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12 projets du Sud pour atténuer le réchauffement et s’adapter au changement climatique en cours
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12 projets du Sud pour atténuer le réchauffement et s’adapter au changement climatique en cours

Green Planet

Publié le
mercredi 25 février 2015 à 07:00

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L’AFD et le CIRAD estiment qu’il est “urgent de soutenir toutes les innovations” qui permettront une “nouvelle révolution agricole” face à un défi climatique.

Désertification, déforestation, perte de biodiversité... Ayant lancé un Challenge Climat pour l’agriculture et les forêts dans les pays du Sud, l’AFD et le CIRAD estiment qu’il est “urgent de soutenir toutes les innovations” qui permettront une “nouvelle révolution agricole” face à un défi climatique pouvant aggraver l’insécurité alimentaire : zones sèches appelées à être de plus en plus sèches, zones humides devant devenir de plus en plus humides, pluies irrégulières...

“Encourager l’innovation, accélérer le transfert et la diffusion de technologies et savoir-faire, qui sont indispensables à l’émergence des réponses novatrices” face au défi climatique, particulièrement pour les paysans pauvres des régions tropicales, fortement touchés : c’est le but d’un “Challenge Climat” Agriculture et Forêts organisés par le Centre international de recherche agronomique pour le développpement (CIRAD) et l’Agence française de développement (AFD), dont les prix vont être remis jeudi 26 février à l’occasion du Salon de l’agriculture de Paris.

“Le changement climatique en cours est d’une ampleur, d’une complexité et d’une vitesse considérables”

Parmi les 550 porteurs de projets -acteurs individuels, organisations paysannes, institutions financières, collectivités, acteurs du secteur économique et social...- issus d’Afrique, de Méditerranée, d’Asie, d’Amérique Latine et des départements et collectivités d’Outre-mer, 12 “projets majeurs” ont été retenus. Quatre d’entre eux doivent être récompensés à Paris, dans les catégories, “atténuation du dérèglement climatique en agriculture et élevage”, “atténuation du dérèglement climatique dans le secteur de la forêt”, “substitution et transformation de produits agricoles et sylvicoles”, “adaptation au dérèglement climatique et gestion de la ressource eau”.

Le changement climatique en cours est d’une ampleur, d’une complexité et d’une vitesse considérables (avec des régions sèches appelées à être de plus en plus sèches et des régions humides devant devenir de plus en plus humides, n.d.l.r.). Pour l’AFD et le Cirad, il est donc urgent de soutenir toutes les innovations techniques, sociales et institutionnelles, qui, de la parcelle cultivée au paysage rural, du massif forestier au bassin versant, permettront une nouvelle révolution agricole dans des paysages climato-intelligents, c’est-à-dire capables de s’adapter au changement climatique tout en l’atténuant ”, commentent ensemble Jean-Luc François, responsable de la division “Agriculture, Développement rural et Biodiversité” à l’AFD, et Michel Eddi, président directeur général du CIRAD.

Tour d’horizon des douze projets lauréats qui, très simples et “low tech” pour la plupart, peuvent également donner des idées à tout innovateur dans le monde, en particulier pour assurer localement la sécurité alimentaire.

Niger : adaptée à la zone aride, le Hanza devient un aliment de base

Au Niger où sévit la désertification, l’entreprise sociale Sahara Sahel Foods (SSF) fondée par Joseph Garvi, réhabilite le Hanza (plante forestière longtemps dénigrée pour l’amertume de sa graine mais pouvant bien se développer en zone aride) comme aliment de base “grâce à des techniques innovantes de transformation et à la confection de recettes appétissantes”. SSF achète les graines récoltées par les populations et les préparent. Permettant à la fois de préserver l’environnement et de lutter contre l’exode rural, cette démarche doit se développer à travers le Niger et la bande sahélienne.

Togo : redécouvrir les techniques traditionnelles pour lutter contre la dégradation du sol

Au Nord du Togo, dans le Nord-Ouest de la région des savanes, Bakary Samake lutte, avec Agronomes vétérinaires sans frontières (AVSF), contre la dégradation des terres, “carencées en matière organique et en phosphore” et “sensibles à l’érosion et aux aléas climatiques”. Soutenant l’agriculture familiale durable (agroécologie, agroforesterie, bonne gestion de l’eau, formation aux techniques d’élevage, aménagement des basses terres, vente groupée des céréales, appui aux organisations de producteurs...), ce projet promeut le “savoir-faire paysan” et les “techniques traditionnelles peu coûteuses et facilement appropriables par les producteurs (cordons pierreux, zaï)”.

Inde : un système d’irrigation efficace, autonome et économique

En Inde, où dans certaines régions -Rajasthan, Gujarat, Maharashtra, Andhra Pradesh, Karnataka, Tamil Nadu et Télangana- la faiblesse et l’irrégularité des précipitations ont “modifié les systèmes de culture”, Gopal Komandur, directeur de Centre for environment concerns (CEC), a mis en place avec son entreprise le système d’arrosage appelé SWAR , System of Watering for Agriculture Rejuvenation. Comprenant un sac pliable recupérant l’eau de pluie et relié à des bouteilles placées dans le sol à côté de chaque plante, ce système automatique fonctionnant sans électricité, permet d”atteindre directement la zone radiculaire des plantes et de garantir son humidification”. Il consomme “dix fois moins d’eau que les systèmes d’irrigation traditionnels (goutte-à-goutte, pulvérisation)”.

République du Congo : une hydrolienne flottante sur le fleuve pour électrifier un centre de stockage

A Loubassa, à proximité de Brazzaville, en République du Congo, où des bassins de production agricole enclavés “peinent à écouler leurs produits” alors que la production nationale reste insuffisante, et où le changement climatique “perturbe l’alternance, la durée et l’intensité des saisons des pluies et des saisons sèches”, l’ingénieure Maguelonne Loubelo développe un centre de stockage et de transformation agricole dans le village. Permettant aux pêcheurs et producteurs de stocker leurs marchandises avant de les vendre, et de faire ainsi de Loubassa un marché attractif pour les clients de Brazzaville, ce centre a été électrifié grâce à l’installation d’une hydrolienne flottante sur le fleuve Congo. Ce type d’infrastructure et d’équipement pourrait se développer au bord des rivières dans d’autres régions du Congo.

Papouasie – Nouvelle Guinée : décortiqueur de riz, râpe à manioc et moulin solaires

En Papouasie – Nouvelle Guinée, où l’alimentation des populations défavorisées repose sur des plantes qu’il faut transformer avant des les consommer (riz, maïs, manioc...), Gregory Denn a développé avec son entreprise Project Support Services une gamme de matériel solaire spécifique (AgroSol) : décortiqueur – égreneur - polisseur pour le riz ; moulin pour la farine de maïs et d’autres céréales ; râpe à manioc. Alimentés par des panneaux solaires, ces engins accessibles à tous “améliorent les conditions de vie en milieu rural, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre”. En effet, auparavant, ce travail pouvait être réalisé par des machines à moteur diesel, ou pouvait nécessiter des déplacements pour avoir accès à un moulin.

Cameroun : l’élevage laitier relève le niveau de vie et permet le développement des biodigesteurs pour éviter l’utilisation de bois

Dans le département des Hauts-Plateaux, à l’Ouest du Cameroun, où l’utilisation des ressources naturelles, notamment le bois, est actuellement considérée comme non viable, et où les sols s’appauvrissent, Claude Sango Agho, chef de projet de l’organisation de protection de la nature SPALE (Société pour la protection de la vie animale et de l’environnement), aide les familles démunis en soutenant l’élevage laitier : fournissant aux familles “des cultures vivrières et des animaux d’élevage, du matériel agricole, des formations et une assistance technique”, SPALE intègre la technologie du biogaz domestique dans l’élevage des bovins en installant des biodigesteurs. Cette source alternative d’énergie “réduit la pression sur les ressources forestières, restaure le potentiel productif des terres et relève le niveau de vie des ménages”.

Philippines : l’agroécologie au service des populations et de la préservation des forêts

A Mindanao, la 2e île de l’Archipel des Philippines, où les effets du chanegement climatique sont dévastateurs et où la destruction des forêts (abattage illégale, culture sur brûlis, incendies facilités par l’imperata, une herbe haute qui s’enflamme facilement à la saison sèche...) entraîne glissements de terrain et autres envasements de barrages, Norma Llemit, responsable du programme Mindanao Rainforestation de la Hineleban Foundation Incorporated, encourage les peuples indigènes à reboiser tout en leur fournissant un moyen d’existence avec l’agroécologie (café, bambou, abaca...). Elaboré selon une démarche participative, le projet permet notamment de lutter contre les incendies “grâce à une « plante-abri », le calliandra, qui empêche la prolifération de l’imperata”. Des espèces persistantes (pin des Caraïbes) et indigènes (diptérocarpacées) sont ensuite plantées pour le reboisement.

Sénégal : des fours et biodigesteurs à biogaz pour la cuisine et l’éclairage afin de préserver la mangrove

Dans le delta du Saloum, à l’ouest du Sénégal, où la régression de la mangrove raréfie les ressources (bois, huitres, coquillages...), Assane Makhoudia Ndoye et l’association Acodel (association communautaire d’appui au développement des capacités locales) qu’il a créée, ont l’ambition de “lutter contre le dérèglement climatique par la protection de l’écosystème de mangrove”. Ils veulent“instaurer une dynamique d’autoprise en charge des questions d’environnement et de développement par les populations”. Ici, la diffusion de biodigesteurs pour la cuisine et l’éclairage, et de fours améliorés pour le fumage du poisson, constitue un excellent moyen de lutter contre la déforestation et de réduire les charges financières des ménages.”

République du Congo : les bénéfices des crédits carbone redistribués aux communautés locales pour freiner l’exploitation du bois

Dans le bassin de Kinshasa en République démocratique du Congo, où l’agriculture sur brûlis et l’exploitation du bois comme source d’énergie dégrade le couvert forestier, Olivier Mushiete mène le projet Novacel au Sud-Kwamouth (NSK) qui “promeut la préservation de la forêt comme outil de lutte contre les changements climatiques et source de nombreux services écosystémiques.” Ce projet vise “à réaliser des plantations, à réhabiliter des infrastructures sociales de base (écoles, centres de santé) ou des voies d’accès, à mobiliser des ressources humaines qualifiées et à institutionnaliser les structures villageoises en impliquant les chefs coutumiers et les paysans”. La déforestation évitée et les plantations donnent lieu à des crédits carbone valorisés dans le cadre du mécanisme international de réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts (REDD+). “Les bénéfices redistribués aux communautés locales assurent l’appropriation de la stratégie agroforestière par les paysans et la viabilité du processus”.

Cameroun : des vergers écologiques pour mettre fin à l’agriculture sur brûlis

Dans la forêt du bassin du Congo au Cameroun, on considère que Tayap, où la déforestation est causée par l’exploitation forestière et l’agriculture sur brûlis, “fait partie des quinze lieux du continent africain les plus menacés et vulnérables au changement climatique”. Adeline Flore Ngo-Samnick, directrice générale d’ Agripo (Agriculteurs professionnels du Cameroun) , développe un programme qui “allie éradication de la pauvreté, développement agricole et préservation des forêts”. Des alternatives de revenus sont proposées aux populations pour qu’elles arrêtent la culture sur brûlis. Il s’agit notamment de mettre en place des “vergers écologiques” qui exploitent “les potentialités économiques des écosystèmes tout en protégeant l’environnement (plantation d’arbres fruitiers, vente des récoltes en ligne). Des activités comme l’écotourisme ou l’apiculture rendent la communauté moins dépendante de l’agriculture pendant qu’un fonds de microfinance local “favorise l’entrepreneuriat des femmes”. Une cartographie participative permet de son côté de mieux gérer les forêts et d’organiser le village durablement, avec une vision d’ensemble”, et en créant des services comme l’électrification, l’adduction d’eau, l’assainissement...

Haïti : améliorer les conditions de vie pour changer les comportements et protéger le parc national Macaya

A Haïti, le parc national Macaya abrite une riche biodiversité mais la forêt y est menacée par les habitudes des riverains précaires de Formond. Richarlot Amazan et l’Union des cadres pour le développement (UCAD) y ont mis en place une stratégie pour changer les comportements tout en améliorant la vie des habitants. Le projet prévoit “la construction d’une banque de semences, d’un entrepôt et la distribution de plantules, d’intrants agricoles et de semences qui amélioreront les conditions de vie des riverains du parc Macaya, et viennent renforcer la couverture végétale”. Par ailleurs, “les riverains sont informés sur les enjeux d’un développement respectueux de l’environnement et formés aux techniques agroforestières durables”. Mieux encore, la cogestion du projet est assurée par un comité élu par une organisation de bénéficiaires. Grâce à cette démarche, les familles les plus dépendantes de l’exploitation du parc doivent devenir “le moteur de sa préservation et de sa valorisation économique”.

Maroc : des économies d’énergie et du pompage solaire d’eau pour optimiser la performance énergétique

Au Maroc, où le changement climatique se manifeste notamment par la baisse des précipitations, leur irrégularité et une hausse des températures, on estime que “les agriculteurs devront de plus en plus faire appel à l’irrigation, et donc consommer davantage d’électricité pour pomper l’eau”. Leïla Akhmisse, directrice exécutive de la Fondation du Groupe Crédit-Agricole du Maroc, développe avec le GCAM, “un programme d’optimisation de la performance énergétique des exploitations agricoles, qui vise à généraliser une approche sobre en énergie”. Un audit effectué auprès de dix exploitations a notamment démontré “un potentiel de réduction de la facture énergétique annuelle d’au moins 20 % à travers des mesures d’efficacité énergétique simples et peu coûteuses, ainsi que la viabilité technique et économique du pompage solaire”. Le GCAM a ensuite conçu “des produits financiers adaptés pour favoriser la diffusion de ces solutions” et encourage ainsi les agriculteurs à contribuer à l’effort national de protection de l’environnement.

 

Photo : A Tayap au Cameroun, l’agriculture sur brûlis a pu être supprimée grâce à la mise en place de vergers écologiques. Doc. Agripo

 

Plus d’info sur : http://www.sortirdupetrole.com/alimentation/334-agriculture-12-projets-du-sud-pour-attenuer-et-s-adapter-au-changement-climatique-en-cours

 

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