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jeudi 21 septembre 2017

L'économie circulaire dans la construction, de la théorie à la pratique
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L’économie circulaire dans la construction, de la théorie à la pratique
Économie circulaire

Publié le vendredi 21 juillet 2017 à 04:00

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L’économie circulaire : un bouleversement en profondeur de notre économie qui touche la conception des produits, leur production et leur mise en œuvre, mais implique également la création de filières de traitement des matériaux après démontage et de upcycling, donc la naissance de nouveaux métiers ou l’évolution des savoir-faire existants.

Interview de Romain POULLES, expert en économie circulaire

Comment passe-t-on d’un système économique linéaire à un système économique circulaire ?
Au départ, il ne s’agit pas d’une évolution douce, mais d’un changement complet de paradigme. L’implémentation se fait par étapes. Une logique circulaire nécessite une approche systémique, qui considère l’ensemble de la chaîne de valeur. Prenons l’exemple d’un fabricant de châssis : il ne peut pas devenir circulaire sans intégrer ses fournisseurs et clients, et les clients et fournisseurs de ceux-ci dans la réflexion, sans comprendre comment l’aluminium arrive dans le châssis, comment le châssis arrive dans la façade et comment le matériau est ensuite transformé en un nouveau profilé. À chaque étape, des intervenants ajoutent de la valeur, mais ils ont leurs propres contraintes à résoudre, ce qui rend les choses complexes. Une logique circulaire implique également de se recentrer sur l’essentiel. Contrairement au développement durable qui, tel qu’il est interprété aujourd’hui, a l’ambition de réduire l’impact négatif de l’Homme sur la planète - ce qui ne fait que reporter l’échéance -, l’économie circulaire cherche à créer des impacts positifs sur l’Homme d’abord, puis sur l’environnement et sur l’économie. L’économie circulaire est en rupture avec la vision moralisatrice sur laquelle s’appuie le développement durable, qui ne résout aucun problème, voire les aggrave en ce sens qu’il ne se donne pas les moyens de mettre en place des systèmes vertueux. L’essentiel est donc la création systémique de ses impacts positifs.

Si on poursuit avec l’exemple de l’aluminium, la logique d’économie circulaire peut être difficile à mettre en place localement… Quelle est la marge de manœuvre d’un petit pays comme le Luxembourg qui est tributaire des importations ?
Nous n’avons certes pas de bauxite, mais nous avons un des plus gros recycleurs d’aluminium au monde à Lentzweiler avec 150 000 t/an d’aluminium recyclé. Le grand cycle de l’économie circulaire est composé de petits cycles - avant de recycler, on partage, on répare, on démonte et on refabrique -, et tous ces « nouveaux » métiers sont locaux. Je mets « nouveaux » entre guillemets parce que ces métiers, comme la notion d’économie circulaire, ont toujours existé même si on n’en parlait pas en ces termes. La différence est qu’avant on fonctionnait de manière circulaire par manque de ressources au niveau local. Aujourd’hui, à cause de l’économie linéaire basée sur l’obsolescence programmée, ce manque de ressources est global, mais avant même que les ressources soient épuisées, nous serons confrontés à un autre problème : la dépendance, car les ressources disponibles se concentrent aujourd’hui sur quelques pays.

Si de nouveaux métiers apparaissent, d’autres seront logiquement amenés à disparaître, est-ce que tout le monde trouvera sa place dans ce nouveau système ?
L’arrivée de la lampe à incandescence à la fin du XXe siècle a suscité la faillite de la plupart des fabricants de candélabres. C’est le principe même de « destruction créatrice » décrit par l’économiste Joseph Schumpeter. Une révolution implique la disparition de certains métiers et l’apparition d’autres. Ce n’est pas un problème, mais une donnée. C’est une crainte justifiée certes, mais c’est finalement un mal pour un bien. L’économie circulaire sera certainement productrice d’emplois. Il est moins sûr que la digitalisation, la robotisation, la connectivité, les impressions 3D, etc. ne viennent pas à réduire le nombre d’emplois globalement.

Quels sont les nouveaux modèles économiques qui vont émerger ?
L’économie de performance est une des grandes thématiques de l’économie circulaire et une logique qui va arriver à grands pas dans la construction. On n’achète pas un avion pour aller à New-York, n’est-ce pas ? On n’achète pratiquement plus de musique à écouter mais on s’abonne à des services. Dans cet esprit, on ne vendra bientôt plus un tapis mais le service rendu par ce tapis ; on ne vendra plus des installations de ventilation mais une qualité d’air ; on ne vendra plus une fenêtre mais un coefficient d’isolation et de luminosité naturelle ; on ne vendra plus une lampe mais de la luminosité. Dans ce contexte, le fabricant a tout intérêt à ce que son produit remplisse sa fonction le plus longtemps possible, qu’il soit réparable, réutilisable, recyclable (et pas dans le sens downcycling) et qu’il consomme peu ou pas d’énergie. Cette logique encourage clairement les producteurs à optimiser leurs produits et intégrer les possibilités de mise à niveau (upgrading).

En quoi les bâtiments peuvent-ils matérialiser cette évolution ?
Quand on place l’Homme au cœur de la réflexion, les éléments liés au bien-être et au confort sont primordiaux dans la conception. Pour celui qui vit ou travaille dans un bâtiment, ce qui est important c’est la luminosité, l’acoustique, la température, l’accessibilité, la qualité de l’air, ainsi que l’ambiance générale et l’ergonomie. Et on ne peut pas atteindre une certaine qualité d’air, par exemple, sans avoir une approche systémique - qui inclut, entre autres, la technique, le dimensionnement de la ventilation, la maintenance, les produits d’entretien et les matériaux - et, surtout, sans mesurer les résultats. N’oublions pas que l’économie circulaire est aussi un sujet économique, comme son nom l’indique. On peut certes gagner quelques euros en augmentant la performance énergétique d’un bâtiment ou l’efficacité de l’espace, mais on peut obtenir des gains nettement plus considérables en réduisant les taux de maladie, d’absentéisme, de turnover, ainsi que la baisse de productivité liés à une mauvaise qualité de l’air.

Dans l’économie circulaire appliquée aux bâtiments, on parle de ressources locales, de design for disassembly et de banques de matériaux. Plusieurs projets pilotes européens sont d’ailleurs en cours qui se traduiront à terme par des directives puis des réglementations qui permettront d’implémenter le passeport matériaux dans le secteur de la construction. Ce passeport, en répertoriant les matières premières qui composent les matériaux, entraînera de facto une augmentation de la valeur résiduelle des composants qui sera prise en compte dès la conception. Tout ceci est lié de près avec le BIM qui est presque un prérequis pour mettre en place ce passeport. Lorsqu’on applique l’économie circulaire aux bâtiments, on parle également de modularité et de construire en intégrant les diverses utilisations qui pourront être faites du bâtiment dans 10, 15 ou 20 ans, ainsi que la notion de partage et d’activation des actifs sous-utilisés. Par exemple, en y ajoutant une connexion Wi-Fi et quelques imprimantes, on pourrait faire des restaurants, qui ne sont utilisés que 3 h à midi et 5 h le soir, des workcenters qui pourraient accueillir les gens de passage en ville qui ont besoin d’un espace de travail pour une ou deux heures.

Mélanie Trélat

Source : NEOMAG

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Publié le vendredi 21 juillet 2017


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