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Les indigènes deux fois victimes au Brésil

Droits humains & solidarité

Publié le
lundi 13 juillet 2020 à 04:00

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Brésil 2020 : en pleine crise COVID le génocide des peuples indigènes continue. Cela nous concerne

500 ans après que les européens ont initié – volontairement ou non – le génocide des peuples autochtones en Amérique latine, un président d’extrême-droite est élu et promeut avec son gouvernement l’extinction des peuples indigènes et la destruction de l’Amazonie pour ouvrir les espaces « vides » à être exploités par une économie meurtrière.

Il n’y a plus d’espace pour des vues différenciées, tolérantes sur l’actuelle approche politique et idéologique au Brésil : il n’y a que les faits, non alternatifs, que représentent les 66.868 morts de la pandémie (en date du 8 juillet), la désolation d’une grande partie de la population brésilienne qui n’a pas de soutien du gouvernement dont le président déclare la pandémie comme hystérie et comme étant une petite grippe. Il n’y a pas d’excuses pour les incendies criminels disproportionnés de la forêt amazonienne ni pour le mépris envers les peuples autochtones.

Il y a des milliers d’histoires tristes qui légitiment la colère face aux absurdités qui se passent depuis 2019 au Brésil. Voici une récente histoire triste de trois mamans et de leurs bébés du peuple indigène Yanomami :

« Il y a deux semaines, fin juin, une femme Yanomami, qui vit dans leur réserve indigène entre le Brésil et le Venezuela, a enregistré un message dans sa langue Sanumá, alors qu’elle était malade du COVID-19 et internée dans le dispensaire pour indigènes à la capitale Boa Vista, État fédéral de Roraima. Contrairement au nom de cette maison de « Santé » (Casa de Saúde indígena), la plupart des indigènes s’y infectent avec le COVID. 80 indigènes de ceux qui se trouvaient au dispensaire en traitement pour d’autres maladies se sont infectés là. Une maman Yanomami, malade du virus, a crié haut et fort que son bébé avait disparu. Qu’est-ce qui s’est passé ?

Trois femmes Yanomami ont été amenées à Boa Vista parce-que leurs bébés souffraient d’une pneumonie, maladie importée par les premiers blancs qui ont contacté les Yanomami. Au dispensaire, ces bébés ont été infectés du virus et sont décédés. Les corps ont été enlevés et probablement enterrés au cimetière de la capitale.

Voilà une maman Yanomami qui se retrouve en ville, malade du virus, affaiblie par la diarrhée et la fièvre, loin des moyens de communication et son fils est décédé. On ne l’informe pas, elle ne comprend pas le portugais, elle ne sait pas où on l’a amené.

Pour un Yanomami, le fait d’enterrer un mort est la même horreur que pour le blanc de le laisser sans enterrement, exposé sur la place publique. Les Yanomami brûlent leurs morts avec des rituels qui peuvent durer des mois ou même des années. Pour eux c’est l’unique manière pour que les morts puissent mourir et les vivants vivre.

Pouvons-nous nous imaginer ce que cela signifie de ne pas comprendre la langue, d’être dans une ville alors qu’on a toujours vécu dans la forêt, d’être en bonne santé puis, malade, de devoir constater que le corps de son enfant a disparu ? C’est la violation des droits humains les plus fondamentaux. Et tout cela se passe maintenant, en 2020. C’est une affreuse atteinte à la dignité humaine, c’est ainsi que les peuples indigènes brésiliens meurent du COVID-19.

Le gouvernement brésilien n’entreprend rien pour combattre le virus, moins encore chez les indigènes. Et il y a la peur. C’est la raison pour laquelle les personnes qui ont rendu publique cette histoire de la femme Yanomami ne peuvent être nommées.

Pendant que des personnes - indigènes ou non - protègent la forêt amazonienne pour protéger aussi leur vie et la nôtre, il y a ceux qui profitent de la crise pour envahir et détruire la forêt, les réserves indigènes dans une recherche insatiable d’espaces pour l’agro-industrie, pour trouver de l’or, des diamants, du bois noble, des minerais, du profit.

Nous nous rapprochons avec une grande vitesse du point de non-retour où la forêt amazonienne deviendra une savane, un désert et où les arbres, plantes, animaux se réduisent en cendres et le génocide des peuples indigènes sera conclu… »

Partage.lu continue avec décision son engagement pour contribuer à la vie et la survie des peuples indigènes au Brésil et à la préservation de la forêt amazonienne. Parce que chaque vie humaine compte et toutes les vies comptent, parce que la nature est vie. Cela nous concerne ; dans la vision des indigènes, nous ne sommes qu’une fibre dans le tissu de la vie.

Partage.lu

(d’après un témoignage courageux de Eliane Brum)

Photo : J.Valente/Partage.lu

Publié le
lundi 13 juillet 2020


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