Nouvelles menaces pour les abeilles

Nouvelles menaces pour les abeilles

Le Réseau Biodiversité pour les Abeilles lance un appel aux députés européens.

Incroyable ! Les discussions en cours autour du verdissement de la Politique agricole commune pourraient aboutir à de nouvelles mesures contre-productives pour les abeilles. Conséquence du texte de la Commission européenne soumis au Parlement européen : une réduction potentielle des surfaces de légumineuses et donc de la ressource alimentaire pour les butineuses s’accompagnant ainsi d’impacts négatifs sur la production de miel comme sur le dynamisme et la santé du cheptel.

Un greening contre-productif

La réforme de la PAC entrée en vigueur au 1er janvier 2015 et instaurant le célèbre greening - ou verdissement - a entraîné la chute brutale des surfaces de jachères apicoles. Ces réserves de pollen et de nectar sont de véritables garde-manger. Elles assurent aux abeilles une alimentation de qualité, riche et diversifiée leur permettant ainsi de maintenir leurs défenses immunitaires pour mieux résister aux multiples agresseurs : parasites (Varroa, Nosema ceranae), pathologies, virus, pollution… Installées sur 0,5 % de la zone de butinage des abeilles, les jachères apicoles fournissent en moyenne les deux tiers du bol alimentaire des butineuses. Elles fournissent en particulier aux abeilles les apports en pollen contenant les acides aminés, les corps gras et les micro-nutriments qui jouent un rôle majeur pour leur santé. Le Réseau Biodiversité pour les Abeilles avait obtenu une prime incitative à la mise en place de jachères apicoles. Ainsi, dans le calcul des aménagements en faveur de l’environnement et de la biodiversité, un hectare de jachère apicole équivalait à deux hectares de jachères spontanées, moins riches sur le plan de la biodiversité. « C’était une mesure de bon sens et très efficace pour les abeilles et la filière apicole. Cet encouragement au développement des jachères apicoles contribuait également à renforcer les liens paisibles entre apiculteurs et agriculteurs. Mais par une décision absurde, cette prime a disparu et les surfaces se sont effondrées. Le greening a été fatal à l’apiculture » déplore Philippe Lecompte, président-fondateur du Réseau Biodiversité pour les Abeille et apiculteur bio professionnel en Champagne.

Vers la double peine ?

Concrètement, le projet de « Règlement délégué sur le verdissement » proposé par la Commission européenne implique des impacts négatifs supplémentaires sur la disponibilité d’une ressource alimentaire abondante et diversifiée pour les abeilles. En effet, l’interdiction de tout produit de protection sur les cultures fixatrices d’azote, les cultures dérobées et les jachères aurait de multiples conséquences ; les organisations professionnelles agricoles s’attendent notamment à une diminution des surfaces de protéagineux, dont certaines cultures sont mellifères. Autre source de pollen et de nectar menacée : les surfaces CIPAN (cultures intermédiaires pièges à nitrates) devraient se réduire fortement. Outre leur apport pour la qualité de l’eau ou leur rôle dans la structure du sol, elles assurent une ressource alimentaire essentielle aux abeilles en fin d’année apicole. « Les CIPAN mellifères à base d’espèces comme la moutarde assurent les derniers apports en pollen à l’automne et permettent une bonne préparation de l’hivernage des colonies », souligne Philippe Lecompte.

Un appel aux députés européens

Le Réseau Biodiversité pour les Abeilles et ses partenaires lancent un appel aux parlementaires européens pour bloquer un projet de greening contre-productif. « L’objectif du verdissement est de prendre en compte les enjeux environnementaux dans les pratiques agricoles européennes. La déclinaison de terrain est à l’inverse de l’intention annoncée ! Il est d’urgent d’arrêter les frais tant qu’il est encore temps. Il faut au contraire profiter des débats en cours pour rétablir les mesures incitatives au développement des jachères apicoles. Ce n’est un secret pour personne : bien alimentées, les abeilles sont en bonne santé. Nous avons tous à y gagner » résume Philippe Lecompte.

Communiqué par le Réseau Biodiversité pour les Abeilles

Communiqué
Publié le mercredi 17 mai 2017
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