
« Nous sommes beaucoup, mais on veut rester une famille, une grande famille. »
Fondateur du groupe Thomas & Piron, Louis-Marie Piron a célébré les 50 ans du groupe et les 40 ans de sa présence au Luxembourg. Retour sur un demi-siècle bâti sur des valeurs familiales, traversé par les crises, et désormais confié à la génération suivante.
Cinquante ans de construction en Belgique, quarante ans au Luxembourg, et une conviction qui n’a pas vacillé : une entreprise se bâtit comme une famille. Louis-Marie Piron, fondateur du groupe Thomas & Piron, a toujours fait de cette philosophie le ciment de son groupe. Aujourd’hui, il passe la main à son fils. Mais cette même valeur est toujours perpétuée.
Un groupe qui grandit, une famille qui s’agrandit
Au Grand-Duché, tout commence en 1985 dans un secteur encore peu formalisé. « À l’époque, pour lancer un projet de maison unifamiliale, il ne fallait même pas d’architecte. On allait simplement avec une feuille A4 à la commune et dans la semaine, on recevait l’autorisation », se souvient Louis-Marie Piron. Les règles ont évolué, le marché s’est densifié, mais l’état d’esprit, lui, n’a pas bougé.
« Ça a toujours été mon principe de travailler avec des gens que je connaissais. On s’implique très fortement. Ma porte était toujours ouverte », explique le fondateur. Cette proximité, il l’a cultivée à tous les niveaux : avec ses équipes, mais aussi avec ses clients — accueillis à déjeuner dans l’ancienne maison familiale du showroom d’Our, pour que la journée de sélection de matériaux de la future maison reste une expérience humaine. « L’esprit familial… je crois que vous avez mis le doigt là où il fallait », reconnait-il.
Quant au secret de cette longévité ? « Il n’y a pas vraiment de formule miracle. C’est un travail de tous les jours, énormément d’investissements, savoir s’entourer, avoir des gens compétents autour de soi », résume-t-il. Une recette sans éclat particulier, appliquée avec constance depuis un demi-siècle.
Des années fastes, puis la tempête
Le groupe a connu ses heures d’euphorie. « C’était un peu de la folie.. Tout se vendait », se rappelle Louis-Marie Piron. Puis les crises se sont succédé — le Covid, la guerre en Ukraine — et le secteur de la construction luxembourgeois a particulièrement souffert. « Ici, c’est beaucoup plus compliqué qu’ailleurs », reconnaît-il, sans détour.
Il n’exonère pas les promoteurs de leur part de responsabilité. « On a acheté des terrains un peu cher les dernières années car peu de propriétaires étaient ouvert à la négociation et quand la crise est arrivée, l’équation ne fonctionnait plus. » Certains acteurs ont disparu, d’autres peinent à tenir. Ceux qui restent ont interpellé les décideurs publics à plusieurs reprises. « On a fait des messages à plusieurs reprises vis-à-vis de nos gouvernants pour essayer de leur faire comprendre que la situation actuelle ne pouvait pas durer. » L’argument économique est posé clairement : TVA, droits d’enregistrement, emplois maintenus — le soutien au secteur rapporterait davantage qu’il ne coûte. « On manque vraiment beaucoup de logements. Les loyers sont devenus très chers et c’est une équation qui ne peut plus continuer. »
Laisser les rênes, rester le roc
C’est pourtant sur la transmission que Louis-Marie Piron s’attarde le plus volontiers. Passer la main à son fils après avoir tout fondé, tout construit — ce n’est pas anodin. « Ce n’est pas facile, mais il faut savoir se faire une raison. Si je veux lui donner toutes les chances de réussir, il faut qu’il puisse avoir les rênes. Comme on dit chez nous, il n’y a jamais deux coqs sur le même fumier. »
Le fondateur s’est donc mis en retrait, sans disparaître. « Je suis là en arrière-plan. J’assume toutes les questions, les conseils, mais je ne veux plus participer aux grandes décisions. Il a le champ libre avec ses équipes. » Une formation qui a duré plus de vingt ans, et dont les réflexes perdurent. « Souvent, il m’envoie un message ou me pose une question : qu’est-ce que tu ferais ? Il a l’expérience maintenant, mais ce qui s’est passé avant reste encore présent. »
Ce qui rassure Louis-Marie Piron, c’est que l’essentiel se transmet naturellement. « Mon fils qui me succède, c’est exactement la même chose. Je crois qu’il l’a même un peu amplifié. » Le groupe grossit, les équipes se renouvellent, mais la philosophie tient. « On est beaucoup, mais on veut rester une famille, une grande famille. »
Sébastien Yernaux
Photos : Eve Millet / Picto























