utilisation, donc de ralentir leur cycle de vie et générer des microcycles de réutilisation.

Pour ce faire, la souveraineté des états membres doit être maintenue, pas de façon exacerbée, mais dans le respect des particularités et des identités de chacun. Il en va de la sauvegarde du commerce local.

Et le consommateur dans tout ça ?

Notre credo est que c’est le consommateur qui dirige, en ce sens que le producteur fabrique ce que le consommateur veut acheter.

Le consommateur engage sa responsabilité lorsqu’il achète un produit, mais aussi à travers la façon dont il l’utilise et dont il s’en débarrasse…

En la matière, les fausses bonnes idées sont nombreuses. Prolonger l’utilisation d’un vieux congélateur en l’offrant à un nécessiteux en est une. Ce faisant, on croit faire une action sociale, mais c’est sans compter la notion de consommation énergétique : un appareil ancien peut consommer en 15 jours ce qu’un appareil moderne consomme en un an.

A une échelle plus grande, l’exportation des déchets d’équipements électriques et électroniques vers l’Afrique ou l’Asie est criminelle si elle n’est pas contrôlée. Même envoyer un appareil d’occasion en Afrique, c’est déjà y envoyer un futur déchet. D’où l’importance de vérifier que le futur utilisateur pourra effectivement s’en servir – s’il n’a pas l’électricité et/ou une connexion Internet, la machine ne lui servira à rien-, mais aussi que cette machine sera collectée en fin de vie. Plus de 200.000 tonnes d’équipements ont ainsi illégalement quitté l’Europe en 2012 alors que, dans le même temps, nous collections 5.000 tonnes au Luxembourg. Interpol a créé un groupe de travail pour lutter contre le trafic illégal de déchets, au sein duquel nous collaborons activement.

Mélanie Trélat

Publié le mardi 2 août 2016


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