Ukraine, quatre ans de guerre et un système de santé sous pression

Ukraine, quatre ans de guerre et un système de santé sous pression

Quatre ans après l’invasion à grande échelle, les bombardements continuent de frapper les infrastructures civiles et médicales en Ukraine. Hôpitaux détruits, personnel en danger, besoins croissants en réadaptation et en santé mentale : le système de soins tient, mais sous une pression durable.

Ce 24 février 2026 marque le quatrième anniversaire de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie. En quatre ans, l’escalade du conflit armé international a coûté la vie à des milliers de civils, déplacé des millions de familles et causé d’importants dégâts aux infrastructures essentielles, y compris aux établissements de santé.

Aujourd’hui, même les villes éloignées des lignes de front ne sont pas épargnées. Destructions, coupures d’électricité, de chauffage et d’eau rendent certaines communautés inhabitables. Les besoins humanitaires, eux, deviennent de plus en plus complexes et prolongés. « Aucun endroit en Ukraine n’est sûr », résument les acteurs de terrain.

Des hôpitaux ciblés, un accès aux soins fragilisé

Selon l’Organisation mondiale de la santé, plus de 2.800 structures de santé ont été endommagées ou détruites depuis février 2022. Les Nations unies évoquent, elles, plus de 2.000 établissements médicaux touchés par les bombardements. Derrière ces chiffres, ce sont des communautés entières privées d’accès aux soins.

Les frappes de drones et de missiles sont quasi constantes. Elles ont frappé les régions de Soumy, Kharkiv, Donetsk, Dnipropetrovsk, Zaporijjia, Kherson, Mykolaïv et Odessa, jusqu’aux frontières polonaise et moldave à l’ouest. Dans les zones proches de la ligne de front, le nombre de travailleurs médicaux diminue à mesure que le danger s’intensifie.

Série de photos de Julia Kochetova, lauréate du World Press Photo Award 2024
Série de photos de Julia Kochetova, lauréate du World Press Photo Award 2024 - ©Julia Kochetova

Après 2014 et jusqu’à février 2022, Médecins Sans Frontières (MSF) assurait des soins généraux dans l’oblast de Donetsk - subdivision administrative de premier niveau, équivalente à une région ou une province -, le long de la ligne de contact. Depuis l’intensification des combats en 2022, l’organisation a été contrainte de se retirer de ces zones, ainsi que de sept hôpitaux et de plus de 40 sites de cliniques mobiles dans les régions de Donetsk, Kharkiv, Kherson et Dnipropetrovsk. Quatre de ces hôpitaux ont été totalement détruits.

« L’augmentation des attaques contre les installations médicales perturbe toutes les facettes de la vie quotidienne, y compris le fonctionnement des hôpitaux », souligne MSF. Les frappes ne visent pas uniquement les bâtiments : elles touchent aussi les réseaux énergétiques et hydrauliques, compromettant la capacité des structures à fonctionner.

Soigner sous les bombes

Lorsque les températures chutent jusqu’à -20 °C, les conséquences sont dramatiques. Les frappes privent la population de chauffage, d’eau courante et de lumière. Il devient parfois impossible de cuisiner ou de maintenir une hygiène de base. Des patients et même des membres du personnel médical vivent dans des habitations endommagées, avec des fenêtres soufflées par les explosions.

Malgré ce contexte, 381 membres du personnel de MSF poursuivent leur mission à travers le pays. Près des lignes de front, ils soutiennent les hôpitaux du ministère de la Santé, en détachant parfois des équipes médicales pour pallier le manque croissant de personnel dans les services d’urgence, les blocs opératoires ou les unités de soins intensifs.

Un service de transfert ambulancier reste opérationnel pour évacuer les blessés de guerre. Des cliniques mobiles sont déployées dans des abris et des communautés accueillant des personnes déplacées. Elles se concentrent notamment sur le traitement des maladies chroniques et participent au dépistage actif de la tuberculose.

Durant les deux premières années suivant l’invasion à grande échelle, les activités de MSF se concentraient sur les besoins les plus urgents : évacuations, orientations d’urgence, interventions immédiates après des frappes majeures. Aujourd’hui, face à l’aggravation des conséquences de cette guerre incessante, l’organisation a élargi son champ d’action.

Série de photos de Julia Kochetova, lauréate du World Press Photo Award 2024
Série de photos de Julia Kochetova, lauréate du World Press Photo Award 2024 - © Julia Kochetova

Des blessures visibles et invisibles

À mesure que la guerre se prolonge, le nombre de personnes nécessitant des soins de réadaptation à long terme s’accumule. Amputations, blessures complexes, traumatismes graves : les besoins en physiothérapie et en suivi post-opératoire augmentent fortement. MSF aide désormais le ministère de la Santé à développer des systèmes de réadaptation plus rapides pour les patients en phase post-opératoire immédiate.

Mais les blessures ne sont pas seulement physiques. Le trouble de stress post-traumatique, l’anxiété et la dépression touchent une part croissante de la population. Les équipes proposent un soutien psychosocial et des traitements spécialisés en santé mentale, pour les civils comme pour les blessés de guerre.

Dans la région de Kyiv, une équipe mobile multidisciplinaire apporte un soutien complémentaire : accès à l’énergie et au chauffage, à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène, distribution d’articles non alimentaires, évaluations et orientations médicales. Elle mène également des actions de sensibilisation auprès des personnes âgées, des personnes handicapées et de celles qui n’ont pas accès aux points de refuge.

Ces activités témoignent de l’ampleur quasi épidémique des traumatismes physiques et psychologiques. Elles illustrent aussi la pression durable qui pèse sur le système de santé ukrainien, contraint de fonctionner dans un environnement où les lignes de front demeurent aussi dangereuses qu’au premier jour.

Le reportage « Ce qu’il reste après les flammes » met en lumière ce qu’il subsiste lorsqu’une maison est frappée par un missile ou un drone : des vies ensevelies sous les décombres, des souvenirs détruits et des services essentiels qui s’effondrent. Enfin, à travers plusieurs récits à la première personne, des membres du staff de MSF venus d’Europe, d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie et des États-Unis racontent leur quotidien.

Au-delà des chiffres, ces témoignages rappellent que la guerre, quatre ans après son déclenchement à grande échelle, continue de laisser des cicatrices profondes — visibles et invisibles — dans la société ukrainienne.

Texte de Médecins Sans Frontières Luxembourg (MSF)
Photos : Julia Kochetova

Contribution partenaire in4green
Publié le mardi 24 février 2026
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