
Du bois au biogaz : une innovation qui change la vie
Dans le nord du Sénégal, une innovation soutenue par le LuxAid Demonstration Fund (LDF), outil de la Coopération luxembourgeoise, transforme le quotidien des femmes rurales.
Pour Aminata Dia, agricultrice, cette initiative n’a pas seulement remplacé le bois de chauffe par une énergie propre : elle a ouvert la voie à de nouvelles sources de revenus et à une plus grande autonomie.
Chaque matin, avant l’aube, Aminata parcourait jusqu’à 11 kilomètres en charrette pour aller chercher le bois nécessaire à la préparation des repas. Cette tâche éprouvante lui prenait des heures, au détriment de ses enfants et de sa santé. Les jours de pluie, elle ne pouvait tout simplement pas cuisiner. Comme beaucoup de femmes du Sahel, elle dépendait d’une ressource rare et contraignante.
« On entendait dire que les bouses de vaches pouvaient donner du gaz, mais on n’y avait jamais cru jusqu’à ce qu’on en soit témoin. »
Aminata Dia, agricultrice et mère de famille
Refusant cette fatalité, Aminata s’est mise en quête d’alternatives. Le gaz butane était trop coûteux et peu accessible. Un jour, un mot commence à circuler dans le voisinage : « biodigesteur ». Intriguée, elle se renseigne, mobilise sa communauté et organise une rencontre avec l’entreprise BSB BIO, porteuse de cette technologie. Ce moment marque un tournant.
Le principe est simple : transformer les déjections animales en biogaz pour cuisiner, et en fertilisant pour les champs. Rapidement, les effets sont visibles : disparition des fumées nocives, cour assainie, repas assurés même sous la pluie. Mais surtout, Aminata gagne du temps – du temps pour ses enfants et pour ses activités.
Car cette solution ne se limite pas à l’accès à l’énergie : elle crée aussi de la valeur. En effet, le biogaz permet de cuisiner sans dépendre du bois, tandis que les résidus issus du biodigesteur peuvent être utilisés comme amendement agricole.
Chaque trimestre, BSB BIO organise la collecte de ce fertilisant. Une partie sert à rembourser l’équipement dans lequel ces femmes ont investi. L’autre est rachetée, générant un revenu direct. Pour Aminata, cela peut représenter jusqu’à 200 000 FCFA par campagne (environ 300 euros). Une source de revenus essentielle, qui lui permet d’équiper son foyer et de mieux subvenir aux besoins de sa famille.
Ce modèle illustre comment une innovation locale peut produire à la fois énergie, revenus et autonomie. Avec le soutien de la Coopération luxembourgeoise via un cofinancement du LuxAid Demonstration Fund, BSB BIO ambitionne désormais de construire 150 nouveaux biodigesteurs à travers le Sénégal.
Derrière chaque installation, il y a bien plus qu’un équipement : une vie facilitée, des ressources créées, et de nouvelles perspectives pour les femmes comme Aminata.
Texte de LuxDev, agence luxembourgeoise pour la Coopération au développement
Photos : Phototigui
Article extrait du dossier du mois « Matières à réflexion »













