« Ideal », un projet guidé par l'histoire et la durabilité

« Ideal », un projet guidé par l’histoire et la durabilité

Rencontre avec Éric Kohnen et Julien Collette, ingénieurs chez Betic, part of Sweco.

Une renaissance écoresponsable ! « Ideal », un projet guidé par l’histoire et la durabilité

Après des décennies d’abandon, le bâtiment emblématique « Ideal », situé dans le futur quartier Wunne mat der Wooltz, à Wiltz, s’apprête à retrouver sa splendeur d’antan grâce à un projet de remise en état audacieux, pensé selon les principes de l’économie circulaire et conduit par le Fonds du Logement, en collaboration avec Carvalhoarchitects, MyCon, E3Consult et Betic, part of Sweco. Inoccupé depuis 1993, ce lieu chargé d’histoire, qui a abrité les fonctions administratives de la tannerie de cuir Ideal, puis de l’entreprise Eurofloor-Tarkett, est sur le point de renaître.

La réhabilitation des lieux, lancée en novembre, permettra l’aménagement de bureaux pour les besoins du Fonds du Logement, de surfaces ouvertes à la location, mais également d’un espace dédié à l’organisation d’évènements, pouvant accueillir jusqu’à 99 personnes. Le poste de garde accueillera quant à lui des locaux techniques et un local vélos.

Une histoire ancrée dans la mémoire locale…

Bien qu’il ne soit pas classé nationalement, le bâtiment et son poste de garde demeurent un pilier de l’identité locale et un emblème du passé industriel de la commune de Wiltz. La décision de conserver son nom, « Ideal », a été prise d’un commun accord entre les autorités locales et le Fonds du Logement, du fait de l’importance sentimentale et culturelle que celui-ci représente pour les habitants de la région.

Intégration des principes de l’économie circulaire…

La première étape cruciale de la réhabilitation du site consiste à récupérer soigneusement les matériaux et équipements encore en bon état et à les stocker en vue de leur réutilisation dans le cadre du projet. Cette démarche de remise en état, guidée par les principes de l’économie circulaire, est centrée sur la préservation du cachet historique du bâtiment, tout en respectant scrupuleusement les normes de sécurité et de durabilité en vigueur. L’utilisation de matériaux biosourcés, certifiés C2C (Cradle to Cradle) et cette philosophie globale de réhabilitation menée par le maître d’ouvrage s’inscrit d’autre part pleinement dans l’engagement de la commune de Wiltz en matière d’économie circulaire.

La remise en état du bâtiment « Ideal » s’appuiera sur des techniques éprouvées et respectueuses de l’environnement comme le système de chauffage à pellets. Des études sont d’autre part conduites systématiquement pour chacun des matériaux sur le site pour évaluer la pertinence de leur réemploi in situ. « Réutiliser la totalité des radiateurs en fonte existants n’est, par exemple, malheureusement pas envisageable car cela compromettrait notre capacité à assurer les exigences thermiques nécessaires sur ce projet. Nous n’en utiliserons donc qu’une partie. Les autres seront envoyés vers des filières de réemploi afin de connaître, eux aussi, une seconde vie », souligne Julien Collette, ingénieur chez Betic, part of Sweco. « Dans cette même logique vertueuse, nous nous attachons tout autant à exploiter de manière durable les équipements de chantier. Ainsi, les luminaires de l’éclairage du chantier seront installés au sous-sol du bâtiment. Ils répondent parfaitement à nos besoins, et contribuent de cette façon à minimiser l’impact environnemental », explique Éric Kohnen, également ingénieur chez Betic.

Les défis liés à la recherche d’équipements uniformes lorsque l’on travaille dans une logique de réutilisation sont connus, notamment en ce qui concerne l’homogénéité de l’architecture d’intérieure. Cependant, cela peut aussi être un apport d’un point de vue esthétique, et cela présente un intérêt certain en termes d’économie circulaire. « Nos bordereaux sont conçus pour favoriser les filières de réemploi et encourager les installateurs à puiser dans ces ressources. Il peut être complexe d’expliquer aux clients qu’ils n’auront pas le même modèle de sanitaire à chaque étage, voire dans chaque pièce. C’est un aspect à accepter, et tous les clients ne sont pas encore prêts à franchir le pas. Avec le Fonds du Logement, aucune pression n’a été exercée de ce côté, ils ont pleinement participé à la démarche », appuie Julien Collette.

« Nous explorons prudemment le terrain, sollicitant, expérimentant, et veillant à ce que les coûts ne flambent pas simplement au nom de l’économie circulaire. L’objectif est de réutiliser, de réemployer, de privilégier le durable, tout ceci dans un budget faisant du sens. Si tout le monde joue le jeu, une réhabilitation durable n’est pas plus onéreuse, mais surtout compliquée à réaliser qu’une rénovation classique ou qu’une construction neuve. La véritable difficulté réside dans la recherche de sociétés prêtes à s’engager pleinement dans cette démarche… » complète Éric Kohnen.

Histoire, durabilité et modularité…

En préservant son aspect d’origine, le bâtiment sera intégré harmonieusement dans le futur quartier et contribuera au développement local en revitalisant un site emblématique. Aujourd’hui destiné à la création d’espaces administratifs, il pourrait même au vu de l’évolution des besoins futurs, accueillir des logements via des transformations mineures, démontrant que circularité et modularité sont tout aussi compatibles.

Sa remise en état représente ainsi bien plus qu’une simple restauration. Elle est un témoignage vivant de l’engagement envers la préservation du patrimoine local et de l’adoption de pratiques durables pour façonner les villes de demain. Fort est à parier que ce projet ambitieux servira de modèle pour les initiatives futures, montrant qu’il est possible de conjuguer histoire, durabilité et modularité.

Extrait du NEOMAG#59

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Publié le vendredi 12 janvier 2024
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