
« Investir dans l’humain aujourd’hui, c’est créer les solutions de demain »
Odette Sangaré, référente et formatrice au sein de l’Institut Luxembourgeois de la Qualité de Vie au Travail – ILQVT – accompagne les entreprises luxembourgeoises en matière de santé et de qualité de vie au travail. Elle les aide à structurer une démarche efficace, durable et assure la sensibilisation de tous les collaborateurs.
Si la qualité de vie et les conditions au travail (QVCT) étaient encore considérées comme « un plus » il y a quelques années, il semblerait que les entreprises luxembourgeoises commencent à saisir les réels enjeux qui y sont liés. « De plus en plus d’employeurs comprennent qu’il faut aller plus loin que la sensibilisation ou des animations bien-être », déclare Odette Sangaré, de l’ILQVT. Cet organisme de formation – sans but lucratif et agréé Société d’Impact Sociétal – intervient pour opérationnaliser la QVT et soutenir les entreprises dans leur « passage à l’action ».
« Nous faisons du mentorat plutôt que du consulting, car notre objectif est de permettre aux entreprises de devenir autonomes dans leur processus d’amélioration continue des conditions de travail. »
Odette Sangaré, référente grands comptes et comptes internationaux, formatrice, pour l’ILQVT
Pas un « nice to have » mais un « must »
Pour cela, les entreprises doivent avoir identifié quels sont, pour elles, les enjeux liés à notre monde en pleine mutation : le monde actuel demande aux organisations de s’équiper pour s’adapter, ce n’est plus simplement un enjeu de compétitivité et de performance mais souvent même un enjeu de pérennité.
La transformation digitale et la mondialisation imposent aux entreprises « une vraie transformation, qui nécessite une évolution de l’ensemble du collectif et des interactions en interne. » L’adaptation et la capacité de résilience ne sont plus un « nice to have » mais un « must ». La capacité d’adaptation de l’entreprise, de son personnel et le sens au travail influencent la performance économique, l’attractivité de nouveaux talents, la rétention du personnel ou encore l’absentéisme.
« La QVCT et la santé mentale au travail ne relèvent plus de démarches périphériques : elles constituent aujourd’hui un levier stratégique d’adaptation et de performance durable pour les organisations. »
Odette Sangaré, référente pour les grands comptes et les comptes internationaux, formatrice - ILQVT
La qualité de vie au travail est au cœur du processus d’adaptation : elle couvre le volet de la dynamique sociale souvent peu ou pas structurée dans l’entreprise, qui peut scléroser les processus. Derrière, on parle de santé mentale et sociale dans le contexte du travail. « Il est nécessaire que la direction soit impliquée dans le projet d’amélioration de la qualité de vie au travail ». Odette Sangaré explique que c’est un vrai levier, dès lors que celle-ci « a intégré que la santé mentale et sociale au travail est un enjeu stratégique ».
Aux côtés de la direction, les responsables de la RSE, des RH ou encore les salariés désignés, et la délégation du personnel sont les autres parties prenantes clés. Notre démarche « Qualité de vie au travail : tous acteurs » consiste à structurer cette dynamique collective pour permettre à chacun, à son niveau, de contribuer à l’amélioration des situations de travail.
Tout le monde à bord !
« Pour commencer, nous accompagnons les entreprises à identifier leurs enjeux sociaux, économiques et réglementaires pour qualifier l’importance pour elles d’entrer dans une démarche structurée de QVT et prévention de la santé mentale au travail. Toutes les parties prenantes ont besoin d’avoir une représentation et un but commun sur ces thématiques. »
Organiser l’amélioration des situations de travail nécessite également une gouvernance : on est loin de la boite à idées ou de la liste des doléances. Ce qui est au centre dans une démarche QVCT-RPS c’est le travail et les relations dans le travail.
Chacun dans l’entreprise doit avoir développé la capacité et les compétences « pour avoir les connaissances, mais aussi le savoir-faire, propre à la QVT : c’est-à-dire être capable d’identifier les situations de travail qui posent problème, qui nécessitent une amélioration, mais aussi être acteur constructif de la définition des potentielles solutions et savoir aboutir à un plan d’action concret. »
C’est une logique de responsabilisation collective et individuelle dont il est question.
« Nous partons toujours des situations de travail concrètes : c’est à ce niveau que se jouent à la fois la santé mentale et la performance opérationnelle. »
Odette Sangaré, référente pour les grands comptes et les comptes internationaux, formatrice - ILQVT
La formatrice précise que managers et collaborateurs sont équipés suivant leur rôle dans la gestion quotidienne des situations de travail. « Nous développons leurs compétences psychosociales mais pas ‘hors-sol’ : c’est dans le cadre de leur activité professionnelle très concrète que les équipes ont besoin de pouvoir s’auto-réguler, se co-réguler, au niveau relationnel et émotionnel. C’est le travail qui est au centre : pas la psychologie des individus ».
Des référents pour prendre le relais
L’ILQVT forme souvent en intra-entreprise des référents Prévention en santé mentale au travail (QVCT-RPS). « Leur formation spécifique dure entre 4 à 10 jours suivant le contexte et les besoins propres de chaque organisation. Ce sont les référents ainsi formés qui prendront le relais et animeront la démarche d’amélioration continue au long cours », explique Odette Sangaré. « Il y a toute une compétence à développer sur l’identification et la compréhension des risques tant pour l’entreprise et sa pérennité que pour les personnes et leur santé mentale et physique dans le travail. Nous les entrainons à identifier les situations de travail qui posent problème dès les signaux faibles et à accompagner tous les acteurs de l’entreprise à leur résolution constructive et pragmatique. Le rôle des référents internes est d’animer la démarche participative d’amélioration continue de la QVCT dans leur entreprise. »
La formation des référents, comme celle des managers et des employés peut être organisée en interne (intra-entreprise) ou en externe à la House of training (inter-entreprise). Parmi les participants de la dernière promotion de référents Prévention santé mentale au travail QVCT-RPS à la House of Training, qui s’est terminée en janvier, « 60% ont déjà entrepris une démarche d’amélioration de la QVCT dès leur retour dans leur entreprise. C’est un très bon résultat ! »
Une démarche toujours bénéfique
Outre ce processus complet d’accompagnement, l’ILQVT propose de nombreux ateliers avec un format plus court avec un objectif de sensibilisation. Les thématiques abordées visent à initier le personnel dans le domaine de la Prévention en matière de santé mentale au travail, de la prévention et le bien-être au travail pour les métiers de bureau, les métiers de l’aide et du soin, du commerce, de l’industrie, du transport et de la construction : la prévention des troubles musculosquelettiques, de la fatigue visuelle liée au travail sur écran, l’amélioration de l’équilibre vie professionnelle/vie privée, la sédentarité au bureau ou encore la récupération et le sommeil ou la prévention des addictions aux écrans ou à la cigarette sont quelques exemples. « Nos ateliers sont particulièrement appréciés pour les entreprises qui recherchent des interventions très pratiquo-pratiques et motivantes pour les participants. Chacun repart avec des outils concrets, directement transposables dans son quotidien professionnel. »
« En particulier en matière de prévention pour la santé mentale au travail, à l’issue de la formation, les participants reçoivent un certificat de compétences et valident des points sur leur « Passeport pour la santé mentale et la Qualité de vie au travail ». Ce dispositif permet aux entreprises de structurer la montée en compétences de leurs équipes et de suivre leur niveau de maturité sur ces enjeux. Les entreprises peuvent également valoriser leur engagement à travers un label QVT adapté à leur niveau d’avancement. C’est une plus-value pour les personnes et pour leur entreprise. »
Odette Sangaré, référente pour les grands comptes et les comptes internationaux, formatrice - ILQVT
Quelle que soit l’ampleur de la démarche dans laquelle se lance une entreprise (sensibilisation ou amélioration continue), elle récoltera toujours des bénéfices en s’impliquant dans la Qualité de vie au Travail. « Selon moi, le plus important est de construire une dynamique structurée, pragmatique et de permettre au collectif de retrouver du sens dans son travail, de collaborer ensemble pour un objectif commun », partage Odette Sangaré. En découleront d’autres conséquences positives : « moins de turn-over et une meilleure rétention du personnel, moins d’accidents de travail, moins d’absentéisme réactionnel, une meilleure image pour l’entreprise… la liste est longue ! L’un des éléments clés est que la démarche profite à tous : employeur, salariés, et clients »
L’experte conclut avec un dernier constat : « Nous vivons dans une période particulièrement instable, se baser sur les habitudes du passé pour se projeter dans l’avenir ne fonctionne plus, le monde du travail est en pleine mutation. Les entreprises n’ont plus le choix, elles doivent s’adapter si elles veulent survivre et trouver leur place dans la transformation de notre économie. Au-delà de l’intelligence artificielle et de la digitalisation en général, le levier d’ajustement le plus puissant pour réussir à s’adapter au monde qui change, c’est l’humain. »
La rédaction
Portrait photo fourni par l’ILQVT
Extrait du dossier du mois « Savoir (pour) faire »





























