
Le marché luxembourgeois des voitures électriques s’accélère
Tous les signaux sont au vert grâce à la croissance des immatriculations, les aides renforcées, ou encore l’association avec les panneaux photovoltaïques. Fenn Faber et Peter Recking, de Klima-Agence, détaillent la dynamique de l’électromobilité au Luxembourg et les incitants à encore activer pour convaincre les derniers indécis.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Après une moyenne de 26,9 % de part de marché pour les nouvelles immatriculations électriques sur l’ensemble de 2025, le Luxembourg franchi un nouveau seuil en 2026 : +31,3 %. « On voit quand même que cette année connaît une belle croissance par rapport à 2025 », observe Peter Recking, project manager en charge du développement des infrastructures locales de charge chez Klima-Agence. Il se garde toute de relier systématiquement cette augmentation aux différentes crises géopolitiques, tant les délais d’achat des véhicules brouillent la lecture des statistiques.
Une croissance qui touche tous les segments
Du côté des utilitaires légers, la progression suit une trajectoire comparable, avec un décalage lié à l’arrivée plus tardive des premiers modèles sur le marché. Les volumes mensuels au Luxembourg restent modestes, en moyenne environ 600 nouvelles immatriculations, ce qui rend les statistiques sensibles à l’intégration ponctuelle de grandes flottes par un seul acteur. « Cette année, la moyenne se stabilise autour de 10 % de nouvelles immatriculations full électriques, avec des chiffres plus homogènes d’un mois à l’autre. »
Le segment des poids lourds n’est pas en reste. « Un premier appel à projets, clôturé juste avant l’été, va ajouter une cinquantaine de camions électriques au parc national, une progression de près de 600 % par rapport à l’existant. »
L’accessibilité financière joue un rôle déterminant. Des modèles affichés entre 20.000 et 30.000 euros arrivent sur le marché. Un segment attendu du grand public, renforcé par le Klimabonus Mobiliteit* pouvant atteindre 6.000 euros, prolongé jusqu’à mi-2030. « S’y ajoutent des subsides pour les bornes privées, jusqu’à 1.400 euros par logement, et un nouveau régime pour les parties communes des résidences plafonné à 40.000 euros.
Une aide de 1.500 euros existe également pour l’achat d’un véhicule d’occasion de plus de trois ans, un marché en forte progression depuis février, avec une hausse de 70% des ventes d’occasions électriques sur les premiers six mois de l’année. » Pour en savoir plus sur les aides étatiques en vigueur, ainsi que sur les subventions communales, consultez le simulateur des aides de Klima-Agence.
Le réseau constitue un argument de poids. « On a aujourd’hui plus de 4.000 points de charge publics disponibles à travers le pays, ce qui fait que nous avons plus d’une borne par kilomètre de route », poursuit Peter Recking, qui attribue ce résultat au réseau national Chargy, déployé tôt par rapport aux voisins européens. Selon lui, l’inquiétude liée à l’autonomie reste largement théorique. « Les mêmes statistiques soulignent que 90 % des propriétaires actuels d’une voiture électrique ne voudront plus jamais faire marche arrière et rouler en thermique. » Pour convaincre les indécis, Klima-Agence organise, le 4 octobre 2026, la deuxième édition du « Go Electric Day » à la Coque (Luxembourg-Ville), avec une soixantaine de véhicules exposés et une trentaine disponibles à l’essai gratuitement.
L’association avec le photovoltaïque change la donne
Pour Fenn Faber, directeur de Kilma-Agence, « l’optimisation de l’autoconsommation représente l’occasion la plus significative du moment ». Il insiste sur l’importance du dimensionnement des installations solaires. « Le signal historique consistait à privilégier de grandes installations, mais l’enjeu réel porte désormais sur la manière d’utiliser l’énergie autoproduite, via l’électrification globale du bâtiment. Je pense aux batteries domestiques, pompes à chaleur et à la mobilité électrique. » En matière de mobilité électrique, la charge à domicile permet d’optimiser les coûts, avec des économies pouvant atteindre en moyenne 70 %.
Un nouveau subventionnement forfaitaire de 500 euros sera disponible dès octobre 2026 pour les systèmes de gestion domestique de l’énergie, les HEMS. Fenn Faber y voit un investissement modeste mais déterminant. « On risque quand même d’avoir des stranded investments, des biens qui perdent leur valeur de façon précoce en raison de nouvelles règles, de technologies nouvelles ou de changements sur le marché. Il faut réfléchir aux technologies dans nos maisons, sinon elles risquent de ne pas être optimisées si les flux eux-mêmes ne sont pas adaptés en fonction de la situation. »
Pour mieux accompagner tous les acteurs, Klima-Agence a développé le simulateur solaire. Il permet d’estimer le potentiel de la toiture, de prendre en compte la consommation du ménage et de tester diverses puissances d’installation. On peut également intégrer une batterie de stockage, une pompe à chaleur ou une borne de charge.
Un accompagnement renforcé pour les entreprises
Côté entreprises, Klima-Agence coordonne l’initiative Klimapakt fir Betriber, en lien avec les ministères de l’Environnement et de l’Économie, Luxinnovation et les chambres professionnelles. « Les PME sont souvent des structures qui ont 10 à 15 collaborateurs au Luxembourg. Généralement, elles n’ont pas les compétences internes », poursuit Fenn Faber, qui défend un accompagnement de proximité, via des référents de transition envoyés directement sur site. Cette offre sera déployée à partir de 2027.
Un événement consacré à l’électrification des flottes professionnelles, organisé le 15 juillet 2026 à Dommeldange sous le nom d’Electric Sessions, a réuni 160 participants autour de témoignages d’entreprises déjà converties. « J’étais positivement surpris par le nombre d’entreprises qui ont déjà réalisé des électrifications à grande échelle au Luxembourg comme la Post ou Vinçotte. »
Pour Peter Recking, la conversion des derniers réfractaires passe avant tout par l’expérience directe. « Essayer, c’est l’adopter. Je pense que c’est important d’au moins s’informer. Il faut privilégier le témoignage d’utilisateurs plutôt que celui des concessionnaires ou des experts. »
*Le régime d’aides financières « Klimabonus Mobilitéit » s’entend sous réserve de l’adoption définitive des textes légaux et réglementaires y relatifs.
Sébastien Yernaux










