
Le Luxembourg vise le zéro déchet en décharge d’ici 2030
Approuvée le 15 avril 2026 par le Conseil de gouvernement, la troisième révision du Plan national de gestion des déchets et des ressources (PNGDR) fixe le cap pour 2030. Avec 86 objectifs et 328 mesures, elle accélère la transition luxembourgeoise vers une économie réellement circulaire.
C’est dans les locaux de Lëtz Refashion que Serge Wilmes, ministre de l’Environnement, du Climat et de la Biodiversité, a choisi de présenter, le 24 avril 2026, la troisième révision du Plan national de gestion des déchets et des ressources (PNGDR). Le lieu n’a rien d’anodin. En effet, la filière textile concentre la plupart des défis que le plan entend relever. « Le secteur textile est responsable d’une consommation de ressources très importante à l’échelle mondiale, notamment en eau, et il a un impact considérable sur le climat, sur l’environnement, sur la biodiversité, et bien sûr aussi sur les êtres humains tout au long du cycle de vie d’un vêtement », a posé le ministre.
Le constat dépasse le seul textile. « L’extraction et la transformation des matériaux pour tous les produits que nous utilisons — denrées alimentaires, vêtements, automobiles, maisons — sont responsables d’environ 90 % de la perte de biodiversité mondiale et d’environ 50 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre », a rappelé Serge Wilmes en s’appuyant sur les données des Nations Unies. D’où un certain enjeu. « Ce qui compte, c’est de réduire la consommation globale de toutes les ressources naturelles et d’utiliser davantage de matières recyclées. »
Une boussole pour 2030
Le ministre a inscrit le PNGDR dans une stratégie plus large. « L’économie circulaire représente une contribution très importante pour atteindre la neutralité climatique d’ici 2050, car elle peut contribuer à une réduction d’au moins 20 à 25 % des émissions », a-t-il souligné, avant d’évoquer un autre bénéfice, plus géopolitique. « Une utilisation circulaire des ressources renforce notre résilience, car nous ne serons plus aussi dépendants, en Europe, de ressources naturelles provenant d’autres pays. Je pense aux terres rares, par exemple. »
Le plan, qui couvre la période 2025-2030, a été alimenté par une consultation publique menée du 11 juin au 1ᵉʳ octobre 2025. « Nous avons reçu un très grand nombre de contributions, à savoir 46 réponses et 260 remarques, qui ont toutes dû être examinées sérieusement et intégrées là où elles étaient pertinentes », a précisé le ministre. Anne Majerus, cheffe d’administration adjointe à l’Administration de l’environnement, a détaillé la méthode. « Dès 2024, nous avons organisé de véritables ateliers, parce que nous voulions un processus très participatif, sur une dizaine de sujets distincts, pour vraiment travailler sur les mesures. »
Le résultat : 22 champs d’action, 86 objectifs stratégiques et 328 mesures opérationnelles. Deux chapitres font leur apparition pour la première fois dans le PNGDR. Le premier couvre les déchets textiles et les déchets contenant des polluants organiques persistants (POP). Le second comprend le renforcement des actions transversales en faveur du réemploi, de la réparation et de la sortie du statut de déchet. L’ensemble s’articule autour de la hiérarchie des déchets et du principe du pollueur-payeur, étendu via la responsabilité élargie du producteur (REP). « Si nous produisons quelque chose, nous portons une responsabilité sociale, et nous devons faire en sorte que le produit que nous mettons sur le marché soit ensuite éliminé ou recyclé en matières premières », a résumé Serge Wilmes.
Mettre fin à la mise en décharge dès 2030
L’un des objectifs phares concerne les déchets ménagers. Le PNGDR vise un taux de recyclage d’au moins 60 % en poids à l’horizon 2030, alors que le pays se situait à 56 % en 2023. « Au Luxembourg, à partir de 2030, aucun déchet ménager ne pourra plus être mis en décharge. À terme, tout ce qui reste devra être incinéré si aucune autre solution n’est trouvée », a précisé le ministre.
Le gisement le plus tangible se loge toutefois dans la poubelle résiduelle. Paul Rasqué, de l’Administration de l’environnement, a livré le résultat d’une récente analyse. « 37 % de la grande poubelle contient encore des biodéchets, dont 15 % sont directement compostables. La perte est donc double : 50 % des déchets dans la grande poubelle seraient valorisables d’une autre manière. » Avec 77.000 tonnes annuelles, le gaspillage alimentaire reste un défi majeur. Le plan fixe une réduction de 10 % pour la transformation et la fabrication, et de 30 % pour la distribution et la consommation d’ici 2030. Les supermarchés de plus de 400 m2 seront tenus d’élaborer un plan de prévention.
Pour les emballages, le tableau est contrasté. Le verre affiche 92,1 % de recyclage, bien au-delà des objectifs européens. Les plastiques, eux, restent à la traîne : 39 % en 2023, pour un objectif de 55 % en 2030. « Il faut continuer à progresser », a reconnu Serge Wilmes, évoquant un possible renforcement de la consigne. Le ministre a aussi rappelé l’enjeu plus global. « Une grande partie du plastique est produite à partir du pétrole, et lorsqu’il se retrouve dans la mer ou dans la nature, il se fragmente en microplastiques, qui peuvent aussi entrer dans la chaîne alimentaire. »
Le réemploi, du textile aux ressourceries
Le choix du lieu de la conférence trouve ici tout son sens. Le Luxembourg collecte chaque année près de 7.800 tonnes de textiles, soit 11 à 12 kg par habitant, dont les deux tiers sont exportés pour le commerce de seconde main. Le plan instaure une filière REP (Responsabilité Élargie des Producteurs), opérationnelle en avril 2028 conformément à la directive (UE) 2025/1892. Une étape intermédiaire arrive dès juillet 2026, avec l’interdiction de destruction des invendus textiles. « Nous sommes en train d’élaborer le texte », a confirmé Paul Rasqué. « Il s’agira de présenter le cadre légal, qui devra ensuite suivre la procédure habituelle. »
Sur le terrain, des acteurs comme Lëtz Refashion incarnent déjà cette bascule. « Beaucoup de personnes ont oublié que les vêtements sont des ressources qui viennent de très loin », souligne Ana Luisa Texeira, qui a détaillé les trois piliers de l’association : la sensibilisation, notamment dans les écoles, « sans tomber dans la culpabilité » ; la promotion d’acteurs locaux qui valorisent des matières inutilisées ; et le développement des compétences via un Repair Café hebdomadaire et des marchés d’échange.
Au-delà du textile, le PNGDR mise sur les ressourceries pour structurer le réemploi. « Il est important de ne pas laisser perdre des matériaux et des produits de qualité dans lesquels des ressources ont été investies », a insisté Paul Rasqué. En 2023, ces structures ont collecté environ 216 tonnes de textiles et 100 tonnes d’appareils électroniques destinés à la seconde vie. Côté DEEE (déchets d’équipements électriques et électroniques), l’éco-organisme Ecotrel a remis l’an dernier en circuit 80 % des 12.000 produits qu’il a réceptionnés. Le plan entend amplifier ces dynamiques via la nouvelle carte des ressourceries, des plateformes telles que « gutt saach », l’outil Oekotopten ou le réseau Repair & Share, et l’intégration du sujet dans le Pacte climat communal.
Sébastien Yernaux
Photos : © Picto




















