
Le magazine 4x3 explore les chemins de la citoyenneté et de l’air intérieur
Ce mardi 24 mars 2026, pour le lancement du 33e numéro du magazine 4x3 dans les locaux de Schroeder & Associés, le grand rendez-vous des acteurs de la transition durable a tissé un fil rouge entre les initiatives citoyennes, la mode durable et la qualité de l’air, avant de présenter deux nouveaux projets : socialhub et Act Now.
Le 24 mars 2026, dans les locaux de Schroeder & Associés, le grand rendez-vous des acteurs de la transition durable a réuni partenaires, experts et acteurs engagés à l’occasion du lancement officiel du 33e numéro du magazine 4x3. Une édition construite autour de deux dossiers thématiques, « Citoyens du changement » et « L’air de rien », auxquels se sont ajoutés un grand entretien consacré à Ana Luisa Teixeira, un moment de solidarité en faveur du Comité National de Défense Sociale (CNDS) et l’annonce de deux nouveaux projets signés Picto.
Dès les premiers mots de son discours, Martine Schummer, ingénieur-associé et administrateur chez Schroeder & Associés, a donné le ton. « Nous sommes particulièrement heureux d’ouvrir nos portes pour un événement qui met en lumière des thématiques à la fois proches de nous et essentielles. » Elle a évoqué les initiatives citoyennes et la qualité de l’air, les deux sujets décortiqués par la rédaction d’Infogreen. « Deux axes, deux angles, mais une même invitation. Nous devons réfléchir ensemble aux actions concrètes que nous pouvons mettre en œuvre. »
À ses côtés, Frédéric Liégeois, fondateur de Picto, a choisi un détour inattendu. Une « digression », comme il l’appelle lui-même, partie d’une discussion avec son épouse Sara, directrice de Picto. Et plus précisément d’une phrase qui lui est restée en tête : « Dans la vie, tout est question de perspective ». De là, le terme de digression a fait son petit bonhomme de chemin pour arriver à une autre définition glanée dans une émission littéraire : la digression comme un espace de liberté. « La liberté de s’échapper d’un simple récit pour découvrir de l’inattendu, la liberté de prendre du recul, de respirer et de regarder différemment. »
Le fil rouge était posé. « Respirer et regarder différemment », a-t-il répété à plusieurs reprises. « Une ligne directrice qui traverse Picto et Infogreen. C’est aussi la ligne directrice du magazine 4x3.
Des citoyens qui passent du « pourquoi » au « comment »
Les initiatives citoyennes sont donc à l’honneur. Ou plutôt, leur capacité à changer d’échelle.
Norry Schneider, du CELL (Citizens for Ecological Learning and Living), n’a pas pris de détour. « Nous n’avons pas de choix », a-t-il lancé d’entrée, en rappelant l’ampleur du défi climatique. « Au Luxembourg, les chiffres parlent d’une production de 16 tonnes de CO₂ par personne… alors que nous devons réduire de 90 % en 30 ans. » Pour lui, la transition ne se jouera pas uniquement sur le terrain technologique. « Ce n’est pas remplacer des chalumeaux en plastique par du carton », insiste-t-il. « Il s’agit de complètement réimaginer la société. Et pour cela, un levier s’impose : créer des espaces où les citoyens peuvent imaginer, débattre, construire. »
Mais au-delà de l’urgence, il a évoqué aussi une dimension plus inattendue. « Agir est un antidépresseur. Dans un contexte anxiogène, la participation redonne du pouvoir d’agir, recrée du lien, renforce les dynamiques locales. »
Kasia Krzyzanowski, coordinatrice de Boost Lokal Lëtzebuerg (CELL), a aussi traduit cette vision en actions concrètes. Elle a notamment raconté cette soirée dans un petit village, avec seulement cinq personnes présentes autour d’une table. « Une soirée qui aurait pu être considérée comme un échec, car personne ne se connaissait », reconnaît-elle. « Et pourtant, en quelques échanges, une idée a surgi sous la forme de la transformation d’une ancienne église en tiers-lieu. Une étincelle et une action concrète peuvent partir de presque rien si on crée les bonnes conditions. »
Pour elle, tout est là. Nous devons changer la manière de penser la participation. « On passe de donner son opinion à faire ensemble. Aujourd’hui, il existe des Repairs cafés, des jardins partagés, ou encore des coopératives énergétiques. » Autant de dynamiques qui montrent que l’engagement citoyen ne se décrète pas, il s’accompagne. « Même un petit groupe peut avoir un impact beaucoup plus large sur sa communauté. »
Inclusion, dignité et collectif
Dans la continuité, Estelle Bacher, Responsable de formation à l’Ufep, l’unité de formation continue de l’APEMH a élargi la réflexion à l’inclusion professionnelle avec un constat clair. « Une personne sur sept est concernée par le handicap au Luxembourg. Et dans 80 % des cas, il est invisible. »
Face à cela, le projet InclusionSkills ne cherche pas à simplifier la réalité, mais à créer des ponts. « Notre objectif, ce n’est pas de proposer un catalogue de solutions. L’enjeu est ailleurs. Il faut rassembler une communauté, croiser les regards et décloisonner les pratiques. »
Le dispositif, itinérant, mêle acteurs publics, privés et associatifs. « On cherche à réunir des personnes qui ne se connaissent pas forcément. Notre ambition est simple, passer d’une logique de déficience à une logique de compétences. »
Autre histoire, certes plus lointaine (et encore), mais profondément connectée. Celle de Pauline Keller, fondatrice de DuniaGreen, et de Jérôme Colson, directeur des Ateliers du Tricentenaire. Toujours avec la même idée de collectif, ils ont raconté la rencontre entre DuniaGreen et les Ateliers du Tricentenaire par l’intermédiaire de Frédéric Liégeois.
Pauline Keller a déroulé le fil d’un projet - le chocolat au moringa - profondément lié à la philosophie Ubuntu, fondée sur « le respect des êtres humains, le respect de la nature, le respect de la diversité et l’inclusion sociale ». Son récit, ancré dans le Sahel, a ramené l’auditoire vers les besoins exprimés par les femmes sur place de mettre en valeur leur savoir-faire dans la culture du moringa. « À partir de là, tout s’est structuré autour de cette plante, de la reforestation, de la lutte contre la sous-alimentation et de la fabrication d’objets permettant de générer un revenu. Elles n’ont jamais voulu prendre de l’argent. Elles veulent travailler. Pourquoi on achète du made in China, du made in Italia, et pas du made in Burkina Faso ? » Cette logique de dignité par le travail a trouvé un prolongement au Luxembourg via le Tricentenaire.
« Aujourd’hui, 300 jeunes filles vont à l’école, 10.000 arbres sont plantés et plus de 400 enfants sortent chaque année de la sous-alimentation grâce au soutien collectif. Jérôme Colson a confirmé la cohérence de cette alliance. « Notre but, ce n’est pas simplement de faire du chocolat. Derrière le produit, il y a une vision qui est le respect des travailleurs d’ici et d’ailleurs. » Et de répéter à nouveau cet adage souvent prononcé mais pas toujours respecté : « tout seul on va vite, ensemble on va beaucoup plus loin. »
La mode comme outil de justice
Le grand entretien écrit par Marie-Astrid Heyde, rédactrice en chef d’Infogreen, mettait à l’honneur Ana Luisa Teixeira, responsable du service Lëtz Refashion pour HUT (Hëllef um Terrain). La conversation entre les deux femmes a apporté une respiration différente, plus intime.
De Portugal au Luxembourg, en passant par la France, le parcours d’Ana Luisa a été guidé par une envie : comprendre, s’engager, agir. « J’étais passionnée du projet européen », a-t-elle confié. « Aujourd’hui encore, je crois en cette dynamique, tout en l’inscrivant dans des réalités concrètes. »
Son expérience en coopération internationale l’a marquée. « Ce n’est pas de la charité, c’est un exercice de justice. Une manière de corriger des déséquilibres historiques. » Avec Lët’z Refashion, elle applique cette vision au secteur textile. « On voit la mode comme un outil pédagogique très puissant. Derrière chaque vêtement, il y a des visages, des conditions de travail, des impacts environnementaux. »
Trois piliers guident son action. « La dignité humaine, la durabilité et la justice sociale. Réparer, réutiliser, transformer… autant de gestes qui prolongent la vie des vêtements et redonnent du sens à leur usage. »
L’air qu’on respire, sans y penser
Changement de registre avec la seconde partie du magazine 4x3, intitulée « L’air de rien ». Un sujet invisible… mais omniprésent.
Gauthier Baudoin, operations manager chez Vinçotte Luxembourg, a posé le cadre avec des chiffres qui ne mentent pas. « Nous passons 90 % de notre temps en intérieur. Et pourtant, cet air est cinq fois plus pollué en moyenne que l’air extérieur. » Au Luxembourg, la réglementation reste encore limitée, notamment hors secteur industriel. « On peut mieux faire, surtout si on se compare à la Belgique, à l’Allemagne ou à la France. »
Julien Blaise, business developer chez LLuCS (Laboratoire Luxembourgeois de Contrôle Sanitaire) et membre de LIAVA (Luxembourg Indoor Air & Ventilation Association), association qu’il est venu présenter au cours de la soirée. Il a insisté sur l’enjeu de sensibilisation. « Le grand public n’est pas spécialement au courant de tout ce qui peut être mis en place pour améliorer notre environnement intérieur. D’où la création de cette association, fin 2024, pour structurer les efforts, partager les connaissances et faire émerger des solutions. On respire énormément d’air. Et donc, nécessairement, on absorbe aussi ce qu’il contient. »
Arnaud Etur, gérant et responsable technique d’Air Quality Luxembourg, est venu illustrer les propos de Julien Blaise avec des cas concrets. « Moisissures, solvants, encens, bougies, ce sont autant de sources invisibles, mais bien réelles. Il y a vraiment un lien entre la qualité de l’air intérieur et les problèmes de santé. » Via trois situations vécues, et souvent banalisées, il a démontré à quel point nos habitudes peuvent influencer notre environnement immédiat.
Solidarité et nouvelles dynamiques
Comme à chaque édition, 4x3 a aussi marqué un temps de solidarité, avec un don de 1.000 euros au CNDS pour soutenir l’atelier Homère.
Sa directrice, Stéphanie Sorvillo, a décrit une structure engagée auprès des personnes les plus fragilisées. « Avec l’atelier Homère, l’objectif est simplement d’offrir un lieu, du lien, du sens. Les personnes que nous accompagnons ont très peu de réseaux sociaux. L’atelier devient alors un espace pour recréer une dynamique, lutter contre l’isolement, se projeter à nouveau. »
Enfin, Frédéric Liégeois a dévoilé deux projets à venir. D’un côté, socialhub, un site internet développé avec la FEDAS, pour connecter les acteurs du secteur social et renforcer leur visibilité. De l’autre, les événements Act Now, en partenariat avec IMS, pour mettre en lumière des solutions durables concrètes autour de l’eau et de l’énergie. Deux initiatives qui prolongent l’esprit de la soirée, c’est-à-dire créer du lien, faire émerger des synergies et passer à l’action.
Sébastien Yernaux
Photos : © Picto / Fanny Krackenberger



































