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Mobilité, avons-nous tout essayé ?

Mobilité

Publié le
vendredi 11 mai 2018 à 04:00

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Les campagnes de sensibilisation au profit des transports publics, du télétravail et du covoiturage entre collègues, l’élargissement ou la construction de nouvelles routes et de P+R correctement desservis ainsi que des projets d’extensions du domaine d’opération des bus et tramway sont et resteront bénéfiques pour une meilleure mobilité (et attractivité) au sein du pays. Pour autant, avons-nous réellement tout essayé ?

Ci-dessous, une liste non exhaustive qui met en exergue trois solutions innovantes qui pourraient être efficaces -et fonctionner ensemble ou séparément- dans la lutte contre la congestion.

1. « Le Péage Inversé[1] » ou « Le Péage Positif »

Cette idée, déjà testée avec succès à Rotterdam et bientôt en application à Lille d’ici la fin de l’année, a permis de réduire le trafic de 5 à 10 % pendant les heures de pointes[2]. Il s’agit de proposer sur la base du volontariat à un nombre défini de participants de rejoindre un programme qui leur permettrait de recevoir 1 ou 2 € -par exemple- à chaque trajet non effectué. Ces derniers devraient néanmoins remplir l’une des trois conditions suivantes : utiliser sa voiture en dehors des heures de pointe (entre 6h et 9h le matin et 16h et 19h le soir), laisser la voiture au garage en faveur d’un autre mode de déplacement (train, bus, métro, vélo) ou opter pour le télétravail afin de rester chez soi.

Ceci reviendrait à 2 ou 4 € par jour -aller-retour-, soit 470 ou 940 € sur 235 jours de travail pour un salarié bénéficiant de 25 jours de congés par an dans les deux cas. Des caméras mises en place sur les bords de la route permettraient de repérer la ou les plaques d’immatriculation d’un automobiliste qui souhaiterait faire partie du projet. Parce que ce programme implique un investissement initial et des frais de fonctionnement, il devrait soit être limité dans le temps, soit être combiné à une autre solution (la demi-vignette ?). En revanche, il peut éveiller la conscience collective aux bienfaits de la non utilisation de l’automobile même si ce péage ne s’éternise pas au-delà d’un certain temps. A la fin de cette campagne de sensibilisation, les mentalités des participants hollandais ont changé lorsqu’ils se sont eux-mêmes rendus compte qu’ils avaient gagné en qualité de vie. En effet, 80% d’entre eux ne seraient pas revenus à leurs véhicules durant les heures de pointes après cette expérimentation[3].

En fonction du budget alloué, ce péage inversé pourrait être mis en place sur différents intervalles de temps : de six, douze ou dix-huit mois en prenant une quantité de 10 000, 20 000 ou alors 30 000 conducteurs. Il serait toutefois nécessaire de renouveler cette expérience un certain nombre de fois en changeant systématiquement les participants.

2. « La Demi-Vignette »

Idée « loufoque » de notre part, cette solution ne s’apparente pas à promouvoir la non utilisation du véhicule mais plutôt à la restreindre grâce à la fiscalité. Les conducteurs auraient le droit de circuler gratuitement trois jours par semaine, mais ils devraient s’acquitter de la somme de 1 ou 2 € -par exemple- par jour ouvrable supplémentaire afin de bénéficier du droit d’usage du véhicule sur l’ensemble du réseau luxembourgeois, lorsqu’ils rouleraient lors des plages horaires suivantes : entre 6h et 9h le matin et 16 h et 19 h le soir. Puisque, nous assisterions à une saturation des autres routes et donc à un effet contreproductif si seules les autoroutes étaient concernées par cette mesure.

Ainsi, un automobiliste souhaitant rouler les cinq jours ouvrables de la semaine se verrait contraint de régler 2 ou 4 € (2*1 ou 2*2€) si et seulement s’il roule durant les plages horaires précédemment citées durant ces deux jours, car ce dernier bénéficierait quand même des trois jours offerts. Bien évidemment, les jours fériés et les week-ends resteraient gratuits et certains chauffeurs présentant des handicaps physiques, la police, les pompiers, les diplomates, les taxis, les bus et les professions sanitaires et sociales seraient exemptés.

Des caméras seraient installées afin d’enregistrer les plaques d’immatriculation des automobiles récurrents et de veiller au bon contrôle des opérations. La « demi-vignette » entièrement électronique –et donc sans contrôle aux frontières- pourrait également contribuer à financer la première solution du « péage inversé ».

3.« La Loterie des Covoitureurs »

Autre idée « loufoque » de notre part ; ce jeu, uniquement réservé aux covoitureurs, se révèlerait encore plus astucieux dans le cas du Luxembourg. Chaque véhicule aurait l’obligation de transporter à chaque fois un minimum de 3 passagers à bord -dont le chauffeur -et de réaliser le trajet quotidien du travail –aller et retour- un certain nombre de fois dans l’année lors des jours ouvrables. Celui-ci pourrait être de l’ordre de 175 fois, soit ¾ d’une année de travail qui représente 235 jours, avec 25 jours de congés.

Chaque participant (conducteur et/ou passager) qui désirerait jouer, remplirait un formulaire en prenant de soin de renseigner la ou les plaques d’immatriculation des véhicules –si les passagers renseignent plus d’un véhicule lors de l’année écoulée- et de verser annuellement une somme d’argent -de 5 ou 10€ par exemple- à un fonds spécifique de l’Etat. Ainsi, chaque année une quinzaine de gagnants tirés au sort parmi l’ensemble des adhérents se répartiraient l’ensemble de la somme collectée. Libre à eux ensuite de partager ou non avec les autres personnes.

Pour ce faire, un investissement devrait être réalisé dans une série de caméras « traditionnelles » et thermiques[4] afin de repérer les automobiles participant au programme et de vérifier si les automobilistes respectent réellement les règles –être minimum trois dans la voiture- grâce à la technologie de la reconnaissance de la chaleur corporelle. Si les outils techniques ne sont pas assez performants pour inspecter un axe routier complet à un endroit donné, alors une voie unique et réservée aux covoitureurs réglerait ce souci. Ce qui outre le magot, présenterait un aspect d’autant plus attrayant étant donné que les participants feraient une économie substantielle de temps. La bande d’arrêt d’urgence des autoroutes pourrait être une réponse –rapide- à la recherche d’une voie privatisée. En effet, la grande qualité des infrastructures luxembourgeoises permettrait de signaler instantanément que cette voie d’urgence est disponible ou non (si un accident est reporté) à l’aide de panneaux électroniques alimentant et relayant l’information de manière continue. Ce dispositif dit « intelligent » serait déployé suffisamment en amont afin de prévenir les covoitureurs.

Si nous voulions approfondir cette réflexion et instaurer une certaine équité au sein du chapitre de la mobilité, nous penserions à dupliquer cette loterie –non obligatoire- aux personnes abonnées à des titres de transports publics annuels. Dans ce cas, l’argent serait collecté dans le même fonds que celui des covoitureurs afin d’éviter tout effet contreproductif étant donné qu’une loterie pourrait collecter plus de capital qu’une autre. Ainsi, une trentaine de gagnants, tirés au sort, se répartiraient l’ensemble de la somme. Pourtant, il serait primordial de veiller à deux choses : la première, qu’une personne ne puisse pas s’inscrire à plus d’une loterie à la fois et la deuxième, que le tirage au sort ne doit pas répartir 15 gagnants de chaque côté (entre covoitureurs et usagers des transports publics) puisque les probabilités seraient ainsi avantageuses pour une loterie. Le tirage (annuel au sort) devrait assumer et prendre le risque de récompenser davantage un échantillon par rapport à un autre en fonction des années.

À travers le parrainage d’un site de covoiturage en ligne gratuit[5] faisant office de « guichet public », l’État luxembourgeois pourrait centraliser et aider les covoitureurs à correspondre en fonction des préférences d’itinéraires de chacun. Nous pourrions également envisager que chaque participant puisse décider de coller une vignette sur son parebrise, ce qui permettrait de promouvoir davantage cette loterie en réalisant une sorte de « road marketing » gratuit. Ou bien, et comme pour les deux solutions précédentes, une proposition pourrait être envoyée directement au domicile grâce aux caméras qui permettraient de désigner les éventuels intéressés –ceux qui utilisent leurs voitures de façon récurrente et qui ont été repérés par le système de surveillance-. Un effort de communication serait tout aussi bienvenu au sein des entreprises et dans les stations-services, les bus et les gares afin que les automobilistes et les usagers des transports publics soient encore plus sensibilisés à ce ou ces projets qui serai(en)t hypothétiquement retenu(s).

[1] A31 : deux idées anti-bouchons http://www.lequotidien.lu/grande-region/a31-deux-idees-anti-bouchons/

[2] https://www.revuetec.com/revue/rotterdam-une-nouvelle-phase-pour-le-peage-inverse/

[3] Selon Damien Castelain, président de la Métropole Européenne de Lille (MEL), en charge d’introduire le système du péage inversé dans sa métropole. Ses résultats seront suivis de très près les villes de Bordeaux et Grenoble qui songent à répliquer ce modèle.

[4] La mise en place de caméras thermiques a déjà été évoquée pour une 3e voie réservée au covoiturage sur l’E411 vers le Luxembourg. Voir : https://www.lesfrontaliers.lu/mobilite/une-3e-voie-reservee-au-covoiturage-sur-le411-vers-luxembourg

[5] Ou l’application “Copilote” lancée par François Bausch, ministre du Développement durable et des infrastructures (MDDI). Voir : http://www.lequotidien.lu/politique-et-societe/le-luxembourg-aura-bientot-son-appli-dediee-au-covoiturage/

Source : Fondation IDEA

Publié le
vendredi 11 mai 2018


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