Minrond : vos données santé sous coffre-fort luxembourgeois

Minrond : vos données santé sous coffre-fort luxembourgeois

InTech et Lumena dévoilent Minrond, une application qui intègre les données de santé dans un coffre-fort chiffré. Au programme, un suivi du bien-être, des agents IA spécialisés et une souveraineté assumée pour éviter de confier ses informations les plus intimes à ChatGPT ou aux géants américains.

Une montre au poignet, une bague connectée à l’index, une balance qui mémorise chaque pesée : les objets de santé connectés prolifèrent. Reste à savoir où atterrissent leurs données, et qui les lit. C’est le pari de Minrond, une application développée conjointement par InTech (Luxembourg) et le startup studio français Lumena, qui propose à ses utilisateurs un coffre-fort numérique pour reprendre la main sur leurs informations biométriques.

Un coffre-fort contre les silos

Le constat de départ tient en quelques chiffres. « Des objets comme ça, il y en a un milliard en circulation dans le monde. Et il s’en vend 250 millions par an », rappelle Michel Onfray, fondateur de Lumena.

Michel Onfray
Michel Onfray - © Eve Millet / Picto

« Chaque appareil est connecté à son application maison, en silo. » Pour combler le vide, beaucoup d’utilisateurs finissent par copier-coller leurs analyses biologiques dans ChatGPT. Une pratique plus courante qui inquiète les deux porteurs de projets.


« En termes de souveraineté en Europe, ce n’est quand même pas terrible. Un jour, si un Américain appuie sur une gâchette et dit ‘vous n’avez plus accès à toutes ces informations’, c’est ennuyeux. Au-delà, ce sont des données qui pourraient être cédées, vendues, et on ne le sait pas. »

Michel Onfray, fondateur de Lumena

Minrond – un nom en elfique ancien emprunté à la Terre du Milieu de Tolkien, qui signifie « l’anneau de pouvoir » - incorpore ces flux dispersés dans un coffre-fort chiffré. L’utilisateur seul en détient la clé. « Personne d’autre que lui ne peut accéder à ses données, même pas les administrateurs de la plateforme », insiste Fabrice Croiseaux, CEO d’InTech. L’application établit ensuite des corrélations simples entre la qualité du sommeil, la prise de médicaments et l’activité physique, pour rendre visible des liens souvent ignorés.

Quand l’environnement entre dans l’équation

Pour la partie intelligence artificielle, InTech mobilise sa plateforme propriétaire baptisée « Breign », contraction de Brain et Sovereign. L’idée est d’industrialiser ce que font déjà les power users de ChatGPT, qui maîtrisent l’art du prompt. « Toute cette connaissance, on la met dans des bases de connaissances et on fait du pre-prompting », explique Fabrice Croiseaux. « 

Fabrice Croiseaux
Fabrice Croiseaux - © Eve Millet / Picto

On peut changer de fournisseur d’intelligence artificielle uniquement en appuyant sur un bouton, ou même sans que l’utilisateur le sache. »


« L’objectif ultime, c’est que les gens se sentent bien le plus longtemps possible. Le subjectif est, pour le patient, plus important que l’objectif. »

Fabrice Croiseaux, CEO d’InTech

Cette dimension recoupe l’intuition d’un nombre croissant de chercheurs : l’exposome – l’ensemble des expositions environnementales subies tout au long d’une vie – pèserait autant que la génétique dans l’apparition de nombreuses pathologies. « La génétique arme le fusil, le style de vie appuie sur la gâchette », rapporte Michel Onfray, citant une formule entendue auprès de Judith Stern, chercheuse spécialisée dans les marqueurs ADN du cancer. Confrontée à des familles présentant les mêmes marqueurs mais des trajectoires opposées – sept cancers à 20 ans pour les uns, aucun à 80 pour les autres – elle voyait dans la concentration de telles données un terrain de recherche encore inexploité.

L’application ne pose pas de diagnostic et ne prescrit rien. Elle alerte, oriente, passe la main au corps médical. Lors d’une consultation, l’utilisateur peut déverrouiller temporairement son coffre-fort pour son généraliste, qui accède aux pesées, tensions et derniers résultats d’analyses. Une fois la consultation close, l’accès est coupé.

Une bêta entre le Luxembourg et la Lorraine, l’Europe en ligne de mire

Cinquante utilisateurs testent actuellement la version bêta. La suite dépend moins du calendrier que du taux de rétention. « Si on arrive à les faire revenir régulièrement chaque jour, on aura gagné », résume Michel Onfray. Le périmètre initial mise sur la complémentarité entre Luxembourg, Metz et Nancy. « Le Luxembourg donne une dimension européenne beaucoup plus importante par le multilinguisme et le multiculturalisme », souligne le dirigeant. L’application, d’abord disponible en français, sera ensuite traduite en anglais et en allemand.

L’objectif à plus long terme est de décrocher le label dispositif médical 2A au niveau européen, un sésame à 150.000 euros minimum. Un conseil scientifique se met en place, avec le titulaire de la chaire santé de l’IAE Metz School of Management et des médecins du Centre Hospitalier Régional Universitaire. Côté modèle économique, le duo regarde vers les laboratoires pharmaceutiques qui pourraient suivre des cohortes testant une molécule en disposant de l’intégralité de leur environnement de vie. Les données partagées seraient anonymisées et chiffrées, sans peser sur l’utilisateur final.

« Aujourd’hui, on agrège les données parce qu’on n’a pas la possibilité de faire autrement », reconnaît Fabrice Croiseaux, qui anticipe une bascule vers le futur dossier santé numérique européen. « Mais l’analyse subjective, la visualisation et le partage avec un praticien ‘vont rester chez nous’. C’est la valeur ajoutée à la solution. »

Sébastien Yernaux
Photos : Eve Millet / Picto

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Publié le mercredi 17 juin 2026
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