Mobilité des salariés au Luxembourg : quelles solutions ?

Mobilité des salariés au Luxembourg : quelles solutions ?

Les experts en parlent. Cinq professionnels de la mobilité racontent comment bureaux satellites, télétravail et covoiturage transforment les déplacements de leurs collaborateurs, frontaliers ou résidents, et livrent leur regard sur les solutions les plus adaptées.

Viktoria Klaka et Dave Lefèvre
Viktoria Klaka et Dave Lefèvre - © Picto

Viktoria Klaka, architecte d’intérieur, et Dave Lefèvre, directeur associé, chez coeba

« Chez coeba, nous pensons que la question ne consiste pas à optimiser toujours davantage les déplacements, mais d’abord à les remettre en question. Comme en architecture, la solution la plus durable est souvent celle qui évite de consommer des ressources inutilement. C’est pourquoi nous voyons un réel potentiel dans des modèles plus décentralisés : télétravail, bureaux satellites, espaces de coworking de proximité ou encore covoiturage. Ces solutions permettent de rapprocher les activités des personnes, de réduire les flux quotidiens et de renforcer les dynamiques locales.

Plus largement, nous défendons une approche systémique : il n’existe pas de solution universelle, mais un équilibre à trouver entre mobilité, qualité de vie, lien social, impact environnemental et viabilité économique. En revanche, il ne faut pas négliger un effet secondaire possible : lorsque les équipes travaillent durablement sur des sites séparés et proches de leur lieu de résidence, les échanges entre frontaliers de différents pays, cultures et langues ont tendance à diminuer. Chacun reste davantage dans son environnement habituel. Il devient alors essentiel de renforcer volontairement la cohésion d’entreprise à travers des moments partagés, des teambuildings, des afterworks et du temps de qualité passé ensemble. »

Christian Huberty, employé privé, chez BGL BNP Paribas

Christian Huberty
Christian Huberty - © BNP Paribas

« Mon trajet domicile-travail est un vrai plaisir depuis que j’ai opté pour un vélomobile. Ce moyen de transport me permet de me déplacer en toute sécurité, à l’abri des intempéries, tout en réduisant mon empreinte carbone. Mon employeur facilite cette démarche grâce à des vestiaires et un espace de stationnement adapté. Seul inconvénient ? On ne passe pas inaperçu ! » - Christian Huberty

Ce témoignage illustre la complexité des enjeux de mobilité au Luxembourg. Consciente des réalités de chacun, BGL BNP Paribas propose à ses collaborateurs une palette de solutions adaptées à leurs situations personnelles (lieu de résidence, organisation familiale…) :

  • Horaires flexibles, pour optimiser les temps de trajet ;
  • Télétravail pour limiter les déplacements ;
  • Sites satellites (à Windhof et Bettembourg) pour réduire les distances ;
  • Partenariats avec des acteurs comme BlaBlaCar pour favoriser le covoiturage ;
  • Services dédiés (vestiaires, places de stationnements, conciergerie) pour faciliter le quotidien.
Gwenaëlle Bastien
Gwenaëlle Bastien - © Picto / Fanny Krackenberger

Gwenaëlle Bastien, mobility team manager chez PwC Luxembourg

« La vraie valeur ajoutée d’un bureau satellite réside dans l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle qu’il permet de préserver. Quand je travaille sur le site d’Oberpallen, à un quart d’heure de chez moi, je réduis considérablement mon temps de trajet que je réinvestis directement dans mon travail. J’arrive plus reposée, plus sereine.

Le bureau satellite offre aussi un bénéfice moins visible : il accueille des salariés d’autres départements et, parfois d’autres entreprises. Cette proximité favorise des échanges que l’on n’aurait pas nécessairement dans son propre open space. On découvre d’autres manières d’aborder un problème, d’autres regards sur la mobilité, voire des idées que l’on peut ensuite adapter. Alterner les lieux, c’est aussi sortir de son environnement et cela nourrit l’efficacité et la créativité. »

Francesco Viti, Chef de département, professeur titulaire en sciences de l’ingénieur, à l’Université du Luxembourg

Francesco Viti et Geoffrey Caruso
Francesco Viti et Geoffrey Caruso - © Université du Luxembourg / © FSTM / © Michel Brumat

Parkings-relais, transports publics efficaces, services flexibles à la demande, covoiturage, bureaux délocalisés, télétravail : « Ces carottes ne seront efficaces que si elles s’accompagnent de « bâtons » : des politiques qui découragent l’usage inutile de la voiture individuelle par une tarification appropriée du stationnement, une fiscalité adaptée, et qui réduisent les incitants faisant du Luxembourg l’un des pays au taux de motorisation le plus élevé. Les grands employeurs tels que l’Université du Luxembourg devraient développer des plans de mobilité dédiés, soutenus par une information, une communication et un suivi continus. Un ensemble de mesures sur mesure, fondé sur des données probantes, est donc essentiel. »

« L’un des principaux défis reste le transport transfrontalier : les frontaliers dépendent aujourd’hui très massivement de la voiture (85 %), ajoute Geoffrey Caruso, Professeur titulaire en analyse et modélisation urbaines, à l’Université du Luxembourg. « Il faut renforcer la capacité ferroviaire pour les villes proches de la frontière, améliorer le rabattement vers les gares, et développer les liaisons directes depuis les zones frontalières diffuses, à moins de 6-7 kilomètres de la frontière, où le bus peut être particulièrement pertinent. »

Propos recueillis par Sébastien Yernaux

Article de notre dossier du mois « Fil conducteur »

Article
Publié le jeudi 17 septembre 2026
Partager sur
Nos partenaires