
Laura Scarciello, assistante sociale au Fonds du Logement
Au Luxembourg, se loger est devenu un véritable défi, même en travaillant. Expulsions, insalubrité, familles séparées… Face à l’urgence, des professionnels se mobilisent. Depuis quatre ans, Laura Scarciello, assistante sociale au Fonds du Logement, accompagne celles et ceux pour qui trouver un toit est un combat quotidien.
Il est 8 heures du matin. Dans les couloirs du Fonds du Logement, la journée démarre déjà à vive allure. Les téléphones sonnent, les mails affluent, les dossiers s’enchaînent. À son bureau, Laura Scarciello ajuste son agenda. Au programme du jour : entretiens, visites à domicile et appels téléphoniques. « Chaque journée est différente, mais il y a toujours cette même urgence de se loger en toile de fond », confie-t-elle.
Écouter, orienter, accompagner
Formée à Liège, passée par plusieurs stages en Belgique, elle a choisi l’assistance sociale par conviction. « Je voulais un métier utile, où l’on peut vraiment soutenir les personnes, explique-t-elle. On ne peut pas aider tout le monde, mais on peut toujours écouter, orienter, accompagner. »
Très vite, elle comprend que le Luxembourg, malgré son apparente prospérité, est un terrain particulièrement sensible. « Il y a quatre ans, 4.500 candidats-locataires étaient inscrits auprès du Fonds du Logement pour obtenir un logement. Aujourd’hui, ils sont 7.000. La demande ne cesse d’augmenter. »
« Ce n’est pas qu’un traitement de dossier. C’est un accompagnement humain. »
Laura Scarciello, Fonds du Logement
Une pression que ressent Laura au quotidien. Dans son bureau, les profils se succèdent : familles monoparentales, réfugiés en attente de regroupement familial, travailleurs aux revenus trop modestes pour le marché privé... « Beaucoup ont un emploi. Parfois deux salaires dans le ménage. Et pourtant, l’accès au logement reste compliqué. », déplore-t-elle.
Situation familiale, parcours migratoire, finances… Au Fonds du Logement, l’accompagnement commence toujours par une enquête sociale. L’entretien dure entre 30 minutes et une heure. On vérifie le dossier, on actualise la situation, mais rapidement, la conversation dépasse le cadre administratif. « C’est d’abord une rencontre humaine », souligne Laura. Une maladie, une séparation, une perte d’emploi… L’écoute prend une place essentielle. « Ce n’est pas qu’un traitement de dossier. C’est un accompagnement humain. »
Le défi de la frustration
Mais derrière ces échanges, certaines réalités frappent plus durement encore. Il n’est pas rare qu’une personne arrive avec une valise après un déguerpissement, que des familles vivent temporairement dans leur voiture ou que des enfants doivent se laver à la piscine municipale. « Face à l’urgence, nous activons le réseau : offices sociaux, structures d’hébergement, associations. » Car le Fonds du Logement n’est pas un service d’urgence, mais Laura et ses collègues s’attachent à faire le lien avec tous les dispositifs disponibles pour qu’aucune personne ne reste sans solution.
L’après-midi, changement de décor. La jeune femme se rend sur le terrain pour une visite sociale. Elle y découvre parfois des logements précaires, des chambres surpeuplées, des maisons insalubres. Lors d’une visite marquante, quatre enfants dormaient sur des matelas posés à même le sol humide, dans une maison sans chauffage. « Dans ces moments-là, on mesure concrètement ce que signifie le droit au logement. »
Ces situations laissent des traces et la charge émotionnelle est réelle. « Ce qui pèse le plus, c’est ce sentiment d’impuissance. On sait comment certaines situations risquent de se terminer, et on ne peut pas toujours agir à la hauteur de la détresse. » Il faut alors trouver la juste distance : de l’empathie, sans se laisser submerger. « On apprend à gérer la frustration. Sinon, on ne tient pas. »
Des solutions adaptées à chaque réalité
Et ce qui la fait tenir justement, ce sont les avancées concrètes. Un dossier complété, une proposition de logement en cours, un message de remerciement. « Parfois, les personnes nous disent simplement merci de les avoir écoutées. Cela peut sembler peu, mais c’est énorme. »
Avec le temps, son regard a évolué. « En sortant de l’école, on veut aider tout le monde. Sur le terrain, on découvre la complexité du système. » Pourtant, elle garde une vision positive : le Luxembourg dispose de nombreux services, associations et dispositifs d’aide. « À chaque situation, on essaie de trouver une porte à ouvrir. »
En fin de journée, de retour au Fonds du Logement, Laura finalise son rapport et éteint son ordinateur. Les situations ne disparaissent pas pour autant, certaines l’accompagnent encore, en filigrane. Mais au-delà des difficultés, une conviction demeure. « Mon métier, c’est d’être un point d’appui. ». Et de conclure : « Quand tout semble fragile, offrir un cadre, une écoute et, autant que possible, un espoir, une perspective ».
Texte et photos du Fonds du Logement
Extrait du dossier du mois « Sur le terrain avec... »























