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« Le Luxembourg doit relever d’énormes défis structurels »

Politique & Gouvernance

Publié le
vendredi 9 avril 2021 à 04:00

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Depuis janvier, Michel Reckinger est président de l’Union des entreprises luxembourgeoises (UEL). À ce titre, il quittera la présidence de la Fédération des Artisans en juillet. Celui qui est également à la tête d’une entreprise familiale de HVA-C/électricité compte bien mettre son expérience à profit dans ce nouveau rôle représentatif. Interview.

Dans la première partie de l’interview, nous avons mentionné les nombreuses difficultés auxquelles font face les entreprises luxembourgeoises en pleine crise du Covid-19. Quels sont les « ingrédients de base » d’une relance de l’économie luxembourgeoise que le gouvernement devra veiller à mettre à disposition des entrepreneurs, et en particulier des artisans ?

Le gouvernement a mis en place tout un arsenal d’aides et de mesures de soutien qui ont permis à la plupart des entreprises de tenir le coup jusqu’à présent, même si bon nombre d’entre elles sont fortement fragilisées. Désormais, le plus important est de fixer le cap pour l’avenir et relancer les investissements.

Dans le contexte sanitaire, la stratégie de vaccination est essentielle. Une rapide vaccination de la population et de la main-d’œuvre frontalière est le préalable pour une relance généralisée et durable de l’économie. La Commission européenne et le Gouvernement doivent très rapidement apporter une réponse claire aux actuels problèmes d’approvisionnement en vaccins.

Dans un contexte plus général, le Luxembourg doit mener une politique économique bien plus active qu’actuellement. On parle beaucoup de la redistribution des ressources financières, mais nous ne parlons pas assez de la manière dont cette richesse est générée. C’est une question de productivité, de procédures, de statut des entrepreneurs. Il nous faut mener une politique industrielle et économique cohérente encadrée par des démarches administratives claires, fiables et compréhensibles.

Hors services financiers, les entreprises luxembourgeoises sont les moins productives en Europe. C’est une situation intenable que le gouvernement devra adresser dans la deuxième moitié de cette législature.

En plus, nous ne devons pas perdre de vue que l’essentiel de notre richesse provient du secteur financier. La place financière doit rester attractive et compétitive, au risque de délocalisations et d’une dégradation massive de nos finances publiques.

Cela ne nous empêche d’avoir l’ambition de développer un modèle économique plus durable. La transition énergétique, la digitalisation, les énergies renouvelables sur toile de fond du respect de l’environnement sont des secteurs porteurs dans lesquels nous devons devenir plus innovants.

Trouver de la main-d’œuvre qualifiée relève de plus en plus du défi pour les entreprises. Que manque-t-il au Luxembourg pour attirer cette main-d’œuvre et de nouveaux entrepreneurs ?

C’est un problème général qui ne concerne pas seulement le Luxembourg. Même si le Luxembourg a la spécificité que le marché du travail repose très fortement sur le travail frontalier. Le réservoir de la Grande Région est quasi épuisé, de sorte que nous devons aller recruter de plus en plus loin, avec tous les problèmes administratifs que cela entraîne : autorisations de travail, de séjour, etc. La pénurie des talents impacte la plupart des secteurs, de la construction à l’industrie, en passant par les TICs et les sciences naturelles. Les salaires sont de prime abord attractifs au Luxembourg, mais lorsqu’on fait le calcul entre pouvoir d’achat et coût réel de la vie, l’attractivité ternit rapidement. À cela s’ajoute le manque crucial de logements abordables pour accueillir ces nouvelles recrues. Pour devenir véritablement attractif, le Luxembourg doit relever d’énormes défis structurels.

Si on fait l’analyse du côté de la main-d’œuvre résidente, on doit constater une certaine inadéquation entre le monde de la formation en général et les besoins de notre économie. Nous avons p.ex. une structure universitaire pour former des sportifs, mais on n’en a aucune pour former des ingénieurs. Le même constat vaut pour d’autres compétences clés que nous formons trop peu au Luxembourg. Un autre problème structurel est le déséquilibre entre secteur public et privé. Avec une structure salariale qui traduit la volonté politique des gouvernements successifs, l’État au sens large draine énormément de main-d’œuvre qualifiée qui manque à l’économie pour générer de la plus-value.

Dans ce contexte, je suis d’avis que la politique devrait avoir l’ambition de mettre en place un réel statut unique.

Vous êtes le premier « patron des patrons » de l’UEL à être issu du secteur de l’artisanat. Pensez-vous que cela peut apporter un souffle supplémentaire aux entreprises locales, familiales, PME et autres ?

Je suis sûr que mon expérience comme patron d’une entreprise familiale qui occupe environ 300 collaborateurs et qui fête cette année son 110e anniversaire, peut clairement m’aider à véhiculer les attentes des PME.

Grâce à mon expérience dans une entreprise familiale, je suis persuadé qu’il faut avoir une vue sur le long terme tout en valorisant la tradition d’une entreprise. C’est-à-dire pas seulement axé sur le bénéfice, mais sur l’héritage et les valeurs que l’on veut transmettre aux générations futures.

D’une manière générale, je suis convaincu qu’on devrait avoir un autre discours par rapport aux femmes et hommes chefs d’entreprises. Ce sont des piliers de notre société et c’est grâce à leur dynamisme et à leur persévérance que notre économie peut se développer. On devrait les encourager et écouter ce qu’ils ont à dire au lieu de les décourager, comme c’est malheureusement trop souvent le cas au Luxembourg.

Propos recueillis par Marie-Astrid Heyde
Photo : Fanny Krackenberger

Article tiré du dossier du mois « Par ici la relance ! »

Publié le
vendredi 9 avril 2021


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