Une biche dans la forêt au Grand-Duché de Luxembourg

Des bêtises

Dans la bêtise se cache la bête. L’étymologie de la bêtise est latine. Elle provient du mot bestia qui signifie bête et qui a donné son nom à la biche. La femelle du cerf et sa douceur légendaire n’en demandaient pas tant.

De bestia découle aussi la bestialité. La bête sauvage serait donc une bête féroce, soumise à ses bas instincts.

Que de temps perdu à se dépêtrer des mots et de leur sens quand une simple visite sur le versant animal suffit à rétablir la vérité.

Il en a fallu du temps à l’homme pour passer de la bête à la biodiversité et considérer le sauvage, non comme une sauvagerie, mais comme une vertu.

Le loup est un symbole incomparable. Une histoire inconcevable. Traqué pendant des siècles, éliminé pour des rumeurs, des contes de fées, pour une image qui ne collera jamais à aucune réalité. Par bêtise. Puis, réintroduit sur nos territoires, parce que finalement pas si bête et inutile. Puis à nouveau indésirable, nuisible à l’élevage des bêtes et aux activités humaines. Et pour finir par être à nouveau menacé.

Quand il a été récemment aperçu au nord et à l’est du Luxembourg, certains en étaient encore à se demander s’il fallait avoir peur du grand méchant loup. Quelle perte de temps. Depuis 2017, le Luxembourg s’est doté d’un plan d’action et de gestion précis concernant le discret canidé, anticipant les éventuelles indemnisations pour les éleveurs. Une gestion environnementale planifiée et concertée écarte bien des écueils.

Les membres du Conseil de l’Union européenne feraient bien de se le remémorer au moment où, dans un dernier revers, la loi sur la restauration de la nature vient d’être retoquée faute de majorité qualifiée. Ubu roi se jette à nouveau dans la gueule du loup.

La bêtise n’a rien d’animal. C’est l’homme qui a sculpté ses propres traits dans la bête, comme le ferait une Fable de La Fontaine. Parce qu’il serait naturellement intelligent, il pourrait aller contre-nature et se rabaisser à sa bestialité. Cette prétendue supériorité vacille quand il apprend que la sixième extinction de masse remet en doute sa propre existence. L’ensemble du vivant est donc interdépendant. L’homme sur le devant de la scène, soit l’anthropocène, n’est pas durable (1). L’ego en prend un coup. Le loup et nous jouons finalement dans la même équipe.

L’homme est peut-être un loup pour l’homme. Il est surtout un loup pour le loup. Et il en faut un temps fou pour passer de la prédation à la préservation. Il en faudra combien davantage pour que les animaux sauvages obtiennent les droits qui leur reviennent de droit ?

Depuis l’an 1500, ce sont entre 150.000 et 260.000 espèces animales et végétales qui ont disparu (2). Aujourd’hui, un million d’entre elles sont menacées du même sort (3).

Nous tentons alors de retrouver l’harmonie des écosystèmes naturels et donc, de singer le végétal et l’animal. Un bête retour de bâton.

Fort heureusement, des hommes et des femmes mettent les observations et la science à contribution pour replacer l’intelligence sauvage au cœur d’espaces protégés. C’est le cas de tous les artisans du territoire, agriculteurs, sylviculteurs, apiculteurs, producteurs, ingénieurs, flâneurs et animateurs des COPILs du réseau Natura 2000

Il faut dire inlassablement ce qui n’est pas bête. Le Musée national d’histoire naturelle du Luxembourg fait mieux que conserver notre patrimoine naturel, il le fait vivre. Téléchargez l’application iNaturalist, recensez la faune et la flore sauvages et envoyez ces précieuses données pour partager et protéger. Voilà que s’ébauche une Arche de Noé.

Par Sébastien MICHEL

Découvrez sans plus tarder le nouveau dossier du mois de la rédaction consacré à l’environnement et intitulé « Nature humaine ».


La photo d’illustration est l’œuvre de Christophe Hueber. Allez découvrir ses magnifiques clichés animaliers capturés dans les forêts et les vallées du Luxembourg. La beauté de la nature sauvage. Ce serait vraiment trop bête de passer à côté.

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Publié le jeudi 28 mars 2024
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