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Zoom sur la formation bâtisseur pierre sèche

Architecture & construction

Publié le
lundi 2 septembre 2019 à 04:00

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Depuis mars 2019, l’IFSB participe à la renaissance d’un savoir ancestral perdu : la construction de murs en pierre sèche, ne contenant donc, par définition, aucun liant. Un premier module de formation a vu le jour pour répondre à des demandes de plus en plus récurrentes nécessitant des compétences bien spécifiques.

Rencontre avec Jo Goergen, coordinateur de projet au sein du Naturpak Mëllerdall et Vitor Figueira, coordinateur et formateur formations techniques à l’IFSB

Jo Goergen, architecte et urbaniste de formation, s’intéresse de près au métier de bâtisseur pierre sèche depuis plus de dix ans. Un projet Interreg de restauration et préservation du patrimoine mené entre autres par le Naturpark Mëllerdall et Natur&Ëmwelt l’a interpellé et l’a conduit à se former sur cette technique. Les Français, plus précisément dans le Sud, se sont rendu compte il y a une trentaine d’années que ce métier était en train de disparaître et ont alors décidé de faire revivre cette technique ancestrale. Jo Goergen a dès lors pu suivre diverses formations en pierre sèche en France, qu’il prolonge actuellement en Belgique pour devenir formateur. Il est actuellement coordinateur de projet au sein du Naturpark Mëllerdall. Entré en contact avec l’IFSB, il participe depuis le début de l’année à l’élaboration du programme de formation au Luxembourg.

« C’est un métier qui avait quasiment disparu. C’est vraiment une chance que ce projet Interreg se soit mis en place parce qu’il a réussi à mobiliser des administrations et des ministères sur une méthode de construction qui est omniprésente au Luxembourg mais dont plus personne ne s’occupait », contextualise-t-il. « C’est aussi une belle alternative aux constructions traditionnelles actuelles. Un mur en béton ou un mur maçonné, construit à l’extérieur contre un talus, va prendre l’humidité et ne tiendra pas des centaines d’années. Construire ce type d’édifices en pierre sèche est très durable et peut être fait à partir de pierres existantes ou issues de déconstructions. On valorise la pierre locale et on entre dans un mode circulaire. De plus, comme rien n’est fixé, chaque pierre peut travailler légèrement. Même en cas de gel, si les pierres avancent ou reculent, le mur ne se fissurera pas et reviendra finalement à sa forme initiale. La technique a vraiment prouvé ses atouts au niveau des aménagements ferroviaires, car avec la vibration du train, chaque pierre agit en amortisseur. »

Pour l’ancien et le neuf

Sans la maîtrise de cette technique, de tels anciens édifices sont le plus souvent remplacés par du mortier, avec les inconvénients que cela entraîne, et la disparition d’un patrimoine local. Or le Luxembourg compte de nombreux ouvrages datant de plusieurs siècles qui ne demandent qu’à refaire surface. C’est le cas par exemple à Kaundorf où, suite à la découverte d’une ancienne fosse à purin construite à sec avec des canaux intégrés et des voûtes, une restauration est en cours. Le métier est d’ailleurs classé dans l’inventaire national immatériel depuis décembre 2018.

La technique prend également tout son sens pour de nouveaux projets présentant un intérêt paysager et écologique, tels qu’un mur de soutènement d’un talus dans une prairie ou sur un chemin pédestre. Il est bien entendu nécessaire d’étudier le terrain et le projet avant de se lancer. « Il y a toute une série de démarches préparatoires », développe le coordinateur de projet. Le sol doit être stable et meuble. Le bâtisseur crée alors un gabarit avec un fruit d’environ 10 %. La profondeur du mur est calculée en fonction de sa hauteur. Ensuite il commence à trier les pierres, définir les plus imposantes, qui iront en fondation ou en couverture, les moins esthétiques pour l’intérieur et les plus lisses qu’on posera en parement. « On peut travailler avec les pierres amassées sur champ dans leur état brut pour obtenir un mur naturel et rustique ou bien tailler les pierres pour avoir des joints serrés et étroits », précise-t-il. C’est l’assemblage de différents types de pierres qui rend l’édifice solide, par sa masse.

Quatre modules de formation

Être bâtisseur pierre sèche ne s’improvise donc pas. Pour remédier au manque d’offre de formation, l’IFSB a lancé un premier module sur les murs de soutènement avec le soutien de Jo Goergen. « Il y a une partie théorique qui se penche sur la conception d’un mur, les différents types, les méthodes de dimensionnement, etc. », précise Vitor Figueira, coordinateur et formateur formations techniques à l’IFSB. « Suivent quatre jours de pratique où les apprentis travaillent sur le terrain. Ils sont accompagnés d’un formateur qui est un artisan français qualifié en construction pierre sèche ». Le niveau Maçon B2 est requis pour accéder à la formation.

D’autres modules sont à l’étude. « Le deuxième s’intéressera aux murs libres et le troisième au chaînage d’angles, escaliers, voûtes et autres édifices plus spécifiques. Si besoin, nous proposerons un dernier module sur les calas. Ce sont les quatre éléments que nous avons identifiés comme utiles au Luxembourg », ajoute le formateur. À terme, l’ambition est de proposer un référentiel de compétences pour les bâtisseurs pierre sèche. « Pour l’IFSB, il est essentiel de suivre l’évolution de la construction et de faire revivre ce savoir-faire perdu ».

L’aspect sécurité est intégré dans chaque module sous forme théorique et pratique et s’attarde sur tous les dangers qui peuvent apparaître lors de l’excavation des fouilles et de la manutention des pierres. Bâtir en pierre sèche est historiquement un métier très physique, heureusement aidé aujourd’hui par les outils modernes pour la découpe, la taille et le déplacement des pierres.

Marie-Astrid Heyde
NEOMAG#23
Plus d’informations : http://neobuild.lu/ressources/neomag
© NEOMAG - Toute reproduction interdite sans autorisation préalable de l’éditeur}

Légende photo : Jo Goergen (Naturpak Mëllerdall) et Vitor Figueira (IBSB)

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lundi 2 septembre 2019


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