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Un potentiel sous-exploité

Architecture & construction

Publié le
mardi 2 novembre 2021 à 04:00

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Au Luxembourg, la majorité des terres issues des chantiers sont actuellement déposées dans des décharges qui arriveront tôt ou tard à saturation. Pourtant, elles constituent une ressource locale qui gagnerait à être davantage exploitée, dans une optique durable et circulaire.

Qu’advient-il actuellement des terres issues des chantiers de construction au Luxembourg ?

Pour s’adapter à la topographie du territoire, les terrassements sont incontournables. Jusqu’à 80 à 90 % des déchets inertes provenant des chantiers se composent de terres excavées. La partie restante est constituée de déchets de déconstruction : béton, briques, tuiles, etc

Les terres inertes représentent 98 % de l’ensemble 7 à 8 mégatonnes de terres excavées qui sont générées chaque année. Elles sont gérées soit par valorisation géotechnique (remblais) soit par élimination (mise en décharge).

La variabilité des propriétés de ces terres complexifie le travail de valorisation géotechnique qui nécessite une caractérisation supplémentaire mais aussi un tri des terres de bonne qualité.

Enfin, les terres excavées non inertes - qui sont problématiques puisqu’elles dépassent les valeurs limites des critères d’acceptation d’une décharge pour déchets inertes - sont majoritairement éliminées à l’étranger (en Allemagne, en Belgique et en France principalement) dans des décharges adaptées aux déchets dangereux, puisque le Luxembourg n’en dispose pas.

Quelles problématiques risquent d’apparaître dans les années à venir ?

Au Luxembourg, l’élimination de ces terres en décharge est souvent favorisée par les promoteurs et entreprises de construction pour des raisons économiques. Or, il existe un volume maximal qui peut être déposé sur une surface déterminée et bien définie, et ces surfaces sont limitées. Les décharges ne peuvent donc être exploitées que pour un temps défini et, une fois qu’elles ont atteint leur capacité maximale, il faut chercher d’autres surfaces ou des pratiques alternatives.

Une approche envisagée est de créer des décharges plus petites, distribuées de manière plus homogène à travers le pays, afin de pouvoir soulager les décharges principales, mais aussi de raccourcir les trajets et les temps d’attente, notamment devant les décharges pour déchets inertes. Lors de la création de nouvelles surfaces, il faut aussi veiller à la protection de l’environnement et de la santé des riverains. Autrement dit, ces décharges doivent être acceptées par la population et s’intégrer dans le paysage luxembourgeois.

Mais l’élimination n’est pas une solution durable et les processus d’autorisation sont complexes. Plusieurs projets pilotes sont en train de se développer pour augmenter les opérations de valorisation, notamment dans le domaine agronomique, avec le sou tien de l’Administration de l’environnement. Nous travaillons actuellement à encadrer ces démarches avec une législation efficace.

Quelles sont les solutions envisagées pour gérer au mieux ce déchet ?

Il y a 3 axes complémentaires : la réduction du volume des terres excavées, l’augmentation de la qualité de ces terres et la promotion de leur valorisation.

Réduire, c’est d’abord redéfinir l’approche que nous avons de la conception, c’est-à- dire éviter l’aménagement de sous-sols et promouvoir la construction en hauteur pour limiter l’emprise au sol, par exemple. Une autre approche est de réutiliser ces volumes de terres in situ en les incorporant dans l’aménagement du paysage ou des projets de terrassement à proximité des chantiers initiaux. Augmenter la qualité signifie trier les terres en fonction de leurs propriétés physico-chimiques ce qui va permettre de valoriser les déchets de meilleure qualité et de traiter ou dépolluer le reste.

Pour ce qui est de la valorisation, il existe plusieurs moyens de le faire. Aujourd’hui, on réalise surtout une valorisation géotechnique (remblais techniques), mais on peut également faire une valorisation agronomique qui consiste à amender les sols devenus pauvres en nutriments ou sableux, ce qui a aussi pour effet de construire de sols fertiles supports de végétation et de biodiversité.

Enfin, on peut utiliser ces matières comme matière première dans la fabrication de matériaux de construction : du clinker (par calcination) ou des granulats, par exemple.

Y a-t-il des freins administratifs, législatifs ou autres à la mise en place de ces solutions ? Si oui, quels sont-ils ?

La réglementation a toujours permis la valorisation des sols excavés mais, dans la pratique, c’est différent. Elle est limitée par les procédures d’autorisation qui sont longues et définies au cas par cas.

Lors d’une demande de valorisation de terres excavées dans le cadre d’un projet, il faut prouver qu’il y a un intérêt technique et garantir la protection de l’environnement et de la santé humaine, ce qui freine un peu le développement d’une telle approche d’économie circulaire. C’est le but des travaux actuellement réalisés au sein de l’Administration de l’environnement : simplifier les procédures et aller vers une approche plus générale au lieu d’une évaluation au cas par cas telle que prévue dans la législation relative aux déchets et dans la future loi sur la protection des sols.
Au niveau législatif, les futurs règlements grand-ducaux relatifs aux déchets et la future loi sur la protection des sols et la gestion des sites pollués préciseront les critères de valorisation des terres, encadreront les demandes d’autorisation à réaliser et les démarches administratives à entreprendre, et réglementeront la traçabilité des terres et le transfert de responsabilités. Au niveau des décharges pour déchets inertes, il y a également un règlement grand-ducal qui est en préparation. Il vise à faciliter la recherche de nouveaux emplacements pour les décharges régionales pour déchets inertes et à assouplir la rigidité des procédures actuelles.

Y a-t-il des perspectives économiques qui peuvent s’ouvrir avec l’exploitation des terres d’excavation ?

Les travaux réalisés par l’Administration de l’environnement s’inscrivent toujours dans le cadre de l’économie circulaire. Nous voulons soutenir cette évolution du déchet vers une véritable matière première. Les entreprises pourront saisir l’opportunité de tirer profit de ces terres excavées d’un point de vue géotechnique, agronomique et minéralogique. Ce potentiel est actuellement sous-exploité.

Mélanie Trélat
Interview de DR.-ING. VISHOJIT B. THAPA, chargé d’études de l’unité stratégies et concepts à l’Administration de l’Environnement
Article tiré du NEOMAG#41
Plus d’informations : http://neobuild.lu/ressources/neomag
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Publié le
mardi 2 novembre 2021


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