La bifurcation écologique avec Äerdschëff et le forum experts-citoyens
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La bifurcation écologique avec Äerdschëff et le forum experts-citoyens

De chantier participatif à laboratoire vivant en constante évolution, Äerdschëff asbl poursuit ses missions « d’éducation, de formation et de mobilisation pour la bifurcation écologique » avec des projets ciblant les communes, entreprises et lycées.

En 2019, Äerdschëff commençait à sortir de terre à Redange-sur-Attert. La construction du site constituait déjà un acte formateur et mobilisateur, à travers un chantier participatif autour de matériaux de réemploi, pour la construction d’un bâtiment passif et autonome en énergie. Le terme « Äerdschëff » est la traduction luxembourgeoise de « géonef » (earthship en anglais), un modèle architectural d’éco-construction conçu par Michael Reynolds dans les années 1970.

- ©Fanny Krackenberger/Picto

Faire connaître les véhicules légers intermédiaires

L’asbl du même nom sensibilise et forme à la permaculture, à la gouvernance partagée, à la démarche low-tech et aux technologies soutenables.

Depuis quelques mois, l’équipe réunie autour du responsable pédagogique Tarik Bouriachi, promeut les véhicules légers intermédiaires (VLI) comme mode alternatif de mobilité urbaine soutenable – compatible avec les limites planétaires. Fabriqués et commercialisés par Karbikes en Alsace, ces vélos électriques à quatre roues, équipés d’un carénage, pourraient séduire grâce à leur assistance électrique puissante, leur autonomie élevée (80 km) et deux variantes les rendant tantôt transporteurs de marchandises (330kg / 1m3), tantôt transporteurs de personnes (deux enfants ou un adulte, en plus du pédaleur). Légalement assimilés aux vélos, ils sont donc autorisés sur les pistes cyclables.

Testé de Strasbourg à Redange par l’équipe d’Äerdschëff, le « vélo-auto » a ensuite été présenté à travers le Luxembourg. Tarik Bouriachi : « L’idée est de toucher un nouveau public, c’est-à-dire les personnes qui ne sont pas à l’aise sur un vélo classique, qui préfèrent être protégées contre les intempéries, qui ne veulent pas fournir un effort physique trop important et qui veulent diminuer drastiquement l’empreinte écologique de leurs déplacements quotidiens. »

Présentation vidéo :

Les bons formats pour les bons publics

Et pour trouver ce public, l’équipe ne manque pas de créativité. Après un premier forum experts-citoyens organisé en décembre à Sanem – dont l’administration communale devrait bientôt acquérir des VLI –, elle souhaite à présent déployer une variante avec le théâtre-forum :


« Dans un théâtre-forum, des comédiens jouent des saynètes et le public est invité à intervenir. Il peut commenter, demander à rejouer la scène différemment en intégrant certaines thématiques ou problématiques supplémentaires, voire monter sur scène si l’envie y est. Des experts en mobilité sont également présents dans la salle pour répondre aux questions des citoyens. »

Tarik Bouriachi, responsable pédagogique d’Äerdschëff

Pour s’adresser aux entreprises, Äerdschëff s’appuie sur IMS (Inspiring More Sustainability) Luxembourg, dont elle est membre associé. Mais pas pour vendre ou proposer du leasing, « ce n’est pas notre objectif » :


« Nous mettons des véhicules légers intermédiaires à disposition des entreprises en échange de leur participation à une recherche-action. »

Tarik Bouriachi, responsable pédagogique d’Äerdschëff

Après avoir essayé le VLI, elles partagent leur expérience en matière de conduite, d’effort physique requis, de coût économisé, d’émissions de CO₂ évitées, etc. Un feedback qui sera précieux pour bien cerner la désirabilité de ce mode de déplacement plus écologique.

Le Luxembourg, producteur de véhicules intermédiaires légers ?

Un centre intercommunal devrait voir le jour dans le sud du pays. Il sera dédié à la maintenance, à la réparation, à la formation et à la recherche citoyenne sur ce type de mobilité. Et, pourquoi pas, à la fabrication d’un modèle made in Lëtzebuerg, sur la base de matériaux de réemploi.

Le pays compte déjà un expert en fabrication de vélos cargo upcyclés – la société d’impact sociétal (SIS) UpCycle – dont le fondateur devrait bientôt rejoindre les trois salariés de l’asbl Äerdschëff.

Toute personne intéressée par la mobilité soutenable peut contacter Äerdschëff pour en savoir plus.

Citoyens, entreprises… et lycéens

Installée à proximité directe de l’Atert-Lycée Redange, qui en est devenu un partenaire pédagogique privilégié, l’équipe de la géonef est régulièrement en contact avec les enseignants et les lycéens. Elle propose des formations sur des thèmes très variés, allant de l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle à la permaculture, en passant par l’écriture collaborative et la gouvernance partagée.

- ©Äerdschëff

Un nouveau programme devrait bientôt enrichir l’offre en ciblant les délégués à l’environnement. Tarik Bouriachi : « Il s’agit de lancer un projet pilote avec trois lycées. Notre équipe interviendrait dans la formation initiale des délégués et accompagnerait la mise en place d’un forum experts-citoyens organisé par les jeunes. »

Acteurs du diagnostic à la solution

Cette nouvelle manière d’impliquer les lycéens dans la bifurcation écologique se veut très concrète : les délégués auront pour mission de mener une enquête qualitative et quantitative pour identifier un besoin ou une problématique. Ils identifieront ensuite des experts locaux, nationaux voire internationaux qui pourront intervenir lors du forum. Enfin, les jeunes délégués conceptualiseront une réponse. Cette initiative a pour but la création d’un « Parlement des écodélégués », doté d’un budget, qui sera une force consultative pour les communes, les ministères, etc.


« Nous souhaitons vraiment rendre les jeunes acteurs – du diagnostic à la mise en œuvre du projet qui va répondre à la problématique identifiée. Notre rôle est d’offrir un cadre d’accompagnement aux lycées qui n’en disposent pas encore. »

Tarik Bouriachi, responsable pédagogique d’Äerdschëff

Le catalogue de formation complet est disponible sur le site de l’association. Les pédagogues se tiennent également à disposition des enseignants ou directeurs de lycées intéressés par le projet pilote.

Marie-Astrid Heyde
Photo du véhicule léger intermédiaire (VLI) : Äerdschëff
Extrait du dossier du mois « Savoir (pour) faire »

Article
Publié le mardi 5 mai 2026
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