
Vincent Thomassin, ingénieur en efficacité énergétique chez COCERT
Entre tests d’étanchéité à l’air et bilans carbone, Vincent Thomassin, ingénieur en efficacité énergétique chez COCERT, mesure et valide les performances énergétiques, traque les émissions de gaz à effet de serre et accompagne les particuliers ainsi que les entreprises vers des bâtiments plus durables et des pratiques plus sobres.
COCERT – pour COnstruction CERTification – est active sur différents terrains, mais sa mission de base reste, comme son nom l’indique, le conseil en énergie. « Nous accompagnons les particuliers à chaque étape de leur projet de rénovation énergétique. Notre rôle est de les conseiller sur les différentes solutions d’isolation afin d’obtenir une performance thermique optimale pour leur habitation. Nous les aidons également à choisir les matériaux les plus adaptés afin d’éviter les risques de condensation dans les parois et de prévenir le développement de moisissures.
Pendant les travaux, nous restons aux côtés du client et assurons un suivi du chantier en collaboration avec les entreprises. Nous vérifions notamment que les isolants sont mis en œuvre conformément à nos recommandations et que les installations techniques respectent les exigences prévues.
À la fin des travaux, nous accompagnons également le client dans les démarches administratives et nous nous occupons de la libération des primes liées à la rénovation énergétique », explique Vincent Thomassin, ingénieur en efficacité énergétique.
Du plan au chantier : traquer les fuites d’énergie
Il poursuit : « Pour les constructeurs, promoteurs ou particuliers qui travaillent avec un architecte, nous réalisons des études thermiques sur base des plans du bâtiment. En collaboration avec les différents intervenants du projet, nous développons ensemble un concept d’isolation, de chauffage, de ventilation et de production d’énergie. Tout au long du projet, nous assurons également le suivi technique du chantier, nous validons les modifications qui peuvent intervenir en cours de route et nous réalisons les études secondaires : par exemple, les calculs de ponts thermiques qui ne peuvent être réalisés qu’une fois les plans d’exécution disponibles.
Nous effectuons aussi les prétests blowerdoor pour vérifier l’étanchéité du bâtiment à l’issue de la phase gros-œuvre : cela permet de trouver les éventuelles fuites tant qu’elles sont accessibles pour les corriger. Enfin, nous faisons le bloowerdoor test final et on établit le certificat de performance énergétique (CPE) as-built qui reprend le calcul des performances thermiques du bâtiment réellement construit ».
« Le défi, quand un test d’étanchéité à l’air n’est pas concluant, c’est qu’on ne peut pas partir sans avoir trouvé le problème et l’avoir résolu. Il y a des causes récurrentes : un pare-vapeur mal mis en œuvre, une gaine technique mal refermée ou encore un mauvais réglage des menuiseries. D’autres causes, plus ponctuelles, peuvent également être rencontrées : chaque chantier peut réserver son lot d’imprévus. On peut même parfois passer des heures à identifier le problème, comme cette fois où les pattes de fixation du rail d’une porte coulissante avaient été vissées dans la paroi d’une gaine technique ou cette autre fois où une importante entrée d’air provenait de la trappe de visite d’une gaine technique. L’architecte m’assurait que tout avait été correctement refermé en toiture. Nous avons donc contrôlé chaque col de cygne et chaque sortie en toiture. Après plusieurs vérifications, il a finalement fini par me demander si la laine de roche était suffisante pour assurer l’étanchéité de la gaine technique », ajoute-t-il.
Bilan carbone et qualité de l’air intérieur
Parmi les missions annexes de COCERT : le bilan carbone, qui est à la fois un processus permettant à une entreprise de comptabiliser ses émissions carbone et un outil lui permettant de les réduire. Sur ce plan, Vincent et ses collègues accompagnent des entreprises de tous secteurs, y compris hors du spectre d’origine de COCERT : la construction. « On commence par déterminer avec elle le périmètre de l’étude, à la fois temporel - sur une année civile, par exemple - et au niveau de ses activités. On analyse ensuite tous les flux dont l’entreprise est dépendante : les biens et services qu’elle achète, le transport de ces biens et produits, le transport des personnes… En effet, la plus grosse partie d’un bilan carbone n’est pas lié à ce que l’entreprise produit, mais à ce dont elle est dépendante. Et ce sont souvent des informations assez compliquées à récupérer. L’objectif est de connaître en profondeur l’intégralité de ses missions pour pouvoir faire l’analyse la plus précise possible et proposer ensuite les améliorations les plus pertinentes et les plus adaptées à sa situation », explique-t-il.
Une autre mission, plus récente, est l’analyse de la qualité de l’air intérieur (QAI) selon la méthode H2E. Elle vise à mesurer les teneurs en polluants présents, à travers des prélèvements. Ces polluants émanent des matériaux de construction, du mobilier ou des produits de nettoyage et ils peuvent causer des problèmes de santé plus ou moins contraignants : maux de tête, difficultés respiratoires, allergies de la peau, etc. En parallèle, et en lien direct avec la qualité de l’air intérieur, COCERT participe au développement d’une batterie de tests dédiée aux systèmes de ventilation mécanique contrôlée (VMC). Ces tests permettent d’évaluer le niveau d’encrassement des bouches et des gaines de ventilation, ainsi que celui des échangeurs thermiques et des filtres.
Transmettre les connaissances du terrain
Enfin, en complément de ces différentes prestations, Vincent dispense des formations sur l’efficacité énergétique à l’Institut de Formation Sectoriel du Bâtiment (IFSB), société sœur de COCERT. Ces formations s’adressent à l’ensemble des entreprises du secteur de la construction. Il propose également des formations dédiées aux mesures et à l’analyse du bilan carbone. Certaines de ces formations s’inscrivent dans le cadre du projet européen Carbon Coaching, qui accompagne les entreprises dans la mesure, la compréhension et la réduction de leur empreinte carbone.
Ce qui plaît à Vincent dans son métier, c’est cet aspect multifacettes : « C’est un métier qui change chaque jour et où on cumule plusieurs casquettes : le conseil aux particuliers aussi bien qu’aux entreprises, le suivi de chantier, les prélèvements sur le terrain et les calculs au bureau. On a l’occasion de suivre toute l’évolution d’un projet, de voir comment ce dont on a discuté a été mis en œuvre, de se rendre compte des difficultés de mise en œuvre aussi, car entre la théorie (le plan) et la pratique (son application sur le terrain), apparaissent souvent des problématiques qu’on n’aurait pas pu anticiper. Et on a aussi la chance, ici, à l’IFSB, de pouvoir transmettre nos connaissances à travers des formations. En plus, les technologies sont en perpétuelle évolution dans notre secteur : ce qu’on faisait il y a 5 ans n’a rien à voir avec ce qu’on fait aujourd’hui et ce qu’on fait aujourd’hui n’a certainement rien à voir avec ce qu’on fera dans 5 ans ».
Ingénieur par le titre et l’expérience, Vincent a obtenu un DUT en Génie thermique et Énergie à l’IUT de Longwy, et a poursuivi par une Licence professionnelle en Énergies renouvelables et Développement durable. Fun fact : c’est désormais lui qui donne cours en efficacité énergétique aux élèves de cette Licence, qui suivent une semaine de formation à l’IFSB dans le cadre de leur cursus.
Mélanie Trélat
Photos : © Picto / Fanny Krackenberger
Extrait du dossier du mois « Sur le terrain avec... »























