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Les déplacés de la zone de Nizi vivent dans des conditions alarmantes

Droits humains & solidarité

Publié le
mercredi 12 février 2020 à 04:00

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Plus d’un million de personnes ont été déplacées à cause des violences en Ituri, en République démocratique du Congo (RDC), depuis décembre 2017. Environ 200 000 d’entre elles vivent dans des conditions épouvantables dans des camps pour personnes déplacées.

« Je vis dans le site de Tse Lowi avec mon fils et mes six petits-enfants. Ça fera deux ans en février que nous avons dû fuir notre village. Des hommes armés y ont fait intrusion alors qu’il faisait déjà nuit, ils ont mis le feu aux maisons et ils ont tué les gens de manière atroce », explique Yvonne, assise devant son abri de paille, les pieds nus et sa robe en lambeau.

« La femme de mon fils est morte ce soir-là. Ils ont brulé ma maison et nous n’avons eu aucun autre choix que de fuir en pleine nuit sans rien pouvoir emporter sauf les habits que nous portions. Nous avons marché trois jours et dormi trois nuits dans la brousse pour fuir les assaillants. J’étais effrayée. Nous avons finalement rejoint Tse Lowi le troisième jour. »

À l’intérieur de la hutte, un de ses petits-fils attise le feu qui brûle sous une casserole frémissante. La hutte semble fragile, elle pourrait s’enflammer au moindre coup de vent. On a du mal à penser que huit personnes peuvent dormir à l’intérieur et que ce petit espace leur sert à la fois de chambre et de cuisine.

Yvonne compte parmi les milliers de personnes actuellement déplacées en Ituri. Les massacres entre les communautés Hema et Lendu qui ont si violemment marqué l’histoire de la province au début des années 2000, dans le nord-est de la RDC, ont repris en décembre 2017.

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), le nombre de personnes ayant été déplacées par les violences depuis 2017 est estimé à plus d’un million, mais il est quasiment impossible de connaître leur nombre exact en raison des fréquents mouvements de populations.

Aujourd’hui, environ 200 000 personnes se sont spontanément rassemblées et vivent dans des sites où aucun besoin essentiel tel que l’accès à l’eau, à la nourriture et aux structures sanitaires ne sont respectés. Des centaines de milliers d’autres vivent dans des familles d’accueil.

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Vue aérienne du camp de personnes déplacées de Rho, province d’Ituri, RDC. Plus de 21 000 personnes y ont trouvé refuge depuis 2019 sous la protection des Nations Unies. Novembre 2019. © Alexis Huguet/MSF

Des dizaines de camps de fortune sont éparpillés dans les hauteurs des collines de la zone de santé de Nizi. On les entrevoit à chaque virage des routes poussiéreuses de la région.

On peut identifier la date de création du site aux abris qui s’y trouve : les plus récents sont composés uniquement de huttes de paille, d’autres disposent d’installations sanitaires ou de bâches pour isoler de la pluie. Les mieux lotis habitent des structures construites par des organisations humanitaires.

Mais aucun site n’offre aux déplacés des conditions de vie acceptables. Ils vivent tous dans la précarité alimentaire et l’insalubrité, qui développent des maladies évitables telles que les diarrhées et la malnutrition.

D’autres maladies découlent directement des conditions de vie dans les huttes comme les infections respiratoires et le paludisme. Ces maladies affectent et tuent des milliers d’enfants.

Selon de récentes enquêtes menées par MSF, chez les enfants de moins de cinq ans arrivés dans la zone de santé de Nizi au printemps 2019, les taux de mortalité sont trois fois supérieurs aux seuils d’urgence.

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Un médecin, en charge des activités médicales à l’hôpital de la région de Nizi, réalise une ponction du poumon gauche à un jeune de 14 ans souffrant d’une infection des poumons. RDC. Janvier 2020. © MSF/Solen Mourlon

« Lorsque les enfants tombent malades, je les emmène au site de soins communautaire qui se trouve dans le camp », continue Yvonne.

Ces sites communautaires ont été installés par MSF dans 19 des 24 camps de la zone. Ils sont gérés par un membre de la communauté identifié et formé à reconnaître les maladies les plus fréquentes. Ils mesurent le périmètre brachial des enfants à l’aide de bracelets MUAC pour repérer la malnutrition, font des tests de dépistage rapide du paludisme, contrôlent fièvre et diarrhée.

Ils ont à leur disposition des médicaments faciles d’utilisation tels que du paracétamol et des antipaludéens pour donner les premiers soins et réfèrent les enfants malades dans un des sept centres de santé soutenus par MSF.

Dans chaque centre, un infirmier MSF est présent aux côtés du personnel local. Si l’état de l’enfant est critique, il est alors référé vers l’hôpital général de référence de Nizi pour des soins d’urgence et hospitaliers.

Ils ont brulé ma maison et nous n’avons eu aucun autre choix que de fuir en pleine nuit sans rien pouvoir emporter sauf les habits que nous portions.
Yvonne, personne déplacée en Ituri

En effet, dans cette structure, MSF soutient une unité de soins intensifs, de réanimation, de pédiatrie, ainsi qu’une unité nutritionnelle et une chambre chaude pour les nouveau-nés. L’idée principale est d’essayer de soigner les enfants le plus tôt possible et d’éviter des complications médicales.

Vu les besoins énormes dans la zone, le taux d’occupation de la pédiatrie a souvent dépassé les 100 %, nécessitant pour MSF de renforcer sa capacité d’hospitalisation. Aujourd’hui, l’ensemble de la pédiatrie comprend 56 lits.

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Yvonne, son fils et ses six petits enfants, devant leur hutte dans le camp de personnes déplacées de Tse Lowi, province d’Ituri, RDC. Janvier 2020. © MSF/Solen Mourlon

Yvonne habite dans le site de déplacés de Tse Lowi avec son fils et ses six petits-enfants. Sa minuscule hutte où elle ne tient même pas debout est en paille et chaque fois qu’il pleut, toute la famille se retrouve sous l’eau.

Heureusement, elle fait partie d’un camp où des installations d’hygiène sont disponibles notamment des latrines et des espaces fermés pour avoir un peu d’intimité pour se laver. Ce n’est pas le cas dans les camps nouvellement construits par les nouvelles vagues de déplacés.

Par exemple, le camp de Kambe a été construit il y a sept mois, les 426 ménages présents se partagent seulement quatre latrines de fortune et aucun espace pour se doucher.

« Dans le camp de Kambe, il y a quatre blocs, moi je suis la responsable pour les habitants du bloc 2. Il y a plus de 300 personnes qui vivent dans mon bloc. La petite hutte à l’extrémité du bloc, c’est notre unique toilette, nous n’avons pas de douche donc nous attendons la nuit pour nous laver pour que personne ne puisse nous voir », explique Aimé Mave Dhesi, responsable du bloc 2 dans le camp de Kambe.

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Des personnes déplacées dans le camp de Kambe où elles viennent de recevoir des kits de première nécessité. RDC. Janvier 2020. © MSF/Solen Mourlon

« C’est vraiment difficile de trouver à manger ici, les quelques parcelles d’échalotes, de courge et de pommes de terre que nous cultivons ne suffisent pas à nourrir tout le monde et la source d’eau la plus proche est à 45 minutes à pied. Les déplacés de Kambe partent aider les autochtones aux champs pour gagner un peu d’argent, 1 000 CDF par jour (environ 0.50 EUR ), qui leur permet à peine d’acheter de quoi se nourrir et quand ils sont malades, leur famille reste le ventre vide jusqu’à ce qu’ils retournent au travail. »

Depuis décembre 2019, les activités de MSF ont été intensifiées pour répondre aux besoins des déplacés. Néanmoins, l’assistance déployée aujourd’hui reste insuffisante, les personnes vivent toujours dans une précarité des plus alarmantes et ceci depuis plus de deux ans.

Au regard de l’ampleur et de l’urgence, l’ensemble de la communauté humanitaire présente en Ituri doit s’engager afin d’aider ces populations en situation critique.

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mercredi 12 février 2020


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