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« L’urban farming, un bon exemple de ce qu’une smart nation peut faire »

Architecture & construction

Publié le
jeudi 6 juin 2019 à 04:00

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Interview de Xavier Bettel, Premier ministre

L’urban farming répond de manière innovante à de nombreux défis sociétaux actuels : produire localement et de manière collaborative, distribuer en circuits courts, recréer du lien social, se reconnecter avec les produits que nous mangeons et leur redonner de la valeur…. Dépassant la fonction nourricière, elle est également associée à des enjeux environnementaux, notamment celui de rendre l’air des villes respirables, et elle est « un laboratoire idéal pour de nouvelles manières d’ajouter de la valeur économique aux villes ».

Monsieur Bettel, vous incarnez la transformation du Luxembourg et de son économie vers une smart nation, en quoi l’urban farming s’intègre‑t-il dans cette stratégie globale ?

Quand j’ai commencé mon mandat en tant que Premier ministre il y a plus de 5 ans maintenant, je me suis donné comme mission de faire du Luxembourg une smart nation, c’est-à-dire de donner un visage résolument nouveau à notre pays, où il fait bon vivre et travailler. Cependant – et j’en suis convaincu –, le Luxembourg a toujours été une smart nation, au sens premier du terme : notre pays a su se transformer après la crise sidérurgique et développer une activité bancaire et financière qui rayonne à l’échelle mondiale. Aujourd’hui, l’enjeu pour le Luxembourg de demain est de pouvoir utiliser l’intelligence portée par les nouvelles technologies et la placer au service du citoyen, tout en sortant des cloisons éventuelles de nos spécialisations traditionnelles.

Il est évident que les nouvelles technologies ont un impact important sur la manière dont les citoyens vivent en société : au cœur du phénomène de la mondialisation, les citoyens expriment un besoin de se reconnecter, de relations de proximité, humaines et ancrées dans leur environnement. Ainsi, des phénomènes comme le crowdfunding, mais aussi l’économie du partage, illustrent la manière dont les citoyens interagissent au quotidien. Un Luxembourg smart aura donc pour objectif d’utiliser ces nouvelles technologies, ainsi que les services et opportunités qui en dérivent, pour remettre le citoyen, et ses besoins, au cœur de ses préoccupations.
L’urban farming est un bon exemple de ce qu’une smart nation peut faire : détecter des nouveaux défis sociétaux et s’adapter en innovant. Dans le cas de l’urban farming, il s’agit d’une réponse au désir de produire local et de supprimer les longs circuits de distribution. De plus, l’urban farming peut prendre des formes multiples : il n’y a pas un modèle unique  one-fits-all , mais plein de petites solutions qui peuvent permettre de résoudre certains problèmes concrets dans certains contextes et cadres spécifiques.

Grace à l’urban farming, on peut envisager un avenir encore plus local et des pratiques de consommation plus participatives et adaptées à notre temps. Résultat : avoir le plaisir de consommer des carottes qui proviennent de la ferme urbaine du toit d’à côté, mais aussi, pourquoi pas, apprendre à les cultiver et pouvoir montrer à ses enfants que les poireaux ne poussent pas au supermarché – tout en ayant un impact positif sur notre environnement et notre climat.

Pensez-vous que l’urban farming est devenu un sujet de société aujourd’hui ? Pourquoi ?

Qui se souvient encore qu’il n’y a pas si longtemps, Luxembourg-ville était entourée de fermes et d’élevages – d’une ceinture agricole donc - qui nourrissait la ville ? Depuis, l’agriculture traditionnelle a largement été repoussé loin de la ville, et parfois même à l’autre bout du monde.

D’ici 2050, il est estimé que la population mondiale atteindra 9 milliards de personnes – et ce seront non moins de 6 milliards d’individus qui vivront en ville ou dans des zones urbanisées. Cette augmentation de la population urbaine signifie que les villes s’étendront, au détriment des espaces ruraux et donc des espaces agricoles. Le Luxembourg n’échappera sans doute pas à cette évolution mondiale. La pression démographique qui en résulte implique une série d’enjeux sociétaux, environnementaux, techniques, économiques et sociaux majeurs.

C’est face à cette pression que la question de la réintroduction de pratiques agricoles dans nos villes a ressurgi. Mais contrairement à l’époque, l’agriculture n’est aujourd’hui plus uniquement perçue comme répondant à une fonction alimentaire. Elle est également associée à des enjeux environnementaux et de qualité de vie, où ville et agriculture s’imbriquent davantage. L’urban farming peut donc devenir un outil de valorisation des interactions sociales et locales, recréant des liens entre habitants, exploitants et leur environnement. De plus, cette agriculture urbaine peut mener à combler la distance entre les citadins et leur alimentation, redonnant de la valeur aux produits consommés ou jetés, et permettant de mieux comprendre les besoins et le travail qu’implique la production alimentaire.

C’est pour cela que l’urban farming fait l’objet d’un intérêt croissant, car elle se profile comme une activité agricole en lien avec la ville, avec des zones urbaines ou périurbaines mais qu’elle ne s’apparente que peu aux activités agricoles dites classiques. L’urban farming ne se positionne donc nullement comme une activité agricole concurrente mais plutôt comme un sous-secteur économique pertinent, transversal et innovant, qui offre une complémentarité parfaite aux techniques agricoles traditionnelles. De plus, les petites surfaces et les besoins de rendements importants font de l’urban farming un laboratoire idéal pour de nouvelles manières d’ajouter de la valeur économique aux villes : production haute technologie, espèces méconnues, plantes médicinales, pour ne citer que quelques exemples de la capacité d’innovation que l’urban farming peut offrir.

Quels pourraient être les bienfaits de l’urban farming pour notre pays ?

L’agriculture urbaine peut être un levier important pour créer des liens sociaux, faire revivre des espaces, favoriser l’intégration et améliorer le bien-être des citoyens. C’est cet élément qui est le plus important pour moi : l’urban farming offre une plateforme de rencontre, d’échange et de travail collaboratif, le tout autour d’activités accessibles à tous, de toutes les générations, nationalités, et chemins de vies. De même, le travail collaboratif dans un environnement convivial est une passerelle idéale pour favoriser l’intégration de personnes en marge de la société. Qu’il s’agisse de personnes en situation de handicap, de chômage, de difficultés personnelles, ou encore de réfugiés ou demandeurs d’asile, l’urban farming offre un terrain de contact autour d’activités qui peuvent s’effectuer ensemble malgré des différences linguistiques, intellectuelles ou physiques.

De surcroît, l’urban farming a le mérite de développer de nouvelles pistes de diversification économique. Même si à l’heure actuelle, elle attire principalement des associations et des projets ayant des visées sociales et environnementales, un potentiel économique important existe, basé sur la demande croissante pour des produits locaux, sains et pour une production responsable. Cela renforce la valeur et la compétitivité de l’urban farming face à une agriculture de masse indifférenciée et low cost. Assurant ainsi une source de revenus pour les entrepreneurs, elle permet aussi d’assurer l’accès de populations précaires à des produits locaux sains, créée de l’emploi direct et indirect et renforce le tissu économique local.

Finalement, l’urban farming a un lien très clair avec un souci de production éco-responsable et proche du consommateur. Les avantages de la réduction des distances parcourues par les produits tout au long de la chaîne alimentaire sont multiples : moins d’emballages et réduction des émissions liées au transport, par exemple. En même temps, l’agriculture urbaine peut remplir de nombreux services écologiques : une ferme urbaine peut contribuer à l’isolation, à la purification de l’air, à la récupération de l’eau et même à la préservation de la biodiversité lorsqu’elle est pratiquée de manière soutenable et intelligente.

L’agriculture urbaine, grâce à ses multiples facettes, s’inscrit donc dans un cadre de promotion du développement durable – qui est une des priorités de mon gouvernement – et offre ainsi de nombreuses opportunités pour un développement économique, social et environnemental responsable. L’urban farming peut donc être un outil important de partage et d’échange de connaissances, de méthodes ou simplement de conversations, ce qui est bénéfique à tous, et permet aux citoyens de se sentir comme appartenant à une communauté autour d’un projet commun.

NEOMAG#22
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Photo : ┬® SIP Yves Kortum
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