Lancement de la House of Sustainability (2/2)

Lancement de la House of Sustainability (2/2)

La plateforme à destination des entreprises doit permettre à l’économie luxembourgeoise d’entrer de plain-pied dans l’ère de la durabilité. Le second volet de l’inauguration de la House of Sustainability Luxembourg est consacré à des cas concrets de transition durable.

La seconde partie de l’inauguration

Pour Paul Nathan, vice-président de la Chambre des Métiers, chacun porte sa propre définition du développement durable. C’est celle de Mme Gro Harlem Brundtland, première ministre norvégienne en 1987 qu’il choisit : Le développement durable est « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ».

Après la keynote rythmée du Prof. Dr. Christian Berg, Valérie Arnold intervient sur la scène de la Chambre du Commerce, bientôt imitée par les représentants de la House of Sustainability, Anne-Marie Loesch en tête, puis, en guise de clôture, par les participants d’un panel réjouissant.

Ouverture de la House of Sustainability : le panel

Le panel est placé sous le thème du « rôle des entreprises dans la transition vers un avenir plus durable : perspectives croisées de différents secteurs ».

Ses intervenants sont : Debbie Kirsch, fondatrice de Devï, Laurence Graff, Head of CSR (Corporate Social Responsibility) de Sodexo Luxembourg, Jean Clement, CEO de Josy Clement et Sébastien Jungen, Directeur Général de Bamolux. La modération est assurée par Bérengère Beffort de la Chambre de Commerce.

Après des présentations fondamentales mais aussi générales, l’exercice du panel permet de recentrer le débat sur le tissu local. Il personnifie les enjeux de durabilité, illustre ses difficultés, approfondit les aspects humains et microéconomiques.

La Chambre de Commerce Luxembourg a su trouver le bon équilibre dans le déroulé de son lancement, zoomant progressivement sur les problématiques du commerce, de l’HORESCA, des transports et de l’artisanat.

Des transitions durables dès aujourd’hui

Jean Clement dirige Josy Clement, l’une des plus anciennes entreprises de transport au Luxembourg. Depuis que sa structure a déménagé à Junglinster, il organise le remplacement de sa flotte de bus à moteurs thermiques par une flotte de bus électriques. Il met l’accent sur les conseils et l’innovation pour mener à bien cette transition énergétique.

C’est en Inde que Debbie Kirsch a pu mesurer l’impact de l’industrie de la mode sur l’environnement, et notamment la pollution des ressources naturelles en eau. Elle a transposé ses préoccupations éthiques et écologiques à travers sa marque Devï. Elle collabore désormais avec le pays de Ghandi pour upcycler des chutes de tissus dans ses collections de mode durable.

Laurence Graff cherche à développer pour Sodexo Luxembourg des sources d’approvisionnement plus locales, plus durables et accompagne les agriculteurs dans la transition de leurs modes de production. De la culture à la gestion des déchets, Sodexo cherche les meilleurs maillons d’une chaîne de durabilité.

Sébastien Jungen, aux commandes de Bamolux, cite le philosophe André Comte-Sponville qu’il a eu la chance de croiser récemment : « faire que des gens qui ne travaillent pas pour le plaisir prennent plaisir au travail qu’ils font ».

Il souligne ainsi sa conviction : « J’aime à dire que [le capital humain] est finalement la seule valeur de l’entreprise ». Bamolux, entreprise de rénovation du bâtiment cherche le développement durable dans la qualité des projets, de l’isolation et des matériaux.

Les problèmes du quotidien

Debbie Kirsch encourage « la transparence sur ce qu’on fait bien, mais aussi sur ce qu’on fait mal ». Sa matière première provient d’Inde et son impact carbone n’est donc pas neutre. Elle consent à cette concession pour continuer à travailler l’aspect social et culturel de son activité en Inde. Devï demeure néanmoins loin de l’impact environnemental des grandes marques de fast fashion ou d’ultra fast fashion.

Jean Clement dévoile les problèmes qu’il rencontre dans la mutation énergétique des transports, dont les défis structurels.

Il explique la problématique liée aux disponibilités des bornes de recharge et les obstacles qui subsistent. En filigrane, il pointe du doigt les réticences du marché de l’énergie pour mettre à disposition des bornes de recharge hors des murs des sociétés de transports, dans des communes et des zones géographiques stratégiques. Un meilleur réseau, une volonté globale feront progresser les choses plus rapidement.

Sébastien Jungen ne mâche pas ses mots sur l’objectif à atteindre en 2030, à savoir 100% de matériaux durables dans le bâtiment. Sur l’année écoulée, il avoue n’avoir eu qu’un seul client lui ayant expressément demandé de la durabilité dans son projet d’aménagement. Pour lui, informer les clients, changer les mentalités est un préalable indispensable.

Assurer le service de Sodexo Luxembourg avec une alimentation 100% bio et locale est un objectif intenable. La disponibilité des produits issus de l’agriculture luxembourgeoise ne le permet pas. Laurence Graff prend en exemple les bananes. Leur empreinte carbone est mauvaise puisqu’elles sont immanquablement importées. Alors, se joue, la recherche de la solution la moins néfaste, comme le Fairtrade.

Elle constate toutefois un engagement croissant des communes à soutenir les circuits courts. Elle indique que la sensibilisation est primordiale pour la végétalisation des assiettes. Sodexo s’implique ainsi dans des programmes d’éducation auprès des plus jeunes.

Elle use ensuite d’un exemple très intéressant. Une salade locale, d’apparence plus chère, s’est avérée plus qualitative, plus fraîche et plus… dense. Au final, sa rentabilité s’en est trouvée supérieure.

Elle conclut : « Il est essentiel de mettre la RSE au cœur de l’activité de la société et que le dirigeant en soit convaincu. On a de beaux exemples ici, avec ces entrepreneurs. Mais si ce n’est pas porté tout en haut de l’entreprise, on ne pourra pas y arriver. »

La croissance à tout prix ?

Debbie Kirsch nourrit la contradiction : « comment croître sans cesse dans un monde de ressources finies ». Elle en appelle à un changement de business model, pas entièrement et continuellement centré sur la croissance. Elle l’assure, une seule boutique à Luxembourg lui suffit amplement.

Sébastien Jungen renchérit : « lors de notre dernier comité de direction, nous avons essayé d’imaginer Bamolux en 2030 ». Réponse : « aujourd’hui, nous sommes 70 collaborateurs, nous faisons 10 millions de chiffre d’affaires. En 2030, nous serons 70 collaborateurs, nous ferons 10 millions de chiffres d’affaires. La croissance, pour la croissance, non. Nous réinvestissons nos bénéfices dans la recherche et le développement. On aménage du bien-être à nos clients ».

Jean Clement parle de Josy Clement comme d’une entreprise familiale : « les chiffres doivent être là, mais être 1er ou même 2e, ce n’est pas ma philosophie ».

Au sortir des derniers échanges du panel, une question se dégage alors en creux. Est-ce que la durabilité rimerait avec une forme de sobriété ? Une sobriété dans la compétitivité qui réunirait justement les conditions de la qualité de vie au travail et de l’innovation ?

Par Sébastien MICHEL
Photos : Chambre du Commerce


Retrouvez l’ensemble des évènements et cycles sur l’agenda de la House of Sustainability. En partenariat avec l’INDR et la CNC, la Commission des Normes Comptables.

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Publié le jeudi 27 avril 2023
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