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Santé mentale des salariés et performance économique : « les deux ou rien »
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Santé mentale des salariés et performance économique : « les deux ou rien »

La santé mentale est devenue un sujet incontournable de notre époque. Comme l’explique Patrick Bozier, co-fondateur et directeur pédagogique de l’Institut Luxembourgeois de la Qualité de Vie au Travail (ILQVT), ce bien-être psychologique doit aussi être garanti dans le cadre professionnel, là où les facteurs de risques sont nombreux.

Quelle place le sujet de la santé mentale occupe-t-il aujourd’hui dans le monde du travail au Luxembourg ?

Patrick Bozier : Comme dans la plupart des pays européens, la santé mentale est devenue un enjeu majeur dans le monde du travail luxembourgeois. Les transformations technologiques et organisationnelles nous imposent de faire toujours plus, toujours plus vite. Le pays a aussi ses spécificités : le secteur tertiaire représente la grande majorité des emplois, qui sont par nature plus pénibles psychologiquement (charge mentale). On constate également un absentéisme en forte hausse et une pénurie de main-d’œuvre qualifiée, qui entraînent une intensification du travail et donc l’épuisement des équipes en place.

Pouvez-vous donner une définition de ce qu’est la santé mentale ?

Quand on parle de santé mentale, on pense souvent aux pathologies psychiatriques ou psychologiques, qui sont l’affaire des médecins spécialistes et donc pas des employeurs. Mais la « santé », c’est beaucoup plus que l’absence de maladie.

La santé mentale a trois dimensions : les troubles psychiques qui sont diagnosticables, la détresse psychologique qui est un état de souffrance et le bien-être psychologique qui est l’aspect positif de cette santé mentale. C’est sur cet axe défini par les deux dernières que le travail peut avoir une très forte influence.

- © Patrick Bozier

Si la détresse psychologique se traduit par de l’anxiété, de la dépression, de l’irritabilité, voire de l’agressivité et surtout, un désengagement professionnel et social, le bien-être psychologique se manifeste par contre par une bonne estime et confiance en soi, une implication et un engagement professionnel et social renforcé...


« Aujourd’hui, l’objectif de performance économique ne peut être atteint qu’avec un bien-être durable des salariés. On ne choisit plus, ce sont les deux ou rien. »

Patrick Bozier, ILQVT

De quelle façon le travail a-t-il un impact direct sur la santé mentale d’une personne ?

Il y a six facteurs de risques psychosociaux liés au travail (selon le rapport Gollac) : l’intensité et le temps de travail, les exigences émotionnelles, le manque d’autonomie et de marges de manœuvre, des rapports sociaux dégradés, les conflits de valeurs, l’insécurité de l’emploi. Ils se manifestent par du stress et vont tous à l’encontre du bien-être au travail. J’en rajouterais un septième, le facteur personnel, car certaines personnes ont une fragilité plus importante vis-à-vis des troubles psychiques.

Lorsque la qualité de vie au travail est mauvaise, on constate une hausse de l’absentéisme, un fort turnover, l’image de l’entreprise se dégrade… Aujourd’hui, l’objectif de performance économique ne peut être atteint qu’en garantissant le bien-être durable des salariés. Et les nouvelles générations sont plus attentives à leur santé mentale que leurs prédécesseurs !

Comment prévenir ces facteurs de risques et en faire des leviers positifs pour la santé mentale des salariés ?

Il faudrait déjà faire évoluer la loi luxembourgeoise pour rendre formellement obligatoire une évaluation des risques psychosociaux (RPS) comme ça existe en France ou en Belgique. Pour l’instant, le Code du travail prévoit seulement en terme général que « l’employeur est obligé d’assurer la sécurité et la santé des salariés dans tous les aspects liés au travail. » L’évaluation des RPS est aujourd’hui fortement recommandée. Une telle obligation favoriserait une responsabilisation plus forte de l’ensemble des parties prenantes et une réelle culture de prévention de la santé mentale au sein des entreprises.


« Il faut adopter une approche générative : le but n’est pas de se centrer sur les problèmes mais de s’appuyer sur ce qui ‘fonctionne’ bien, d’aller vers du mieux, en l’occurrence cultiver le bien-être des salariés au sein de l’entreprise. »

Patrick Bozier, ILQVT

Pour cela, l’ensemble du personnel doit développer ses compétences psychosociales : cognitives, émotionnelles et sociales. C’est l’un de nos objectifs à l’ILQVT. Nous avons développé des cursus pour faire de chacun un acteur de sa qualité de vie et de son bien-être au travail. Par exemple la formation « Manager la santé mentale et le bien-être de son équipe », afin de former les managers à la détection des signes de détresse psychologique pour mieux la prévenir.

Nous défendons l’idée selon laquelle les compétences des salariés doivent devenir la première richesse de l’employeur : l’humain doit être replacé au centre de l’entreprise, c’est ce qui lui permettra d’accéder à la performance.

Propos recueillis par Léna Fernandes

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Publié le lundi 27 avril 2026
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